La 79ᵉ édition du Festival de Cannes (12–23 mai 2026) vient de se terminer. Ce dossier choisit six réalisateurs et réalisatrices repérés dans les trois grandes sélections (Compétition, Un Certain Regard, Quinzaine des cinéastes), et part de leur film cannois 2026 pour remonter leur filmographie. Une visite guidée des sélections cannoises : du cœur de la Compétition (Gray, Sachs, Los Javis) vers les découvertes d'Un Certain Regard (Schoenbrun et sa Queer Palm), puis l'audace de la Quinzaine (Barnard, Jung).
La rédaction d'AFK.live
Il paraît que le propre des génies est d'être incompris. Cette maxime s'applique à James Gray sans doute plus qu'à tout autre cinéaste contemporain. Auteur de cinq films magistraux, James Gray a acquis le statut d'auteur majuscule aux États-Unis comme en France, pays de la cinéphilie où l'on aime ériger des statues. Pourtant, au-delà de cette réputation hors norme, le parcours de James Gray se définit par une incompréhension permanente entre le cinéaste, mû par une éthique intransigeante, et le reste du monde : conflit dantesque avec ses producteurs, dialogue de sourds avec les studios, échecs publics des films, descente en flèche par la critique, accueil glacial dans les festivals.
↗ Lire la source — rockyrama.comPortrait de James Gray : cinéaste new-yorkais classique, plus célébré en France qu'aux États-Unis, dont le parcours se définit par une incompréhension permanente avec l'industrie.
Little Odessa (1994), premier film de James Gray, écho direct à Paper Tiger : retour aux origines de Brighton Beach.
We Own the Night (2007), thriller familial new-yorkais de James Gray.
The Immigrant (2013), drame d'époque de James Gray avec Marion Cotillard et Joaquin Phoenix.
Avec méthode, avec persistance, avec obsession. Mais je laisse aussi la place à ma propre vulnérabilité. Je pense qu'il faut accepter la peur, la possibilité de l'échec. C'est ce qui peut rendre une œuvre vibrante, humaine. Il faut qu'il y ait de l'insécurité, du doute. Je crois que la fragilité est l'élément le plus important de mon cinéma. Je crois que ce choix vient du fait que j'ai moi-même grandi dans le théâtre. J'ai commencé à mettre en scène des pièces à quinze ans. Le premier film que j'ai réalisé, Vaudeville (1992), était déjà un drame en coulisses : on suivait une troupe qui monte une pièce, tandis qu'évoluait un triangle amoureux entre trois hommes. Le théâtre est donc un monde qui m'est familier, mais aussi un milieu très visuel. Je m'inspire beaucoup du cinéma de Jacques Rivette, des questions qu'il pose. Quels drames se jouent lors de répétitions ? Comment cela nous parle du processus créatif ? Et de la vie même ?
↗ Lire la source — troiscouleurs.frPortrait d'Ira Sachs : figure du cinéma indépendant américain, très inspiré du cinéma français (Rivette, Rohmer, Pialat), qui place la fragilité et la vulnérabilité au cœur de son cinéma.
Passages (2023), dernier film d'Ira Sachs avant The Man I Love, triangle amoureux queer avec Franz Rogowski.
Love Is Strange (2014), drame intimiste d'Ira Sachs sur un couple gay new-yorkais.
Javier Calvo et Javier Ambrossi, qu'on surnomme "Los Javis", sont pour la première fois en compétition avec ce second long-métrage ambitieux, qui allie spectacle et profondeur, avec à l'affiche, entre autres, Penélope Cruz et Glenn Close. Ce film brillant raconte à la fois la guerre d'Espagne et la condition homosexuelle à travers le destin de trois hommes, à trois époques, en s'appuyant sur le roman inachevé du poète espagnol Federico Garcia Lorca, assassiné par les Phalanges espagnoles en 1936.
↗ Lire la source — franceinfo.frPortrait de Los Javis : duo espagnol révélé par la télévision, héritiers revendiqués d'Almodóvar, qui signent avec La Bola negra leur second long métrage ambitieux.
La Llamada (2017), unique long métrage de Los Javis avant Cannes, adaptation de leur comédie musicale.
Repéré.e en 2024 avec son deuxième long métrage, « I Saw The TV Glow », Jane Schoenbrun, cinéaste non-binaire, débarque à Cannes en sélection officielle avec l'excitant « Teenage Sex and Death at Camp Miasma », qui fera l'ouverture de la section Un Certain Regard. Le deuxième long métrage de l'Américain.e raconte l'histoire de deux ados (joués par Justice Smith et Jack Haven) fans d'une série proche de Buffy contre les vampires, The Pink Opaque. Les deux misfits s'y réfugient de manière compulsive jusqu'à ce que la différence entre réalité et fiction se trouble – voire s'anéantisse. Un récit et une atmosphère entre les cinémas de Lynch et de Cronenberg, qui contiennent une réflexion autour des écrans et de la fiction qui aident à vivre autant qu'une grande allégorie sur la transidentité, avec notamment ses personnages qui s'interrogent sur la réalité, qui passent d'un monde à l'autre et se replient face à un monde hostile.
↗ Lire la source — troiscouleurs.frPortrait de Jane Schoenbrun : cinéaste non-binaire américain.e, révélé.e par I Saw the TV Glow, voix majeure du cinéma queer et trans, entre Lynch et Cronenberg.
We're All Going to the World's Fair (2021), premier long métrage de fiction de Jane Schoenbrun.
Ali & Ava est réalisé par la Britannique Clio Barnard. Découverte avec The Arbor qui fut nommé aux BAFTA et primé à Tribeca, Barnard a plus particulièrement été remarquée avec Le Géant égoïste qui fut sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs avant de sortir en France en 2013. La cinéaste a, depuis, réalisé Dark River avec Ruth Wilson dont la carrière a été plus discrète.
↗ Lire la source — lepolyester.comPortrait de Clio Barnard : réalisatrice britannique du cinéma social anglais, ancrée à Bradford dans le Yorkshire, remarquée avec Le Géant égoïste à la Quinzaine.
The Selfish Giant (2013), film le plus primé de Clio Barnard, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs.
Ali & Ava (2021), déjà présenté à la Quinzaine des cinéastes.
Pendant 2h27, July Jung s'amuse à explorer les facettes du cas de Freud pour mieux réduire en miette son analyse particulièrement biaisée. Au fil des séquences, Dora (Doyeon Kim, absolument magnétique) est ainsi filmée de plus en plus près, comme si la cinéaste tenait à nous faire entrer dans sa tête – ou en tout cas à nous faire suivre ses péripéties de son point de vue. De même que son désir. Intriguée par le maître-nageur depuis qu'elle l'a vu copuler en forêt, elle semble ne pas vouloir donner suite à ses tentatives de rapprochement. A l'instar de celles du voisin, qui s'est convaincu que sa nouvelle muse tente de le séduire. C'est ainsi sur l'ex-actrice japonaise que la jeune femme jette son dévolu. Leur complicité du début est belle, saine mais finalement mise à mal dès lors qu'elle est confrontée au désir des hommes (le père ayant effectivement une liaison avec celle-ci).
↗ Lire la source — ecrannoir.frJuly Jung clôt le dossier avec Dora à la Quinzaine des cinéastes 2026. La Sud-Coréenne (de son vrai nom Jeong Joo-ri) adapte malicieusement le « cas Dora » de Freud.
La cinéaste coréenne Jeong Joo-ri, plus connue sous son pseudonyme July Jung, fait partie de ces cinéastes asiatiques que le Festival de Cannes a pris sous son aile au cours de la dernière décennie, et restés jusqu'ici dans l'antichambre de la compétition officielle. En 2014, on découvrait cette réalisatrice au style singulier avec A Girl at my Door, suivi il y a quatre ans du brillant drame social About Kim Sohee (connu aussi sous son titre anglais Next Sohee), tous deux portés par l'une des actrices coréennes les plus connues au monde, Bae Doona. Ces deux premiers longs-métrages, en dépit de tons très différents, étaient marqués du même goût pour l'étude de personnages féminins solitaires, écrasés par la société patriarcale sud-coréenne. Son troisième film, Dora, présenté cette fois-ci à la Quinzaine des Cinéastes (après Un certain regard puis la Semaine de la Critique pour les deux précédents opus), suit le même sillon.
↗ Lire la source — cinematraque.comPortrait de July Jung : cinéaste sud-coréenne accompagnée par Cannes de section en section (Un Certain Regard, Semaine de la critique, Quinzaine), portraitiste de figures féminines écrasées par la société patriarcale.
A Girl at My Door (도희야, 2014), premier long métrage de July Jung, produit par Lee Chang-dong.
About Kim Sohee / Next Sohee (다음 소희, 2022), drame social de July Jung avec Bae Doona.