AFK.live
⌕
Pipeline · 22 h 12 Ven. 30 octobre · N° 0684
ACCUEIL · LE POIDS DES MOTS · MÉTHODOLOGIE
← Toutes les chroniques
Le poids des mots
Méthodologie

Comment on fabrique une chronique.

Un texte relu par un humain, six instruments qui le mesurent, un agent qui rédige, un éditeur qui décide. Ce que chaque mesure peut dire — et ce qu'elle ne peut pas dire.

« Le poids des mots » pose une seule question à chaque discours, chaque interview, chaque texte politique : fallait-il le lire, le regarder, l’écouter ? Pour y répondre, on fait deux choses à la fois. On mesure le texte avec des instruments — qui recomptent, classent, comparent. Et on l’écrit : une chronique qui lit ces mesures, les confronte au texte, et dit ce qu’elle en pense.

Cette page explique comment. Elle se lit d’un trait ; les encadrés « Sous le capot » s’adressent à ceux qui veulent savoir exactement ce que fait la machine, et peuvent être sautés.

En bref

  • Le texte d’abord. Un discours est transcrit automatiquement, puis relu et corrigé par un humain avant toute mesure. Tout ce qui suit est calculé sur ce texte relu.
  • Six instruments, une même transcription. Thèmes, positionnement, réseau d’entités, registre, valeurs, arguments. Chacun répond à une question précise, et chacun a ses limites, décrites ici sans fard.
  • Aucun chiffre n’est inventé. Les chiffres d’une chronique viennent des mesures ; les citations sont vérifiées mot pour mot dans la transcription.
  • Une IA rédige, un humain décide. Les sections d’analyse sont rédigées par un agent (Claude, d’Anthropic), sous contrôle. L’édito est écrit par l’éditeur. Rien n’est publié sans sa validation explicite.
  • Nos mesures sont indicatives. Plusieurs instruments ont été testés contre un codage humain et n’ont pas encore atteint le seuil qu’on s’était fixé. On le dit, et on écrit en conséquence.

Notre ligne, assumée

AFK a une ligne éditoriale : centre-gauche, scientifique, écologiste, progressiste. On ne prétend pas à une neutralité qu’aucun média n’a. On préfère la déclarer, et s’astreindre à une règle : la ligne règle le ton, jamais les chiffres.

Concrètement, le ton de la chronique dépend de la distance entre l’orateur et cette ligne :

  • une voix proche (gauche écologiste) : bienveillance, mais soutien argumenté — on pointe aussi ce qui manque ;
  • le centre, la droite modérée, la majorité présidentielle : critique factuelle, on relève les angles morts ;
  • la droite dure et l’extrême droite : pédagogie — on démonte les sophismes en s’appuyant sur les mesures ;
  • la gauche radicale : critique aussi, en distinguant les critiques fondées des caricatures.

Le ton recherché reste le même pour tous : froid, factuel, adossé aux mesures. Pas de lyrisme, pas de polémique.

Certains orateurs ne sont jamais chroniqués : nous ne traitons pas les figures de la complosphère.

De la vidéo à la chronique

Une chronique suit toujours le même chemin, en douze étapes. Elles se regroupent en six temps. L’éditeur intervient à cinq moments précis, et seulement là — signalés ci-dessous par ✋.

1. Le texte source

La plupart des discours de campagne sont des vidéos. Le son est transcrit automatiquement, en distinguant les voix (qui parle quand). Si le discours a déjà été transcrit pour notre journal de campagne, on réutilise cette transcription telle quelle.

✋ Premier arrêt : la relecture. Avant de mesurer quoi que ce soit, l’éditeur valide :

  • qui parle : quelle voix est celle de l’orateur analysé (un meeting a souvent un présentateur, une interview a un journaliste) ;
  • les métadonnées : titre, source, date, et surtout le médium — oral ou écrit — car certaines mesures se comparent à une référence propre à chaque médium ;
  • la relecture de la transcription : on corrige ce qui est manifestement une erreur d’écoute de la machine (« à sommoir » pour « assommoir », un nom propre écorché) et la ponctuation. On ne réécrit jamais l’orateur : pas de reformulation, pas de correction grammaticale du français parlé, pas de coupe. Un passage douteux reste tel quel.

Cette relecture arrive avant les mesures, parce que tout ce qui suit — les phrases qu’on compte, les citations qu’on retrouve — est calculé sur ce texte. Corriger après décalerait tout.

Seules les paroles de l’orateur sont mesurées. Dans une interview, les questions du journaliste sont exclues.

Sous le capot — transcription Audio en 16 kHz mono, transcrit par Voxtral (voxtral-mini-latest, Mistral AI) avec diarisation (séparation des locuteurs) et horodatage de chaque segment. Les horodatages sont conservés à côté du texte : c’est ce qui permet, plus tard, le lien « écouter » sur chaque citation. Pour un discours, le texte est découpé en paragraphes aux pauses de l’orateur (≥ 2 secondes) : c’est la version que lit le lecteur ; les mesures lisent le même texte en un seul bloc — les deux ne diffèrent que par les retours à la ligne.

2. La batterie de mesures

Le texte relu est enregistré dans notre bibliothèque de corpus, puis passe dans la batterie d’instruments décrite plus bas. Cette étape est entièrement automatique et n’écrit aucune prose : elle produit des chiffres et des graphiques.

3. Les citations candidates

Une machine propose des citations — des phrases qui portent à la fois un jugement et une politique. Un garde-fou ne garde que celles qui figurent mot pour mot dans la transcription. Le détail est dans la section Citations.

4. L’écriture

L’agent rédige les sections de la chronique — Thèmes, Positionnement, Réseau d’entités, Registre, Valeurs, Arguments — puis une synthèse finale. Il lit les mesures, relit la transcription, et écrit en français naturel. Il ne décrit pas un graphique (le lecteur l’a sous les yeux) : il l’analyse.

Il obéit à quelques règles strictes :

  • il ne cite que ce que la transcription contient ;
  • il n’ajoute aucun chiffre que les mesures ne portent pas ;
  • il n’écrit pas de superlatif invérifiable (« le plus élevé du corpus ») ;
  • il ne parle que de ce qui est mesuré — jamais de ce que nos instruments ne savent pas mesurer.

✋ Deuxième arrêt : la chasse aux contresens. Chaque affirmation du brouillon est vérifiée contre la transcription et les mesures : une citation introuvable est retirée, une étiquette politique fausse corrigée (un maire « divers droite soutenu par le RN » n’est pas un maire RN), un antagonisme inventé rectifié, une entité citée une seule fois ramenée à sa juste place (« présence symbolique », pas « position structurante »). L’éditeur voit la liste des corrections et la valide.

✋ Troisième arrêt : l’édito. L’édito, qui ouvre la chronique, est écrit par l’éditeur. L’agent peut en proposer un brouillon — qui pose ses questions comme des questions, sans verdict — mais c’est l’éditeur qui l’accepte, le réécrit ou le refuse. Le texte final est inséré tel quel, sans retouche.

✋ Quatrième arrêt : le verdict, l’exergue, le chiffre clé, les citations. L’agent propose une réponse courte à la question du titre (« Fallait-il… ? »), une phrase d’exergue, un chiffre clé pour la carte de partage. L’éditeur tranche, et choisit lui-même les citations publiées parmi les candidates : la machine propose, aucune citation n’est présélectionnée.

5. La mise en page

Les graphiques sont placés dans leurs sections. La transcription publiée est échantillonnée : on garde au plus 40 % du texte original — les passages cités ou utiles à l’analyse —, les passages retirés sont signalés par […]. Le texte intégral appartient à sa source ; nous en citons des extraits, nous ne le republions pas.

6. La publication

✋ Cinquième arrêt : la confirmation. Une chronique n’existe sur le site qu’au moment où l’éditeur le décide. Avant, elle est invisible — pas de page, pas de référencement. Une chronique publiée peut être retirée de la même manière.

Six instruments

Chaque section d’une chronique s’ouvre sur un lien « Ce que ce métrique peut dire et ne pas dire ». Il mène ici.

SectionLa questionCe qui la mesureStatut
ThèmesDe quelles politiques parle le texte ?un grand modèle de langue, phrase par phrasetesté, sous le seuil — indicatif
PositionnementOù se situe-t-il dans la géographie de Latour ?proximité sémantique + test de positiontesté sur textes jamais vus
Réseau d’entitésDe qui et de quoi parle-t-il, sur quel ton ?reconnaissance des noms + ton par phrases-repèresapproximation assumée
RegistreQuel effort de lecture demande-t-il ?formule de lisibilitéformule classique, déterministe
ValeursÀ quelles valeurs fait-il appel ?un grand modèle de langue, passage par passage, comparé à une référencetesté, indicatif
ArgumentsQu’affirme-t-il, et sur quoi ?un grand modèle de langue + relecture critiqueextraction, pas preuve

Thèmes — de quelles politiques parle le texte ?

Ce qu’on mesure

On lit le texte phrase par phrase, et on demande pour chacune : de quelle politique publique parle-t-elle ? Économie, immigration, santé, sécurité… ou aucune — une salutation, une anecdote, une attaque personnelle ne relèvent d’aucune politique.

Le radar montre ensuite la part de chaque domaine parmi les phrases qui parlent de politique. À côté, on indique combien de phrases du texte parlent effectivement de politique : un discours de meeting peut n’en consacrer que la moitié, le reste étant de l’adresse à la salle, du récit, de l’émotion. Ce rapport se lit à part : il ne fait pas partie du radar.

Pourquoi cette grille

On ne l’a pas inventée. Elle vient du Comparative Agendas Project (CAP), un projet international de science politique qui code depuis des décennies les agendas publics — lois, discours, programmes — dans une même liste de grands domaines — nous en utilisons vingt et un. L’avantage : un codage comparable d’un pays et d’une époque à l’autre, et une grille qui n’a pas été taillée pour servir notre propos.

Pour la lisibilité, on regroupe ces domaines en dix axes : Économie · Travail, santé & protection sociale · Écologie, agriculture & énergie · Sécurité & libertés · Immigration · International & Europe · Savoirs, culture & sports · Démocratie & institutions · État & territoires · Urbanisme & transports. Chaque axe réunit des domaines CAP entiers, jamais une fraction : le regroupement ne déforme rien, il simplifie.

Ce que valent ces chiffres

On a vérifié la machine contre un humain : 239 phrases codées à la main, puis comparées au codage automatique. Résultat : en moyenne, la part d’un axe s’écarte d’environ 3 points de celle du codage humain, ce qui revient à environ un sixième du radar posé sur le mauvais axe. Le seuil qu’on s’était fixé avant le test (2,4 points) n’est pas atteint. Le radar est donc publié comme une mesure indicative, non validée.

Comment le lire

  • Les grands contrastes sont fiables : un axe à 50 % face à un axe à 5 %, un domaine totalement absent.
  • Les petits écarts ne le sont pas : deux axes à 18 % et 22 % ne disent pas que l’un « domine » l’autre.
  • Une absence compte : un discours de campagne qui ne consacre aucune phrase à l’écologie, c’est un fait, et la chronique le relève.

Ce que le radar ne dit pas

Il compte des phrases, pas des engagements. Parler beaucoup d’immigration ne dit pas ce qu’on en dit — c’est le travail des autres sections, et de la lecture.

Sous le capot — radar thématique Chaque phrase de l’orateur (segmentation spaCy fr_core_news_lg, avec deux réparations : fragment ouvert par une virgule, phrase coupée sur un guillemet) est envoyée avec deux phrases de contexte de chaque côté, sans franchir le paragraphe ni le tour de parole. Les phrases de moins de 4 mots sont classées « pas de politique » sans passer par le modèle. Le classement est fait par Claude Opus 5 (claude-opus-5, Anthropic) sous un prompt gelé : son empreinte SHA-256 est vérifiée à chaque exécution, et un prompt modifié bloque le calcul. Un seul label par phrase, parmi les grands domaines CAP ou no_policy. Parts : cap_shares[t] = phrases du domaine t / phrases politiques, radar_shares[a] = Σ des domaines de l'axe a. Le test : 239 phrases codées à la main ; écart absolu moyen par axe 3,24 points [IC95 2,50 ; 4,92] sur 10 axes, part du radar sur le mauvais axe 16,2 % [12,5 % ; 24,6 %] ; seuil fixé à 2,4 points → verdict FAIL, aucun radar n’est marqué « validé ». Aucun score de « confiance » n’est publié : un modèle de langue n’en fournit pas de calibré. Pas de moteur de secours : si le modèle ne peut pas classer toutes les phrases, la chronique paraît sans radar.

Versions du radar CAP

Chaque radar indique la version avec laquelle il a été mesuré ; une chronique publiée garde la sienne. Les chroniques plus anciennes qui affichent l’ancien radar des thèmes, mesuré autrement, n’ont pas de numéro de version.

VersionDateCe qui change
v0.1septembre 2026Première version : chaque phrase classée par Claude Opus 5 dans un domaine CAP, prompt gelé, regroupement en dix axes. Testée, sous le seuil — indicative.

Positionnement — l’Attractor Compass

Pourquoi cet indicateur

Le clivage gauche-droite ne suffit plus à situer un discours. Quand un homme de droite parle d’écologie populaire, quand un homme de gauche défend les frontières, quand un patron de la tech rêve de cités sans territoire, la gauche et la droite ne disent rien de leur rapport au monde habité.

Dans Où atterrir ? Comment s’orienter en politique (La Découverte, 2017), le philosophe Bruno Latour propose une autre boussole, à quatre pôles :

  • Local — l’attachement au sol, aux traditions, à la nation ; dans sa version défensive, le repli derrière la frontière ;
  • Global — l’horizon de la mondialisation, du progrès, de la modernisation ;
  • Hors-Sol — ceux qui ne se pensent plus liés à une terre qui réagit à leurs actes : sécession des plus riches, climatoscepticisme organisé, fuite technologique ;
  • Terrestre — le sol comme acteur politique : on cohabite avec le vivant, sur une planète qui réagit.

L’Attractor Compass — la boussole des quatre attracteurs d’Où atterrir ? — place le texte sur cette carte. On s’en tient strictement à Où atterrir ?, sans mélanger d’autres concepts de Latour.

Comment on mesure

Pour chaque pôle, on a rassemblé des textes archétypaux — des discours, tribunes, manifestes qui l’incarnent clairement — et on en a tiré des phrases-repères. Le texte analysé est découpé en passages, et chaque passage est comparé à ces repères : de quel pôle son vocabulaire et ses idées sont-ils le plus proches ?

Cette proximité seule a un défaut : elle ne voit pas la position. Un texte qui attaque l’écologie emploie le vocabulaire de l’écologie — et serait classé Terrestre. On ajoute donc un second test : pour chaque pôle, le passage soutient-il ou combat-il les idées de ce pôle ? Le score final combine les deux. Les quatre scores se somment à 1 : ils se lisent comme une répartition.

Ce que valent ces chiffres

On a testé l’instrument sur des textes jamais vus pendant sa mise au point. Il retrouve le bon pôle dans 78,9 % des cas — mieux qu’un grand modèle de langue interrogé directement (68,4 %) et nettement mieux que les méthodes classiques de science politique qui positionnent un texte d’après ses mots (Wordscores, 55,3 % ; Wordfish, 39,5 %).

Comment le lire

  • C’est une lecture du texte, pas de la personne : un même orateur peut tirer vers le Global à Davos et vers le Local en meeting.
  • Un pôle qui mène nettement se lit comme une orientation ; une avance partagée se lit comme une tension entre deux pôles, pas comme un classement.
  • L’axe vertical se lit sur l’écart entre Terrestre et Hors-Sol, pas sur leur somme : un texte peut ne tirer ni vers l’un ni vers l’autre.

Ce que l’Attractor Compass ne fait pas

  • Il ne lit pas l’ironie, et les retournements rhétoriques les plus subtils lui échappent encore (écrire sur le techno-capitalisme pour le combattre, par exemple).
  • L’axe Local ↔ Global est le moins bien testé : notre jeu de test manque de textes nettement Local.
  • Il ne juge pas : être Terrestre n’est pas une bonne note, être Hors-Sol n’est pas une mauvaise. C’est la chronique qui commente.

Sous le capot — Attractor Compass Texte découpé en passages d’environ 256 jetons. Chaque pôle est un vecteur moyen de phrases-repères (7 à 13 par pôle, version v4 des repères, calibrées sur 63 textes : 55 archétypes + 8 inversions rhétoriques) dans l’espace de dangvantuan/sentence-camembert-large. Par passage : softmax des cosinus sur les quatre pôles (température τ = 0,03, quasi « le gagnant prend tout »), moyennée sur les passages. Test de position : NLI zéro-shot cmarkea/distilcamembert-base-nli, 3 à 7 hypothèses « pour » et « contre » par pôle ; position[P] = moyenne(max pour) − moyenne(max contre) ∈ [−1 ; +1]. Mélange additif : score[P] = max(0, cosinus[P] + γ·position[P]), renormalisé, γ = 1 — une position neutre laisse passer la proximité sémantique intacte, une position inversée fait basculer le pôle. Comparatifs sur le jeu de test : mistral-large-2512 zéro-shot (médiane de 3 tirages), Wordscores, Wordfish (Slapin & Proksch, 2008). Ce paragraphe décrit la v0.3 ; ce que la v0.5 change est dans l’historique ci-dessous.

Versions de l’Attractor Compass

Chaque graphique de positionnement mesuré avec le test de position indique sa version ; une chronique publiée garde la sienne. La version suit celle du test de position.

VersionDateCe qui change
v0.3mai 2026Proximité sémantique aux phrases-repères + test de position (pour chaque groupe d’hypothèses, la plus forte), mélange additif. Version des chroniques publiées jusqu’au 22 octobre 2026 dont le positionnement inclut le test de position. Les quelques chroniques plus anciennes mesurées par la seule proximité sémantique ne portent pas de version.
v0.418 octobre 2026Deux hypothèses Terrestre ajoutées. Retirée le 21 octobre, avant toute chronique publiée : elle lisait du Terrestre dans les formules de campagne.
v0.522 octobre 202627 hypothèses au lieu de 32, moyenne des deux plus fortes par groupe, chaque hypothèse ramenée à une échelle commune et chaque pôle recentré sur les textes archétypaux. Sur nos textes de référence Terrestre, le test de position est désormais positif 19 fois sur 23 (2 sur 23 en v0.3).

Réseau d’entités — de qui parle le texte, et sur quel ton ?

Ce qu’on mesure

Une machine repère dans le texte les personnes, organisations et lieux cités. Deux noms sont reliés quand ils apparaissent dans la même phrase ; plus ils voisinent souvent, plus le lien est épais. La taille d’un nœud dit combien de fois l’entité est citée.

La couleur dit le ton sur lequel on en parle, du rouge (défavorable) au vert (favorable). Pour l’estimer, on demande d’abord à un modèle de langue d’extraire du texte lui-même cinq phrases nettement élogieuses et cinq nettement hostiles — dans le registre de l’orateur. Puis chaque phrase qui mentionne une entité est comparée à ces deux pôles.

Dans la chronique, le ton s’écrit en mots, sur une grille fixe de sept crans : très défavorable, défavorable, légèrement défavorable, neutre, légèrement favorable, favorable, très favorable — toujours accompagné du nombre de mentions.

Comment le lire

  • Le nombre de mentions pèse le ton. Une entité citée une fois est une présence symbolique ; elle ne fait pas une prise de position.
  • Le ton est calibré sur chaque texte : il dit comment l’orateur parle de X par rapport à sa propre façon de louer et de blâmer. Comparer le « vert » d’un orateur au « vert » d’un autre n’a pas de sens.

Ce que le réseau ne fait pas

  • C’est une approximation : il n’existe pas aujourd’hui d’outil fiable, en français, qui mesure le sentiment envers une entité précise. On l’assume, et on vérifie à la main chaque ton que la chronique commente.
  • Il ne voit pas les pronoms : « il », « elle », « ce gouvernement » ne sont pas rattachés à leur nom.
  • Il lit mal l’ironie.

Sous le capot — réseau et ton Reconnaissance d’entités cmarkea/distilcamembert-base-ner, phrase par phrase sur le texte entier (fenêtres de 300 mots pour les phrases interminables), types PER / ORG / LOC, score ≥ 0,8 ; variantes d’un même nom fusionnées (« Macron » → « Emmanuel Macron »), dictionnaire d’alias. Arêtes = nombre de phrases où deux entités co-apparaissent ; nœuds isolés retirés. Ton (pseudo-ABSA) : pour chaque mention, on remonte de l’entité jusqu’au verbe ou à l’adjectif évaluatif qui la gouverne, on prend la proposition entière, et polarité = cos(proposition, pôle +) − cos(proposition, pôle −) dans l’espace dangvantuan/sentence-camembert-large, moyennée par entité et pondérée par longueur. Les dix phrases-repères sont extraites du texte par mistral-large-2512 (repli sur un jeu générique si l’extraction échoue). Le score brut vit sur une échelle étroite ; il est renormalisé sur [−1 ; +1] pour l’affichage, et c’est cette valeur affichée — jamais la brute — que la chronique traduit en mots. Grille : > +0,20 très favorable · +0,10 à +0,20 favorable · +0,01 à +0,10 légèrement favorable · ±0,01 neutre · et symétriquement côté défavorable.

Registre — quel effort de lecture ?

Ce qu’on mesure

La longueur des phrases et la longueur des mots, combinées dans une formule de lisibilité classique, l’indice Kandel-Moles — l’adaptation française (1958) de la célèbre formule de Flesch. Plus le score est haut, plus le texte est facile. On y ajoute la densité lexicale : la part de mots pleins distincts — un indice de variété du vocabulaire.

Comment le lire

Un score seul ne situe rien. On le lit toujours contre des repères :

RepèreKandel-MolesMots par phrase
Comptines100,35,2
Texte rédigé en FALC (« facile à lire et à comprendre »)72,015,3
Lacan, Discours de Rome (1953)37,439,7
Arrêt du Conseil d’État29,836,6

Au-delà de 55 environ, on est dans une langue simple, proche de l’oral.

Ce que le registre ne fait pas

  • Il ne mesure pas la difficulté des idées : une phrase courte peut être obscure, une phrase longue limpide.
  • À l’oral, la longueur des phrases dépend de la ponctuation, que la transcription et la relecture ont posée — l’orateur, lui, ne ponctue pas. On compare donc prudemment un discours et un texte écrit.

Sous le capot — lisibilité KM = 207 − 1,015 × (mots / phrase) − 73,6 × (syllabes / mot). Phrases et mots par spaCy fr_core_news_lg ; syllabes estimées par groupes de voyelles. Densité lexicale = lemmes distincts / mots pleins. Calcul entièrement déterministe : même texte, même score. Repères calculés sur notre corpus de référence de lisibilité.

Valeurs — les fondations morales

Pourquoi cet indicateur

Un discours politique ne fait pas qu’exposer des mesures : il juge. Il désigne des victimes et des coupables, invoque la justice, la nation, l’ordre. Le psychologue Jonathan Haidt et ses collègues ont proposé une grille pour décrire ces appels : la théorie des fondations morales. Elle distingue plusieurs registres — protéger les plus vulnérables, être juste, être fidèle à son groupe, respecter l’autorité, préserver ce qui est sacré.

Ce qu’on mesure

Le texte est découpé en courts passages de deux ou trois phrases. Pour chacun, un modèle de langue répond à une première question : ce passage porte-t-il un jugement moral — ou se contente-t-il de décrire, d’annoncer une mesure, de saluer la salle ? Puis, s’il juge, à quelle fondation il fait appel.

On en tire deux lectures.

La charge morale : la part des passages du texte qui portent un jugement. C’est la lecture principale.

Les fondations : pour chacune, la part des passages qui l’invoquent.

Pourquoi on compare à une référence

Ces parts brutes ne veulent pas dire grand-chose seules. Notre machine a un biais connu : elle voit du jugement moral plus souvent qu’un lecteur humain. Plutôt que de publier un chiffre faussé, on compare chaque texte à une référence : quelques centaines de textes politiques français mesurés par exactement la même machine, avec les mêmes réglages. Le biais est le même des deux côtés ; il s’annule dans la comparaison.

Et on compare à médium égal : un discours oral à des discours oraux, un texte écrit à des textes écrits. On ne compare jamais un discours à une tribune.

Le graphique dit donc : ce texte porte-t-il plus ou moins de jugements moraux que les textes de sa catégorie ? — et de même pour chaque fondation.

Ce qu’on publie, ce qu’on grise, ce qu’on retire

Toutes les fondations ne se mesurent pas aussi bien. On a fixé les règles de publication avant de voir les résultats :

  • Bienveillance (care) et loyauté : publiées, comme indications relatives.
  • Équité : affichée grisée — la mesure progresse, elle n’a pas encore franchi notre seuil.
  • Autorité et pureté : retirées du graphique. L’autorité, parce que notre mesure confond l’appel à l’autorité avec le simple registre institutionnel d’un discours politique ; la pureté, parce qu’elle est trop rare dans les textes pour qu’on puisse la mesurer.

Enfin, une fondation n’est affirmée sur un texte que si elle y apparaît dans au moins cinq passages. En dessous, elle est marquée « non affirmé ».

Ce que valent ces chiffres

Pour tester la machine, 45 textes ont été codés à la main, passage par passage, par un codeur humain qui ignorait la réponse de la machine. Recodé à l’aveugle quelques semaines plus tard, ce codeur est d’accord avec lui-même à 0,93 (sur 1). Quand on range les textes du plus au moins moralisant, la machine et l’humain sont d’accord sans être confondus : une corrélation de 0,41 — et c’est plutôt le haut de la fourchette, car le prompt a été choisi en partie sur ces mêmes textes.

D’où notre règle : la mesure morale est relative et indicative. Elle situe un texte ; elle ne le note pas. Sur un texte court — une vingtaine de passages — elle se lit comme une indication, pas comme un verdict.

Ce que les fondations morales ne font pas

  • Elles mesurent la présence d’un appel, pas sa direction : invoquer la justice pour la défendre ou pour la railler compte pareil.
  • Elles ne disent pas si un jugement est juste. C’est la chronique qui argumente.

Sous le capot — fondations morales (v3) Segments d’environ 45 jetons (segmenteur turn-token-v1/t45-f30-c65-p40-m12, celui de la référence, réutilisé tel quel). Moteur : Claude Opus 5 (claude-opus-5) sous le prompt gelé « A1 » (règles A–L du livre de codes, celles que suit le codeur humain), empreinte vérifiée à chaque exécution. Charge morale = part des segments où la porte morale s’ouvre (gated_document_share_v1). Référence moral_reference_fr_v1 : 337 documents, 25 269 segments ; 260 documents oraux, 77 écrits. Chaque part est exprimée en écart réduit z = (x − μ) / σ et en percentile dans le seau du médium, avec deux intervalles : l’un dû à la référence (bootstrap), l’autre au texte (bootstrap des segments). Biais mesuré : la machine marque « moral » environ 28 points de plus qu’un humain (+0,276 [0,210 ; 0,343], 315 segments) — constant, il s’annule dans z. Fidélité de rang (ρ de Spearman, document entier) : +0,408 [+0,101 ; +0,662] sur 44 documents, confirmée par une seconde famille de moteurs (Mistral, +0,342) ; α de Krippendorff intra-codeur 0,930 [0,81 ; 1,00] sur 60 segments recodés. Règles de publication pré-enregistrées : couverture (≥ 10 documents non nuls dans l’étalon), signal du moteur (IC du ρ hors de zéro), plancher de 5 segments positifs par chronique. Si la référence ne correspond pas (médium inconnu, réglages différents), aucun z n’est calculé : seule la charge brute est affichée, avec la raison.

Versions des fondations morales

Chaque graphique des valeurs indique la version avec laquelle il a été mesuré ; une chronique publiée garde la sienne.

VersionDateCe qui change
v0.3septembre 2026Claude Opus 5 sous prompt gelé, passage par passage, comparé à une référence de 337 textes politiques à médium égal ; règles de publication fixées avant les résultats. Remplace les mesures des chroniques d’avant la rentrée.

Arguments — qu’affirme le texte, et sur quoi ?

Ce qu’on mesure

Un modèle de langue extrait la colonne vertébrale argumentative du texte : au plus sept affirmations centrales, chacune avec la justification que l’orateur avance. Il a pour consigne de ne rien inventer — mieux vaut zéro argument qu’un argument fabriqué. Ces affirmations apparaissent sur la page sous la forme Arg1, Arg2…, dans une carte en bas de chronique.

Ce qu’on en fait

C’est là que la lecture devient critique. Pour chaque affirmation, la chronique pose une question simple : repose-t-elle sur une démonstration — des faits, des chiffres, un raisonnement vérifiable — ou sur des postulats, des non-dits, des analogies ? Un argument chiffré et sourcé n’est pas forcément juste ; un argument qui ne repose sur rien d’autre que sa propre évidence mérite d’être signalé.

Ce que la carte ne fait pas

  • C’est une extraction, pas un jugement de vérité : la carte dit ce que le texte avance, pas si c’est vrai.
  • Elle choisit les sept arguments les plus structurants ; elle peut en manquer.
  • Elle ne dessine pas encore les liens entre arguments (qui soutient quoi, qui contredit quoi).

Sous le capot — carte d’arguments Un appel mistral-large-2512 en mode JSON, température 0,2 : au plus 7 couples (affirmation, prémisse), chacun avec une confiance high (les deux explicites), medium (prémisse implicite mais sans ambiguïté), low. La lecture « démonstration ou postulat » est écrite par l’agent, puis vérifiée à la chasse aux contresens.

Versions de la carte d’arguments

Chaque carte d’arguments indique la version avec laquelle elle a été extraite ; une chronique publiée garde la sienne, rien n’est recalculé.

VersionDateCe qui change
v1.0avril 2026Première version : un seul appel sur le texte entier, au plus 7 arguments. Un thème dominant pouvait noyer les arguments des thèmes minoritaires.
v2.0octobre 2026Extraction thème par thème : une passe de cadrage général sur le texte entier (3 arguments au plus, 6 quand le texte parle peu de politiques publiques), puis une passe par domaine CAP présent dans le radar. Chaque argument est ancré aux phrases où il est dit — un argument dont l’ancre ne se retrouve pas dans le texte est écarté — et rattaché, le cas échéant, aux questions de la note de cadrage. Au plus 40 arguments. Sans radar (texte non francophone, formats longs), la v1.0 s’applique.

Citations — ce qu’on fait dire à l’orateur

Les citations d’une chronique sont des phrases exactes de l’orateur, et rien d’autre.

Pour les trouver, on croise deux instruments : les passages qui portent un jugement moral et ceux qui parlent d’une politique publique. Un passage qui fait les deux est un candidat de choix — c’est là qu’un orateur dit ce qu’il veut et pourquoi. Un modèle de langue propose des citations dans ce vivier ; puis un garde-fou ne garde que celles qui figurent mot pour mot dans la transcription. Pas de correspondance exacte, pas de citation.

L’éditeur choisit ensuite celles qui sont publiées. Quand la source est une vidéo, chaque citation renvoie au moment exact où elle est prononcée : le lien « écouter ».

Sous le capot — citations Vivier construit sur une même colonne de caractères : chaque segment moral, chaque phrase CAP, chaque tour de parole est ramené à ses positions exactes dans la transcription. Passage moral + phrase politique → « prime » ; politique sans jugement → « claim » ; jugement sans politique → « quote ». Un appel mistral-large-2512 propose ; le garde-fou exige une correspondance exacte de 4 à 60 mots dans un tour de l’orateur ; chaque rejet est compté par motif. Chaque citation porte la phrase qui la précède et celle qui la suit, son horodatage et son locuteur, rattaché à notre référentiel de personnalités : une citation qu’on ne sait pas attribuer n’est pas écrite.

Ce que nos chroniques ne font pas

  • Elles ne notent pas les orateurs. Elles lisent un texte, à un moment donné.
  • Elles ne se comparent qu’à version égale. Nos instruments ont fait un saut à la rentrée 2026 ; les chroniques plus anciennes, mesurées avec les instruments précédents, sont reconstruites une fois, une seule — c’est l’exception. Depuis la rentrée, une chronique publiée n’est plus jamais recalculée : elle garde la version de l’instrument avec laquelle elle a été mesurée, et chaque graphique l’indique (« Attractor Compass v0.3 »). Deux chroniques ne se comparent sur un instrument que si elles en partagent la version — et on ne dit jamais « le plus X du corpus ». L’historique des versions est donné avec chaque instrument : Thèmes, Positionnement, Valeurs.
  • Elles ne comparent jamais un discours oral et un texte écrit sur les valeurs : ils n’ont pas la même référence.
  • Elles ne remplacent pas la lecture. Les instruments signalent, la lecture confirme. Chaque chiffre commenté a été relu contre le texte.

Les modèles utilisés

ÉtapeModèleÉditeurCe qu’il fait
Transcriptionvoxtral-mini-latestMistral AItranscrit l’audio, sépare les voix, horodate
Thèmesclaude-opus-5Anthropicclasse chaque phrase dans un domaine CAP (prompt gelé)
Valeursclaude-opus-5Anthropicrepère jugement moral et fondations (prompt gelé A1)
Positionnementdangvantuan/sentence-camembert-largeopen source (Hugging Face)proximité sémantique aux quatre pôles
Positionnementcmarkea/distilcamembert-base-nliopen source (Hugging Face)test de position pour / contre
Réseau d’entitéscmarkea/distilcamembert-base-neropen source (Hugging Face)repère personnes, organisations, lieux
Ton des entitésdangvantuan/sentence-camembert-largeopen source (Hugging Face)compare chaque mention aux phrases-repères
Phrases-repères du tonmistral-large-2512Mistral AIextrait 5 + 5 phrases du texte
Argumentsmistral-large-2512Mistral AIextrait au plus 7 affirmations et leurs justifications
Citationsmistral-large-2512Mistral AIpropose des citations, vérifiées mot pour mot
Phrases, lemmesfr_core_news_lgspaCy (open source)découpe le texte en phrases et en mots
RédactionClaude, dans une session Claude CodeAnthropicrédige les sections et la synthèse, sous contrôle de l’éditeur

L’édito, lui, n’a pas de modèle : il est écrit par l’éditeur.

Pour aller plus loin

  • Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique, La Découverte, 2017.
  • Comparative Agendas Project — comparativeagendas.net.
  • Jesse Graham, Jonathan Haidt, Brian Nosek, « Liberals and conservatives rely on different sets of moral foundations », Journal of Personality and Social Psychology, 2009 ; Jonathan Haidt, The Righteous Mind, 2012.
  • Abraham Moles et Kandel, adaptation française de la formule de Flesch (1958).
  • Jonathan Slapin et Sven-Oliver Proksch, « A Scaling Model for Estimating Time-Series Party Positions from Texts » (Wordfish), American Journal of Political Science, 2008.
← Toutes les chroniques