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Pipeline · 18 h 09 Sam. 27 juin · N° 0559
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25 instituts suivis · curation LLM nocturne
Idées · 25 instituts · 3 hors-axe · curation LLM

Notes, rapports,

sondages.

Les think-tanks, fondations et instituts de sondage publient des centaines de pages chaque semaine — AFK suit, classe par sensibilité politique, et fait remonter ce qui vaut le coup. De l'extrême gauche à l'extrême droite, on lit tout — on signale d'où parle qui.

01 · Spectre politique · 25 instituts classés

On dit d'où parle qui.

Les instituts sont placés sur un axe gauche–droite, les instituts de sondage classés à part. Le placement est fait par la rédaction AFK, à partir de la ligne éditoriale assumée par chaque institut — il ne préjuge pas de la rigueur des travaux.

Hors-axe · instituts de sondage
CL
Cluster17
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EL
Elabe
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IFOP
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← Extrême gauche
Extrême droite →
RP
Révolution Permanente
extrême gauche · 292/sem
Contretemps
extrême gauche · 26/sem
CO
AF
ATTAC France
extrême gauche · 11/sem
Amnesty International France
gauche · 2/sem
AI
FJ
Fondation Jean-Jaurès
gauche · 67/sem
Greenpeace France
gauche · 1/sem
GF
IL
Institut La Boétie
gauche · 7/sem
Institut Rousseau
gauche
IR
OF
Oxfam France
gauche · 14/sem
The Shift Project
gauche · 2/sem
TS
GR
GRIP
centre · 10/sem
Institut Jacques Delors
centre · 14/sem
IJ
IM
Institut Montaigne
centre · 45/sem
IRIS
centre · 57/sem
IR
TN
Terra Nova
centre · 9/sem
WWF France
centre
WF
GE
GenerationLibre
droite · 1/sem
Institut des Libertés
droite · 15/sem
ID
Institut économique Molinari
droite · 3/sem
Institut Thomas More
droite · 30/sem
IT
II
Institut Iliade
extrême droite · 12/sem
Polémia
extrême droite · 32/sem
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Révolution Permanente
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Amnesty International France
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Fondation Jean-Jaurès
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Institut Jacques Delors
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WWF France
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Institut des Libertés
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Institut économique Molinari
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Institut Thomas More
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Institut Iliade
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Polémia
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Curation rédactionnelle · classement par ligne éditoriale assumée · positions revues chaque trimestre
02 · À la une · épinglés par la rédac

Trois textes qui méritent votre temps.

Notes longues, rapports denses, démonstrations chiffrées — pris en charge par la rédaction AFK. On lit tout, on signale ce qui vaut le coup.

Épinglés par la rédac · 3 places maximum
J
Fondation Jean-Jaurès
gauche
★ Épinglé · Rapport

Radiographie de l’électorat de gauche à un an de l’élection présidentielle

À quoi ressemble l électorat de gauche à un an de l’élection présidentielle ? À partir des données de l’ Enquête électorale française réalisée par Ipsos pour la Fondation Jean-Jaurès, Le Monde et le Cevipof, Antoine Bristielle, directeur de l’Observatoire de l’opinion de la Fondation, dresse une radiographie et met en lumière quatre grandes familles qui, si elles partagent un socle important de préoccupations et d aspirations, divergent sur les stratégies politiques. Il offre ainsi un éclairage précieux sur les rapports de force qui structureront la prochaine séquence présidentielle. Méthodologie Cette analyse s appuie sur les données de l Enquête électorale conduite par Ipsos pour la Fondation Jean-Jaurès, Le Monde et le Cevipof, réalisée auprès d un échantillon de plus de 11 000 individus représentatifs de la population française. La plupart des variables utilisées proviennent de la vague la plus récente, réalisée en avril 2026. Néanmoins, certaines questions relatives aux valeurs, aux attitudes politiques ou aux enjeux de société n étant pas présentes dans cette vague, nous avons ponctuellement mobilisé des variables issues de vagues antérieures de l enquête, notamment celles réalisées à l occasion des élections européennes et législatives de 2024. L analyse porte spécifiquement sur les individus se positionnant à gauche sur une échelle gauche-droite allant de 0 à 10. Ont ainsi été retenus les répondants se situant entre 0 et 4 inclus. Cet espace représente aujourd hui 29% de l ensemble de l électorat français. L objectif de cette étude est double. Il s agit d une part d identifier les principales familles qui composent aujourd hui l électorat de gauche et, d autre part, de mieux comprendre les rapports de force potentiels entre les différentes offres politiques susceptibles de s affronter lors de l élection présidentielle de 2027. Afin de saisir les proximités et les lignes de fracture au sein de cet électorat, nous avons mobilisé les probabilités de vote déclarées pour les principales forces politiques lors d une prochaine élection. Dans un contexte où les candidatures présidentielles ne sont pas encore arrêtées, ces probabilités de vote permettent d appréhender non seulement les préférences actuelles des électeurs, mais également leurs espaces potentiels de circulation politique. Une analyse typologique a été réalisée afin d identifier les principales structures internes de l électorat de gauche. Le nombre optimal de groupes a d abord été déterminé à partir d une classification ascendante hiérarchique, permettant de faire émerger les principales divisions au sein de la population étudiée. Sur cette base, une segmentation a ensuite été effectuée à l aide de la méthode des k-means. Il est important de souligner que cette classification repose exclusivement sur les probabilités de vote déclarées pour les différentes forces politiques. Les variables sociodémographiques, les systèmes de valeurs ou les positionnements sur les grands enjeux économiques, sociaux et culturels n ont pas été utilisés pour construire les groupes. L objectif était ici d identifier les principales coalitions électorales potentielles au sein de l électorat de gauche, indépendamment des caractéristiques individuelles des répondants. Ces variables ont ensuite été mobilisées dans un second temps afin de caractériser et d interpréter les profils obtenus. Cette démarche permet ainsi de mettre au jour les principales familles politiques qui structurent aujourd hui la gauche française, mais également d identifier les espaces de concurrence et de circulation électorale susceptibles de jouer un rôle décisif à l approche de l élection présidentielle de 2027. À moins d un an de l élection présidentielle de 2027, la gauche aborde cette échéance dans un contexte de forte fragmentation politique. Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise (LFI), est déjà entré en campagne et entend bien se qualifier pour le second tour de la présidentielle. Face à lui, les candidatures potentielles se multiplient. Raphaël Glucksmann apparaît aujourd hui comme le plus en avance, mais d autres figures pourraient également prétendre incarner une alternative de gauche au mélenchonisme, qu elles soient issues du Parti socialiste, des Écologistes ou d autres sensibilités de gauche. Si les contours exacts de cette offre politique restent encore incertains, une chose semble en revanche largement probable : l élection présidentielle verra s affronter au moins deux offres concurrentes au sein de la gauche. Dès lors, deux questions apparaissent centrales. La première concerne l état réel de la gauche française. Depuis une dizaine d’années, et le quinquennat de François Hollande en particulier, le débat public est régulièrement structuré autour de l idée de « deux gauches irréconciliables », opposant une gauche « réformiste » à une gauche de « « rupture ». Les tensions permanentes entre LFI et le reste de la gauche semblent donner du crédit à cette lecture. Mais les électeurs de gauche sont-ils réellement aussi divisés que les organisations politiques qui prétendent les représenter ? La seconde question est directement liée à l échéance présidentielle qui s annonce. Dans un contexte où plusieurs candidatures de gauche devraient être présentes, quelle offre politique apparaît aujourd hui la mieux placée pour prendre l ascendant sur les autres ? Quels électorats sont déjà solidement ancrés dans un camp ? Lesquels restent ouverts à plusieurs offres concurrentes ? Et quelles coalitions semblent les plus susceptibles de s imposer à l approche de 2027 ? Pour répondre à ces questions, nous avons analysé les attitudes, les valeurs et les attentes des Français qui se positionnent à gauche sur une échelle gauche-droite, c est-à-dire entre 0 et 4 sur une échelle allant de 0 à 10. Cet espace représente aujourd hui seulement 29% de l ensemble des électeurs français. L analyse met en évidence quatre grands groupes au sein de ces 29% : un noyau insoumis fortement fidèle à Jean-Luc Mélenchon représentant 20% de l’électorat de gauche ; une gauche largement tournée vers LFI en 2022, mais désormais en rupture avec le mélenchonisme (25%) ; un centre gauche en quête d offre politique (23%) ; et enfin un bloc du « vote utile à gauche », davantage attaché à la victoire de la gauche qu à une force partisane particulière (32%). Graphique 1. Les différentes familles de la gauche Base : Français qui se situent entre 0 et 4 sur une échelle gauche-droite allant de 0 à 10, soit 29% du corps électoral. Les résultats conduisent à deux conclusions principales. D une part, les divisions qui traversent aujourd hui la gauche portent moins sur les objectifs poursuivis que sur les stratégies permettant de les atteindre. Santé, pouvoir d achat, éducation ou encore réduction des inégalités constituent des priorités largement partagées par l ensemble de ses composantes. Les principaux clivages concernent davantage le rapport à la radicalité, au compromis et surtout à LFI, dont le rejet apparaît désormais comme un facteur structurant pour une partie importante de l électorat de gauche. D autre part, la compétition qui s annonce pour 2027 pourrait largement se jouer autour d un même électorat pivot. Alors que certains groupes apparaissent déjà fortement ancrés dans un camp, le bloc du « vote utile à gauche » demeure ouvert à plusieurs offres concurrentes et constitue aujourd hui le principal espace de bataille entre une candidature portée par LFI et une offre alternative issue du reste de la gauche. Le noyau insoumis Représentant 20% de l électorat de gauche, soit environ 6% de l ensemble des électeurs français, le noyau insoumis constitue le cœur militant et électoral de LFI. Plus qu un simple soutien à Jean-Luc Mélenchon, ce groupe se caractérise par une forte cohérence idéologique et par une adhésion à une stratégie de rupture politique, économique et institutionnelle. Un socle électoral extrêmement fidèle Aucun autre groupe n entretient un lien aussi fort avec LFI. En 2022, 86% des membres de ce groupe avaient voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l élection présidentielle. Deux ans plus tard, 63% ont choisi la liste conduite par Manon Aubry aux élections européennes. Aujourd hui encore, ils affichent une probabilité moyenne de 8,4 sur 10 de voter pour LFI lors d une prochaine élection, aucun autre parti n atteignant un niveau comparable. De manière cohérente, 76% déclarent qu ils seraient satisfaits d une victoire de Jean-Luc Mélenchon à l élection présidentielle. Tableau 1. Probabilité moyenne de vote lors des prochaines échéances électorales Le noyau insoumis La rupture mélenchoniste Le centre gauche en quête d offre Le vote utile à gauche La France insoumise 8,4 0,8 1,6 7,3 Les Écologistes 4,5 4,2 5,3 7,5 Parti socialiste 2,3 6 7,1 7,3 Renaissance 0,3 0,8 5,1 1,8 Horizons 0,4 1,1 5,3 2 Rassemblement national 0,3 1,2 1,1 0,4 Lecture : Le noyau insoumis a une probabilité moyenne de 8,4/10 de voter pour La France insoumise lors des prochaines élections. Cette proximité partisane s accompagne d un ancrage idéologique particulièrement marqué à la gauche de la gauche. Sept membres sur dix se situent entre 0 et 2 sur l échelle gauche-droite : 28% se placent à 0, quand 17% se placent à 1 et 25% à 2. Il s agit de loin du groupe le plus à gauche de l ensemble de la typologie. Une gauche de rupture En ce qui concerne les priorités pour la prochaine présidentielle, le noyau insoumis partage une large partie des préoccupations du reste de la gauche. La préservation du système de santé est citée par 90% de ses membres, soit le niveau le plus élevé des quatre groupes. Viennent ensuite la réduction des inégalités sociales (85%), l amélioration du pouvoir d achat (73%) et celle du système éducatif (72%). La principale spécificité de ce groupe réside dans l importance accordée à la lutte contre les discriminations, considérée comme prioritaire par 71% de ses membres. Cette thématique n apparaît dans le top 5 des préoccupations d aucun des autres groupes. Mais c est surtout leur rapport au changement qui distingue les électeurs du noyau insoumis des autres. Alors que 78% des membres du noyau insoumis considèrent que la démocratie française fonctionne mal, ils sont 35% à souhaiter une transformation radicale de la société, soit plus du double de la moyenne observée dans l ensemble de la gauche (17%), et 45% privilégient une réforme en profondeur de la société. Graphique 2. Souhait de transformation de la société dans les années à venir Cette aspiration à la rupture se retrouve également dans leur rapport à la conflictualité politique. Ils constituent le seul groupe où une majorité absolue estime qu il n y a pas assez d idées et de comportements radicaux dans la vie politique française (56%, contre 33% en moyenne parmi les électeurs de gauche et 33% parmi la population française). De la même manière, 56% préfèrent un responsable politique qui reste fidèle à ses convictions sans faire de compromis plutôt qu un dirigeant prêt à faire des compromis, contre seulement 34% dans l ensemble de la gauche et 45% dans l’ensemble de la population française. Graphique 3. Rapport à la radicalité en politique Sur les questions économiques, cette logique de rupture est tout aussi visible. Ainsi, 84% considèrent que la justice sociale suppose de prendre aux riches pour donner aux pauvres, soit 15 points de plus que la moyenne des quatre groupes. Seuls 12% estiment que les chômeurs pourraient trouver un emploi s ils le voulaient réellement, contre 31% en moyenne dans la gauche. Enfin, 87% jugent nécessaire que l État contrôle plus étroitement les entreprises afin de faire face aux difficultés économiques, soit le niveau le plus élevé à gauche. Une société ouverte mais une relation plus distante à l Europe Le noyau insoumis apparaît également comme l un des groupes les plus ouverts sur les questions de société. Seuls 9% considèrent qu il y a trop d immigrés en France, contre 15% dans l ensemble de la gauche. De même, 19% seulement estiment que « l on ne se sent plus chez soi comme avant », contre 26% dans la moyenne des quatre groupes. En revanche, ce groupe se distingue par une relation beaucoup plus critique à l Union européenne. Seuls 41% considèrent que l appartenance de la France à l Union européenne est une bonne chose, contre 67% dans l ensemble de la gauche, 72% au sein du bloc du « vote utile à gauche » et même 85% au sein du centre gauche. Il s agit de l une des principales lignes de fracture qui le séparent des autres composantes de l électorat de gauche. Graphique 4. « L’appartenance de la France à l’Union européenne est une bonne chose » Une jeunesse diplômée mais économiquement fragilisée Sociologiquement, le noyau insoumis est avant tout un électorat jeune. Près de la moitié de ses membres (47%) ont moins de 35 ans, contre seulement 16% dans l ensemble de la population française. Il est également fortement urbain : 48% vivent dans une commune de plus de 200 000 habitants. Cet électorat présente également un niveau de diplôme élevé. Près des deux tiers (62%) sont diplômés du supérieur, soit 7 points de plus que la moyenne nationale. Pour autant, ce capital scolaire ne se traduit pas nécessairement par une situation économique confortable. Quatre membres sur dix appartiennent à un foyer dont les revenus mensuels nets sont inférieurs à 2000 euros. Seuls 31% déclarent qu il leur est facile de mettre de l argent de côté à la fin du mois, contre 40% dans l ensemble des groupes étudiés. De même, 47% seulement affirment pouvoir faire face à une dépense imprévue de 400 euros, contre 60% en moyenne parmi les électeurs de gauche. Cette fragilité se retrouve également dans le rapport à la vie quotidienne. Seuls 33% se déclarent satisfaits de la vie qu ils mènent, soit 10 points de moins que la moyenne des quatre groupes (43%). Les employés y sont légèrement surreprésentés (18% contre 14% dans l ensemble de la gauche), tout comme les inactifs non retraités (22% contre 16%). Au total, le noyau insoumis apparaît comme une gauche jeune, diplômée mais souvent économiquement fragile, fortement attachée à l intervention de l État et à une transformation profonde de la société. Plus encore que ses positions programmatiques, c est son rapport à la radicalité et son rejet du compromis qui le distinguent des autres familles de gauche et en font aujourd hui le socle le plus solide de Jean-Luc Mélenchon. Recevez chaque semaine toutes nos analyses dans votre boîte mail Abonnez-vous La rupture mélenchoniste : la gauche qui a quitté La France insoumise Représentant 25% de l électorat de gauche, soit environ 7% de l ensemble des électeurs français, ce groupe se caractérise avant tout par la rupture qu il a opérée avec Jean-Luc Mélenchon et LFI au cours des dernières années. Une rupture spectaculaire avec LFI L évolution de cet électorat apparaît particulièrement nette lorsque l on observe ses comportements électoraux. En 2022, 41% de ses membres avaient voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l élection présidentielle. Aujourd hui, leur probabilité moyenne de voter pour LFI n est plus que de 0,8 sur 10 et seulement 1% déclarent qu ils seraient satisfaits d une victoire de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. Tableau 2. Vote au premier tour de la présidentielle de 2022 Le noyau insoumis La rupture mélenchoniste Le centre gauche en quête d offre Le vote utile à gauche Jean-Luc Mélenchon 86% 41% 17% 74% Fabien Roussel 3% 10% 5% 3% Yanick Jadot 1% 12% 13% 10% Anne Hidalgo 1% 6% 6% 3% Emmanuel Macron 2% 16% 48% 7% Plus qu’une prise de distance, il s’agit désormais d’un rejet massif de La France insoumise. Les trois quarts de ce groupe (75%) considèrent désormais que LFI constitue un danger pour la démocratie et 83% estiment qu elle attise la violence dans la société. Fait particulièrement révélateur, ces jugements sont quasiment identiques à ceux portés sur le Rassemblement national (RN) : 78% des membres de ce groupe considèrent que le RN est un danger pour la démocratie et 78% qu il attise la violence. Aux yeux de ces électeurs, LFI apparaît donc aujourd hui comme une force politique aussi problématique que l extrême droite sur le plan démocratique. Graphique 5. Image de LFI auprès des différentes familles de la gauche Pour autant, cette rupture avec le mélenchonisme ne s est pas traduite par un report massif vers une autre force politique, qui pourrait bénéficier d’un transfert « automatique » de ses voix. Le Parti socialiste obtient une probabilité moyenne de vote de 6 sur 10, tandis que les Écologistes atteignent seulement 4,2 sur 10. Aucun candidat alternatif à Jean-Luc Mélenchon ne suscite un enthousiasme majoritaire : 43% seulement seraient satisfaits d une victoire de Raphaël Glucksmann, 23% d Olivier Faure et 19% de Marine Tondelier. Ce groupe apparaît ainsi davantage comme une gauche en rupture avec une offre politique que comme un électorat déjà rassemblé derrière une nouvelle incarnation. Un groupe toujours solidement ancré à gauche Malgré ce rejet de LFI, les attentes exprimées par ce groupe restent très proches de celles observées au sein du noyau insoumis. La préservation du système de santé constitue leur priorité (86%), devant l amélioration du pouvoir d achat (69%), celle du système éducatif (64%) et la réduction des inégalités sociales (61%). La principale différence concerne la lutte contre les discriminations, qui constituait une priorité majeure du noyau insoumis mais n apparaît pas en tête des principaux enjeux de ce groupe. Tableau 3. Sujets jugés déterminants pour faire son choix de vote lors de la prochaine présidentielle Le noyau insoumis La rupture mélenchoniste Le centre gauche en quête d offre Le vote utile à gauche Augmenter le budget de la défense 5% 13% 19% 7% Mieux maîtriser l immigration 9% 25% 19% 9% Supprimer l indexation du montant des retraites sur l inflation, au-delà d un certain montant 18% 20% 15% 16% Augmenter nos capacités de production d énergie via le nucléaire 19% 27% 29% 16% Limiter l usage des écrans et des réseaux sociaux chez les moins de 15 ans 10% 22% 24% 17% Reculer l âge de départ à la retraite 23% 15% 13% 18% Assurer une meilleure sécurité des biens et des personnes 25% 36% 34% 23% Maintenir la place de la France dans le Monde 26% 37% 43% 26% Réduire la dette et les déficits 18% 43% 46% 26% Baisser le niveau des impôts et des taxes 28% 33% 22% 27% Améliorer l attractivité de l économie 29% 43% 47% 29% Favoriser la construction de nouveaux logements 35% 30% 23% 30% Favoriser l accès aux logements sociaux 50% 34% 23% 43% Lutter contre le chômage 46% 48% 39% 43% Augmenter nos capacités de production d énergie via les énergies renouvelables 43% 42% 46% 48% Taxer davantage les successions des plus aisés 63% 39% 29% 52% Faire en sorte que le travail paie davantage 70% 59% 50% 57% Lutter contre les discriminations 71% 46% 42% 60% Améliorer le pouvoir d achat des Français 73% 69% 56% 65% Améliorer le système éducatif 72% 64% 62% 66% Préserver l environnement 60% 52% 56% 68% Réduire les inégalités sociales 85% 61% 50% 76% Préserver le système de santé 90% 86% 78% 88% Cette proximité idéologique avec le noyau insoumis se retrouve également sur les questions économiques. Près des deux tiers de ce groupe (65%) considèrent que la justice sociale suppose de prendre aux riches pour donner aux pauvres. Une proportion identique estime que l État devrait contrôler plus étroitement les entreprises afin de faire face aux difficultés économiques. Ces niveaux sont certes inférieurs à ceux observés dans le noyau insoumis (84% et 87%), mais ils demeurent néanmoins extrêmement élevés. Cette réalité constitue sans doute l un des principaux enseignements de ce groupe : le rejet du mélenchonisme ne s accompagne pas d un basculement vers le centre ou vers le « social-libéralisme ». Le choix du compromis plutôt que de la rupture La véritable différence avec le noyau insoumis se situe ailleurs. Elle concerne moins les objectifs poursuivis que les méthodes permettant de les atteindre. Alors que le noyau insoumis revendique davantage de radicalité, ce groupe exprime au contraire une forte demande d apaisement politique. Près des trois quarts de ses membres (74%) considèrent qu il y a trop d idées et de comportements radicaux dans la vie politique française. Ce chiffre est plus de deux fois supérieur à celui observé au sein du noyau insoumis, dont seulement 44% partagent cette opinion. Graphique 6. Type de dirigeant politique préféré au sein des différentes familles de la gauche De même, 65% préfèrent un dirigeant capable de faire des compromis avec ses adversaires politiques, contre seulement 44% au sein du noyau insoumis. Cette opposition apparaît également dans leur rapport au changement social. Une majorité absolue (54%) souhaite réformer la société en profondeur, mais seulement 15% appellent à une transformation radicale, soit deux fois moins que dans le noyau insoumis (35%). Enfin, ce groupe se montre également plus exigeant sur certaines questions sociales. Ainsi, 39% considèrent que les chômeurs pourraient trouver un emploi s ils le voulaient réellement, contre seulement 12% parmi les électeurs du noyau insoumis. L écart atteint ici 27 points. Une gauche plus âgée et plus populaire Sociologiquement, ce groupe constitue le segment le plus âgé de l électorat de gauche. Près de la moitié de ses membres (44%) ont plus de soixante ans, soit 13 points de plus que la moyenne des quatre groupes (31%). Les retraités représentent à eux seuls 36% de ses membres, contre 25% dans l ensemble de la gauche et seulement 15% au sein du noyau insoumis. Graphique 7. Âge moyen au sein des différentes familles de la gauche Il s agit également du groupe le moins diplômé. Ainsi, 22% possèdent au plus un CAP ou un BEP, soit 9 points de plus que la moyenne observée dans les quatre groupes. À l inverse, les diplômés du supérieur y sont moins nombreux que dans les autres familles de gauche. Sur le plan territorial, cet électorat apparaît également légèrement plus rural que la moyenne de la gauche, avec 20% de ses membres vivant dans une commune rurale. Sa situation économique est relativement intermédiaire. Quatre personnes sur dix (41%) appartiennent à un foyer disposant de revenus mensuels nets compris entre 2000 et 3500 euros. Si 60% déclarent pouvoir faire face à une dépense imprévue de 400 euros, seuls 38% affirment qu il leur est facile de mettre de l argent de côté à la fin du mois. Enfin, seulement 41% se déclarent satisfaits de la vie qu ils mènent. Au total, ce groupe incarne probablement l une des principales évolutions de la gauche depuis 2022. Ses membres continuent de partager une grande partie des aspirations économiques et sociales portées par la gauche de rupture. Pourtant, ils rejettent aujourd’hui profondément le principal parti qui prétend les représenter. Il s agit ainsi d’un groupe qui demeure fermement ancré à gauche, mais qui recherche désormais une autre manière de faire de la politique. Le centre gauche en quête d offre : les orphelins du macronisme Représentant 23% de l électorat de gauche, soit environ 7% de l ensemble des électeurs français, ce groupe occupe une position singulière dans l espace politique. Contrairement aux deux premiers blocs, il ne s inscrit pas dans l histoire du mélenchonisme mais trouve davantage son origine dans le macronisme et dans la tradition sociale-démocrate. Son principal trait distinctif réside aujourd hui dans l absence d offre politique pleinement satisfaisante pour représenter ses aspirations. Un électorat issu du macronisme L origine politique de ce groupe apparaît clairement lorsqu on observe son comportement électoral passé. Lors de l élection présidentielle de 2022, près d un membre sur deux (48%) avait voté pour Emmanuel Macron au premier tour. Aucun autre groupe de gauche ne présente un niveau aussi élevé de soutien à l ancien président. Aujourd hui, ces électeurs se positionnent clairement à gauche mais sur sa frange la plus modérée. Plus de la moitié (52%) se placent en position 4 sur l échelle gauche-droite et 35% en position 3. À eux seuls, ces deux niveaux rassemblent ainsi 87% du groupe. Pour les prochaines échéances électorales, le Parti socialiste apparaît comme leur premier point de chute avec une probabilité moyenne de vote de 7,1 sur 10. Les Écologistes arrivent derrière avec 5,3 sur 10. Fait notable, Renaissance (5,1 sur 10) et Horizons (5,3 sur 10) conservent également des niveaux d attractivité relativement élevés, très supérieurs à ceux observés dans les autres segments de gauche. Tableau 4. Niveau de satisfaction en cas de victoire de différents candidats à la présidentielle Le noyau insoumis La rupture mélenchoniste Le centre gauche en quête d offre Le vote utile à gauche Jean-Luc Mélenchon 76% 1% 6% 47% Marine Tondelier 32% 19% 22% 57% Jordan Bardella 2% 11% 5% 2% Gabriel Attal 3% 7% 34% 6% Olivier Faure 3% 23% 26% 38% Raphaël Glucksmann 4% 43% 53% 35% Édouard Philippe 2% 9% 38% 7% Pour autant, cette proximité avec le Parti socialiste ne se traduit pas par un enthousiasme massif. Seule une courte majorité (52%) se déclarerait satisfaite d une victoire de Raphaël Glucksmann à la présidentielle. Derrière lui, Édouard Philippe recueille encore 38% d opinions favorables et Gabriel Attal 34%. Ces résultats illustrent pour le moment l absence d incarnation évidente pour cet électorat. Un rejet massif de La France insoumise S il existe une constante au sein de ce groupe, c est bien son rejet de LFI. La probabilité moyenne de voter pour LFI n est que de 1,6 sur 10 et seulement 6% de ses membres seraient satisfaits d une victoire de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. Plus encore, 79% considèrent que La France insoumise constitue un danger pour la démocratie et 84% qu elle attise la violence dans la société. Ces niveaux sont même légèrement supérieurs à ceux observés parmi les électeurs en rupture avec le mélenchonisme (75% et 83%). Cette hostilité à l égard de LFI apparaît comme le principal obstacle à toute stratégie de rassemblement derrière une candidature portée par Jean-Luc Mélenchon. Une gauche réformiste, européenne et écologiste Sur les enjeux de fond, cet électorat partage pourtant de nombreuses préoccupations avec le reste de la gauche, dont le noyau insoumis. La préservation du système de santé arrive largement en tête (78%), devant l amélioration du système éducatif (62%), le pouvoir d achat (56%) et la réduction des inégalités sociales (50%). Deux points méritent néanmoins d’être mentionnés à ce niveau. Le premier concerne l environnement. Avec 56% de citations, la préservation de l environnement figure parmi les cinq principales priorités du groupe, ce qui le rapproche davantage du « vote utile à gauche » que des deux premiers blocs. Le second concerne les enjeux sécuritaires, qui occupent une place relativement marginale dans leur hiérarchie des préoccupations. Seuls 34% les considèrent comme déterminants pour leur vote, ce qui place cette thématique au treizième rang de leurs priorités. Mais c est surtout leur rapport au changement qui distingue cet électorat des autres franges de la gauche et en particulier du noyau insoumis. Seuls 30% considèrent que la démocratie française fonctionne mal, contre 78% dans le noyau insoumis et 74% parmi les électeurs en rupture avec le mélenchonisme. Il s agit de loin du groupe le plus satisfait du fonctionnement actuel des institutions. Cette confiance relative se traduit également dans leur rapport au compromis. Les trois quarts de leurs membres (75%) préfèrent des responsables politiques capables de trouver des accords avec leurs adversaires, tandis que 83% considèrent qu il y a aujourd hui trop d idées et de comportements radicaux dans la vie politique française. De la même manière, seuls 7% souhaitent une transformation radicale de la société, soit cinq fois moins que dans le noyau insoumis (35%). À l inverse, 48% privilégient des ajustements limités et 43% des réformes en profondeur. Un électorat très pro-européen Sur les questions économiques, cet électorat apparaît plus partagé que les autres groupes de gauche. Ainsi, 48% considèrent que la justice sociale suppose de prendre aux riches pour donner aux pauvres, contre 69% en moyenne dans l ensemble des quatre groupes. De même, 46% estiment que les chômeurs pourraient trouver un emploi s ils le souhaitaient réellement, soit le niveau le plus élevé observé dans cette étude. Son principal marqueur idéologique est toutefois son rapport à l Europe. Pas moins de 85% considèrent que l appartenance de la France à l Union européenne est une bonne chose. Ce chiffre dépasse de 18 points la moyenne de la gauche (67%), de 13 points celui du vote utile à gauche (72%) et surtout de 44 points celui du noyau insoumis (41%). Sur les questions culturelles, il demeure néanmoins largement aligné avec le reste de la gauche. Seuls 16% considèrent, par exemple, qu il y a trop d étrangers en France. Les catégories les plus favorisées de la gauche Sociologiquement, ce groupe est relativement âgé : 43% de ses membres ont plus de 60 ans, soit 12 points de plus que la moyenne des quatre groupes. Il présente également un niveau de diplôme élevé avec près de deux tiers (65%) de diplômés du supérieur, soit 10 points de plus que dans l ensemble de la population française. Mais c est surtout sur le plan économique que ce groupe se distingue. Plus d un tiers de ses membres (37%) appartiennent à un foyer disposant de plus de 3500 euros nets par mois, soit 7 points de plus que la moyenne des quatre groupes. La moitié déclare qu il lui est facile de mettre de l argent de côté à la fin du mois et 69% affirment pouvoir faire face à une dépense imprévue de 400 euros, contre respectivement 40% et 60% en moyenne dans l ensemble de la gauche. Graphique 8. Revenu mensuel net du foyer des différentes familles de la gauche Au total, ce groupe apparaît comme l héritier d une partie du macronisme de centre gauche, les fameux « tentés par la gauche » que nous mettions en lumière dans une précédente note . Pro-européen, attaché au compromis, relativement satisfait du fonctionnement démocratique et économiquement plus favorisé que le reste de la gauche, il rejette massivement La France insoumise sans pour autant avoir trouvé une offre politique capable de susciter une adhésion pleinement majoritaire. Plus qu un électorat de transition, il constitue aujourd hui l un des principaux réservoirs potentiels d une candidature alternative à Jean-Luc Mélenchon. Le vote utile à gauche : le groupe pivot de la gauche Avec 32% de l électorat de gauche, soit environ 9% de l ensemble des électeurs français, le « vote utile à gauche » constitue le groupe le plus dense de cette typologie. Mais son importance ne tient pas seulement à son poids numérique, elle réside surtout dans sa position particulière au sein de l espace politique de gauche. Contrairement aux autres groupes, ils ne sont solidement arrimés à aucune offre partisane spécifique et apparaissent aujourd hui comme le principal électorat pivot de la gauche française. À gauche, le groupe décisif de l’élection présidentielle à venir L une des principales caractéristiques de ce groupe est sa proximité simultanée avec plusieurs forces politiques de gauche. Les membres de ce groupe attribuent ainsi une probabilité moyenne de vote de 7,5 sur 10 aux Écologistes, de 7,3 sur 10 à La France insoumise et également de 7,3 sur 10 au Parti socialiste (PS). Aucun autre groupe ne présente un tel niveau d ouverture à plusieurs offres concurrentes. Cette logique se retrouve également dans leur rapport aux différentes personnalités de gauche. Une majorité se déclarerait satisfaite d une victoire de Marine Tondelier à l élection présidentielle (57%), mais près de la moitié seraient également satisfaits d une victoire de Jean-Luc Mélenchon (47%). Olivier Faure (38%) et Raphaël Glucksmann (35%) bénéficient eux aussi de niveaux de soutien non négligeables. Autrement dit, contrairement aux trois autres groupes, le « vote utile à gauche » ne semble pas définir son identité politique à partir d une préférence partisane forte. Son principal critère paraît davantage être la capacité d une candidature à permettre à la gauche de l emporter. Cette spécificité lui confère une importance stratégique majeure. Alors que le noyau insoumis apparaît largement acquis à Jean-Luc Mélenchon et que les électeurs en rupture avec le mélenchonisme ainsi que le centre gauche semblent aujourd hui difficilement récupérables par LFI, le bloc du « vote utile à gauche » constitue le principal espace de concurrence entre les différentes offres de gauche. Une logique de victoire plus que d appartenance Le comportement électoral passé de ce groupe confirme largement son côté pragmatique. Lors de l élection présidentielle de 2022, ils avaient très majoritairement voté pour Jean-Luc Mélenchon (74%). Pourtant, ce soutien ne semble pas avoir reposé sur une fidélité partisane durable. Aux élections européennes, leur vote s est largement dispersé : 33% ont choisi LFI, 22% la liste PS-Place publique et 16% les Écologistes. Tableau 5. Vote des différentes familles lors des élections européennes de 2024 Le noyau insoumis La rupture mélenchoniste Le centre gauche en quête d offre Le vote utile à gauche LFI 63% 3% 1% 33% PCF 6% 8% 4% 5% Les Écologistes 3% 8% 12% 16% PS et Place publique 3% 44% 41% 22% Renaissance et alliés 1% 2% 14% 0% Abstention / blanc et nul 15% 19% 19% 19% Cette capacité à passer d une offre politique à une autre constitue sans doute l une des principales singularités de ce groupe. Elle suggère un électorat davantage guidé par la recherche d efficacité électorale que par l appartenance à une famille partisane particulière. Cette logique apparaît également dans leur rapport à l unité. Pas moins de 90% des membres de ce groupe se déclarent favorables à l organisation d une primaire de la gauche, soit dix points de plus que la moyenne observée parmi les quatre groupes (80%). Aucun autre segment de l électorat de gauche n exprime une demande aussi forte de rassemblement. De la même manière, ils ne participent pas au phénomène de diabolisation de La France insoumise observé dans une partie de la gauche. Seuls 16% considèrent que LFI constitue un danger pour la démocratie, contre 75% parmi les électeurs en rupture avec le mélenchonisme et 79% au sein du centre gauche. De même, seuls 28% estiment que le mouvement attise la violence, contre respectivement 83% et 84% dans ces deux groupes. Une gauche de compromis mais pas une gauche modérée Pour autant, qualifier ce groupe de « modéré » serait une erreur. Sur les questions économiques, les membre du « vote utile à gauche » apparaissent très proches du noyau insoumis. Ainsi, 83% considèrent que la justice sociale suppose de prendre aux riches pour donner aux pauvres, soit un niveau quasiment identique à celui observé au sein du noyau insoumis (84%). De même, 80% jugent nécessaire que l État contrôle plus étroitement les entreprises afin de répondre aux difficultés économiques, contre 87% dans le noyau insoumis. Graphique 9. Positionnement des différentes familles sur les sujets économiques Leurs priorités pour la présidentielle sont également très proches de celles du reste de la gauche. La santé arrive largement en tête (88%), devant la réduction des inégalités sociales (76%), la préservation de l environnement (68%), l amélioration du système éducatif (66%) et celle du pouvoir d achat (65%). Ce qui distingue le vote utile à gauche du noyau insoumis ne tient donc pas principalement aux objectifs poursuivis mais davantage aux moyens privilégiés pour les atteindre. Ainsi, 73% préfèrent des responsables politiques capables de faire des compromis avec leurs adversaires, contre seulement 44% dans le noyau insoumis. De même, 66% considèrent qu il y a aujourd hui trop d idées et de comportements radicaux dans la vie politique française alors que le noyau insoumis est le seul groupe où une majorité estime au contraire qu il n y en a pas assez. Le « vote utile à gauche » apparaît ainsi comme une gauche de transformation qui privilégie la coalition plutôt que l affrontement. Une jeunesse urbaine et diplômée Sociologiquement, ce groupe partage plusieurs caractéristiques avec le noyau insoumis. Près de la moitié de ses membres (46%) ont moins de 35 ans, soit un niveau très proche de celui observé chez les insoumis (47%). C est également le groupe le plus urbain : 58% vivent dans une commune de plus de 200 000 habitants, soit 10 points de plus que le noyau insoumis (48%). Il s agit également du groupe le plus diplômé de cette typologie. Pas moins de 72% possèdent un diplôme du supérieur, soit 17 points de plus que dans l ensemble de la population française et 10 points de plus que dans le noyau insoumis (62%). En revanche, leurs revenus apparaissent beaucoup plus diversifiés. Un tiers appartient à un foyer gagnant moins de 2000 euros par mois, un tiers à un foyer percevant entre 2000 et 3500 euros et près de trois sur dix à un foyer dépassant 3500 euros. Cette diversité sociale contribue probablement à expliquer leur capacité à faire le lien entre plusieurs sensibilités de gauche. Au total, le « vote utile à gauche » occupe une place singulière dans l espace politique de gauche. Économiquement proches du noyau insoumis, culturellement très ouverts, favorables à l Europe et attachés au compromis, ses membres constituent également le principal point de rencontre entre les différentes sensibilités de gauche. Surtout, ils apparaissent aujourd hui comme l électorat décisif de la compétition présidentielle à venir. Là où les autres groupes semblent déjà largement stabilisés dans leurs préférences partisanes, le « vote utile à gauche » reste ouvert à plusieurs offres concurrentes. Plus que tout autre groupe, ce sont eux qui détermineront quelle coalition sera en mesure de prendre l ascendant sur les autres à gauche à l approche de 2027. Conclusion : une gauche divisée sur les stratégies plus que sur les objectifs À première vue, cette typologie semble confirmer l image d une gauche profondément fragmentée. Entre un noyau insoumis fidèle à Jean-Luc Mélenchon, une gauche désormais en rupture avec La France insoumise, un centre gauche encore à la recherche d une offre politique crédible et stabilisée et un bloc du vote utile, davantage préoccupé par les perspectives de victoire que par les appartenances partisanes, les cultures politiques, les trajectoires électorales et les rapports au pouvoir apparaissent incontestablement divers. Pourtant, l un des principaux enseignements de cette enquête est sans doute ailleurs. Depuis le quinquennat de François Hollande, le débat à gauche est régulièrement structuré autour de l idée de « deux gauches irréconciliables ». Cette lecture oppose traditionnellement une gauche réformiste, attachée au compromis et à l exercice du pouvoir, à une gauche plus contestataire privilégiant la rupture avec l ordre économique et social existant. Les recompositions politiques des dernières années, l émergence de La France insoumise comme principale force de gauche et les tensions permanentes autour de l union semblent avoir renforcé cette interprétation. Les données invitent pourtant à la nuancer. Certes, les divergences observées entre les différents groupes sont réelles. Elles portent sur le rapport à Jean-Luc Mélenchon, sur la perception de La France insoumise, sur le degré de radicalité souhaité ou encore sur la place accordée au compromis dans la vie politique. Sur ces questions, les écarts sont parfois considérables et expliquent largement les tensions qui traversent aujourd hui les partis de gauche. Mais lorsqu il s agit d identifier les priorités pour les années à venir, les différences apparaissent nettement moins marquées. D un groupe à l autre, on retrouve systématiquement les mêmes préoccupations au sommet de la hiérarchie des attentes : la préservation du système de santé, l amélioration du pouvoir d achat, le renforcement du système éducatif ou encore la réduction des inégalités sociales. Autrement dit, les électeurs de gauche apparaissent souvent plus proches sur ce qu ils souhaitent pour la société que sur la manière d y parvenir. Le principal clivage qui traverse aujourd hui la gauche ne semble donc pas opposer des électorats porteurs de projets de société fondamentalement incompatibles. Il oppose davantage des électeurs qui divergent sur les moyens d obtenir les changements qu ils appellent de leurs vœux. La véritable ligne de fracture porte moins sur la destination que sur le chemin : faut-il privilégier la rupture ou la réforme, l affrontement ou le compromis ? Cette conclusion éclaire par ailleurs d un jour nouveau la séquence présidentielle qui s ouvre. Car sauf événement majeur, la question de 2027 ne sera vraisemblablement pas celle d une candidature unique de la gauche. Tout indique au contraire que l élection se jouera au minimum autour de deux candidatures majeures : celle de Jean-Luc Mélenchon et celle d une (ou plusieurs) offre alternative. Dès lors, la question centrale devient moins celle de l unité que celle des coalitions électorales susceptibles d émerger. De ce point de vue, l analyse met en évidence l existence de deux blocs relativement stabilisés. Le premier est celui du noyau insoumis. Représentant 20% de l électorat de gauche (soit 6% des électeurs français), il constitue aujourd hui le socle le plus solide de Jean-Luc Mélenchon. Son niveau de fidélité est particulièrement élevé et sa cohérence idéologique forte. À court terme, rien ne semble menacer sérieusement cet ancrage. Le second bloc relativement stabilisé est celui du centre gauche en quête d offre ainsi que celui des électeurs en rupture avec le mélenchonisme. Ensemble, ces deux groupes représentent près de la moitié de l électorat de gauche (soit environ 14% des électeurs français). Tous deux partagent désormais une défiance très forte à l égard de La France insoumise et apparaissent largement fermés à une candidature portée par Jean-Luc Mélenchon. Leur point commun est moins un enthousiasme débordant pour une offre alternative qu un rejet devenu structurel du mélenchonisme. Entre ces deux ensembles se trouve le groupe le plus décisif politiquement : celui du vote utile à gauche. Représentant à lui seul 32% de l électorat de gauche (9% des électeurs français), il constitue le véritable électorat pivot de la présidentielle à venir. Ses membres ne rejettent aucune des principales forces politiques de gauche. Ils demeurent ouverts à La France insoumise tout en manifestant également une forte proximité avec le Parti socialiste et les Écologistes. Ils sont massivement favorables à une primaire et apparaissent davantage guidés par une volonté de victoire de la gauche que par une fidélité partisane particulière. C est précisément parce qu ils occupent cette position intermédiaire qu ils apparaissent comme l enjeu central à gauche de la compétition présidentielle. En 2022, une grande partie d entre eux avait choisi Jean-Luc Mélenchon, pas forcément par adhésion, mais également parce qu il apparaissait alors comme le candidat le mieux placé pour qualifier la gauche au second tour. Les résultats des élections européennes montrent néanmoins que leur comportement électoral est beaucoup plus flexible qu il n y paraît. Une partie importante d entre eux peut ainsi soutenir le Parti socialiste ou les Écologistes lorsque ces formations apparaissent en position de force. La bataille qui s annonce à gauche pourrait donc être analysée comme une compétition pour la conquête de cet électorat pivot. D un côté, Jean-Luc Mélenchon cherchera vraisemblablement à reconstituer la coalition qui lui avait permis d approcher la qualification au second tour en 2022 : son noyau insoumis associé à une grande partie du « vote utile à gauche ». De l autre, une candidature alternative tentera d agréger le centre gauche, les électeurs en rupture avec le mélenchonisme et une autre fraction de ce même groupe du « vote utile à gauche ». Cette lecture conduit également à nuancer certaines hypothèses stratégiques souvent avancées dans le débat public. Les données suggèrent notamment qu une candidature alternative à Jean-Luc Mélenchon ne trouverait probablement pas son principal levier de croissance dans un déplacement vers le centre ou dans un rapprochement avec l électorat macroniste. Même les groupes les plus critiques à l égard de La France insoumise demeurent clairement ancrés à gauche sur les questions économiques et sociales. Ils expriment une forte demande de redistribution, de protection sociale, d intervention publique et de réduction des inégalités. Pour espérer fédérer une majorité de l électorat de gauche, une candidature alternative devrait donc rester fermement inscrite dans cet espace politique. Sa singularité ne résiderait pas tant dans son programme que dans sa méthode, son rapport au compromis, sa capacité à construire des coalitions et sa manière d incarner le changement. Au fond, cette étude suggère que la présidentielle de 2027 pourrait moins opposer deux gauches irréconciliables que deux offres concurrentes cherchant à représenter une demande électorale largement commune. Si les électeurs de gauche divergent sur les stratégies à adopter et sur les figures politiques qu ils souhaitent voir émerger, ils continuent de partager un socle important de préoccupations et d aspirations. La question centrale des prochains mois ne sera donc peut-être pas de savoir quelle gauche est majoritaire. Elle sera plutôt de déterminer quelle candidature parviendra le mieux à convaincre cet électorat commun qu elle est la plus à même de transformer ses attentes en victoire politique. Crédit photo : Bastien André. The post Radiographie de l’électorat de gauche à un an de l’élection présidentielle appeared first on Fondation Jean-Jaurès .

25 juin 2026 · Rapport · Eugénie Arnaud
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★ Épinglé · Rapport

L’écologie du quotidien : les femmes en première ligne

Alors que la France connaît une canicule historique, force est de constater que l’écologie du quotidien se heurte à un triptyque structurant : argent, temps, équipement. Mais à ces marqueurs sociaux et économiques s ajoute un angle mort : celui du genre. À partir d entretiens qualitatifs, Diane Blanchard, cheffe de projet à L’ObSoCo, Marie Gariazzo, directrice à L’ObSoCo, et Rozenn Nardin, directrice innovation et anticipation à Citeo, montrent que la charge écologique repose principalement sur les femmes dans les ménages, accentuant les inégalités femmes-hommes, la fatigue, voire le décrochage. Introduction Alors que la conscience écologique s’est largement diffusée dans la société, elle peine à se traduire par une transformation profonde de nos modes de vie. Certains mettent le sujet à distance pour éviter l’anxiété débordante qu’il peut provoquer. Chez d’autres, une fatigue s’installe, un décrochage silencieux nourri par le poids des injonctions, les doutes sur l’efficacité des « petits gestes » et une répartition des efforts perçue comme injuste et inégale 1 . L’écologie du quotidien se heurte par ailleurs à un triptyque structurant : argent, temps, équipement. « Être écolo » requiert de l’organisation, de la disponibilité, de l’espace, certaines infrastructures mais aussi des moyens financiers… que tout le monde n’a pas. L’écologie devient de plus en plus un marqueur social. À cela s’ajoute une idée largement répandue dans l’opinion : celle d’une écologie devenue également un marqueur générationnel, les jeunes étant perçus comme davantage sensibilisés que leurs aînés. Plusieurs études récentes viennent cependant nuancer ce postulat 2 . Les jeunes générations apparaissent plus engagées dans certaines pratiques consuméristes tandis que les plus âgés adoptent plus systématiquement des comportements liés au recyclage ou à la sobriété du quotidien. Marqueur social, générationnel… Un angle mort persiste selon nous : celui du genre. Quel rôle jouent les femmes et les hommes dans l’adoption des pratiques écologiques, dans la mise en place des écogestes du quotidien, en termes de sensibilisation des enfants ou en matière d’engagements à plus large échelle ? Pour répondre à cette question et comprendre ce qui se joue au sein des foyers français, nous sommes allées à la rencontre d’une soixantaine d’hommes et de femmes aux profils variés (en termes d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de zone d’habitation). Méthodologie : Cette note s’appuie sur plusieurs études qualitatives et quantitatives réalisées par L’ObSoCo pour Citeo, dont une étude qualitative menée à partir de 23 entretiens et 4 réunions de groupes auprès de différentes catégories de personnes vivant en France, de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de sensibilité écologique et de lieu de résidence variés. L’écologie au prisme de la charge mentale Avant d’interroger le « qui fait quoi ? », un constat s’impose : les hommes et les femmes rencontrés évoluent dans un univers saturé d’attentes, d’exigences et de rôles à tenir. Ces injonctions, plus ou moins intériorisées, rarement totalement mises à distance, constituent selon nous un terreau essentiel pour comprendre la place que peut prendre l’écologie dans le quotidien. Les ressentis ne s’expriment d’ailleurs pas de la même manière entre les hommes et les femmes. « On joue plusieurs rôles », sourit Nadine, non sans amertume. Ancienne contrôleuse des finances publiques en Bretagne, cette jeune retraitée revient sur la multitude des tâches qui incombent aux femmes : épouse, mère, employée, aidante, « cuisinière », « femme de ménage » Jessica, la quarantaine, travaille dans le social en région parisienne. Elle évoque une course permanente : « on n’a pas le temps pour soi-même, il faut être partout à la fois ». Et, encore, il faut tenir tous ces rôles à la perfection. « Il y a beaucoup de jugements […] les réseaux sociaux, c’est un stress en plus », rapporte Sarah, 25 ans, étudiante dans le sud de la France. La tension est palpable, elle pointe le « ni trop, ni pas assez » qui lui pèse fortement : « ni trop grosse, ni trop maigre », « ni trop belle, ni trop moche », « ni trop ambitieuse, ni trop timorée », etc. Les réseaux sociaux accentuent le trait. Cette exposition permanente au regard des autres nourrit une vigilance constante, en même temps qu’une propension plus forte à la culpabilité, source de fatigue physique et psychique : « parfois, je me dis que tout cela pourrait avoir un impact sur ma santé », conclut Sarah. La notion de charge mentale émerge rapidement. Certaines reconnaissent qu’il y a eu quelques améliorations. Pourtant, l’organisation et la planification du quotidien repose encore largement sur leurs épaules. Alors, pour beaucoup, l’écologie s’invite comme une charge supplémentaire : « c est fatigant, c’est le sentiment de toujours devoir en faire un peu plus, ou de faire différemment mais on a tellement de choses à penser, à un moment donné stop », s’énerve Virginie, agente de service dans un internat à Paris. Audrey, ingénieure scientifique dans la banlieue lyonnaise, surenchérit : « On a l’impression que ce n’est jamais assez bien. Moi, je trouve qu’on est au max. Je ne peux pas me rajouter d’autres trucs ». La culpabilité est d’autant plus forte qu’elles ont du mal à cacher leur angoisse sur l’état de la planète. Pour Audrey, mère de deux enfants, c’est « l’instinct maternel qui parle. On a peut-être aussi plus de sensibilité par rapport à la nature, parce que l environnement a des impacts sur nos enfants aussi, donc peut-être que ça nous interpelle un peu plus. » Du côté des hommes, le registre est sensiblement différent. Les discours recueillis pointent leur responsabilité de chef de famille, dans un schéma qui a relativement peu évolué. L’image du « père protecteur » devant subvenir aux besoins (notamment économiques) de sa famille revient à maintes reprises. Avec une forme d’injonction à la virilité, que beaucoup cherchent à mettre à distance mais qui continue de les questionner. Nicolas, enseignant d’EPS dans un collège à Dijon, en témoigne : « c’est de plus en plus flou. Indéterminé. On ne sait pas trop où se situer en fait. Il faut être un peu viril mais pas trop. Avant, c’était défini, l’homme protecteur, fort, machin, etc. Maintenant, il faut être un peu tout en même temps ». Les choses commencent à changer. Les « pères d’aujourd’hui » en font un peu plus que ceux d’hier. Romain, cadre dans la fonction publique à Paris, en est convaincu : « On n’a plus cette représentation de l’homme qui travaille et de la femme qui fait le ménage et la cuisine. On n’est plus dans ces carcans-là. L’homme s’investit davantage dans la vie domestique. » Mais les différences de ressentis persistent et ont de toutes évidences un impact sur l’adoption des pratiques environnementales au quotidien. Pour Amandine Clavaud, directrice des études et de l’Observatoire égalité femmes-hommes à la Fondation Jean-Jaurès, « il y a un impact différencié dans les pratiques environnementales parce qu il y a une socialisation des femmes et des hommes qui est différente ». Elle s’appuie sur les travaux autour de l’éthique du care 3 , qui mettent en lumière l’impact de cette socialisation différenciée sur les manières d’appréhender les problèmes moraux entre les hommes et les femmes. Qu’il s’agisse de l exécution de tâches concrètes, mais aussi de leur anticipation, ce sont particulièrement les femmes qui assument ces responsabilités dans la sphère domestique. L’écologie n’échappe pas à la règle, comme l’illustrent les propos de Jeanne, 50 ans, cadre dans la banque en région parisienne : « Dès qu il faut mettre en place quelque chose d’un peu plus écologique, c est nous qui sommes leaders Alors là, je vais pouvoir dire que j ai la charge écologique maintenant ». Recevez chaque semaine toutes nos analyses dans votre boîte mail Abonnez-vous Des femmes en première ligne du verdissement des pratiques Les données dont nous disposons confirment la persistance d’inégalités entre les femmes et les hommes dans la répartition des tâches domestiques. Elles révèlent, en revanche, peu de différences dès qu’on aborde l’adoption des écogestes au sein du foyer, qu’il s’agisse des pratiques de tri des déchets, de choix des emballages, de réduction de certains comportements polluants, etc. Femmes et hommes, même combat en matière de transition écologique ? Notre étude laisse penser que le rôle de chacun dans la bataille est loin d’être identique. Le foyer est souvent envisagé sous le prisme de la mise en commun, où les différences sont gommées au profit de ce que la famille ou le couple met en place. En matière d’écologie, c’est particulièrement criant. Tous les membres du foyer recueillent les bénéfices des actions menées : « on mange bio », « on trie nos déchets », « on fait notre lessive », etc. Ce « on » ne révèle rien du « qui fait quoi ? » et agit comme un facteur de minimisation du rôle de chacun dans la gestion de l’écologie au quotidien. Pourtant, derrière le « on est écolo », c’est souvent le travail invisible des femmes qui en est à l’origine. De nombreux écogestes ne sont finalement que le verdissement de tâches domestiques qui incombent déjà en grande partie aux femmes. En 2009 déjà, Michèle Lalanne et Nathalie Lapeyre montent que l’adoption de pratiques écologiques dans les ménages s’accompagne d’une forte intensification du travail domestique 4 . Un surcroît de travail qui va de pair avec une augmentation de « la division sexuelle du travail », au détriment des femmes : « les activités ménagères additionnelles (laver des couches lavables, recoudre des vêtements, fabriquer des produits soi-même, etc.) prennent du temps et, même si ce n’est pas le cas pour toutes les familles étudiées, elles sont généralement assumées par des femmes. » D’après l’Observatoire de la consommation mené par L’ObSoCo pour Citeo, fin 2025, les femmes sont 72% à s’occuper majoritairement des courses alimentaires contre seulement 42% des hommes. Ce constat met en jeu, de facto , l’éco-responsabilité des femmes, plus impliquées dans le choix des produits qu’elles achètent – mais aussi en amont, dans la planification et l’organisation. Les « choix écologiques » en matière d’emballage et d’alimentation sont donc largement supportés par les femmes. Pour Nicole, ancienne aide-soignante, à la retraite, cela ne fait pas de doutes : « Je pense que les femmes sont plus concernées, parce que ce sont elles qui font les courses, qui font la cuisine, qui gèrent le porte-monnaie aussi. » Yohan, 35 ans, chargé de projet dans le secteur de l’énergie, admet qu’en dépit de leur engagement écologique commun, c’est surtout sa femme qui est à la manœuvre : « Oui, ma femme est plus à l initiative parce que c est elle qui gère le quotidien, c est elle qui va plus dans les magasins bio, voir un peu, chercher des nouveaux produits […]. Je suis toutes ses décisions, mais c est elle un peu plus qui est moteur […]. C est des tâches, pas qui prennent du temps, mais qui sont des tâches supplémentaires à faire, entre guillemets, donc elle a le temps de le faire, mais moi ça me libère entre guillemets. » La question de la prise d’initiative revient également à maintes reprises dans les entretiens réalisés. Non seulement les femmes interviennent plus en amont, en termes de planification et d’organisation (notamment pour tout ce qui concerne les courses, les repas), mais elles sont aussi plus souvent à l’origine de la mise en place de nouvelles pratiques. La compagne d’Alexis, enseignant-chercheur de 28 ans, semble ainsi avoir joué un rôle majeur dans l’engagement écologique de son conjoint. Il le reconnaît à demi-mot : « Ma conjointe était un peu désespérée de mon manque d action […]. Bon, évidemment, on en a parlé, ça a dû contribuer à cet intérêt grandissant pour la question du changement climatique, des politiques environnementales, etc. Ma compagne, sur des actions très simples, je veux dire, du recyclage, des trucs comme ça, elle était un peu désespérée de voir que, oui, ça me passait un peu par-dessus la jambe, ce qui, aujourd hui, est beaucoup moins le cas. Donc elle doit être heureuse ! ». Ce qui est vrai pour les conjoints l’est encore plus pour les enfants. Ce sont souvent les mères qui sensibilisent et éduquent ces derniers aux « bons gestes » et aux « bonnes pratiques » écologiques, qu’elles maîtrisent par ailleurs mieux que leur conjoint, derrière lequel « il faut parfois passer » : « régulièrement, je vais chercher du papier dans la poubelle marron pour le remettre dans la jaune ». Pour reprendre les termes des sociologues Michèle Lalanne et Nathalie Lapeyre 5 , « les mères ont développé, par leur prise de responsabilité, une identité d’experte de l’écologie du quotidien ». Verdissement de la charge domestique, la mise en pratique des écogestes correspond aussi au verdissement de la charge éducative, qui incombe là encore en grande partie aux femmes. « On va dire qu’à la maison, on essaye de faire des efforts […]. Ma mère, je trouve qu’elle est plus impliquée que mon père […]. C’est elle qui a instauré, contrôlé les déchets à la maison, tout ça », rapporte Anna, lycéenne de 17 ans à Rennes. Les témoignages recueillis montrent également que plus la contrainte associée aux écogestes est forte, plus ce sont les femmes qui la supportent. Jeanne, en couple et mère de deux adolescents, s’agace : « je suis assez vigilante sur la poubelle de tri […]. Je suis la seule à aller déposer ma petite poubelle au compost, parce que [mon conjoint] trouve que c’est trop loin […]. Parfois j en ai ras-le-bol de répéter toujours la même chose. Et personne ne m écoute. Je suis seule face à l univers. » C’est aussi le cas lorsqu’il s’agit d’adopter des gestes plus complexes comme faire son shampoing, sa lessive, etc. « Tout ce qui est conception de la lessive, des dosettes de lave-vaisselle, je ne serais peut-être pas allé jusque-là, si elle n’était pas là », reconnaît Clément, professeur des écoles dans le sud de la France. Sur ce point, l’écoconception a aussi sa part de responsabilité, comme le souligne Amandine Clavaud, à travers le développement du do-it-yourself appliqué à l’écologie. « C est très bien le do-it-yourself , mais qui prend l initiative de cela ? Les tâches domestiques, notamment faire les lessives par exemple, ce sont principalement les femmes qui en ont la charge. Et donc, faire une lessive écologique, ce sont là encore plutôt les femmes qui ont en charge cette initiative-là. En fait, mécaniquement, c est un peu un effet domino. Pour moi, la question environnementale, c est une charge supplémentaire dans la besace de la charge mentale et dans les tâches domestiques pour les femmes ». Cette charge écologique réelle est, cependant, le plus souvent niée, aussi bien par les hommes que par les femmes. Elles sont nombreuses à commencer par minimiser la différence d’implication : « Non, mon conjoint et moi, je crois que c est à peu près pareil », rapporte Sylvie, mère au foyer de 55 ans. Avant de reconnaître qu’au quotidien, ce sont elles qui sont davantage en vigilance et chargées de l’éducation aux gestes écologiques : « Je fais quand même plus attention, moi, à certaines choses que lui, dans la maison, les trajets ou l eau, des choses comme ça. J essaie de l éduquer, mais je n arrive pas. Je fais aussi plus attention que lui sur les achats, je pense, quand je fais les courses : acheter peut-être moins, faire plus souvent des courses mais moins gaspiller… les contenants aussi », poursuit Sylvie. Pourtant, elle préfère parler de complémentarité. Et c’est sans doute sur cette notion qu’il faut chercher à construire l’avenir, notamment en lien avec l’adoption de nouvelles pratiques écologiques inhérentes aux solutions 3R 6 pour la gestion des déchets d’emballages ménagers comme la consigne pour réemploi. La coopération : une clé de réussite de la transition 3R La consigne pour réemploi ne relève plus seulement d’expérimentations locales ou militantes. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) a fixé une trajectoire nationale de sortie progressive des emballages plastiques à usage unique d’ici 2040, ainsi qu’un objectif de 10% d’emballages réemployés mis sur le marché en France en 2027. Cette montée en puissance oblige à regarder le réemploi non plus comme une pratique de niche, mais comme une transformation ordinaire des courses, du stockage, du transport et du retour des emballages consignés en magasins. Mais cette transformation ne pourra pas reposer uniquement sur la bonne volonté des ménages, comme si, d’ailleurs, les tâches nouvelles allaient spontanément se répartir de manière équilibrée. Penser à garder les contenants, les stocker, les rapporter au bon endroit, au bon moment, dans des courses déjà chronométrées : ces gestes mis bout à bout dessinent une nouvelle organisation du quotidien. Et tout indique que celle-ci risque de peser d’abord sur celles qui prennent déjà en charge les courses, l’anticipation des besoins, la gestion des repas et l’intendance domestique. Certaines femmes rencontrées l’anticipent. Pour Sandra, chargée de formation dans la bureautique et mère célibataire en garde alternée : « quand on travaille, on a une demi-heure pour les courses, c est très chronométré, mais là il faut en plus prendre le temps ». Sylvianne, ancienne professeure retraitée de 67 ans vivant en zone rurale près de Rennes, exprime son ras-le-bol : « Ça fait un truc de plus à gérer et on en a assez […]. On va en revenir à ce que faisaient nos grands-mères, mais nous on a moins de temps qu’elles… Du coup je me dis qu’il faudra penser à garder sa bouteille, penser, penser, et puis il faudra sûrement les laver ». Si le réemploi apparaît comme le retour de gestes anciens, plus lourds, plus longs, plus exigeants, dans un quotidien où la charge mentale et les contraintes sont prédominantes, il risque alors d’être perçu non comme un progrès, mais comme une régression. L’acceptabilité ne se joue donc pas seulement dans l’adhésion au principe environnemental. Elle se joue dans la manière dont ces pratiques s’insèrent dans la vie réelle. C’est ici que la coopération devient centrale. Non pas comme un mot d’ordre un peu vague qui consisterait à rappeler que chacun doit « faire sa part », mais une condition très concrète de réussite des solutions pour la gestion des déchets d’emballages. Le tri, le réemploi ou la réduction sont souvent présentés comme la résultante et la succession de gestes individuels : bien trier, rapporter son contenant, éviter le suremballage, éviter le gaspillage. Mais dans la vie réelle, ces gestes tiennent rarement seuls. Ils supposent de nouveaux arrangements, dans les couples, dans les familles, parfois entre voisins, mais aussi avec les commerces, les points de collecte et les lieux de passage du quotidien. Le partage de l’effort devient alors une question décisive et l’un des enjeux d’innovation les plus importants pour sortir d’une logique où chacun devrait « mieux faire » chez soi, pour imaginer des dispositifs capables de rendre les pratiques plus simples, plus visibles, plus partageables. L’enjeu n’est donc pas seulement de rendre les solutions 3R plus acceptables. Il faut faire de cette transformation de l’économie circulaire une occasion de mieux penser les pratiques environnementales dans la vie réelle, moins comme une somme de gestes individuels que comme des pratiques soutenues par des lieux, des services, des collectifs et des formes d’organisation. C’est peut-être à cette condition que les solutions 3R pourront s’ancrer durablement, sans accroître la fatigue, le sentiment d’injustice, les inégalités femmes-hommes ou le risque de décrochage. 1 Marie Gariazzo et Rozenn Nardin, Après nous le déluge : chronique d’un essoufflement vert , Fondation Jean-Jaurès, 24 mars 2025. 2 L’ObSoCo pour Citeo – Observatoire de la consommation, juin 2026 ; L’ObSoCo – Observatoire des nouvelles perspectives utopiques, mars 2026. 3 Voir les travaux de Carole Gilligan, Sandra Laugier, Fabienne Brugère et Pascal Molinier. 4 Michèle Lalanne et Nathalie Lapeyre, « L’engagement écologique au quotidien a-t-il un genre ? », Recherches féministes , vol. 22, n°1, 2009, pp. 47‑68. 5 Michèle Lalanne et Nathalie Lapeyre, « L’engagement écologique au quotidien a-t-il un genre ? », Recherches féministes , vol. 22, n°1, 2009, pp. 47‑68. 6 3R : réduire, réutiliser, recycler. 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25 juin 2026 · Rapport · Amandine Clavaud
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A
ATTAC France
extrême gauche
★ Épinglé · Rapport

Travailler à 50 °C degré ?

Dans Travail, climat, même combat ! nous avions souligné l'importance des alliances entre l'écologie et le travail pour répondre efficacement à l'urgence climatique. Parmi les propositions avancées pour concrétiser ces alliances, nous formulions celle d'un droit du travail élargi, prenant en compte les risques climatiques comme la pollution de l'air et les fortes chaleurs telles que nous les connaissons aujourd'hui en ces temps de canicule. Nous reproduisons ici un extrait de cet ouvrage . Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par Attac France (@attac_fr) Entre le 5 et le 8 septembre 2023, six ouvriers agricoles décèdent de crises cardiaques dans les vignobles de Champagne et du Rhône alors que la France connaît une nouvelle période de canicule. Aucune mesure de prévention n'a été prise par les employeurs, alors même que le code du travail indique qu'ils doivent prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». Au-delà de ces cas tragiques, malheureusement récurrents dans l'agriculture ou le BTP, c'est l'insuffisance de la réglementation en cas de fortes chaleurs qui met en danger les travailleur · euses. Or, les canicules vont se multiplier. À l'échelle planétaire, plus de 2,4 milliards de travailleur · euses sur 3,4 milliards sont susceptibles d'être exposé · es à une chaleur excessive selon l'OIT. Selon Météo France, à l'horizon 2050, la France connaîtra des températures moyennes supérieures de 2,7°C à la période pré industrielle. Ces fortes chaleurs, principal risque climatique en Europe selon le GIEC, augmentent la mortalité et les cas de stress thermique. Selon l'INRS, « au-delà de 30°C pour une activité́ sédentaire, et 28°C pour un travail nécessitant une activité́ physique, la chaleur peut constituer un risque pour les salariés. » La combinaison de fortes températures et de l'humidité provoque des coups de chaleurs en empêchant la sudation, et donc renforce les risques pour la santé. Au-delà des risques directs, le stress thermique au travail engendre fatigue et diminue les capacités cognitives. Des températures élevées nous rendent plus confus, plus vite fatigué, en difficulté pour réfléchir. Cela s'explique par la nécessité pour notre corps de réguler sa température en ralentissant l'ensemble de ses fonctions physiques et intellectuelles. Fatigue et attention altérée compose un cocktail pouvant être mortel, notamment dans les secteurs les plus exposés aux accidents du travail, à l'instar du BTP. Des effets cumulatifs peuvent également se produire tels que l'augmentation de l'absentéisme produisant elle-même une intensification de la charge de travail. A partir du 1 er juillet 2025, de nouvelles obligations entrent en vigueur en cas de fortes chaleurs, mais elles restent insuffisantes puisqu'elles ne permettent pas de suspendre l'activité en cas de manquements de la part de l'employeur. Or, la responsabilité de protection qui incombe à l'employeur ne pèse pas lourd face à la recherche du profit. Il est donc urgent de doter l'inspection du travail d'un pouvoir d'arrêt immédiat et de rendre effectif le droit de retrait très peu utilisé face à la pression patronale. En effet, si les salarié · es peuvent exercer leur droit de retrait en cas de danger grave et imminent, faute de règles claires et soumis à la pression patronale, peu nombreux sont celles et ceux qui l'exercent. La réglementation doit donc évoluer pour fixer des valeurs limites d'action (mesures de protection spécifiques, modification et allégement des horaires, fréquences des pauses) et des limites d'exposition pour indiquer à quel niveau de chaleurs l'activité doit être totalement interrompue. L'Espagne a une longueur d'avance, avec son « congé climatique » rémunéré d'une durée maximale de quatre jours, avec possibilité de prolongation, applicable lorsque les travailleurs ne peuvent accéder à leur lieu de travail en raison d'ordres des autorités publiques ou de risques météorologiques graves. La législation européenne doit évoluer en harmonisant le droit du travail en s'appuyant sur les législations les plus protectrices de ses pays membres. Décliner le droit du travail au plus près de l'activité Les effets des fortes chaleurs ne sont pas similaires selon les secteurs d'activité ou selon les métiers dans lequel nous exerçons. De fait, adossé à une réglementation générale, des déclinaisons au sein de conventions collectives sont nécessaires pour prendre en compte la spécificité des activités et des missions. Ainsi, le code du travail belge a intégré des seuils réglementaires contraignants d'exposition à la chaleur tenant compte de la charge et de la contrainte physiques du travail, de l'humidité et de la température de l'air Ces déclinaisons sont également nécessaires afin d'intégrer des mesures de prévention des risques liés aux catastrophes naturelles et aux phénomènes météorologiques extrêmes. Certains métiers vont être d'autant plus bouleversés qu'ils sont en premières lignes face aux évènements extrêmes qui vont se multiplier : les travailleurs peuvent être exposés pendant le phénomène (pompiers, personnels soignants, agents publics), ou juste après ou durant les opérations de nettoyage. Si des mesures d'arrêt du travail ou de modification des horaires sont possibles dans le BTP ou dans l'agriculture, il n'est par exemple pas envisageable de stopper des opérations de secours. Dans ces derniers cas, les agent · es publics doivent avoir la garantie de ne pas être exposé à des seuils de pollution ou de stress psychosociaux, ce qui implique des moyens humains suffisants pour assurer par des exemples des rotations et des pauses suffisantes. Bien que la portée précise de ces plans reste à déterminer, il y a donc urgence à ce qu'une réflexion au plus près de l'activité réelle des travailleur · euses s'engage pour compléter des dispositions générales à inscrire dans le code du travail. Cet impératif souligne le rôle clé des syndicats et de la négociation collective dans l'adaptation au climat sur le lieu de travail.

25 juin 2026 · Rapport · Attac France
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Archive · épinglés des semaines passées

Ce qui a déjà mérité votre temps.

Les textes sortis de « À la une » au fil des mises à jour. Rien ne disparaît — tout reste consultable.

37 publications archivées tri par date d'épinglage
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Palestine : Travailler sous occupation en Cisjordanie

Contretemps · extrême gauche

Fin janvier 2026, une délégation de l’Union syndicale Solidaires s'est rendue en Palestine occupée, plus précisément en Cisjordanie, pour aller à la rencontre des syndicalistes palestinien·nes et leur apporter un soutien internationaliste. Verveine Angeli y a participé et revient ici sur la situation faite à la classe travailleuse palestinienne en contexte colonial. L’article Palestine : Travailler sous occupation en Cisjordanie est apparu en premier sur Contretemps .

Étude
Publié 25 juin 2026
Épinglé 26 juin 2026
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1975-2025 · Les cinquante décisions qui ont coulé la France

Institut Thomas More · droite

Juin 2026 • Rapport 36 • En 1975, la France était prospère, industrielle, respectée et souveraine Un demi-siècle plus tard, le pays est, à moins d un an de l élection présidentielle, au bord de plusieurs ruptures – économiques et financières, mais aussi sociétales, culturelles, religieuses, démographiques et sécuritaires. Comment en est-on arrivé là ? Ce rapport propose Lire la suite L’article 1975-2025 · Les cinquante décisions qui ont coulé la France est apparu en premier sur Institut Thomas More .

Rapport
Publié 25 juin 2026
Épinglé 26 juin 2026
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Les seconds tours souhaités à la présidentielle

IFOP · neutre

Enrichissez votre expérience Résumé IA Écouter l'article L’Ifop pour Marianne s’est intéressé aux seconds tours de l’élection présidentielle de 2027 que les Français préféreraient voir se produire. Premier enseignement de cette enquête : les scénarios les plus souhaités opposent systématiquement un candidat du bloc central à un candidat du Rassemblement National. Les trois duels arrivant en tête sont ainsi Édouard Philippe face à Jordan Bardella, souhaité par 45% des Français, Édouard Philippe face à Marine Le Pen, souhaité par 39%, et Gabriel Attal face à Jordan Bardella, également souhaité par 39%. Viennent ensuite les seconds tours opposant La France insoumise au Rassemblement National. Ainsi, 36% des Français souhaiteraient un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella (dont 60% des électeurs ou sympathisants insoumis et 50% de ceux du RN contre seulement 15% parmi les proches du bloc central). Le duel Jean-Luc Mélenchon-Marine Le Pen suscite un niveau d’adhésion comparable : il est souhaité par 35% des Français (63% des électeurs ou sympathisants insoumis et 46% de ceux du RN). « Les trois quarts des Français ne veulent pas du second tour traditionnel de la Ve République. Les duels gauche-droite classiques sont ce que souhaitent le moins les gens aujourd hui », selon Frédéric Dabi, qui anticipe « une présidentielle de renouvellement et de rupture ». En effet, seuls 26% souhaiteraient un duel Raphaël Glucksmann-Édouard Philippe ou Raphaël Glucksmann-Bruno Retailleau, et 23% seulement un second tour François Hollande-Édouard Philippe. Partager l article Facebook Linkedin E-mail

Rapport
Publié 24 juin 2026
Épinglé 25 juin 2026
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Amazonie : quel est le vrai prix de l’or ?

Greenpeace France · gauche

Les fraudeurs ont trouvé le bon filon Au cœur du système de fraude mis en lumière par l’enquête : les permis d’exploitation dite artisanale (Permissão de Lavra Garimpeira) délivrés par l’Agence brésilienne des mines, instaurés au départ pour réglementer l’orpaillage à petite échelle. Le problème, c’est que ces permis sont accordés sans études géologiques préalables qui [ ] Cet article Amazonie : quel est le vrai prix de l’or ? est apparu en premier sur Greenpeace France .

Étude
Publié 24 juin 2026
Épinglé 25 juin 2026
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France : 10 méthodes des mouvements anti-genre et masculinistes pour s’attaquer aux femmes et aux personnes LGBTI+

Amnesty International France · gauche

Les mouvements anti-genre et masculinistes gagnent du terrain partout dans le monde. Avec un objectif : restreindre toujours plus les droits des femmes et des personnes LGBTI+. La France n’y échappe pas. Les lois sont attaquées. Les associations sont menacées. Les écoles sont sous pression. Les jeunes sont ciblés. Dans un rapport publié ce mercredi 24 juin 2026, le Sénat alerte : ces mouvements sont une réelle menace pour notre démocratie. On a décrypté leurs méthodes. Voici comment ces mouvements s’attaquent à nos droits. Masculinisme. Le terme s est largement répandu ces dernières années. Il reflète en réalité un mouvement plus large encore : celui des « anti-genre ». Leur spécificité ? Une idéologie sexiste, misogyne et conservatrice. Avec un objectif assumé : restaurer une société patriarcale, protéger les « valeurs traditionnelles » et replacer la famille au centre de nos sociétés. Un programme que les « anti-genre » s emploient méthodiquement à faire advenir en s attaquant à des droits chèrement acquis, au premier rang desquels ceux des femmes et des personnes LGBTI+. Plus de la moitié de l humanité. La France n’est pas épargnée. Non seulement cette vision misogyne et binaire est massivement financée, mais elle est aussi largement relayée sur les bancs du parlement, dans les médias, dans les rues, dans les écoles ou encore via les réseaux sociaux. Dans un rapport publié en juin 2026 le Sénat alerte : les mouvements masculinistes ne sont pas qu’une simple tendance sur les réseaux sociaux. Ils sont « un mouvement social et politique qui vise à anéantir les droits des femmes et démanteler notre socle démocratique . » Mais qui se cachent derrière ces mouvements anti-genre et masculinistes ? Qui les finance et quelles sont leurs méthodes pour attaquer nos droits ? Et comment la montée en puissance de ces discours se manifeste-t-elle un peu partout en France ? Nos équipes ont dressé un état des lieux. Dans notre rapport « Stratégies des mouvements anti-genre en France et dans le monde : face aux attaques contre les droits des femmes et des personnes LGBTI+, l’urgence de résister » nous avons passé au crible leurs stratégies, leurs méthodes, leurs moyens, leurs impacts. Dans cet article, on vous présente 10 méthodes des mouvements masculinistes et anti-genre pour démanteler les droits des femmes et des personnes LGBTI+. Cet aperçu ne présente que certaines méthodes utilisées aujourd hui par ces mouvements. Décryptage. Signez notre pétition ! Méthode 1 : se structurer Il y a quelques années encore, on parlait d’ « anti-genre » pour désigner de petits groupes relativement marginaux et isolés. Ces cercles étaient animés par la même haine des femmes et s’opposaient ouvertement à l’égalité. Mais avec le temps, ils se sont élargis, structurés, organisés, au point d’infiltrer tous les pans de notre société. Désormais, on parle d’associations qui investissent les rues pour militer contre des décennies de progrès. D’armées d’influenceurs qui inondent les écrans des jeunes de contenus violents et sexistes. De personnalités publiques qui investissent les médias et s’invitent sur nos télévisions. De figures politiques qui repoussent toujours plus loin la fenêtre d’Overton. De fondations et de Think tanks qui produisent des rapports qui se disent scientifiques pour justifier une idéologie sexiste et hétéronormée . Méthode 2 : exporter leurs idées Aujourd’hui, leur objectif est clair : c’est la conquête du pouvoir. Et leurs idées servent de feuille de route pour préparer l’arrivée au pouvoir de personnalités conservatrices. Aux États-Unis, on peut citer l’exemple du « Projet 2025 » de la Heritage Foundation. Publié en 2022, le rapport propose un plan d’action totalement contraire aux droits humains, dont Donald Trump s’est largement inspiré à son arrivée au pouvoir. Problème ? Ces idées s’exportent et s’adaptent, vite. En France, le plan de la fondation américaine n’a pas manqué de plaire au milliardaire français Pierre-Édouard Stérin Qui s’en est largement inspiré pour élaborer son propre projet : « Périclès ». Méthode 3 : attaquer les lois Trump aux États-Unis, Vladimir Poutine en Russie, Javier Milei en Argentine, Jair Bolsonaro au Brésil, Viktor Orban en Hongrie… Toutes ces personnalités se sont construites sur des discours ouvertement antiféministes. Aujourd’hui, ils portent cette idéologie au plus haut sommet de l État. À quoi ressemblent leurs idées quand elles sont mises en pratique ? Des mesures et lois répressives qui privent une partie de l’humanité de ses droits. Les femmes sont empêchées d’avorter. Les personnes homosexuelles sont réprimées. Les personnes trans sont toujours plus discriminées. À lire aussi : Droits et libertés des personnes LGBTI+ : résister à l’offensive anti-droits 65 États de l’ONU criminalisent les rapports sexuels entre personnes de même sexe. 6 États de l’ONU seulement ont adopté des lois interdisant les traitements médicaux et les chirurgies pour les personnes intersexes mineures sans leur consentement. 40% des femmes en âge d’avoir des enfants vivent dans un pays où l’accès à l’avortement est restreint. en france, nos lois menacées En France aussi, nos lois sont ciblées. Sous couvert de « protéger les mineurs », plusieurs propositions de lois transphobes ont été proposées sur les bancs de l’Assemblée nationale et du Sénat ces dernières années. Même combat lors des débats parlementaires sur le droit à l’avortement en 2023. Pour convaincre les élu·es de voter contre la constitutionnalisation de l’IVG , des organisations anti-avortement ont même envoyé des courriers contenant des fœtus en plastique. À lire aussi : 50 ans de la loi Veil : le long parcours de l’avortement en France Méthode 4 : démanteler les traités internationaux À l’international, les traités censés nous protéger sont détricotés. En Europe, la Convention d’Istanbul par exemple est régulièrement ciblée. Le texte combat les violences sexistes et sexuelles… Difficile de s y opposer, n’est-ce pas ? Pourtant des gouvernements conservateurs l’accusent de « promouvoir une idéologie de genre » et de « normaliser l’homosexualité ». À lire aussi : Pourquoi la Convention d’Istanbul est essentielle pour les femmes ? Des alliances sont même créées. C’est le cas du « Consensus de Genève », initié en 2021 sous le premier mandat de Donald Trump. Ouvertement anti-avortement, la coalition est soutenue par Jair Bolsonaro et Viktor Orban lors de sa création. En 2025, une quarantaine d États l’avaient rejointe. notre état de droit fragilisé Ces attaques ne sont pas anodines, elles sont un signal d’alarme. Car lorsque les droits des femmes et des personnes LGBTI+ sont ciblés, c’est l’idée même d’État de droit qui est attaquée. On l’a vu en Hongrie. Durant 15 ans, Viktor Orban n’a cessé de restreindre les droits et libertés des femmes et des personnes LGBTI+ . Cette répression a servi de cheval de Troie pour des dérives autoritaires plus larges. Et pavé le chemin vers une restriction brutale de la liberté d’expression et du droit de manifester. Aux États-Unis, également. En quelques mois seulement, l’administration Trump avait encore restreint l’accès à l’avortement, taillé à la serpe les financements en faveur de la santé sexuelle et reproductive et pratiquement effacé les personnes trans de la vie publique. Et ces mesures se sont accompagnées de toute une série de dérives autoritaires plus larges , chaotiques pour le pays. Le visionnage de cette vidéo entraîne un dépôt de cookies de la part de YouTube. Si vous souhaitez lire la vidéo, vous devez consentir aux cookies pour une publicité ciblée en cliquant sur le bouton ci-dessous. Accepter les cookies On a imaginé un futur dans lequel le projet de société des masculinistes a abouti. Nous sommes en 2060. L’avortement a été interdit dans quasi tous les pays du monde. Un podcast pour comprendre l’urgence de défendre ce droit, face à la montée des mouvements masculinistes. À lire aussi : Avortement en Europe : 7 raisons de continuer à se mobiliser Méthode 5 : financer massivement les organisations anti-genre Les organisations anti-genre sont de plus en plus nombreuses. Et de plus en plus riches. C’est le constat du directeur exécutif du Forum parlementaire européen (EPF). Depuis 2016, ces financements augmentent. De manière toujours plus opaque. Entre 2019 et 2023, l EPF parle ainsi de plus de 1,18 milliard de dollars mobilisés en Europe. Derrière ces financements ? De grandes fondations conservatrices, des fortunes individuelles, des financements privés… Mais aussi des fonds publics. Chez nos voisins britanniques, les dépenses des mouvements anti-genre ont même augmenté de 33% sur cette même période, pour atteindre 106 millions de livres sterling. Les centres « d’aide aux femmes enceintes », qui visent en réalité à dissuader les femmes d’avorter, ont vu leurs dépenses augmenter de 46%. En Europe, c’est la Hongrie qui arrive en tête du classement : avec 172 millions de dollars investis, toujours d’après l’EPF. Suivi de près… Par la France ! Oui, vous avez bien lu. Nous sommes belles et bien le deuxième pays européen à enregistrer le plus de fonds privés consacrés à la lutte contre l’égalité de genre : 165,7 millions de dollars entre 2019 et 2023. E n France, ces fondations qui financent les associations anti-genre Méthode 6 : baisser les subventions de la société civile Si les financements privés des mouvements anti-genre augmentent, les subventions publiques des associations féministes et LGBTI+, elles, sont en chute libre. Une précarisation inquiétante, qui les empêche de mener à bien leurs missions pourtant essentielles. Ces dernières années, le Planning familial est particulièrement ciblé. Encore récemment, en juin 2026, le maire Rassemblement national de Carpentras a supprimé les subventions de l association. Le même qui, en 2020, avait comparé l’avortement à un « génocide ». À lire aussi : Baisse des subventions du Planning familial : une menace pour nos droits fondamentaux Concrètement ? Ces baisses de subventions entrainent parfois la fermeture de centres de santé sexuelle. Dans la Drôme le département a ainsi voté le 14 avril 2025 la fermeture de sept centres de santé sexuelle. Une décision dramatique pour les habitants des communes rurales. Méthode 7 : attaquer les associations LGBTI+ et féministes Déjà fragilisées par les baisses de subventions, les organisations féministes et LGBTI+ font face à une série inquiétante de violences et de dégradations. À Lille, Lyon, Le Mans, Maubeuge ou encore Rennes, des centres LGBTI+ ont été vandalisés, cambriolés et recouverts d’inscriptions haineuses. En mars 2026, le Centre LGBTI+ de Lyon a été infiltré par un collectif homonationaliste. S’en est suivi menaces, insultes et harcèlement en ligne visant notamment une bénévole. En juin 2026, l’association SOS Homophobie a subi une vague de harcèlement en ligne, à la suite de fausses informations délibérément diffusées par ce même collectif homonationaliste. Les attaques contre les centres du Planning familial se sont aussi multipliées ces dernières années. À Strasbourg, le Planning familial du Bas-Rhin a été visé par plusieurs actes de vandalisme en quelques semaines, particulièrement entre janvier et mars 2026. En février 2026, la ligne d’écoute nationale du 3919 destinée aux femmes victimes de violences a été saturée d’appels malveillants coordonnés par des groupes masculinistes. Le visionnage de cette vidéo entraîne un dépôt de cookies de la part de YouTube. Si vous souhaitez lire la vidéo, vous devez consentir aux cookies pour une publicité ciblée en cliquant sur le bouton ci-dessous. Accepter les cookies Ces attaques répétées ne relèvent plus de faits isolés : elles trahissent un véritable climat de violence et d’impunité sur tout le territoire. Méthode 8 : infiltrer la société civile Dans le même temps, on voit monter un nombre croissant d’organisations qui se présentent comme engagées dans la défense des droits des femmes / LGBTI+ Mais qui font tout le contraire. Némésis par exemple. Créé en 2019, le collectif se réclame d’un « féminisme identitaire ». L’organisation se distingue par ses propos particulièrement xénophobes, anti-immigration et anti-trans. En clair, le racisme est certainement le seul positionnement qui porte l’association, sans autres recommandations concrètes pour les droits des femmes. D’autres associations proposent officiellement des ateliers sur la vie affective et sexuelle à destination des jeunes. En réalité, elles promeuvent une idéologie ouvertement anti-avortement et anti-LGBTI+. On pense également aux associations qui proposent de venir en aide aux femmes qui souhaitent avorter en offrant des « colocations solidaires ». Mais sous couvert de prétendue neutralité, ces associations font du prosélytisme contre l’avortement. M éthode 9 : faire pression sur les écoles Ces dernières années, les écoles sont régulièrement ciblées par des campagnes d’intimidation d’organisations conservatrices. En France, les organisations « SOS éducation » et « Parents vigilants » en sont des chefs de file. Ces deux collectifs font de la censure du programme gouvernemental sur l’éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité (EVARS) leur cheval de bataille. Qu’est-ce que le programme EVARS ? En France, la loi prévoit depuis 2001 au moins trois séances annuelles d’éducation à la vie affective pour tous les élèves. Face au manque d’application pratique, plusieurs associations comme Sidaction, le Planning familial ou SOS Homophobie se sont mobilisées à partir de 2022. Cette mobilisation a abouti au lancement en 2025 du programme gouvernemental EVARS, pour faciliter la mise en œuvre de la loi et accompagner les professeurs. Son objectif : appréhender et comprendre la notion de consentement, promouvoir l égalité entre les femmes et les hommes, prévenir les violences sexistes et sexuelles et éduquer à la sexualité et à faire face aux discriminations. Pressions à l’encontre de professeurs et cyberharcèlement, rassemblements devant les établissements, entraves aux interventions d’associations dans les établissements scolaires… Tout est permis, au nom de la « protection de l’enfance » contre un prétendu « endoctrinement LGBT ». Résultat : les pressions exercées conjointement par les deux organismes contre le gouvernement à l’origine du programme EVARS ont abouti à la suppression de termes comme celui de « transphobie ». M éthode 10 : faire prospérer leurs idées e n ligne Inter-plateforme, communautés en ligne, groupes de discussion, forum, blogs, comptes sur les réseaux sociaux… Pour la « manosphère », internet est un terrain de jeu idéal pour faire prospérer ses idées et leur assurer une diffusion rapide. Les jeunes sont les premiers exposés à ces contenus. Or, trop peu de protections existent à ce jour. Les incels, ces hommes qui détestent les femmes Si la manosphère inonde nos réseaux sociaux de contenus haineux, les incels ou « célibataires involontaires » en sont probablement la branche la plus radicale. Leurs adeptes accusent notamment les femmes d’être responsables de leur célibat. Problème : ces dernières années, leurs idées touchent de plus en plus de monde. Et leurs cibles sont toujours plus jeunes. La porte d’entrée de cette radicalisation ? Des vidéos Tiktok et Instagram au contenu extrêmement violent qui diffusent la haine des femmes, sous couvert de traiter de santé mentale. Dans une interview accordée à Radio France en juin 2026, un agent du renseignement intérieur français alerte : la radicalisation des plus jeunes représente une grave menace terroriste en France. Dans le même temps, le mouvement #tradwives explose en ligne. Des centaines d’influenceuses reprennent à leur compte les codes des réseaux sociaux… Pour promouvoir un retour aux valeurs traditionnelles des années 50. Leurs contenus glorifient l’image de la femme au foyer docile, dévouée au mari, dépendante financièrement et entièrement dédiée aux tâches domestiques et à l’éducation des enfants. Or les jeunes y sont particulièrement exposé·es. La Gen Z, plus conservatrice que jamais Dans un rapport de 2025, le Haut Conseil à l’Egalité sonne la sonnette d’alarme : le sexisme augmente en France, tout particulièrement chez les jeunes. D’après le rapport, 39% des hommes pensent que le féminisme menace leur place dans la société. Dans le même temps, 17% des personnes âgées de 15 ans et plus adoptent des comportements sexistes dits « hostiles ». Qu’entend-on par-là ? Concrètement : des attitudes dévalorisantes à l’encontre des femmes et des discours qui justifient la discrimination et la violence à leur égard. Et cela va de pair avec une autre menace en ligne : celle de la désinformation. Elle est au cœur de la stratégie des mouvements anti-avortement. Concrètement, on parle de témoignages choquants pour dissuader les femmes d’avorter. On parle de contenus prétendument informatifs, tout sauf neutres. Avec toujours le même objectif : faire douter, faire peur, faire culpabiliser. de la haine en ligne au passage à l acte Ces chiffres ont une implication bien réelle. Ils se concrétisent par des violences dans l’intimité, dans la rue, dans les transports en commun et dans nos écoles. Ces violences sont généralisées à l’encontre des femmes. L’association Nous toutes parle d’un viol ou une tentative de viol toutes les 2 minutes 30. Et les chiffres du ministère de l’Intérieur prouvent qu’elles n’ont fait qu’augmenter ces dernières années. Les violences contre les personnes LGBTI+ augmentent, elles aussi. En témoignent les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur. En 2025, les infractions anti-LGBT+ enregistrées par les services de police et de gendarmerie nationales ont progressé. Parmi les 4 900 infractions recensées, 64 % constituait des crimes ou des délits. Agir Face aux LGBTIphobies, tout le monde peut agir. Mais encore faut-il savoir comment. Découvrez notre nouveau livret « Agir face aux discours LGBTIphobes », un outil essentiel pour : appréhender les racines historiques des LGBTIphobies, comprendre les droits et libertés des personnes LGBTI+, déconstruire les discours LGBTIphobes avec des réponses adaptées. Voir la suite L’urgence de résister Face aux attaques, face à la haine, la résistance s’organise. En Europe, l’initiative « Ma voix mon choix » pour défendre le droit à l’avortement a recueilli plus de 1,2 millions de personnes . Elle a permis d’acter que les pays de l’UE puissent utiliser des fonds européens pour faciliter l’accès à l’avortement partout en Europe. En juin 2025, près de 300 000 personnes ont défilé dans les rues de Budapest lors de la marche des fiertés, malgré son interdiction par le gouvernement Orban. En France, cette année, plus d’une centaine de marches des fiertés se tiennent sur tout le territoire, un record. Ces mouvements sont cruciaux pour protéger nos droits. Face à la montée des discours masculinistes et anti-genre partout dans le monde, un seul mot d’ordre : résister. Que fait Amnesty International ? Amnesty International est un mouvement mondial qui réunit plus de 10 millions de personnes. À travers nos recherches et nos campagnes, nous contribuons à lutter contre les atteintes aux droits humains commises partout dans le monde. Notre organisation est impartiale et indépendante : notre financement repose entièrement sur la générosité du public. Agir En France, les associations féministes et LGBTI+ sont menacées, discriminées, effacées. Pourtant, elles mènent une mission essentielle d’accès aux soins et à l’information. Il est urgent de les protéger ! Signez la pétition The post France : 10 méthodes des mouvements anti-genre et masculinistes pour s attaquer aux femmes et aux personnes LGBTI+ appeared first on AMNESTY FR .

Rapport
Publié 25 juin 2026
Épinglé 25 juin 2026
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Les paramètres industriels d’une dissuasion nucléaire élargie

Institut Jacques Delors · centre

Il est aujourd’hui rare qu’un débat sur l’avenir de la défense européenne fasse l’impasse sur la question du nucléaire et de sa place dans l’architecture de sécurité que les Européens s’emploient à bâtir. Le concept de dissuasion nucléaire avancée introduit par le Président de la République française dans son discours du 2 mars 2026 1 est venu stimuler les réflexions à ce sujet. La dissuasion nucléaire repose, on le sait, sur la combinaison de trois éléments qui, conjugués, concourent à sa crédibilité : une doctrine d’emploi, un pouvoir de décision unipersonnel et des armements parmi les plus avancés technologiquement. Au titre de ce 3ème pilier, il existe par conséquent une dimension industrielle constitutive de la dissuasion qui occupe une place importante dans l’économie de la défense et qui est potentiellement affectée par les bouleversements que connait aujourd’hui ce secteur sous l’effet des séismes géopolitiques. Pour évaluer la réalité de cet impact, il faut prendre la mesure des moyens qui, directement ou indirectement, participent à la posture nucléaire, identifier ceux de ces moyens qui échappent en partie à un contrôle purement national et tenter d’anticiper les ruptures qui pourraient accroître encore ces dépendances. La proposition française d’élargissement de la dissuasion suggère que cet infléchissement se fasse dans un cadre européen. 1) Une panoplie étendue de moyens participent à la dissuasion : Outre les armes atomiques proprement dites (les ogives nucléaires), la France dispose de 2 composantes capables d’acheminer ces armes : l’une balistique embarquée sur des sous-marins (les SNLE 2 ), l’autre de missiles aéroportés (par des aéronefs, pour certains sur porte-avions). De son côté, le Royaume-Uni ne possède que la composante sous-marine. Les conditions d’emploi de ces 2 types de vecteurs sont assez différentes, leur combinaison contribuant à la crédibilité de la force de frappe. Leur mise en œuvre fait appel à des moyens critiques comme : les satellites de communication et les avions de patrouille maritime pour les SNLE ; les avions ravitailleurs et le porte-avions pour les missiles aéroportés ; des outils performants de renseignement optique et électronique dans les deux cas. Certains de ces matériels, comme les ravitailleurs ou les satellites de communication, ont un emploi dual, nucléaire et conventionnel. Les entreprises qui les produisent ont cette double capacité de travailler avec les exigences de la dissuasion et celles, plus ouvertes, du conventionnel, voire même du domaine civil. On sait par exemple qu’ArianeGroup est à la fois le maître d’œuvre des missiles nucléaires balistiques et des lanceurs Ariane, tirant partie des synergies technologiques entre ces deux types de fusées. L’ensemble de ces outils représente une part significative des dépenses d’armement des pays qui les possèdent. La partie consacrée aux instruments de frappe proprement dits (têtes nucléaires et missiles) représente ainsi environ un quart du budget militaire d’équipement de la France en 2026. Si on ajoute les moyens d’emport et d’accompagnement (indispensables à la mise en œuvre des missiles), ce montant approche un tiers de ce budget. Il représente par conséquent une part très importante de l’activité des entreprises françaises du secteur de la défense, impliquant les principaux maîtres d’œuvre et de nombreux sous-traitants. Cet investissement de la France dans la dissuasion est vu par certains comme la justification de dépenses moins significatives dans le domaine conventionnel sur lequel se mobilisent ses partenaires européens. Il est aussi responsable des obstacles à la coopération sur des programmes majeurs comme le SCAF, dont l’abandon du moins pour ce qui concerne l’aéronef piloté est en partie imputable aux exigences françaises liées à la dissuasion (l’avionneur français en faisant un argument pour réclamer l’entière maîtrise d’œuvre du programme…). Mais ce descriptif succinct du contenu physique de la dissuasion montre en tout état de cause son imbrication dans un appareil industriel de défense qu’il irrigue technologiquement et ses dépendances relevant pour partie du champ conventionnel. 2) Le contrôle national des outils de la dissuasion n’est ni intégral, ni figé : On observe en premier lieu que certaines briques de l’arsenal dissuasif font l’objet d’une coopération internationale, créant une brèche dans le dogme de l’indépendance nationale dans ce domaine. C’est par exemple le cas des ravitailleurs de la composante aéroportée, dérivés d’avions Airbus A330 assemblés en Espagne. Et il existe des composants ou des équipements qui proviennent par nécessité de sources étrangères (cas des catapultes d’origine américaines pour le porte-avions), sans parler de certains composants électroniques ou des matières premières indispensables à la production des armes. Mais ces dépendances n’affectent en réalité pas l’autonomie d’utilisation de ces dernières, condition cardinale de leur doctrine d’emploi. La place occupée par des composants techniques de la dissuasion échappant à une stricte souveraineté nationale pourrait cependant s’accroitre. C’est ce que suggèrent les concepts de dissuasion avancée et d’épaulement stratégique mis en avant dans le discours du Président Macron et faisant maintenant l’objet d’échanges avec certains partenaires européens. Il y est en effet question de traiter en coopération des capacités jouant un rôle primordial dans la posture de dissuasion, comme l’alerte avancée, la défense aérienne élargie ou la frappe dans la profondeur. L’éventualité a également été évoquée d’un positionnement d’armes nucléaires françaises et de leurs porteurs (en pratique des aéronefs) dans d’autres Etats européens, contribuant à la sanctuarisation du territoire de ces derniers. Cela impliquerait de facto un partenariat dans le soutien opérationnel de ces engins et ouvrirait la porte à un principe de double clé 3 (qui fragiliserait le nécessaire capacité de décision unipersonnelle quant à leur emploi). Ces propositions ne sont pas que doctrinales : mises en œuvre, elles auraient des conséquences sur la chaîne industrielle de la dissuasion française, l’obligeant à entrer davantage dans des coopérations européennes à la fois techniques et programmatiques. Cette réalité et ces perspectives montrent que, si une européanisation littérale de la dissuasion reste incompatible avec une doctrine d’emploi crédible, le partage de certains de ses éléments matériels avec des partenaires européens de la France semble incontournable et, à certains égards, souhaitable pour des raisons à la fois opérationnelles et budgétaires. C’est une démarche qui, ouvrant la voie à un début de mutualisation des ressources consacrées à cet élément fondamental d’une défense européenne, aiderait à le préserver de dépendances vis-à-vis de pays tiers, notamment des Etats-Unis. 3) Comme l’ensemble des armements, le pilier industriel de la dissuasion est confronté à des ruptures technico-opérationnelles majeures : Sans entrer dans le débat doctrinal, il faut admettre que les conditions théoriques d’emploi de l’arme nucléaire sur le théâtre européen sont affectées par les bouleversements que connait aujourd’hui la guerre conventionnelle. Les conflits en cours et l’apparition des menaces hybrides (agressions ne faisant pas appel à la force armée) modifient de manière brutale et significative la perception d’une situation qui pourrait conduire à l’utilisation de l’arme atomique. Même si l’incertitude fait partie de la grammaire de la dissuasion, la notion d’escalade qui fonde celles de seuil de franchissement et d’ultime avertissement n’excluant pas un emploi en premier 4 devient plus complexe à appréhender. Mise en évidence sur le théâtre ukrainien, l’irruption massive des nouvelles technologies sur le champ de bataille, avec l’emploi généralisé de robots, de drones et de logiciels exploitant l’intelligence artificielle, contribue à brouiller l’approche classique d’un conflit par paliers. Fragilisant la pertinence des plateformes conventionnelles avions ou missiles produites au terme de longs et coûteux développements, elle pourrait aussi remettre en question la version nucléaire de ces plateformes, souvent dimensionnante pour la définition de leurs performances. Les réflexions en cours dans les Etats-Majors pour répondre à ces nouveaux paradigmes opérationnels 5 , qu’accompagne la rivalité montante entre les entreprises installées du secteur et les nouveaux entrants issus de la tech, pourraient remettre en cause l’équilibre industriel sur lequel s’est construit le contenu physique de la force de dissuasion française. L’introduction de l’IA et, à plus long terme, celle du calcul quantique sont d’autres facteurs possibles de déstabilisation de l’équation nucléaire avec une réévaluation du facteur humain dans la boucle de décision et de la cryptologie indispensable à son exercice. De façon assez immédiate, le coût budgétaire de la dissuasion pèse sur ce débat : arme de non-emploi, celle-ci ne peut en effet, moins que jamais, exonérer celui qui la possède d’un effort conséquent de réarmement adapté au nouveau contexte. La prolongation logique de ce constat implique que l’effort de défense européen, s’il doit être davantage coordonné et mutualisé pour produire des résultats, ne devrait pas exclure sa composante nucléaire aujourd’hui portée par la France et le Royaume-Uni. Si elles suggèrent que la dissuasion nucléaire n’est immuable ni dans ses principes ni dans ses moyens, ces réflexions mettent surtout en évidence l’enjeu global que représente sa contribution souhaitable à la posture de défense européenne dans le contexte du retrait américain. Son utilité demain dépendra de la place qu’elle trouvera dans la stratégie de défense que les Européens sont condamnés à développer ensemble. Cette réalité ne s’imposera pas seulement par des évolutions doctrinales, mais par le jeu de ruptures technologiques et industrielles qui interdiront le statu quo: fongibilité accrue entre vecteurs conventionnels et nucléaires, décloisonnement numérique des systèmes de décision, réallocation de ressources pour tirer parti de ces synergies, coopération multinationale sur des équipements critiques, mutualisation du renseignement… Notes A l’Île Longue, base de la Marine française abritant les sous-marins nucléaires. ↩︎ Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins. ↩︎ Système aujourd’hui en vigueur pour les armes nucléaires américaines présentes en Allemagne, en Italie, en Belgique et aux Pays-Bas. ↩︎ Voir ‘‘La garantie française’’, Benoît d’Aboville (Revue Commentaire, Printemps 2026) ↩︎ Voir ‘’La vitesse est la matrice de la nouvelle puissance’’, Pierre Vandier (Le Grand Continent, avril 2026) ↩︎

Rapport
Publié 23 juin 2026
Épinglé 24 juin 2026
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Energie, ressources, climat : une défense sous contraintes physiques

The Shift Project · gauche
Note
Publié 23 juin 2026
Épinglé 24 juin 2026
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Panthéonisation de Marc Bloch : les leçons de courage d’un clerc

Institut Montaigne · centre

Les Rois thaumaturges, L'étrange défaite, Apologie pour l'histoire... L'historien Marc Bloch, fondateur de l'école des Annales, qui a renouvelé l'historiographie par son approche transdisciplinaire, laisse des œuvres qui font toujours référence ; il incarne aussi le modèle d'un certain type d'intellectuel qui combattit et s'engagea au service de la vérité. Ce portrait, tiré d'une allocution prononcée lors de l'anniversaire du décès de Marc Bloch le 16 juin dernier, montre…

Étude
Publié 23 juin 2026
Épinglé 24 juin 2026
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Les retraites en France : Une histoire de cornecul

Institut des Libertés · droite

J’ai 83 ans et quand j’étais à l’université il y a soixante ans, mon professeur de démographie (monsieur Letinier, élève d’Alfred Sauvy) nous expliquait que le système Français dit de « répartition » ne pouvait fonctionner que si le nombre d’enfants par femme restait solidement au-dessus de 2.2. Nous en sommes bien loin… Quand ce taux a [ ] The post Les retraites en France : Une histoire de cornecul first appeared on Institut Des Libertés .

Étude
Publié 21 juin 2026
Épinglé 22 juin 2026
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La guerre juste : des questions sans réponse définitive

Institut des Libertés · droite

Depuis les Romains, la question de la guerre juste est omniprésente dans la pensée politique. Ce n’est pas un petit sujet, mais une question essentielle. Poser les limites de la guerre permet de se livrer à la bataille, et donc de donner la mort, sans céder à la barbarie. Réfléchir à la guerre juste, c’est [ ] The post La guerre juste : des questions sans réponse définitive first appeared on Institut Des Libertés .

Étude
Publié 19 juin 2026
Épinglé 21 juin 2026
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Quel retour pour l’anarchisme ?

Contretemps · extrême gauche

Dans cet article, Arthur Rouselle propose une lecture critique de "L'anarchisme", petit ouvrage du politiste Edouard Jourdain paru en 2020 dans la collection « Repères » aux éditions La Découverte. L'occasion de revenir sur l'espace occupé par les courants et théories libertaires aujourd'hui. L’article Quel retour pour l’anarchisme ? est apparu en premier sur Contretemps .

Étude
Publié 19 juin 2026
Épinglé 21 juin 2026
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Comment la relocalisation des achats des entreprises peut contribuer à changer la donne industrielle du pays

Fondation Jean-Jaurès · gauche

Comment accentuer la réindustrialisation dans un contexte géopolitique tendu et face au dérèglement climatique ? Pour Loïc Hénaff, conseiller régional de Bretagne, chef d’entreprise de l’agroalimentaire, et Anaïs Voy-Gillis, chercheuse associée à l IAE Poitiers 1 , il existe un levier invisible à activer : la relocalisation par les achats. Cet outil stratégique permettrait ainsi d articuler souveraineté industrielle, transition écologique et cohésion territoriale. Introduction Les conflits armés, la pandémie, les mesures d’atténuation du changement climatique et les pertes de souveraineté viennent contrecarrer toutes les initiatives de réindustrialisation. Pourtant, à bien y regarder, il existe un levier invisible que nous pouvons tous activer, à condition de prendre conscience de sa portée stratégique et de passer à l’action. La relocalisation par les achats n’est ni un slogan ni une politique de repli. Elle constitue un outil stratégique moderne au croisement de la souveraineté industrielle, de la transition écologique et de la cohésion territoriale. Sa force tient à sa simplicité : elle agit là où se structurent réellement les chaînes de valeur, au moment de l’acte d’achat. L’acte d’achat est une politique industrielle qui ne dit pas son nom. Et surtout, c’est une politique à la portée de toutes les entreprises, quels que soient leur taille ou leur secteur. Le retour de la question industrielle Au niveau de l’Union européenne : une souveraineté industrielle sous contraintes L’Union européenne (UE) découvre simultanément qu’elle veut décarboner, réindustrialiser et réduire ses dépendances dans un contexte de compétition mondiale accrue sur l’énergie, les technologies et les matières premières. Pendant plusieurs décennies, l’UE a pensé sa puissance économique davantage à travers les services, la finance ou la connaissance que par la maîtrise des capacités productives matérielles. La pandémie de Covid-19, la guerre économique sino-américaine, la guerre en Ukraine, les crises énergétiques ou encore les perturbations logistiques mondiales ont mis en évidence la vulnérabilité de systèmes productifs fortement internationalisés. La crise de la mer Rouge, déclenchée fin 2023 par les attaques contre des navires commerciaux, en offre une illustration : en poussant de nombreux armateurs à éviter le canal de Suez et à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, elle a allongé les rotations maritimes entre l’Europe et l’Asie et accru les coûts de transport. Ces chocs ont contribué à réintroduire la question industrielle au cœur du débat politique européen, non plus uniquement sous l’angle de la compétitivité, mais également sous ceux de la sécurité économique, de la résilience et de l’autonomie stratégique 2 . Cette réorientation intervient dans un contexte de fragilisation relative de la base productive européenne. L’industrie manufacturière représente aujourd’hui environ 14% du PIB de l’Union européenne, contre environ 17% au début des années 2000, avec des trajectoires très différenciées selon les États membres 3 . Par exemple, en France, elle représente 9,6% du PIB en 2024 contre 18% en Allemagne, 14,8% en Italie ou encore 19,9% en République tchèque 4 . Dans le même temps, l’Union européenne a engagé une transformation normative profonde de son économie à travers le Pacte vert, le renforcement des exigences environnementales, climatiques et de traçabilité, ainsi que l’affirmation d’objectifs de souveraineté dans les secteurs jugés stratégiques. Cette dynamique apparaît toutefois aujourd’hui fragilisée par un mouvement de simplification réglementaire et de recentrage sur la compétitivité industrielle, qui tend à reconfigurer, sans l’abandonner explicitement, l’ambition initiale du Pacte vert. La transition écologique accentue ainsi les tensions pesant sur l’appareil productif européen. La décarbonation des systèmes industriels suppose des investissements massifs, une électrification accrue des usages, une transformation des procédés et une sécurisation de l’accès aux matières premières critiques nécessaires aux technologies bas carbone. Or cette transition s’accompagne de nouvelles dépendances industrielles, notamment vis-à-vis de la Chine pour de nombreuses chaînes de valeur liées aux batteries, aux terres rares, aux panneaux photovoltaïques ou aux équipements de l’économie numérique. Dans ce contexte, la politique industrielle européenne connaît une inflexion majeure. Les instruments communautaires récents – le Net-Zero Industry Act , le Critical Raw Materials Act , l’ Industrial Accelerator Act , l’assouplissement des aides d’État, une politique commerciale plus défensive ou la montée en puissance des projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) – traduisent une tentative de réarticuler compétitivité, transition écologique et sécurité économique. Ces évolutions transforment en profondeur les stratégies d’approvisionnement et les politiques d’achat des entreprises comme des acteurs publics. Le critère du coût immédiat ne suffit plus à lui seul à structurer les arbitrages. La robustesse des chaînes d’approvisionnement, la disponibilité énergétique, la maîtrise technologique, l’exposition géopolitique, l’empreinte carbone ou encore la conformité réglementaire deviennent des dimensions centrales de la décision économique. L’enjeu n’est pas celui d’une relocalisation intégrale des productions ni d’une autarcie productive. Il réside davantage dans la capacité à identifier les dépendances critiques, à préserver certaines capacités industrielles essentielles, à sécuriser les infrastructures stratégiques et à reconstruire des formes de souveraineté productive compatibles avec les contraintes écologiques, énergétiques et budgétaires contemporaines. En France : une désindustrialisation structurelle et une vulnérabilité territoriale En France, le diagnostic d’un affaiblissement industriel est désormais largement partagé, même si ses causes, ses temporalités et les réponses à lui apporter demeurent débattues. L’industrie manufacturière représente aujourd’hui 9,6% du PIB français, contre plus de 14,4% au début des années 2000 et près de 20% dans les années 1980 5 . Cette contraction s’est accompagnée d’une réduction continue de l’emploi industriel, d’un affaiblissement de certaines filières productives et d’un creusement du déficit commercial manufacturier. Mais la désindustrialisation française ne peut être réduite à un simple phénomène sectoriel. Elle constitue également un phénomène territorial, social et politique. La fermeture d’usines, la fragilisation des chaînes de sous-traitance, l’érosion des savoir-faire industriels ou la concentration des activités à forte valeur ajoutée dans quelques grands pôles métropolitains ont profondément reconfiguré les équilibres territoriaux. De nombreux bassins industriels ont vu se combiner perte d’emplois productifs, fragilisation démographique, recul des services publics et sentiment de déclassement économique et politique. Cette dimension territoriale est essentielle. Les capacités industrielles ne se résument pas à des unités de production isolées : elles reposent sur des écosystèmes locaux associant infrastructures, compétences, réseaux de sous-traitance, foncier, accès à l’énergie, capacités logistiques, ingénierie publique et dynamiques de formation. Lorsqu’un maillon disparaît, c’est souvent l’ensemble de l’écosystème qui se fragilise. Pour autant, cette trajectoire n’est ni homogène ni irréversible. Les dynamiques récentes montrent l’existence de capacités de rebond différenciées selon les territoires, les filières et les modèles productifs. La transition énergétique, les besoins de décarbonation, les transformations des chaînes de valeur mondiales ou encore les nouvelles politiques industrielles européennes ouvrent des marges de manœuvre réelles pour certains territoires industriels. Cela suppose néanmoins de déplacer le regard porté sur la réindustrialisation. Celle-ci ne dépend pas uniquement de politiques de soutien à l’offre productive ou d’annonces d’implantations industrielles. Elle suppose également une réflexion sur l’organisation de la demande, les conditions de solvabilisation des marchés, les infrastructures, les compétences, les ressources énergétiques et les mécanismes de coordination entre acteurs publics et privés 6 . Autrement dit, la réindustrialisation ne relève pas d’un simple retour spontané des usines. Elle implique une capacité à reconstruire des cohérences productives territoriales dans un contexte marqué par la contrainte carbone, les tensions géopolitiques et la compétition internationale sur les technologies, les ressources et les capacités industrielles. Recevez chaque semaine toutes nos analyses dans votre boîte mail Abonnez-vous Les achats : un levier de transformation économique sous-exploité Ce n’est pas le fruit du hasard. Une entreprise peut attendre 52 semaines pour recevoir des composants électroniques en provenance d’Asie quand, dans le même temps, 52 heures suffisent pour recevoir par avion des produits textiles commandés en trois clics sur un smartphone. Cette dissymétrie n’est pas naturelle. Elle est le résultat de décennies de choix économiques qui ont organisé, progressivement et méthodiquement, la dépendance productive de la France. L’étude Reloc’h 7 , conduite en 2020-2021 par le cabinet Goodwill Management pour Produit en Bretagne, le Medef, le Crédit Mutuel Arkéa et la Région Bretagne, l’a montré avec sobriété à partir du terrain breton : la désindustrialisation ne signifie pas l’absence de potentiel. Il existe un écart mesurable entre ce que les entreprises achètent aujourd’hui et ce qui pourrait être produit localement, nationalement ou à l’échelle européenne. Et le frein n’est pas uniquement productif : il est organisationnel et décisionnel. Autrement dit, la demande structure l’offre. Ne pas interroger les achats, c’est se priver d’un levier central de politique industrielle. Les achats, infrastructure invisible des chaînes de valeur Les achats représentent en moyenne 60 à 70% du chiffre d’affaires des entreprises. C’est, de loin, le premier poste de dépenses de toute organisation productive. Chaque décision d’achat structure durablement l’économie réelle : elle oriente l’investissement, façonne les filières, conditionne l’innovation et crée – et trop souvent détruit – de la valeur territoriale. Quand une entreprise achète ses emballages à l’autre bout du monde, elle n’acquiert pas seulement un carton. Elle transfère de la valeur, des emplois, des cotisations sociales. Elle fragilise, sans nécessairement en avoir conscience, son propre écosystème. Une entreprise ne peut pas être prospère dans un champ de ruines. Les achats ne sont donc ni neutres ni secondaires. Ils constituent une véritable infrastructure invisible de l’appareil productif, une infrastructure que personne ne voit parce qu’elle passe par des tableaux Excel et des relations fournisseurs, mais dont l’orientation détermine, en profondeur, la structure productive d’un territoire. Comme le disait une campagne des chambres de commerce et d’industrie (CCI) de France, il y a de cela bien longtemps : « nos emplettes sont nos emplois 8 » . Cette intuition populaire, les travaux économiques récents l’ont confirmée avec rigueur. L’achat lointain réchauffe la planète ; non seulement à cause du transport, mais parce que l’énergie utilisée pour produire ailleurs est rarement décarbonée. Chaque achat sur certaines plateformes mondiales représente des cotisations retraite en moins, de la TVA en moins, de la valeur ajoutée qui s’évapore. La mécanique s’emballe. Le pays laisse sa valeur filer, et nous continuons. Parfois, il suffit que quelques acteurs décident ensemble de regarder où va la valeur pour que tout change. Lorsque Coreff est lancée en 1985, les brasseurs bretons doivent se tourner vers la Belgique pour s approvisionner en malt, leur orge bretonne part en dehors de la région pour y être transformée, puis revient. Une aberration logistique que quatre brasseurs décident un jour de nommer comme telle. De ce refus collectif est née la Malterie de Bretagne, installée à Scaër, qui regroupe aujourd hui plus de cent agriculteurs et une quarantaine de brasseries, produisant environ 2000 tonnes d orge bio annuelle en circuit court intégral. « Envoyer des céréales dans le centre de la France pour les faire revenir sous forme de malt a été une des raisons qui nous ont poussés à créer la Malterie de Bretagne. C était une hérésie », comme l explique Jean-Noël Attard, président de la Malterie de Bretagne 9 . La demande a structuré l offre. Pas l inverse. Du prix facial au coût complet : une bascule culturelle nécessaire Relocaliser n’est pas d’abord un acte idéologique. C’est une évolution managériale. Pendant des décennies, le réflexe de l’acheteur professionnel a été guidé par un seul critère : le prix facial. Un composant vient de Chine ? Il coûte moins cher sur le bon de commande. Affaire réglée. Mais derrière ce prix affiché se cache une multitude de coûts que personne ne comptabilise vraiment dans l’arbitrage initial : les délais qui paralysent la production, les stocks accumulés pour se protéger des ruptures, les coûts de non-qualité, les frais de transport et de douane, les risques géopolitiques désormais bien réels, le coût carbone du fret maritime. Tout cela n’apparaît pas sur la facture initiale. Mais tout cela pèse, lourd, sur les comptes réels. Le raisonnement en coût complet – le TCO ( Total Cost of Ownership ) – change radicalement l’arbitrage économique. L’étude Reloc’h l’avait établi de façon robuste : l’écart de coût de production entre la France et la Chine, historiquement de l’ordre de 80%, est aujourd’hui souvent inférieur à 10% une fois intégrés les coûts logistiques, les risques, les stocks et les droits de douane 10 . Autrement dit, lorsque l’on raisonne en coût complet, certaines relocalisations deviennent économiquement rationnelles, voire tout simplement plus performantes parce que plus robustes que des approvisionnements lointains. Relocaliser n’est donc pas payer plus. C’est réduire les risques, sécuriser les approvisionnements, maîtriser la qualité et regagner en compétitivité. C’est passer d’une économie subie à une économie plus maîtrisée. C’est aussi bien souvent aligner la politique d’achats à celle de la politique générale d’entreprise, pas toujours exécutée comme le souhaite la direction. Une logique de proximité graduée, pas de repli Relocaliser ne signifie ni fermer ni se replier. Ce n’est pas la fin du commerce international. Il s’agit d’une logique de proximité graduée : rapprocher quand c’est pertinent, sécuriser quand c’est nécessaire pour notre souveraineté (médicaments, alimentation, énergie), en restant pleinement inscrit dans les échanges européens et internationaux. Ce n’est pas une économie du bocal. C’est un autre regard sur l’international : lucide et adapté aux bouleversements de notre époque. Qui peut développer son entreprise sereinement s’il peut dépendre de la fermeture brutale d’une route maritime, à Ormuz ou ailleurs ? Relocaliser, c’est peser davantage dans le monde, pas en sortir. De l’étude à l’action : un démonstrateur territorial La Bretagne ne s’est pas réveillée ce matin sur ce sujet. Ce dernier structure sa vie économique et sociale depuis plus de quarante ans, marquée notamment par l’expérience fondatrice de Produit en Bretagne, née en 1993 dans un contexte de crise industrielle régionale. L’intuition de ses fondateurs – apposer un logo, un petit phare bleu et jaune facilement reconnaissable – pour montrer aux consommateurs bretons que les produits qu’ils achetaient étaient liés aux emplois de leurs voisins semblait alors dérisoire. Trente ans plus tard, ce logo figure chaque année sur près d’un demi-milliard de produits de grande consommation. La Bretagne est aujourd’hui la première région de France en termes d’achats locaux par les consommateurs. Ce résultat est un point de départ, pas d’arrivée. Reloc’h : du diagnostic macro à l’expérimentation Pour la première fois, et dans le contexte de la pandémie et des fragilités qu elle avait révélées, l étude Reloc h a permis de passer au crible 582 secteurs économiques pour mesurer ce que la Bretagne importe et ce qu’elle pourrait produire en 2020-2021. Le résultat fut éloquent : un potentiel de 130 000 emplois, 5 milliards d’euros de valeur ajoutée et 3,9 millions de tonnes de CO₂ évitées à horizon 2030. Ces chiffres méritent qu’on s’y arrête. 130 000 emplois, c’est 6% de la population active bretonne. Ce n’est pas un rêve de planificateur : c’est le résultat d’une analyse macroéconomique rigoureuse, conduite secteur par secteur, sur la base de données réelles. Ce potentiel couvre les équipements agroalimentaires, les emballages, l’électronique embarquée, le traitement des déchets, l’aéronautique, c’est-à-dire les filières locomotives du territoire. Mais une étude macroéconomique, aussi solide soit-elle, reste une promesse. Il fallait passer du possible au faisable. C’est l’objet de Reloc’h 2, conduite avec huit entreprises bretonnes volontaires issues de secteurs variés. Chacune a accepté d’ouvrir ses données d’achats, de cartographier ses approvisionnements, de simuler des scénarios de relocalisation partielle. Les données individuelles restent confidentielles car elles touchent au cœur de la stratégie des entreprises. Mais ce qui importe, c’est la conclusion : nous avons fait la démonstration que les ordres de grandeur de Reloc’h 1 étaient justes. Environ 10% des achats des entreprises sont relocalisables à court ou moyen terme, sans dégradation de la compétitivité, à condition de raisonner en coût complet. Extrapolé à l ensemble du tissu économique breton, ce seul levier représente 5,4 milliards d euros de valeur ajoutée et 70 000 emplois en Bretagne et 118 000 emplois soutenus à l échelle nationale 11 . Les exemples concrets illustrent ce que signifie cette progression dans le réel. Une entreprise agroalimentaire qui relocalise ses matières premières agricoles en circuits plus courts : quelques pourcents d’évolution dans ses achats, mais une relation fournisseur plus solide, une traçabilité maîtrisée, un impact carbone réduit. Ce fabricant de système d’alarme qui fait passer sa part d’achats locaux de 50 à 80% en substituant des cartes électroniques bretonnes aux composants électroniques. Ce fabricant de confiseries qui achètent ses désormais ses présentoirs à sucettes sur la commune de Plescot, à quelques kilomètres. Un industriel qui rapatrie la fabrication d’un produit emblématique (un bol breton !) jusqu’alors sous-traité hors du territoire et qui découvre que le coût complet est comparable, que la qualité est maîtrisée, que la réactivité est incomparablement meilleure. Ce sont des gestes apparemment modestes. C’est pourtant là, dans l’accumulation de ces décisions concrètes, que se joue la réindustrialisation réelle. Ce passage du possible au faisable est décisif : il démontre que la relocalisation par les achats peut être opérationnelle, mesurable et accompagnée. Ce n’est pas un slogan. C’est un gisement. Une méthode collective et un portage politique assumé La solidité de la démarche bretonne repose sur trois piliers indissociables. Le premier est un portage politique clair et durable. Sans ancrage institutionnel, les initiatives de ce type s’éteignent au premier changement de priorités. Ici, la démarche est portée depuis plusieurs années au plus haut niveau de la Région, intégrée dans la Stratégie régionale des transitions économiques et sociales. Elle n’est pas une expérimentation périphérique : elle est une politique structurante. Le deuxième pilier est une gouvernance partenariale réelle parce que personne ne peut y arriver seul. Le comité de pilotage de notre démarche « Relocalisons.bzh » réunit le Medef Bretagne, les organisations professionnelles de la métallurgie et de l’industrie agroalimentaire, la Fédération française du bâtiment, Produit en Bretagne, la CCI de Bretagne, la Banque des territoires, l’Ademe, le Conseil national des achats Bretagne, et d’autres encore. Ce n’est pas une liste honorifique. Cette équipe a été un lieu de co-construction effective, qui a permis de décider ensemble des outils, des méthodes, des priorités. Du collectif, du collectif, encore du collectif pour trouver les points d’accord, mais aussi pour assumer les désaccords. C’est là que se construit la robustesse d’une démarche dans la durée. Le troisième pilier est un appui scientifique garantissant la crédibilité des analyses. Un comité scientifique composé de chercheurs spécialistes de la réindustrialisation et d’économistes du cabinet Goodwill Management n’est pas décoratif : il permet d’affirmer les chiffres avec aplomb, de les défendre face aux sceptiques, de ne pas confondre conviction et démonstration. Un enjeu central traverse cette démarche : réapprendre le temps long. L’action politique contemporaine est souvent contrainte par des cycles courts, des indicateurs immédiats, une pression à l’annonce permanente. La transformation industrielle, elle, se compte en années, parfois en décennies. C’est cette profondeur de temps qui fait la force des démarches qui durent. L expérience bretonne l enseigne : le temps d appropriation a été plus long que prévu. Et la clé de la mise en mouvement tient moins au profil sectoriel ou à la taille des entreprises qu à la personnalité des dirigeants et à l adhésion des équipes. Ce n est pas un frein, c est une indication précieuse sur la nature réelle du levier : culturel avant d être technique. Outiller pour agir : rendre la relocalisation praticable La démarche Relocalisons.bzh repose sur des outils simples et accessibles, disponibles sur la plateforme du même nom 12 . Le premier est l’Indice breton de l’achat local (IBAL) : un outil de cartographie des achats, réalisable en trente minutes, qui permet à toute entreprise de connaître la répartition géographique de ses approvisionnements entre la Bretagne, la France, l’Europe et le reste du monde. Pas d’ingénierie complexe, pas de consultant coûteux, un simple fichier Excel, les données fournisseurs, et une photographie claire de la réalité. C’est le point de départ indispensable : on ne relocalise pas ce qu’on ne mesure pas. Ce premier outil ouvre sur un parcours d’accompagnement progressif, qui guide les entreprises à travers les étapes concrètes de la relocalisation : identifier les alternatives locales, calculer le coût complet, sourcer de nouveaux fournisseurs et enfin mettre en œuvre. Ce parcours inclut des formations pour les acheteurs sur le TCO et un accès à une base de données de fournisseurs locaux en constante expansion. La Charte « Je (re)localise mes achats en Bretagne » structure et valorise l’engagement sur deux ans. La philosophie de l’ensemble est simple : il ne s’agit pas d’exiger la perfection ; chaque euro relocalisé compte. Il s’agit de donner les moyens d’entrer dans la démarche. De passer de l’ignorance de ses propres pratiques à la connaissance. Car comprendre, c’est déjà agir. Neuf filières sont à ce jour accompagnées spécifiquement. Dans l’agroalimentaire, 52% des industriels bretons interrogés envisagent d’augmenter la part bretonne de leurs approvisionnements à court terme 13 . Le mouvement est en marche. À ce jour, plus de 3000 entreprises ont été sensibilisées. La Région Bretagne, à titre d’exemple, et dans ses responsabilités d’acheteuse, a porté la part de ses achats publics réalisés auprès d’entreprises bretonnes à 78,5% 14 . La démarche montre que le potentiel est immense, la victoire économique déterminante sans créer une seule nouvelle entreprise – en remplissant simplement mieux les carnets de commandes de celles qui existent. Ce qui est transférable à l’échelle nationale : et si on s’y mettait collectivement ? La Bretagne n’est pas seule. D’autres territoires s’intéressent à la démarche. Des chercheurs spécialisés dans la réindustrialisation soulignent que la Région bretonne est, à leur connaissance, la seule à aborder la question de la réindustrialisation par la demande en couvrant à la fois la commande publique, le B to C 15 et le B to B 16 . C’est précisément ce qui la rend originale et potentiellement transposable. Une méthode avant un modèle La première erreur serait de vouloir copier-coller une expérience régionale. Les tissus industriels sont différents d’un territoire à l’autre, les acteurs économiques ont leurs histoires et leurs cultures propres. Ce qui est transférable, c’est une méthode. Un diagnostic partagé entre acteurs publics et privés. Des outils simples, accessibles, qui permettent à toute entreprise d’entrer dans la démarche. Une gouvernance collective qui associe organisations professionnelles, collectivités, État et partenaires financiers. Un appui scientifique indépendant. Et, surtout, une animation dans la durée, mais un travail continu de sensibilisation, de mise en relation, d’accompagnement. Un travail sobre, pas spectaculaire mais méthodique. Si les conditions de succès sont connues – portage politique clair, outils simples, données crédibles, animation dans la durée –, les écueils à éviter le sont tout autant. Le localisme défensif, d’abord, qui confond relocalisation et protectionnisme. Relocaliser, c’est peser davantage dans le monde, pas s’en couper. La complexité excessive, ensuite, qui décourage avant même que la démarche ait commencé. La culpabilisation des entreprises, enfin : un dirigeant fait ce qu’il peut avec les contraintes de marchés qui sont les siennes, et aucune politique industrielle sérieuse ne peut reposer sur la culpabilité individuelle. On sensibilise, on outille, on accompagne. On ne culpabilise pas. Structurer les filières par la demande Il faut aussi éviter le piège du grand programme. La France excelle dans les plans nationaux ambitieux dont les milliards – quand ils existent vraiment – peinent à irriguer le tissu des PME régionales. Or c’est là que se jouent la résilience quotidienne et la cohésion territoriale. Le renforcement de la production dans les secteurs traditionnels – la mécanique, le bois, les emballages, l’agroalimentaire – créerait davantage d’emplois que les seules gigafactories très automatisées, et à moindre coût. Ce n’est pas contre l’innovation de rupture. C’est en complément indispensable. Une piste mérite d’être explorée avec sérieux : utiliser l’argent public comme incitation plutôt que comme sanction. Une entreprise qui bénéficie d’une aide publique significative pourrait naturellement communiquer son indice d’achat local sans jugement a priori de la collectivité, mais avec la conscience que cet indicateur compte, que la valeur créée localement est une valeur pour toute la collectivité. Il s’agirait de structurer les filières par la demande, pas seulement par l’offre productive. C’est un changement de logiciel, et il appelle à une mobilisation collective. Conclusion : vers une stratégie nationale de relocalisation par les achats Reconnaître l’achat comme levier de politique industrielle, c’est gouverner l’économie autrement. C’est articuler industrie, climat et territoires sans injonction ni dogmatisme. C’est accepter que la transformation économique ne se décrète pas d’en haut : elle se construit, dans la durée, par la confiance faite aux territoires et aux acteurs de terrain. Pendant longtemps, nous avons pensé la compétitivité principalement à travers le coût immédiat et l’optimisation des flux mondialisés. Mais un monde plus fragmenté, plus instable et plus contraint écologiquement oblige désormais à réintroduire dans la décision économique des dimensions devenues essentielles comme la robustesse des approvisionnements, l’empreinte carbone ou encore la capacité à préserver des savoir-faire productifs. L’exemple breton montre qu’il est possible de passer du diagnostic à l’outillage, de l’outillage à la mobilisation collective, de la mobilisation collective à une transformation mesurable. Ce passage n’est ni magique ni automatique : il exige du portage politique, de la méthode et de la patience. Comment faire ? Diffuser des outils simples de diagnostic à toutes les entreprises françaises, utiliser l’argent public comme incitation plutôt que comme sanction, et structurer les filières par la demande. Relocaliser les achats, ce n’est pas faire marche arrière. C’est faire preuve de discernement, de responsabilité et de cohérence dans un monde contraint, où souveraineté économique, transition écologique et justice sociale ne peuvent plus être pensées séparément. La souveraineté n’est donc pas une abstraction. Elle se construit dans l’organisation concrète de nos chaînes de valeur, dans notre capacité à maintenir des écosystèmes productifs vivants et dans les décisions économiques les plus ordinaires. En ce sens, l’achat n’est pas un simple acte de gestion : il est déjà un acte d’aménagement du territoire, un acte climatique et, de plus en plus, un acte stratégique. 1 Docteure en géographie, directrice stratégie et RSE d’une société industrielle. 2 Kathleen R. McNamara et Federico Steinberg, « Can Europe Sustain a New Rules-Based Geopolitical Order? », Journal of Common Market Studies, février 2026. 3 Données des comptes nationaux de la Banque mondiale et fichiers de données des comptes nationaux de l OCDE. 4 Ibid. 5 Ibid. 6 Mariana Mazzucato et Dani Rodrik, « Industrial policy with conditionalities: a taxonomy and sample cases », Industrial and Corporate Change , Oxford Academic, 2026. 7 Étude Goodwill Management pour Produit en Bretagne, le Medef, le Crédit Mutuel Arkéa et la Région Bretagne, « Le projet Reloc’h », 15 avril 2021. 8 Voir « Journal télévisé du 30 novembre 1993 », Archives-imagesplus.tv, 30 novembre 1993. 9 À retrouver sur le site : malterie.bzh . 10 Étude Goodwill Management pour Produit en Bretagne, le Medef, le Crédit Mutuel Arkéa et la Région Bretagne « Le projet Reloc’h », 15 avril 2021. 11 « Étude Reloch’ : quelles relocalisations et localisations peut-on envisager en Bretagne ? », Produit en Bretagne, 2021. 12 « Livre blanc. La relocalisation par les achats, un levier au service de la souveraineté et des transitions, Région Bretagne », Relocalisons.bzh, avril 2026. 13 Voir le site d’ ABEA . 14 « Livre blanc. La relocalisation par les achats, un levier au service de la souveraineté et des transitions, Région Bretagne », Relocalisons.bzh, avril 2026. 15 Pour business to consumer . 16 Pour business to business . The post Comment la relocalisation des achats des entreprises peut contribuer à changer la donne industrielle du pays appeared first on Fondation Jean-Jaurès .

Rapport
Publié 18 juin 2026
Épinglé 19 juin 2026
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Enquête sur la juste rémunération – Regards croisés : salariés et entreprises

IFOP · neutre

Enrichissez votre expérience Résumé IA Écouter l'article Une étude Ifop pour la Fondation Travailler autrement présente un regard inédit des salariés et des dirigeants d’entreprise sur la rémunération. Elle met en lumière le retour des attentes autour de la rémunération et les décalages grandissants entre grandes et petites entreprises. En voici les grands axes : 1/ Le retour en force du salaire dans les attentes principales des travailleurs 2/ Petites et grandes entreprises : une fracture sociale au travail 3/ Au-delà du salaire : fidéliser par le dialogue, la transparence et l’organisation du travail Retrouvez les enseignements détaillés de l enquête en pièce jointe. Partager l article Facebook Linkedin E-mail

Rapport
Publié 18 juin 2026
Épinglé 19 juin 2026
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Le budget de l’UE et les jeunes

Institut Jacques Delors · centre
Note
Publié 18 juin 2026
Épinglé 19 juin 2026
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Immigration et robotisation de l’économie · La nouvelle donne

Institut Thomas More · droite

Juin 2026 • Note 81 • Robotisation et immigration : notre hypothèse Le Consumer Electronics Show qui s’est tenu à Las Vegas en janvier dernier a acté un basculement : l IA quitte l écran pour s incarner désormais dans des robots humanoïdes capables d agir dans des environnements conçus pour les humains. Les industriels du secteur (Tesla, Figure AI, Lire la suite L’article Immigration et robotisation de l’économie · La nouvelle donne est apparu en premier sur Institut Thomas More .

Note
Publié 17 juin 2026
Épinglé 18 juin 2026
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Changement climatique : une bombe sanitaire passée sous les radars du Gouvernement

Oxfam France · gauche

Alors que la France vient de connaître la vague de chaleur la plus précoce de son histoire, Oxfam publie un rapport consacré aux impacts du changement climatique sur la santé, encore largement méconnus du grand public, des professionnels de santé et insuffisamment pris en compte dans les politiques publiques. Dévoilant des données inédites, ce rapport alerte sur une véritable « double peine climatique » : les vagues de chaleur, inondations et feux de forêt augmentent les risques sanitaires tout en affaiblissant la capacité de réponse d’un système de santé déjà sous tension et fragilisé par des sous-investissements chroniques. En l’absence d’une anticipation renforcée des risques, le changement climatique aggravera les inégalités de santé déjà existantes. Télécharger le rapport « Santé et Climat : la fièvre monte » Chiffres clés du rapport La chaleur provoque désormais 5 398 décès chaque année en France. A l été 2025, la mortalité liée à la chaleur a été 31 % plus élevée dans les 10 départements les plus pauvres que dans les 10 départements les plus riches. 37 % des hôpitaux dans l’Hexagone et en Corse sont exposés au risque d inondation. Les canicules de plus de sept jours augmentent de 70 % le risque d’insuffisance rénale aiguë. La chaleur augmente de 7 % le risque de décès par infarctus – dont les femmes meurent deux fois plus – lors des 1 % des journées les plus chaudes de l année. Rien qu’en 2025, le nombre d infections au chikungunya recensées dans l Hexagone et en Corse a dépassé celui enregistré dans l ensemble de l Union européenne continentale au cours des 10 années précédentes. 17 mois de bénéfices de TotalEnergies SE suffiraient pour couvrir l ensemble des investissements nécessaires à l adaptation du secteur de la santé au changement climatique d ici à 2050. Des risques sanitaires du changement climatique encore largement méconnus La chaleur est désormais responsable de 5 398 décès par an en France. Contrairement aux idées reçues, ses effets ne se limitent pas à la déshydratation des personnes âgées. Les risques sanitaires peuvent affecter l’ensemble de la population, quels que soient l’âge ou l’état de santé. Les vagues de chaleur, de plus en plus précoces et de plus en plus fréquentes, augmentent notamment le risque d’insuffisance rénale aiguë (+70 % lors des canicules de plus de sept jours), d’infarctus du myocarde (+7 % lors des 1 % des journées les plus chaudes de l’année) et d’AVC (+3,8 % pour chaque degré supplémentaire au-delà d’un seuil local de température optimale qui varie selon les régions). Oxfam alerte également sur un autre risque sanitaire méconnu : les fumées de feux de forêt sont dix fois plus nocives pour la santé que les pollutions routières et industrielles. Elles peuvent émettre jusqu’à quatre fois plus de particules fines que l’ensemble du trafic de poids lourds en France. Le changement climatique conduit également à une augmentation de 58% de maladies infectieuses comme le chikungunya qui progresse plus vite en France que dans le reste de l’Europe sous l’effet de la hausse des températures. En 2025, l’Hexagone a recensé davantage de cas de chikungunya que l’ensemble de l’Union européenne continentale au cours des dix années précédentes. Les inégalités de santé creusées face aux nouveaux risques sanitaires Le changement climatique creuse les inégalités de santé déjà présentes en France. Face aux fortes chaleurs, les femmes sont par exemple plus exposées aux risques de décès que les hommes. En cas d AVC, dont le risque de déclanchement est renforcé par les fortes chaleurs, elles ont 65 % plus de risque d en mourir que les hommes, leurs symptômes étant moins rapidement identifiés. Elles sont également deux fois plus susceptibles de décéder d un infarctus, étant prises en charge en moyenne 30 minutes plus tard que les hommes. La précarité et la pauvreté rendent également plus vulnérables aux conséquences sanitaires du changement climatique. Oxfam démontre que la chaleur a été 31 % plus meurtrière dans les 10 départements les plus pauvres de l’Hexagone et de Corse en 2025 que dans les 10 départements les plus riches. Le risque de surexposition aux fortes chaleurs est dix fois moins important pour les habitant·es des 20 % des quartiers urbains les plus favorisés. Le rapport établit aussi que les fumées de feux de forêt sont souvent plus dangereuses pour les enfants des familles précaires. En effet, les hospitalisations pour des crises d’asthme, favorisées par les fumées, sont 1,6 fois plus fréquentes chez les 10 % des enfants les plus pauvres que chez les 10 % des enfants les plus riches. Et ce dans un contexte où, entre 2017 et 2024, le reste à charge des frais de santé a augmenté de 30 %, décourageant des personnes aux ressources modestes de recourir aux soins. « Si on veut éviter l explosion d une nouvelle bombe sanitaire, le Gouvernement doit de toute urgence mettre en place des politiques publiques sanitaires de prévention, et il doit le faire en tenant compte des inégalités d exposition aux risques climatiques », déclare Robin Ehl, chargé de campagne et de plaidoyer d’Oxfam France. Le système de santé français incapable d’encaisser le choc Alors que le changement climatique rend les maladies plus fréquentes et que les besoins de soins augmentent, le système de santé est de moins en moins apte à y répondre. Depuis 2000, un quart des lits d’hôpital ont été supprimés. Cette fragilité est renforcée par l’exposition directe des infrastructures aux risques climatiques : 37 % des hôpitaux (Hexagone et Corse) sont situés dans des zones inondables. Dans les Outre-mer, les établissements sont aussi menacés, comme à Mayotte où le cyclone Chido a lourdement endommagé l’unique centre hospitalier de l’île tout en compliquant la réponse à l’épidémie de leptospirose qui a suivi. Robin Ehl déplore : « Tous les ans, les hôpitaux font face à un afflux de patients lors des vagues de chaleur et feux de forêt. Pourtant, le Gouvernement les prive de moyens. Continuer à demander des économies à l’hôpital alors que les besoins augmentent est irresponsable et dangereux pour la sécurité des personnes. » Face à cette triple crise – climatique, sanitaire et sociale – Oxfam a calculé que 17 mois de bénéfices de TotalEnergies SE suffiraient pour couvrir l’ensemble des investissements nécessaires à l’adaptation du secteur jusqu’en 2050. Notes aux rédactions Télécharger le rapport « Santé et climat : la fièvre monte » d Oxfam France, avec son résumé exécutif. 17 mois de bénéfices de TotalEnergies SE suffiraient pour couvrir l ensemble des investissements nécessaires à l adaptation du secteur de la santé au changement climatique d ici à 2050. Calcul : En 2025, TotalEnergies SE a réalisé 13,721 milliards d’euros de bénéfices, soit 1,14 milliard d’euros par mois. La Commission européenne estime que la France devrait investir 853 millions d’euros par an dans l’adaptation de la santé aux conséquences du changement climatique sur la période 2026 à 2050. Contact presse Marika Bekier, responsable presse : mbekier@oxfamfrance.org / 06 24 34 99 31 L’article Changement climatique : une bombe sanitaire passée sous les radars du Gouvernement est apparu en premier sur Oxfam France .

Rapport
Publié 18 juin 2026
Épinglé 18 juin 2026
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La « troisième gauche » : des citoyens souverains

Fondation Jean-Jaurès · gauche

Comment la gauche peut-elle renouer avec les classes populaires et moyennes dans un contexte marqué par la montée des populismes et les profondes transformations économiques, technologiques et géopolitiques ? Claire Ainsley, directrice du Centre-Left Renewal Project au Progressive Policy Institute 1 , plaide pour l émergence d une « troisième gauche » post-identitaire, capable de conjuguer justice sociale, souveraineté démocratique et prospérité économique. À partir d exemples tirés de plusieurs pays occidentaux, elle esquisse les contours d un projet politique susceptible de reconstruire des majorités durables autour d une ambition commune de progrès. Chaque jour apporte sa nouvelle preuve que l ancien ordre vacille : tantôt une violation supplémentaire des règles et normes internationales qui encadrent le monde globalisé depuis un demi-siècle, tantôt une avancée de l intelligence artificielle sans égard pour la sécurité des citoyens. La vie au milieu des années 2020 a des allures d effondrement accéléré. En anglais, on dirait que nous marchons sur du black ice : ce verglas invisible qui se forme sur les routes, vous fauche les pieds sans crier gare, et contre lequel les freins ne servent à rien. Nous traversons l une des grandes mutations de nos sociétés, et la gauche, pour l essentiel, a raté le coche. Incapable de saisir l instant de bascule pour infléchir le changement vers un ordre plus juste, plus humain, plus durable, elle regarde la droite tenir le haut du pavé des deux côtés de l Atlantique, malgré quelques victoires électorales notables du centre gauche. Des victoires souvent étriquées, raflées avec de maigres parts de voix ou bâties sur des coalitions de fortune, qui gouvernent à contre-courant en encaissant les contrecoups domestiques des chocs mondiaux. Chaque conquête du centre gauche importe : elle place aux affaires un gouvernement soucieux d équité et de progrès, hostile à l extrémisme des populistes nationaux. La coordination renforcée entre partis de centre gauche à l échelle mondiale produit d ailleurs des résultats électoraux tangibles. Mais ces victoires demeurent souvent marginales, trop bâties sur la mobilisation contre l adversaire plutôt que pour un projet, ce qui ne fonde pas de soutien durable. Au-delà des succès tactiques, le centre gauche manque d un programme capable de battre les populistes nationalistes pour de bon. C est dans ce vide que peut naître la politique de la « troisième gauche » : dire enfin ce qu est le centre gauche et pour qui il se bat, plutôt que de se définir en creux. La « troisième gauche » post-identitaire qui se dessine tourne résolument la page de la politique identitaire qui a gangréné une partie de la gauche, et que la droite exploite aujourd hui pour semer la discorde sociale et culturelle. Comme l explique Renaud Large dans un rapport collectif 2 , cette politique identitaire n a pas fourni à la gauche le cadre intellectuel nécessaire pour s adapter aux grandes transformations du monde ; elle l a éloignée des politiques de classe qui ont été le moteur des mouvements collectifs pour une plus grande égalité. Aveugle aux classes, la politique identitaire n a pas forgé la solidarité nécessaire aux coalitions gagnantes ; elle a même rompu les liens avec les milieux populaires, pourtant indispensables à tout ancrage électoral durable. Les avancées sur les droits des femmes, des minorités raciales et des personnes LGBT+ n auraient jamais eu lieu si le débat avait été cantonné aux campus. Chercher des intérêts communs à la croisée de la classe et de l identité reste aujourd hui une condition sine qua non d une plus grande égalité sociale et du rétablissement de la gauche comme force politique décisive. Un cadre de classe sociale contemporain pour la politique de gauche Le retour à un cadre fondé sur la classe est nécessaire, tant moralement qu électoralement. La gauche est née pour représenter la classe ouvrière industrielle de son époque, soudée à des intellectuels réformateurs issus des classes moyennes, qui ont ensemble changé le cours du XXᵉ siècle. De même qu ils avaient bâti une politique à la hauteur des transformations économiques de leur temps, Renaud Large a raison de pointer l échec de la gauche actuelle à actualiser son cadre intellectuel face aux grandes mutations contemporaines : accélération technologique, bouleversement démographique, stagnation du niveau de vie, fragmentation sociale. Après la crise financière de 2008, qui a précipité une dégradation relative du niveau de vie et réduit les perspectives économiques du travailleur ordinaire, la gauche n a pas réussi à produire une philosophie convaincante pour succéder à la « Troisième voie » de la social-démocratie des années 1990-2000. Elle se retrouve simple gestionnaire de circonstances de plus en plus défavorables, face à des exigences croissantes qui débordent le périmètre des États nationaux. La voie vers l avenir doit donc repartir de la classe sociale, car c est elle qui fonde une gauche cohérente ; mais il lui faut une conception contemporaine de la classe, telle qu elle existe aujourd hui et telle qu elle se recomposera avec la révolution de l IA, non une vision nostalgique de l ouvrier d antan. La gauche post-identitaire doit en outre dépasser le seul rejet de la politique identitaire pour articuler ce qu elle est et pour qui elle existe. Comprendre les dynamiques de classe telles que nos économies les ont remodelées est le point de départ. Le recul du secteur manufacturier dans les pays occidentaux a fait fondre en nombre la classe ouvrière des usines, mais il existe dans chaque économie un groupe substantiel de travailleurs dont les emplois, sans ressembler à l archétype traditionnel, remplissent une fonction sociale et économique analogue. Au Royaume-Uni, j ai décrit ce groupe dans mon livre de 2018 3 comme la « nouvelle classe ouvrière » : des salariés aux revenus faibles ou moyens, employés dans les services, qui forment avec la classe ouvrière classique un électorat considérable, devenu le terrain de jeu décisif pour tous les partis. Sans identité culturelle partagée, ils vivent néanmoins des expériences économiques similaires susceptibles de fonder un cadre politique de classe moderne. Les dynamiques sociales varient d un pays à l autre et d un territoire à l autre, mais le constat est généralisable : les travailleurs d aujourd hui aux revenus faibles ou moyens partagent un vécu économique commun que le centre gauche doit impérativement saisir pour bâtir une politique ancrée dans le présent. Les expériences, les aspirations et les points de vue de cette classe ouvrière moderne constituent un matériau essentiel pour les partis de centre gauche. Au cours de l année écoulée, j ai rencontré des électeurs au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Australie et en Allemagne, tandis que de nouvelles enquêtes s ouvrent en France, dans le cadre d un programme du Progressive Policy Institute de Washington sur le renouveau du centre gauche. Ce que ma collègue Deborah Mattinson et moi avons entendu en boucle, c est le sentiment d étranglement de nombreux électeurs aux revenus faibles ou moyens, un sentiment qui déborde le cercle des plus démunis pour gagner ceux du milieu, ni pauvres ni riches, coincés entre les deux. Ils se disent ignorés, oubliés par la politique dominante, lassés d élus qui ont failli à leurs promesses. Ils aspirent à un changement d un statu quo qui ne récompense pas leurs efforts, et se montrent ouverts à des alternatives, en quête fébrile d une sortie. Beaucoup doutaient désormais non plus des seuls partis ou politiciens, mais de la capacité même de l État à leur délivrer quoi que ce soit. Pour nombre d entre eux, l incapacité apparente à gérer l immigration de façon équitable résumait à elle seule l impuissance des gouvernements. Leurs attentes n avaient pourtant rien d excessif : améliorer leur vie par le travail, gagner décemment, vivre en sécurité dans leur quartier, accéder à des services publics dignes de ce nom. Ils préfèrent les politiques qui créent des opportunités économiques, des emplois bien rémunérés et une montée en compétences à une redistribution accrue, et doutent de plus en plus du bon usage de leurs impôts. Les obsessions culturelles des identitaires les laissent froids ; ce qui les préoccupe, c est la hausse du coût de la vie et la difficulté à épargner pour l avenir. L insécurité du quotidien, conjuguée à l impuissance apparente des gouvernements à y remédier, pousse un nombre croissant d électeurs vers les extrêmes. Beaucoup avaient voté pour le centre gauche dans le passé, mais jugent ces partis déconnectés d eux ; sans basculer vers les extrémismes, l absence d offre cohérente du centre gauche les en éloigne progressivement. Les électeurs rencontrés répondent aux dirigeants qui projettent de la force en défendant leur pays et à des gens qui leur ressemblent ; non pas une force autoritaire et masculine, mais une force tranquille, comme celle du Premier ministre australien Anthony Albanese, salué par les « électeurs flottants » interrogés après l élection fédérale de mai 2025 pour avoir affirmé son indépendance face à Donald Trump et s être appuyé sur ses origines modestes pour montrer qu il comprend leur vie. Avant tout, ces électeurs valorisent l authenticité : des élus qui sont vrais, fidèles à leurs convictions, qu on les partage ou non. Ce que confirment les victoires de plusieurs démocrates dans des États qui ont par ailleurs voté Trump : ils étaient perçus comme défenseurs de leurs territoires avant d être hommes de parti. Kristen McDonald Rivet, dans le Michigan, a porté une plateforme pragmatique de solutions concrètes pour ses administrés, en s adressant à eux directement dans ses spots. Jared Golden, élu dans le Maine, a diffusé une vidéo où il embarquait des habitants du Maine sur un bateau vers Washington, image forte de sa promesse d être l un d eux, portant leurs préoccupations au Congrès plutôt que d en être le prisonnier. Le fil rouge de toutes ces campagnes victorieuses du centre gauche : une politique du peuple pour le peuple, avec des élus qui placent leurs concitoyens avant les calculs partisans. Une nouvelle économie politique au service des classes populaires et moyennes Les campagnes de centre gauche réussies livrent déjà une feuille de route aux stratèges : concentrez-vous sur les électeurs aux revenus faibles ou moyens dans les territoires décisifs ; misez sur des candidats authentiques, enracinés dans leur territoire ; donnez la priorité aux solutions concrètes aux problèmes du quotidien, en refusant une politique identitaire qui rétrécit le camp plutôt qu elle ne l élargit. Mais se détourner de l identitarisme ne constitue pas en soi une politique de substitution. Pour forger des majorités populaires durables dans les décennies qui viennent, un cadre moderne fondé sur la classe est le bon point de départ, car il s enracine dans la réalité matérielle qui structure nos sociétés ; il doit cependant être irrigué d idées cohérentes et percutantes, en prise avec les aspirations populaires, et traçant un cap, plus juste, plus humain, plus durable, dans un monde qui se transforme à vive allure. Pour y parvenir, le centre gauche doit clarifier sa vision des sources de la prospérité future et la manière dont sa politique y contribuera. Pendant des décennies, la mission de la social-démocratie a été de redistribuer équitablement les fruits du capitalisme pour financer la protection sociale et les services collectifs que le marché, livré à lui-même, n aurait pas produits. Dans une ère de faible croissance persistante, avec des économies au bord de la récession sous la menace de conflits militaires et de séismes commerciaux, il ne suffit plus aux sociaux-démocrates de réfléchir à la répartition des dividendes de la croissance. Le centre gauche doit forger sa propre théorie et sa propre pratique de la création de richesses, pour que cette richesse profite véritablement à la masse des travailleurs et des territoires. Les inégalités extrêmes méritent un examen sérieux, d autant que l essor de l intelligence artificielle concentre encore davantage les richesses. Mais l obsession de taxer les plus riches, devenue une marotte de la gauche dans le monde entier, ne dit pas comment rendre nos sociétés dans leur ensemble plus prospères. Nos pays font face à une concurrence irréversible pour leurs sources traditionnelles de richesse, à des accords commerciaux bouleversés, à des déficits publics abyssaux et à des exigences croissantes, de la défense au vieillissement d une population dont les compétences ne collent pas aux besoins économiques futurs. La fiscalité seule ne sortira pas nos pays de là. Il faut une nouvelle économie politique qui permette aux classes populaires et moyennes de prospérer, de saisir les opportunités et de vivre dans des conditions abordables. Garantir la prospérité économique de nos peuples doit donc être le moteur de la politique progressiste. Les questions d identité ne sont pas pour autant un appendice : elles sont liées, de façon intime, à nos perspectives économiques. À mesure que la mondialisation a érodé nos frontières nationales, par l interdépendance des marchés financiers ou par les flux migratoires, elle a simultanément érodé nos identités nationales de citoyens d États-nations cohérents. Cette ouverture a apporté des avantages réels : la prospérité du commerce ouvert, des prix historiquement bas, les apports culturels et économiques de l immigration. Mais l entité qui nous protège, à savoir appartenir à un État-nation démocratique et en paix, a été dévalorisée dans ce mouvement d intégration. Dans un monde où les menaces contre la paix et la démocratie sont plus visibles que jamais, des opérations clandestines contre nos infrastructures numériques aux hostilités militaires déclarées, la solidité de l État-nation redevient cruciale. L Europe reconstitue et modernise à marche forcée ses capacités de défense pour faire face à la menace extérieure et au désengagement américain. Les États-nations doivent également repenser leur souveraineté intérieure à la lumière de la nouvelle donne géopolitique. C est la sénatrice démocrate Elissa Slotkin qui a articulé cette vision avec le plus de netteté, dans son « Plan de guerre économique 4 » : sécuriser les approvisionnements stratégiques, créer des emplois, adapter l économie à l IA, réformer l éducation et la formation, construire des logements, miser sur toutes les énergies disponibles, remettre la santé sur pied. Cette réaffirmation de l économie nationale n exclut ni la coopération avec les alliés ni le libre-échange avec les nations soucieuses de stabilité. Comme le dit Lars Klingbeil, vice-chancelier et ministre des Finances social-démocrate allemand : « La solution, c est de devenir plus souverain ; et il faut être clair : la souveraineté, ce n est pas le nationalisme 5 ». John Austin, de l Institut Eisenhower, évoque un « Nouvel ordre mondial des opportunités 6 » pour décrire l énergie économique que pourraient dégager des liens resserrés entre l Union européenne et des pays d Asie, d Afrique, d Océanie et des Amériques, qui tissent leurs propres alliances et accords commerciaux. Une approche plus stratégique des États-nations face aux mutations géopolitiques s impose depuis longtemps ; elle émerge enfin, avec pour ambition de donner aux citoyens une plus grande sécurité économique et aux gouvernements démocratiques davantage de prise sur leur destin. Un État plus stratège sur la scène internationale va de pair avec un État plus stratège en interne, capable de créer les conditions d une prospérité économique durable. L IA est la plus grande opportunité de notre époque pour transformer nos conditions de travail et de vie, avec un potentiel considérable d amélioration des salaires par les gains de productivité. Faute d une attitude résolument active et anticipatrice des citoyens et des gouvernements, les bénéfices risquent cependant de s évaporer vers le haut, tandis que les risques pèsent sur l emploi en particulier. Le centre gauche a là une opportunité historique d être la force qui place citoyens et gouvernements aux commandes, en travaillant avec les entreprises et les acteurs technologiques pour que la prochaine vague de transformations profite au plus grand nombre. Réformer l éducation pour qu elle dote nos concitoyens des compétences d adaptation nécessaires dans l économie de demain doit être une priorité absolue du centre gauche. Les échelons régionaux et locaux sont souvent mieux placés que les gouvernements nationaux pour rendre leurs territoires attractifs, comme en témoignent des élus pionniers tels qu Andy Burnham à Greater Manchester ou Jared Polis au Colorado, qui développent activement leurs économies régionales, leurs systèmes de santé et d éducation. Des citoyens souverains dans des nations souveraines Renouveler l idée de la nation moderne n offre pas seulement au centre gauche un socle pour peser dans un monde qui bouge ; bien mené, ce renouveau peut fonder une identité commune sur ce que nous partageons, notre nation démocratique et ses valeurs, plutôt que sur des identités de fracture. Un cadre de classe ancre notre politique dans la communauté de condition matérielle, non dans la caractéristique individuelle. C est notre communauté, et non l individu seul, qui produit à la fois sécurité et opportunité ; c est elle que nous devons défendre comme l instrument pour dépasser les politiques identitaires, à gauche comme à droite. Nos sociétés risquent de se déchirer de l intérieur : le relâchement du sentiment national a ouvert la voie à des tendances mondialistes et individualistes qui se sont révélées incapables de substituer aux liens essentiels, famille et communauté, autre chose que du vide. L expérience des sociaux-démocrates danois est, à cet égard, riche d enseignements. En réaffirmant une identité nationale partagée, fondée sur les droits et les responsabilités que confère l appartenance à la nation, ils ont engagé une refonte de leur approche de la citoyenneté et de l immigration. L immigration est, au fond, le désir d échapper à un pays et l élan vers une vie nouvelle ailleurs. Ce désir est humain, immuable, qu il soit né de la détresse, guerre ou persécution, ou de l aspiration à une vie meilleure. Les sociétés humaines ont prouvé, au fil des siècles, leur capacité à intégrer des populations venues d ailleurs : c est dans leur nature. Face aux déplacements accélérés liés aux chocs économiques, géopolitiques ou climatiques, les gouvernements nationaux doivent cependant prouver qu ils maîtrisent les flux migratoires pour en permettre une intégration sociale et économique réussie. Comme le défend Lawen Redar, députée du Parti social-démocrate suédois, dans le recueil « Troisième gauche » de la Fondation Jean-Jaurès 7 , le brassage social et culturel est vital dans chaque partie du territoire ; cela implique que l apprentissage de la langue et l adhésion aux valeurs démocratiques, l égalité entre les femmes et les hommes, la liberté de conscience et de culte, la liberté d expression, l emportent lorsqu elles se heurtent à des idéologies conservatrices ou religieuses. « Les individus ont droit à leur religion, à célébrer leurs traditions. Mais il existe des principes démocratiques fondamentaux, non négociables, qui nous unissent », explique Redar. Mon collègue du PPI Rick Kahlenberg mène ainsi un projet sur l identité américaine pour identifier les idées et les valeurs qui cimentent les Américains dans un pays de plus en plus polarisé, et explorer comment l école publique peut transmettre une identité américaine commune, nourrissant un patriotisme réfléchi et adapté au monde d aujourd hui. Tandis que nous affrontons la montée du populisme national de droite, sous des formes différentes selon les pays, nous ne devons pas perdre de vue que le grand public n a pas tort de vouloir du changement. Le statu quo est intenable. Les citoyens méritent de vivre dans des pays sûrs et confiants, offrant une vie décente et la possibilité de faire mieux que la génération précédente. L humanité dispose aujourd hui d outils extraordinaires, avancées technologiques, progrès éducatifs, conquêtes sociales, et c est le centre gauche qui a été, historiquement, la force grâce à laquelle ces avancées ont profité au plus grand nombre. Nous sommes du côté du progrès humain. À nous de l incarner à nouveau en remettant nos peuples et nos nations aux commandes du changement. The « Third Left »: Sovereign Citizens Every day brings fresh evidence that the old order is faltering: another violation of the international rules and norms that have governed the globalized world for half a century, or another leap forward in artificial intelligence with no regard for the safety of citizens. Life in the mid-2020s feels like an accelerating collapse. In English, we might say we are walking on black ice: that invisible glaze that forms on roads, knocks you off your feet without warning, and against which brakes are useless. We are living through one of the great transformations of our societies, and the left, by and large, has missed the moment. Unable to seize the tipping point and steer change toward a more just, more humane, more sustainable order, it watches the right dominate on both sides of the Atlantic, despite a few notable center-left electoral victories. Victories that are often narrow, scraped together with thin vote shares or built on makeshift coalitions, governing against the current while absorbing the domestic fallout of global shocks. Every center-left win matters: it puts in office a government committed to equity and progress, hostile to the extremism of national populists. Closer coordination among center-left parties worldwide does, moreover, yield tangible electoral results. But these victories remain too often marginal, built more on mobilization against the opponent than for a project, which does not create lasting support. Beyond tactical successes, the center-left lacks a program capable of beating nationalist populists for good. It is in this void that the politics of the « third left » can take shape: finally saying what the center-left is and who it fights for, rather than defining itself in opposition. The post-identity « third left » that is emerging decisively turns the page on the identity politics that has plagued part of the left, and that the right now exploits to sow social and cultural discord. As Renaud Large explains in the inaugural essay of the « Third Left » series 8 , this identity politics has not provided the left with the intellectual framework needed to adapt to the world s great transformations; it has drawn the left away from class-based politics, which were the engine of collective movements for greater equality. Blind to class, identity politics has not forged the solidarity necessary for winning coalitions; it has even severed ties with working-class communities, which are nonetheless indispensable to any durable electoral base. Advances in the rights of women, racial minorities, and LGBT+ people would never have happened if the debate had been confined to campuses. Seeking common interests at the intersection of class and identity remains today a sine qua non for greater social equality and for restoring the left as a decisive political force. A Contemporary Social Class Framework for Left-Wing Politics A return to a class-based framework is necessary, both morally and electorally. The left was born to represent the industrial working class of its era, bound together with reformist intellectuals from the middle classes, who together changed the course of the twentieth century. Just as they had built a politics equal to the economic transformations of their time, Renaud Large is right to highlight the failure of today s left to update its intellectual framework in the face of contemporary upheavals: technological acceleration, demographic disruption, stagnating living standards, and social fragmentation. After the 2008 financial crisis, which precipitated a relative decline in living standards and narrowed the economic prospects of the ordinary worker, the left failed to produce a convincing philosophy to succeed the « Third Way » of social democracy in the 1990s and 2000s. It has become a mere manager of increasingly unfavorable circumstances, facing growing demands that spill beyond the boundaries of nation-states. The path forward must therefore begin from social class, since it is class that gives the left its coherence; but what is needed is a contemporary understanding of class, as it exists today and as it will be reshaped by the AI revolution, not a nostalgic vision of the worker of the past. The post-identity left must furthermore move beyond simply rejecting identity politics and articulate what it stands for and who it exists to serve. Understanding class dynamics as our economies have reshaped them is the starting point. The decline of the manufacturing sector in Western countries has sharply reduced the numerical strength of the factory working class, but in every economy there is a substantial group of workers whose jobs, while bearing little resemblance to the traditional archetype, fulfill an analogous social and economic function. In the United Kingdom, I described this group in my 2018 book as the « new working class » 9 : lower and middle-income employees in the service sector who, together with the traditional working class, form a considerable electorate that has become the decisive battleground for all parties. Without a shared cultural identity, they nonetheless live through similar economic experiences that can underpin a modern class-based political framework. Social dynamics vary from country to country and from region to region, but the conclusion is broadly applicable: today s lower and middle-income workers share a common economic experience that the center-left must grasp if it is to build a politics grounded in the present. The experiences, aspirations, and perspectives of this modern working class constitute essential material for center-left parties. Over the past year, I have met voters in the United Kingdom, the United States, Australia, and Germany, while new research is getting underway in France, as part of a program at Washington s Progressive Policy Institute focused on center-left renewal. What my colleague Deborah Mattinson and I heard over and over again is a sense of suffocation among many lower and middle-income voters, a feeling that spreads beyond the poorest to reach those in the middle, neither poor nor wealthy, caught between the two. They describe feeling ignored and forgotten by mainstream politics, tired of politicians who have broken their promises. They long for a change from a status quo that does not reward their efforts, and are open to alternatives, desperately searching for a way out. Many had come to doubt not just parties or politicians, but the very capacity of the state to deliver anything to them at all. For a large number, the apparent inability to manage immigration fairly seemed to encapsulate the helplessness of governments. Their expectations were hardly excessive: to improve their lives through work, to earn a decent wage, to live safely in their neighborhoods, to access public services worthy of the name. They prefer policies that create economic opportunity, well-paying jobs and skills development, over increased redistribution, and are increasingly skeptical that their taxes are being well spent. The cultural obsessions of identity politics leave them cold; what concerns them is the rising cost of living and the difficulty of saving for the future. The insecurity of daily life, compounded by the apparent inability of governments to address it, is pushing a growing number of voters toward the extremes. Many had voted for the center-left in the past, but now view these parties as out of touch with them; without gravitating toward extremism, the absence of a coherent center-left offer is gradually driving them away. The voters I met respond to leaders who project strength by standing up for their country and for people like them, not an authoritarian or masculine strength, but a quiet strength, like that of Australian Prime Minister Anthony Albanese, praised by “swing voters” surveyed after the federal election of May 2025 for asserting his independence from Trump and drawing on his modest background to show that he understands their lives. Above all, these voters value authenticity: elected officials who are genuine, true to their convictions, whether one shares them or not. This is borne out by the victories of several Democrats in states that otherwise voted for Trump: they were seen as defenders of their communities before being party figures. Kristen McDonald Rivet, in Michigan, ran a pragmatic platform of concrete solutions for her constituents, addressing them directly in her campaign ads. Jared Golden, elected in Maine, released a video in which he took residents of Maine on a boat to Washington, a powerful image of his promise to be one of them, carrying their concerns to Congress rather than becoming its prisoner. The common thread running through all these successful center-left campaigns: a politics of the people for the people, with elected officials who put their fellow citizens before partisan calculations. A New Political Economy in the Service of Working and Middle Classes Successful center-left campaigns already offer strategists a roadmap: focus on lower and middle-income voters in decisive territories; rely on authentic candidates with deep roots in their communities; prioritize concrete solutions to everyday problems, rejecting identity politics that narrows the coalition rather than broadening it. But turning away from identitarianism is not in itself an alternative policy. To forge durable popular majorities in the decades ahead, a modern class-based framework is the right starting point, for it is grounded in the material reality that structures our societies; it must, however, be nourished by coherent and compelling ideas, responsive to popular aspirations, and charting a course, more just, more humane, more sustainable, in a world transforming at speed. To achieve this, the center-left must clarify its vision of the sources of future prosperity and how its policies will contribute to it. For decades, the mission of social democracy has been to redistribute the fruits of capitalism equitably in order to fund the social protection and collective services that the market, left to itself, would not have produced. In an era of persistently weak growth, with economies on the edge of recession under the threat of military conflicts and trade upheavals, it is no longer enough for social democrats to think about how to share the dividends of growth. The center-left must forge its own theory and its own practice of wealth creation, so that this wealth genuinely benefits the mass of workers and communities. Extreme inequality deserves serious scrutiny, especially as the rise of AI concentrates wealth still further. But the obsession with taxing the wealthy, which has become a fixture of the left around the world, does not explain how to make our societies as a whole more prosperous. Our countries face irreversible competition for their traditional sources of wealth, upended trade agreements, abyssal public deficits, and mounting demands, from defense to the aging of a population whose skills do not match the economic needs of the future. Taxation alone will not get our countries out of this situation. What is needed is a new political economy that allows working and middle classes to prosper, seize opportunities, and live in affordable conditions. Securing the economic prosperity of our peoples must therefore be the engine of progressive politics. Questions of identity are not, for all that, an appendage: they are intimately connected to our economic prospects. As globalization eroded our national borders, through the interdependence of financial markets and through migration flows, it simultaneously eroded our national identities as citizens of coherent nation-states. This opening brought real benefits: the prosperity of open trade, historically low prices, and the cultural and economic contributions of immigration. But the entity that protects us, belonging to a democratic nation-state at peace, was devalued in this process of integration. In a world where threats to peace and democracy are more visible than ever, from covert operations against our digital infrastructure to open military hostilities, the solidity of the nation-state is once again crucial. Europe is reconstituting and modernizing its defense capabilities at a rapid pace to meet the external threat and American disengagement. Nation-states must also rethink their domestic sovereignty in the light of the new geopolitical reality. It is Democratic Senator Elissa Slotkin who has articulated this vision most clearly, in her « Economic War Plan » 10 : securing strategic supply chains, creating jobs, adapting the economy to AI, reforming education and training, building housing, betting on all available energy sources, and fixing healthcare. This reaffirmation of the national economy excludes neither cooperation with allies nor free trade with nations committed to stability. As Lars Klingbeil, German Social Democrat Vice Chancellor and Finance Minister, puts it: « The solution is to become more sovereign; and we need to be clear: sovereignty is not nationalism » 11 . John Austin, of the Eisenhower Institute, speaks of a « New World Order of Opportunity » 12 to describe the economic energy that could be unleashed by closer ties between the European Union and countries in Asia, Africa, Oceania, and the Americas, which are forging their own alliances and trade agreements. A more strategic approach by nation-states to geopolitical change has been overdue for a long time; it is finally emerging, with the ambition of giving citizens greater economic security and democratic governments more control over their own destiny. A more strategic state on the international stage goes hand in hand with a more strategic state at home, capable of creating the conditions for lasting economic prosperity. AI is the greatest opportunity of our era to transform our working and living conditions, with considerable potential to improve wages through productivity gains. Without a resolutely active and forward-looking stance by citizens and governments, however, the benefits risk evaporating upward, while the risks weigh most heavily on employment in particular. The center-left has a historic opportunity here to be the force that puts citizens and governments in command, working with businesses and technology actors to ensure that the next wave of transformations benefits the greatest number. Reforming education to equip our fellow citizens with the adaptive skills needed in tomorrow s economy must be an absolute priority for the center-left. Regional and local levels of government are often better placed than national governments to make their territories attractive, as pioneering elected officials such as Andy Burnham in Greater Manchester and Jared Polis in Colorado demonstrate, actively developing their regional economies, health systems, and educational institutions. Sovereign Citizens in Sovereign Nations Renewing the idea of the modern nation offers the center-left not only a foundation from which to matter in a changing world; done well, this renewal can build a common identity on what we share, our democratic nation and its values, rather than on identities of division. A class framework anchors our politics in a community of shared material circumstances, not in individual characteristics. It is our community, and not the individual alone, that produces both security and opportunity; it is the community that we must defend as the instrument for moving beyond identity politics, on both left and right. Our societies risk tearing themselves apart from within: the loosening of national sentiment has opened the door to globalist and individualist tendencies that have proven incapable of substituting anything but emptiness for essential bonds, family and community alike. The experience of Danish social democrats is, in this regard, deeply instructive. By reaffirming a shared national identity, grounded in the rights and responsibilities that come with belonging to the nation, they have undertaken a wholesale rethinking of their approach to citizenship and immigration. Immigration is, at its core, the desire to leave one country and the drive toward a new life somewhere else. This desire is human and unchanging, whether born of distress, war or persecution, or of the aspiration for a better life. Human societies have proven, over the centuries, their capacity to integrate peoples from elsewhere: it is in their nature. Faced with accelerating displacement driven by economic, geopolitical, or climate shocks, however, national governments must demonstrate that they can manage migration flows in order to enable successful social and economic integration. As Lawen Redar, a member of parliament for the Swedish Social Democratic Party, argues in the Jean Jaurès Foundation s « Third Left » collection 13 , social and cultural mixing is vital in every part of the territory; this implies that the learning of the language and adherence to democratic values, equality between women and men, freedom of conscience and worship, freedom of expression, must prevail when they come into conflict with conservative or religious ideologies. « Individuals have the right to their religion, to celebrate their traditions. But there are fundamental democratic principles, non-negotiable, that unite us, » Redar explains. My PPI colleague Rick Kahlenberg is leading a project on American identity to identify the ideas and values that bind Americans together in an increasingly polarized country, and to explore how public schools can transmit a common American identity, nurturing a thoughtful patriotism suited to today s world. As we confront the rise of right-wing national populism, in different forms from country to country, we must not lose sight of the fact that the general public is not wrong to want change. The status quo is untenable. Citizens deserve to live in safe and confident countries, offering a decent life and the possibility of doing better than the previous generation. Humanity today has extraordinary tools at its disposal, technological advances, educational progress, social achievements, and it is the center-left that has historically been the force through which these advances have benefited the greatest number. We are on the side of human progress. It is up to us to embody it once more, by putting our peoples and our nations back in command of change. 1 Elle a été directrice exécutive du Parti travailliste et de Keir Starmer dans l’opposition (2020-2022). 2 Renaud Large (coord.), La « troisième gauche ». Enquête sur le tournant post-sociétal de la gauche européenne , Fondation Jean-Jaurès , 26 juin 2025. 3 Claire Ainsley, The New Working Class: How to Win Hearts, Minds and Votes (« La nouvelle classe ouvrière : comment gagner les cœurs, les esprits et les voix »), Bristol, Policy Press, 2018. 4 Elissa Slotkin, An Economic War Plan for the American Middle Class (« Un plan de guerre économique pour la classe moyenne américaine »), Michigan, 27 juin 2025. 5 Lars Klingbeil, « I want to reform our country because a strong Germany is a strong Europe », The Guardian , 17 avril 2026. 6 John Austin, « The global order China does not want us to build », Barron’s , 16 octobre 2025. 7 Renaud Large (coord.), op. cit. 8 Renaud Large (coord.), La « troisième gauche ». Enquête sur le tournant post-sociétal de la gauche européenne , Fondation Jean-Jaurès , 26 juin 2025. 9 Claire Ainsley, The New Working Class: How to Win Hearts, Minds and Votes , Bristol, Policy Press, 2018. 10 Senator Elissa Slotkin, An Economic War Plan for the American Middle Class , Michigan, 27 June 2025. 11 Lars Klingbeil, « I want to reform our country because a strong Germany is a strong Europe », The Guardian , 17 April 2026. 12 « The global order China does not want us to build », John Austin, Barron’s , 16 October 2025. 13 Renaud Large (coord.), op. cit. The post La « troisième gauche » : des citoyens souverains appeared first on Fondation Jean-Jaurès .

Rapport
Publié 16 juin 2026
Épinglé 17 juin 2026
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Pérou : les nombreux défis d’une nouvelle présidence

Institut Montaigne · centre

​​Les deux tours de l'élection présidentielle péruvienne qui se sont déroulés les 12 avril et 7 juin n'ont pour l'instant pas permis de départager clairement Keiko Fujimori, fille du dictateur Alberto, et Roberto Sánchez, très à gauche. Le Pérou, à la société particulièrement fragmentée, fait face à une instabilité politique qui dure depuis dix ans, mais ses nombreuses ressources suscitent les convoitises des États-Unis et de la Chine. Quels sont les défis qui se présenteront au nouveau…

Étude
Publié 16 juin 2026
Épinglé 17 juin 2026
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La désinformation climatique au service des stratégies d’ingérence : les cas de la Russie et des États-Unis

IRIS · centre

La désinformation climatique est devenue un outil mobilisé par certains États pour servir leurs stratégies d’influence. La Russie et les États-Unis illustrent comment les enjeux liés au climat peuvent être utiliser dans le cadre d’une guerre informationnelle, ciblant particulièrement l’Europe. La remise en cause de consensus scientifique et des scientifiques, le ciblage des politiques énergétiques et climatiques ainsi que l’instrumentalisation des événements climatiques extrêmes sont autant de leviers permettant à ces acteurs d’influencer les opinions publiques et de servir des intérêts économiques, géopolitiques et stratégiques. Tour d horizon des usages stratégiques de la désinformation climatique à travers les cas de la Russie et des États-Unis avec Mathilde Jourde, chercheuse à l’IRIS, co-directrice de l’Observatoire Défense et Climat et responsable du Programme Climat, environnement, sécurité. L’article La désinformation climatique au service des stratégies d’ingérence : les cas de la Russie et des États-Unis est apparu en premier sur IRIS .

Rapport
Publié 16 juin 2026
Épinglé 17 juin 2026
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Baromètre 2026 de l’épargne en France et en régions – Vague 8

IFOP · neutre

Accueil Enrichissez votre expérience Résumé IA Écouter l'article L Ifop a réalisé avril 2026 la vague 8 du Baromètre de l épargne en France et en régions pour son partenaire Altaprofits . L évolution des comportements d épargne, la retraite et l’investissement dédié au financement de la défense nationale y sont abordés. I LE COMPORTEMENT D’ÉPARGNE DES FRANÇAIS EST INCHANGÉ MALGRÉ DES SIGNAUX RÉVÉLATEURS D’UN ENVIRONNEMENT CONJONCTUREL FRAGILISÉ En termes de placement d’argent, de fréquence et de type de produits d’épargne : 81 % de Français déclarent placer de l’argent sur leurs produits d’épargne, 62 % le font au moins une fois tous les six mois, dont 37 % au moins une fois par mois, ces proportions sont stables depuis 2020. On note que la fréquence mensuelle concerne plus particulièrement les hommes de moins de 35 ans (50 %) et les catégories les plus aisées financièrement (en premier lieu, les classes moyennes supérieures à hauteur de 51 % avec au moins 2 262 € de revenus mensuels par personne au foyer). Parmi ceux ayant déclaré posséder au moins un produit d’épargne (95 % de l’échantillon), la frilosité à l’égard des placements à risque constitue toujours un invariant : plus des trois quarts (79 %) déclarent avoir recours à des produits sans risque, même avec un faible rendement. Si ce résultat est similaire à 2025, ce taux est en augmentation de + 3 points par rapport à 2024 et de + 4 points versus 2023. Premier signal : une prudence qui se renforce encore probablement liée aux turbulences économiques et géopolitiques. Les femmes sont les plus concernées (83 % contre 74 % pour les hommes), aussi bien celles de moins de 35 ans (85 % contre 64 % pour les hommes) que celles de plus de 35 ans (83 % pour 76 % d’hommes), les retraités (83 %) ; les catégories modestes avec des revenus mensuels inférieurs à 1 608 € par personne au foyer (85 %) également. À l’inverse, 18 % des épargnants continuent de privilégier des produits « un peu risqués » avec un rendement espéré plus important (stable), tandis qu’à peine 3 % des épargnants déclarent avoir recours à des produits risqués avec une chance d’obtenir un rendement important, un chiffre en baisse régulière avec 1 point de moins par an depuis 2023, soit 3 points versus avril 2023. Deux placements continuent de dominer largement le comportement d’épargne des Français : les livrets réglementés (Livret A, LDDS, PEL, …) pour 3 épargnants sur 4 (75 %, stable versus 2024) , malgré les baisses successives du taux servi depuis février 2025, et, dans une moindre mesure, un contrat d’assurance vie ou de capitalisation pour plus d’1 épargnant sur 4 (27 %, + 3 points par rapport à 2025) . 14 % font le choix d’épargner dans un Plan Épargne Retraite (PER), 13 % dans un Plan Épargne en Actions (PEA), 2 % dans des Sociétés Civiles de Placement Immobilier (SCPI) ; d’une année sur l’autre, ces taux sont stables. Second signal du contexte dégradé : pour la deuxième année consécutive, on observe que 13 % des sondés font le choix de laisser tout leur argent sur leur compte courant (soit un bond de + 7 points versus 2024), un choix révélateur d’une position attentiste forte dans un environnement d’incertitudes. En particulier, les 65 ans et plus (15 %), les retraités (16 %), les retraités CSP- (19 %). II. LA RETRAITE DANS UN CONTEXTE DE BAISSE MAJEURE DU POUVOIR D’ACHAT LES ACTIFS COMPTENT DE PLUS EN PLUS EXCLUSIVEMENT SUR LE SYSTÈME DE RETRAITE PAR RÉPARTITION Dans leur grande majorité, les actifs français anticipent une baisse de leur niveau de vie au moment de la retraite, bien qu’ils ne connaissent pas le montant qu’ils percevront pour la plupart : Si 7 actifs sur 10 (70 %) ne connaissent pas le montant qu’ils percevront au moment de la retraite , dont 44 % qui déclarent l’ignorer tout à fait (scores très stables depuis avril 2023), ils sont tout autant voire plus à anticiper une baisse de leur niveau de vie (75 %, un score en hausse de 3 points versus avril 2025 et de + 6 points versus novembre 2024), tandis que seuls 4 % estiment que leur niveau de vie pourrait augmenter (score stable) et 21 % qu’il devrait rester stable (- 2 points versus 2025 et 5 points versus 2024). Derrière ce glissement vers un niveau de vie revu à la baisse, force est de constater que les actifs témoignent d’un état d’esprit de plus en plus pessimiste sur le sujet. Cette crainte d’une baisse de revenus concerne plus particulièrement les 50-64 ans (82 %), c’est-à-dire ceux pour qui l’horizon temps de la retraite se rapproche, les femmes de 35 ans et plus (80 %) ainsi que les célibataires avec enfant(s) à charge (86 %), qui constituent traditionnellement les catégories les plus fragilisées économiquement. Dans ce contexte pessimiste quant à l’avenir, les actifs sont plus nombreux qu’en 2025 à compter exclusivement sur le système de retraite par répartition pour assurer la totalité de leurs revenus à la retraite : La part des actifs envisageant de s’appuyer exclusivement sur le système de retraite actuel connaît une remontée substantielle en 2026, inversant la tendance baissière observée en 2025. Ils sont désormais 43 % à estimer que leurs revenus proviendront en totalité du système de retraite par répartition (un score qui enregistre une hausse de + 15 points par rapport à avril 2025). Les femmes de 35 ans et plus sont ici plus nombreuses cette année que les hommes à compter uniquement sur le système de retraite par répartition et par rapport à 2025 (51 % de femmes, + 18 points versus 2025, contre 48 % d’hommes, + 15 points par rapport à 2025). La catégorie pauvre des actifs (moins de 1080 € de revenu mensuel) est la plus concernée (57 %, + 19 points en comparaison à 2025), et les ouvriers (55 %, + 16 points versus 2025). Enfin, ce sont surtout ceux qui épargnent moins d’une fois par an, voire jamais qui sont les plus représentés (64 %, + 17 points versus 2025). Ainsi, mécaniquement, les actifs sont moins nombreux que l’année dernière à envisager que leurs revenus pourraient majoritairement provenir du système de retraite par répartition actuel avec un complément par capitalisation issu de leur épargne ou de leurs placements financiers ou immobiliers (39 %, 8 points par rapport à 2025), et à considérer que leurs revenus pourraient provenir à parts égales de leur pension de retraite et de leurs placements (9 %, 6 points). Ces deux réponses retrouvent un niveau proche des résultats de 2024, après la hausse qu’elles avaient connue en 2025. UNE FRANCE DIVISÉE EN TROIS SUR L’AVENIR DE LA RÉFORME DES RETRAITES 2023 ACTUELLEMENT SUSPENDUE La réforme des retraites 2023 était destinée à remédier au déséquilibre démographique de façon à pérenniser le système de retraite français ( en particulier, en reculant l’âge légal de départ à la retraite de 62 ans à 64 ans à horizon 2030 ). Elle a été suspendue provisoirement dans le cadre de la loi de financement de la sécurité sociale 2026 jusqu’à l’élection présidentielle 2027. Interviewés quant à son devenir, les Français se divisent en trois blocs assez équilibrés, sans majorité claire : 37 % des Français souhaitent qu’une autre réforme soit envisagée – différente de celle initiée en 2023 –, 34 % voudraient que la réforme soit purement et simplement abrogée et 29 % estiment qu’il faudrait appliquer la réforme telle que prévue initialement. Les 18-24 ans sont ici parmi les plus nombreux à souhaiter que soit envisagée une autre réforme (44 %), tandis que la demande d’abrogation est portée par les moins de 35 ans (39 %) et par particulièrement les profils populaires : les ouvriers (45 %), les catégories pauvres (41 %). L’adhésion à l’application de la réforme est quant à elle plus forte chez les retraités CSP+ (47 %), les 65 ans et plus (40 %), les hommes de 35 ans et plus (32 %) et les catégories aisées (43 %). Parmi les 37 % de Français souhaitant une réforme différente, une majorité claire émerge sur les leviers à privilégier : 63 % soutiennent l’idée de cotiser davantage durant la vie active pour augmenter les recettes sans toucher à la durée de cotisation – une option clairement privilégiée notamment par les plus jeunes (le taux monte à 67% pour les moins de 35 ans, et même à 74% pour les 18-24 ans). À l’inverse, 32 % des Français pensent qu’il faudrait travailler plus longtemps pour tenir compte de l’allongement de l’espérance de vie et pour augmenter le nombre d’actifs qui cotisent ; cette option est particulièrement soutenue par les 65 ans et plus (50 %) et, en particulier, par les retraités CSP+ (54 %). Ces 2 segments peuvent être considérés comme neutres, puisque non concernés à titre personnel par une éventuelle réforme. Enfin, l’option d’une baisse de niveau des pensions de retraite pour inciter à capitaliser par eux-mêmes pour leur future retraite est rejetée par 82 % des Français ; cette dernière option constituant plutôt l’apanage des catégories déjà privilégiées économiquement : les cadres et professions intellectuelles supérieures (29 %), les hauts revenus (33 % avec mensuellement plus de 3 652 € de revenu par personne au foyer) et les plus diplômés (31 % pour les 2e et 3e cycles). III – LE FINANCEMENT DE LA DÉFENSE NATIONALE N’INTÉRESSE TOUJOURS QU’UNE MINORITÉ DE FRANÇAIS EN DÉPIT D’UNE LOGIQUE DE RÉARMEMENT POUR LA SÉCURISATION DES NATIONS PARTOUT EN EUROPE La première mesure d’opinion sur le thème de la défense a été faite lors de la vague d’avril 2025, alors que les discours sur la nécessité du réarmement européen se développaient et que l’État français annonçait le projet de création d’un fonds dédié. Le fonds Bpifrance Défense S.L.P. a été lancé en octobre 2025. Depuis, l’environnement géopolitique s’est encore dégradé avec notamment la guerre au Moyen-Orient. Dans ce contexte, la deuxième mesure sur le thème de la défense montre que l’attrait des Français pour l’investissement au profit de la défense nationale n’a pas évolué par rapport aux mesures d’avril2025. Seuls trois Français sur dix sont prêts à investir une partie de leurs économies dans des fonds d’investissement ou des produits d’épargne destinés au financement de la défense nationale (30 % dont 5 % « certainement »), un score qui se révèle particulièrement stable par rapport à l’année dernière. On retrouve parmi les plus enclins à investir les hommes (39 %), en particulier ceux de moins de 35 ans, les 18-24 ans (41 %), les cadres et professions intellectuelles supérieures (44 %), les diplômés du supérieur (39 % des 2e et 3e cycles) et les Français à partir du revenu des classes moyennes supérieures (à compter de 2 262 € de revenu mensuel par personne au foyer, 38 %). À l’inverse, parmi les 70 % de Français qui sont plutôt réfractaires à investir dans des fonds d’investissement ou des produits d’épargne dédiés à la défense nationale (stable), 44 % le justifient par des raisons politiques, éthiques ou morales (quasi-stable, soit + 2 points versus 2025) : près d’un quart (24 %) considèrent avant tout ce financement comme une prérogative devant relever exclusivement de l’État et des impôts, tandis que 15 % mentionnent l’idée selon laquelle financer l’économie de la défense va à l’encontre de leurs principes éthiques et que 5 % estiment que cela n’est pas compatible avec une politique Environnementale, Sociale et de Gouvernance (ESG). En parallèle, 40 % mettent en avant des raisons économiques ou financières (stable) : 18 % craignent une trop grande prise de risque, 12 % estiment que ce type de produits ne correspond pas à leurs attentes en termes de durée de placement ou de montant minimal d’investissement, 6 % doutent du rendement et 4 % n’ont pas les moyens, d’investir dans de tels fonds. Enfin, 12 % des réfractaires ne citent aucune raison particulière. Retrouvez l’ensemble des résultats au format PDF dans les documents à télécharger. Les résultats de la vague 7 sont disponibles ici : Baromètre de l épargne en France et en régions Vague 7 @corporate&workexperience Partager l article Facebook Linkedin E-mail

Rapport
Publié 15 juin 2026
Épinglé 16 juin 2026
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Le Mouvement Flamingo : pourquoi l’Albanie a besoin d’un nouveau contrat politique

Institut Jacques Delors · centre

Depuis le 30 mai, des milliers de citoyens albanais sont descendus dans la rue pour protester contre l’accord 1 conclu par le Premier ministre Edi Rama avec la société Affinity Partners de Jared Kushner, portant sur un projet d’investissement de luxe d’une valeur de 1,4 milliard d’euros le long d’une partie de la côte protégée de Vlora, en Albanie. Au cœur de la colère se trouve non seulement le projet lui-même, mais aussi la manière dont la décision 2 a été prise, sans consultation publique ni politique et avec un manque flagrant de transparence. Le projet était impopulaire depuis son annonce publique en décembre 2024, suscitant les critiques 3 de la part des citoyens et des militants écologistes, mais les manifestations n’ont pris de l’ampleur que la semaine dernière, lorsque les préparatifs de construction ont commencé dans la région de Vlora. Depuis lors, le mouvement s’est amplifié à Tirana et à Vlora, tandis que la diaspora albanaise et ses sympathisants se rassemblent également dans les capitales européennes 4 pour soutenir les manifestants et leurs revendications. Les messages sont clairs : « Mon pays n’est pas à vendre », « Ivanka, ne touche pas à Narta », tandis que les flamants roses sont devenus le symbole visuel des manifestations. Ce choix de symbole n’est pas fortuit. La lagune de Narta, située dans la partie inférieure de la rivière Vjosa où l’un des sites d’investissement est prévu, est une zone naturelle protégée composée de marais salants, de zones humides et de dunes de sable, vitale pour la biodiversité côtière de l’Albanie et pour les oiseaux migrateurs tels que les flamants roses et les pélicans. La partie principale de l’accord concerne toutefois le développement d’un complexe touristique de luxe sur l’île de Sazan, une ancienne zone militaire fermée au public depuis des décennies. Mais il s’agit également de la plus grande île d’Albanie, stratégiquement située à l’entrée de la baie de Vlora, dans le sud de la mer Adriatique, et faisant partie du parc marin national du pays 5 . Derrière les symboles des flamants roses, les manifestations révèlent un malaise plus profond au sein de la société albanaise. Des pancartes sur lesquelles on peut lire « Edi en prison, Berisha en prison » et « Il est temps de changer» montrent que les manifestants profitent de ce moment pour exprimer une frustration plus profonde à l’égard des élites politiques du pays. Depuis le début des années 90, la politique albanaise est dominée par deux grands partis : le Parti socialiste dirigé par Edi Rama, au pouvoir depuis 2013, et le Parti démocratique dirigé par Sali Berisha, ancien Premier ministre (2005-2013) et président (1992-1997). Au fil du temps, cette domination bipartite a engendré un environnement politique extrêmement toxique et polarisé 6 , laissant peu de place à l’émergence de forces alternatives crédibles. La principale opposition albanaise est non seulement faible, mais ses dirigeants sont également accablés par de graves allégations de corruption, des sanctions internationales et une profonde perte de confiance de la part du public. En conséquence, les élections successives ont souvent donné l’impression d’être moins un choix entre des programmes démocratiques concurrents qu’un choix entre des options compromises. Ce manque de perspective peut expliquer en partie le déclin démographique de l’Albanie, qui est passée de 2,82 millions d’habitants en 2011 à 2,4 millions lors du dernier recensement de 2023 7 . Ces manifestations offrent donc aux citoyens un espace pour exprimer une lassitude plus générale à l’égard tant du parti au pouvoir que de l’opposition. Elles reflètent la colère envers des élites politiques considérées comme ayant abusé le pouvoir et les institutions, pris le contrôle d’une partie du paysage médiatique 8 et instrumentalisé la loi à des fins partisanes 9 . Pendant un certain temps, le style de gouvernance autoritaire de Rama a semblé à beaucoup être le prix à payer pour faire avancer des processus difficiles mais importants, notamment le parcours de l’Albanie vers l’adhésion à l’UE et les réformes nécessaires pour le soutenir. Mais au fil du temps, ce style personnel a également été associé à une concentration du pouvoir et de la prise de décision, souvent au détriment des procédures démocratiques telles que le dialogue parlementaire ou la consultation de la société civile. La réaction de Rama face aux dernières manifestations était révélatrice. « Il n’y a aucune chance que le projet s’arrête tant que je serai là 10 », a-t-il déclaré dans un communiqué qui reflétait l’arrogance avec laquelle il s’est souvent adressé tant au public qu’à l’opposition. Ce n’est pas la première fois que Rama va de l’avant face à la résistance citoyenne. En 2020, son gouvernement a procédé à la démolition du Théâtre national de Tirana malgré la forte opposition des artistes, des militants et d’une partie de la population 11 . Plus récemment, le scandale de corruption impliquant son ancienne vice-Première ministre, Belinda Balluku 12 , a mis au jour ce que beaucoup ont perçu comme une tentative du gouvernement d’entraver la justice et de faire fi des appels des citoyens à protéger le travail de la SPAK 13 , l’agence albanaise de lutte contre la corruption. Après l arrestation de l ancien maire de Tirana 14 , de l ancienne présidente 15 et d autres personnalités politiques de haut rang, les institutions albanaises chargées de faire respecter l État de droit avaient commencé à mettre en œuvre le programme de réforme anticorruption, notamment en demandant des comptes à des hauts fonctionnaires. L affaire Balluku a toutefois marqué un revirement brutal de cette dynamique. Malgré les graves accusations portées par la SPAK concernant la manipulation présumée des procédures de marchés publics pour des projets d’infrastructure majeurs d’une valeur de plus de 200 millions d’euros, Rama a soutenu sa collaboratrice. Il a critiqué la SPAK 16 , a reporté sa destitution à février 2026 (alors même que les premières accusations de corruption avaient été formulées en octobre 2025) et, en mars, son Parti socialiste a voté contre 17 au Parlement, bloquant ainsi la demande de la SPAK visant à lever l’immunité parlementaire de Balluku. Cela a marqué un revers important pour les réformes de l État de droit et de la justice en Albanie, qui, depuis 2016, avaient fait naître l espoir que le pays était enfin prêt à s attaquer à la corruption endémique qui a longtemps entravé son intégration à l UE. On s’inquiète également de plus en plus du fait que Rama conclut des accords avec des gouvernements étrangers et des partenaires privés concernant des terrains publics et des infrastructures critiques par le biais de processus opaques. Cela est particulièrement visible dans les projets de développement touristique, mais aussi dans les infrastructures stratégiques, comme l’accord avec l’ Eagle Hills 18 , liée aux Émirats arabes unis, pour le réaménagement du port de Durrës et de ses environs en un complexe touristique et port de plaisance moderne, ou l’accord avec l’Italie pour accueillir des centres d’accueil de migrants 19 en Albanie, qui a soulevé de graves préoccupations en matière de droits de l’homme. L’accord conclu avec Jared Kushner, gendre de Donald Trump, suit le même modèle de gestion du programme de modernisation du pays : des décisions prises au plus haut niveau exécutif, avec des procédures politiques et un contrôle public limités. De plus, les projets d’investissement étranger de luxe ont contribué à accroître la frustration liée à l’accessibilité au logement. Les prix de l’immobilier ont fortement augmenté 20 ces dernières années, tant dans la capitale que dans les zones côtières, rendant le logement inabordable pour les citoyens ordinaires. Ces développements interviennent à un moment où l UE a manifesté son soutien le plus fort au processus d adhésion de l Albanie depuis que le pays a déposé sa candidature en 2009. En l espace d un an seulement, entre 2024 et 2025, l Albanie a ouvert l ensemble des 33 chapitres de négociation 21 . Elle a également reçu récemment le rapport d évaluation des critères de référence intermédiaires pour le volet « Fondamentaux 22 » , ce qui lui permet de progresser vers la définition des critères de référence finaux pour les négociations. Pourtant, malgré ces progrès, l UE et ses États membres suivent avec inquiétude l évolution de la situation en matière d État de droit et de réforme de la justice. Si le recul démocratique persiste, cela pourrait ralentir considérablement, voire bloquer, la dynamique d adhésion de l Albanie. Il reste à voir comment ces manifestations vont évoluer. Au-delà de la question de savoir si elles peuvent générer une dynamique suffisante pour faire évoluer les comportements politiques, ce mouvement social spontané devrait d’ores et déjà être considéré comme un soutien aux valeurs européennes face à la montée de l’autocratie dans la région. C est un nouveau signal en provenance des Balkans occidentaux qui montre que les sociétés sont de plus en plus lassées de la gouvernance autocratique, et que la modernisation et le développement ne peuvent se faire au détriment du patrimoine naturel ou culturel, de la souveraineté, de l État de droit ou de la responsabilité des gouvernements. L Albanie reste l un des pays les plus pro-européens de la région, fortement alignée sur les principes de l UE et officiellement engagée sur la voie de l intégration européenne. Mais sa fragile démocratie présente des failles visibles auxquelles l Union devrait prêter davantage attention. Il faut reconnaître à Edi Rama le mérite d’avoir soutenu les réformes de l’UE, développé des partenariats internationaux, modernisé certaines infrastructures du pays et promu une image plus positive de l’Albanie à l’étranger. Il fait souvent la une des journaux, que ce soit pour ses messages publics provocateurs et sans filtre adressés aux Européens, ou pour ses idées avant-gardistes telles que la mise en place du premier ministre virtuel généré par l’IA pour superviser les processus de marchés publics. Pourtant, cette dernière initiative relevait surtout des relations publiques, ce qui a permis d’esquiver la question politique plus épineuse de savoir qui contrôle les appels d’offres, la surveillance et la responsabilité dans le pays. L’avenir de l’Albanie ne peut pas être un « one-man show ». Le succès de la trajectoire démocratique et européenne de l’Albanie dépendra de la capacité du gouvernement à répondre aux préoccupations des citoyens, à protéger leurs intérêts et à faire de l’Albanie un pays où la population se sent en sécurité, entrevoit un avenir pour elle-même et n’est plus contrainte de partir à la recherche d’opportunités à l’étranger. Les citoyens souhaitent également pouvoir s’offrir un logement, que ce soit dans la capitale ou en bord de mer. Le mouvement Flamingo reflète un besoin désespéré d’air frais et d’un nouveau contrat politique. Mais pour que cela se produise, Rama et Berisha doivent tous deux ouvrir la voie à une concurrence politique loyale et permettre l’émergence d’une nouvelle classe politique. Notes Mian, M. (24 juin 2025). Vendue à la famille Trump : l’une des dernières îles vierges de la Méditerranée. The Guardian. https://www.theguardian.com/world/2025/jun/24/trump-family-kushner-undeveloped-island-mediterranean-sazan-albania ↩︎ Goga, F., Sito-Sucic, D. (16 janvier 2025). L Albanie approuve un projet de complexe hôtelier de luxe lié à la société de Jared Kushner. Reuters. https://www.reuters.com/business/albania-approves-luxury-resort-project-linked-jared-kushners-company-2025-01-16/ ↩︎ Albanian Times. (16 janvier 2025). La société de Jared Kushner obtient le statut d’investisseur stratégique pour un complexe hôtelier insulaire de 1,4 milliard de dollars en Albanie. https://albaniantimes.al/jared-kushners-company-secures-strategic-investor-status-for-1-4-billion-island-resort-in-albania/ ↩︎ Reuters. (2026). Manifestation devant l ambassade d Albanie contre le complexe touristique Trump-Kushner. Reuters Connect. https://www.reutersconnect.com/item/protest-outside-the-albanian-embassy-against-the-trump-kushner-resort/dGFnOnJldXRlcnMuY29tLDIwMjY6bmV3c21sX01UMVpVTUEwMDBGVUw1SVU?lastViewed=dGFnOnJldXRlcnMuY29tLDIwMjY6bmV3c21sX01UMVpVTUEwMDBGVUw1SDc position=1 ↩︎ Agence nationale du tourisme. (s.d.). Parc national marin de Karaburun–Sazan. Site officiel du tourisme. https://akt.gov.al/en/nature/Karaburun-Sazan-National-Marine-Park-2/ ↩︎ Freedom House. (2025). Albanie : rapport national « Freedom in the World 2025 ». https://freedomhouse.org/country/albania/freedom-world/2025 ↩︎ INSTAT. (s.d.). La population de l Albanie. https://www.instat.gov.al/en/statistical-literacy/the-population-of-albania/ ↩︎ Freedom House. (2024). Albanie : rapport national Nations in Transit 2024. https://freedomhouse.org/country/albania/nations-transit/2024 ↩︎ Commission européenne. (2025). Rapport sur l Albanie 2025. https://enlargement.ec.europa.eu/document/download/fe9138b7-90fe-4277-a12c-3a03f6d1957f_en?filename=albania-report-2025.pdf ↩︎ The Guardian. (4 juin 2026). Les manifestations s intensifient en Albanie contre le complexe hôtelier de luxe soutenu par Jared Kushner. https://www.theguardian.com/world/2026/jun/04/protests-in-albania-grow-over-jared-kushner-backed-luxury-resort ↩︎ The Architect’s Newspaper. (19 mai 2020). Des manifestations éclatent suite à la démolition d’un théâtre historique et à l’implication de BIG. https://www.archpaper.com/2020/05/protests-erupt-over-national-theatre-of-albania-demolition-big/ ↩︎ Reuters. (26 février 2026). Le Premier ministre albanais limoge un adjoint alors que l’enquête pour corruption s’intensifie. https://www.reuters.com/world/albanian-pm-fires-deputy-corruption-investigation-heats-up-2026-02-26/ ↩︎ Xhaferri, D. (4 juin 2026). L affaire Balluku provoque une onde de choc à travers l Albanie. Transitions. https://tol.org/client/article/balluku-affair-sends-shockwaves-across-albania.html ↩︎ OCCRP. (10 février 2025). Le maire de Tirana arrêté dans un scandale de corruption et de fraude d un million d euros. https://www.occrp.org/en/news/tirana-mayor-arrested-in-eur1m-corruption-fraud-scandal ↩︎ Associated Press. (1er avril 2025). L ancien président albanais Ilir Meta inculpé pour corruption et blanchiment d argent. https://apnews.com/article/albania-corruption-former-president-ilir-meta-charged-8fb2c1d9ab32d9983c2114d6426bb227 ↩︎ Albanian Daily News. (16 février 2026). Le Premier ministre Edi Rama critique le système judiciaire albanais au sujet de la demande de la SPAK. https://albaniandailynews.com/news/prime-minister-edi-rama-criticizes-albanian-justice-system-over-spak-request ↩︎ European Western Balkans. (12 mars 2026). Le Parlement albanais bloque l arrestation de l ancien vice-Premier ministre mis en examen. https://europeanwesternbalkans.com/2026/03/12/parliament-of-albania-blocks-the-arrest-of-the-indicted-former-deputy-prime-minister/ ↩︎ Carnegie Endowment for International Peace. (Décembre 2025). Règles ou accords ? Le défi de l UE dans la régulation des capitaux corrosifs dans les Balkans occidentaux. https://carnegieendowment.org/research/2025/12/rules-or-deals-the-eus-challenge-in-regulating-corrosive-capital-in-the-western-balkans ↩︎ Systèmes de politique migratoire et d asile. (s.d.). Externaliser la migration, mettre en péril les droits : le protocole migratoire Italie-Albanie dans la stratégie d externalisation de l UE. MED-MA. https://med-ma.eu/publications/offshoring-migration-risking-rights-the-italy-albania-migration-protocol-in-the-eus-externalization-playbook/ ↩︎ Hashtag.al. (24 septembre 2025). BSH : L indice des prix de l immobilier a augmenté de près de 42 % au cours du premier semestre. https://www.hashtag.al/en/index.php/2025/09/24/bsh-indeksi-i-cmimit-te-banesave-u-rrit-me-gati-42-ne-gjysmen-e-pare-te-vitit/ ↩︎ Commission européenne. (s.d.). Albanie. Direction générale de l élargissement et du voisinage oriental. https://enlargement.ec.europa.eu/countries/albania_en ↩︎ Conseil de l Union européenne. (26 mai 2026). Élargissement : l Albanie satisfait aux critères intermédiaires pour le volet « éléments fondamentaux ». https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2026/05/26/enlargement-albania-meets-interim-benchmarks-for-fundamentals-cluster/ ↩︎

Rapport
Publié 15 juin 2026
Épinglé 16 juin 2026
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Détroits sous tension · La Chine à l’assaut des mers

Institut Thomas More · droite

18 juin 2026 • Événement • 90 % du trafic commercial mondial emprunte les voies maritimes. Elles alimentent les ports en matières énergétiques et premières avant de transporter les produits manufacturés partout dans le monde. Elles empruntent pour cela des points de passage obligés qui relient entre eux mers et océans où la liberté de navigation Lire la suite L’article Détroits sous tension · La Chine à l assaut des mers est apparu en premier sur Institut Thomas More .

Étude
Publié 14 juin 2026
Épinglé 15 juin 2026
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Introduction de Space X : Un peu de comptabilité en partie double.

Institut des Libertés · droite

J’ai découvert la comptabilité en partie double dans ma business school aux USA en 1969, et j’ai trouvé ça absolument génial. Chaque fois qu’une transaction a lieu, il faut faire non pas une écriture mais deux. La première est « d’où ça sort » et la deuxième « où ça rentre » Nous venons d’avoir la plus grosse introduction [ ] The post Introduction de Space X : Un peu de comptabilité en partie double. first appeared on Institut Des Libertés .

Étude
Publié 14 juin 2026
Épinglé 15 juin 2026
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G7 2026 : mettre fin à l’impunité et aux inégalités

Oxfam France · gauche

Pour l’ouverture du sommet du G7 2026 à Evian en France, Oxfam alerte sur la crise des inégalités provoquée par la guerre illégale menée par les Etats-Unis et Israël en Iran. Un nouveau conflit qui pousse des millions de personne dans la pauvreté pendant qu’il remplit les poches des milliardaires de l’énergie. Oxfam rappelle que cette guerre n’est pas un épisode isolé, mais la dernière illustration d’un monde où l’impunité des grandes puissances et leurs alliés est devenue la norme. Le G7 2026 : les chiffres clés Les milliardaires du secteur de l’énergie des pays du G7 ont empoché 301 millions de dollars par jour depuis la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Entre 2023 et 2025, les pays du G7 ont réduit leur aide aux plus pauvres de 48 milliards de dollars, un montant équivalent à ce que les milliardaires de ces pays ont accumulé en seulement 9 jours. À titre de comparaison, l’aide humanitaire fournie par les pays du G7 en 2025 ne représentait que 0,75 % de leurs dépenses militaires. Les bénéfices des six grandes compagnies pétrolières devraient augmenter de 80 % par rapport aux prévisions d’avant-guerre. Les conséquences de la guerre plongeront plus de 32,5 millions de personnes dans la pauvreté d ici la fin de cette année. 44 personnes se sont retrouvées en situation d urgence humanitaire chaque minute depuis le dernier sommet du G7 présidé par la France. Lire la note Un G7 ajusté à Donald Trump Alors que le président américain mène une guerre illégale en Iran, la France et les autres pays du G7 ont été incapables de lui imposer la moindre ligne rouge. Pire, Emmanuel Macron a passé les derniers mois à ajuster l’agenda du G7 aux priorités de Washington. Ce groupe multilatéral se retrouve alors incapable de prendre la moindre décision concrète pour soutenir les populations victimes de cette guerre et celles qui sont impactées par la flambée des prix de l’énergie et de l’alimentation. L’impunité nourrit les inégalités Le conflit mené par les Etats-Unis et Israël en Iran provoque une catastrophe humanitaire tout en remplissant les poches des milliardaires. Cela fait suite à des années durant lesquelles la communauté internationale n’a pas réussi à faire respecter systématiquement le droit international ni à sanctionner les violations graves. Selon l’ONU, 45 millions de personnes risquent de basculer dans une situation de famine extrême si la guerre continue. A chaque crise, les plus vulnérables perdent toujours un peu plus de moyens, les empêchant de se préparer à la crise suivante. Pour les plus riches, c’est tout l’inverse. Les crises leur permettent de s’enrichir afin d’investir dans la prochaine. Ainsi, les milliardaires du G7 des secteurs de l’énergie ont empoché 300 millions de dollars par jour depuis de début de la guerre en Iran. L impunité alimente les inégalités lorsque des États puissants font ou permettent des guerres sans en subir les conséquences. Les effets se propagent alors sur les marchés, la dette, l’aide internationale et les services publics. Les plus pauvres paient le prix fort, tandis que les plus riches profitent des catastrophes. Une explosion de la pauvreté en plein effondrement de la solidarité internationale Cette situation est d’autant plus chaotique qu’elle se produit dans un moment où les pays du G7 ont pris la décision politique d’opérer la plus grande coupe d’aide au développement de leur histoire. Ainsi, l’année dernière, les pays du G7 ont coupé 48 milliards de dollars de leur aide internationale. Pourtant, la même année, les milliardaires du G7 gagnaient ce montant en seulement 9 jours. L’argent public ne semble pas manquer pour certaines dépenses. En effet, l’aide humanitaire des pays du G7 correspondait à 0.75% de leurs dépenses dans la défense. Ainsi, les pays du G7 dépensent 133 fois plus pour l’armement que pour sauver des vies. Les politiques d austérité et les attaques répétées de l extrême droite contre la solidarité internationale menacent gravement cet outil, et pourraient bien le condamner. Il est urgent que la communauté internationale réinvente la solidarité internationale pour qu’elle serve véritablement la justice économique mondiale. La solidarité doit être financée par la taxation des plus riches, et construite avec les pays du Sud, au plus près des besoins réels des populations. Nos demandes pour ce G7 Il est impossible de répondre à la crise actuelle seulement en tentant de rééquilibrer les marchés économiques. Il faut s’attaquer à l’impunité autour des grandes puissances qui rend possible des conflits où le droit humanitaire est constamment violé et les populations civiles poussées dans la pauvreté. Les pays du G7 ne doivent pas attendre Donald Trump pour agir, ils ont le pouvoir diplomatique et économique de prendre des engagements, tel un G6, pour aider à mettre fin à ces crises. Briser le cycle de guerres, de l’impunité et des inégalités : le G6 doit agir sans les États-Unis : cessez-le-feu, protection des civils, fin des transferts d armes. Abolir le droit de veto : les membres du P5 au G7 doivent soutenir l abolition du veto et, dans l’immédiat, s abstenir de l utiliser face aux crimes de guerre. Cesser de tirer profit des conflits : ratifier le Traité sur le commerce des armes, stopper les transferts à risque. Respecter le droit international : appliquer le DIH et les résolutions ONU sur la protection des civils. Plan d urgence pour les pays du Sud : subventions, aide, annulation de dette, émission de DTS. Fiscalité : imposer sur les fortunes et superprofits, soutenir une convention-cadre ONU sur la fiscalité internationale. Aide publique au développement : Revenir sur les coupes, objectif 0,7 % du RNB d ici 2030. Dette : suspendre ou annuler les dettes insoutenables et soutenir une convention-cadre ONU sur la dette souveraine. DTS : émettre de nouveaux tirages d au moins 200 milliards/an, priorité aux pays à faible revenu. Fin de l austérité : contester les conditionnalités du FMI et les politiques favorisant le privé au détriment des biens publics. Inégalités : soutenir le Panel Stiglitz, plans nationaux de réduction des inégalités. Justice de genre : défendre les droits reproductifs, financer les mouvements féministes et la société civile. Date : 15/06/2026 Auteur : Oxfam France Lire le médiabrief Consulter la méthodologie L’article G7 2026 : mettre fin à l impunité et aux inégalités est apparu en premier sur Oxfam France .

Rapport
Publié 15 juin 2026
Épinglé 15 juin 2026
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Industrie : un problème de financement

Institut des Libertés · droite

L’information a été officialisée cette semaine : la plupart des grandes banques françaises réduisent leurs investissements dans l’industrie pétrolière, au nom de la défense du climat. Une position qui nuit aux entreprises françaises et les soumet encore davantage aux capitaux américains, pays où les banques, au contraire, augmentent leurs investissements. La bataille pour l’industrie et l’autonomie [ ] The post Industrie : un problème de financement first appeared on Institut Des Libertés .

Étude
Publié 12 juin 2026
Épinglé 13 juin 2026
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Sommet sino-nord-coréen : pourquoi la Chine cherche-t-elle à renforcer son partenariat avec la Corée du Nord ?

IRIS · centre

Le président chinois Xi Jinping s’est rendu le 8 juin en Corée du Nord pour un sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Pyongyang a nettement renforcé sa coopération avec Moscou, notamment sur le plan militaire et diplomatique, ce qui contribue à augmenter les tensions dans la région. À travers cette visite, la Chine cherche à consolider son alliance avec la Corée du Nord, afin de préserver son influence dans la région et affirmer sa puissance face à la Russie. Dans le même temps, la poursuite de la Corée du Nord de son programme nucléaire et ses essais balistiques représente une menace grandissante pour les pays voisins et la stabilité régionale. Quel le bilan peut-on tirer de la visite du président chinois en Corée du Nord ? Quels sont les objectifs stratégiques poursuivis par la Chine face au rapprochement entre Moscou et Pyongyang. Quelles pourraient être les conséquences d’un renforcement de la coopération sino-nord-coréenne pour la sécurité régionale ? Le point avec Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, co-responsable du Programme Asie-Pacifique. Quel état des lieux peut-on dresser de la relation sino-nord-coréenne et quels étaient les principaux enjeux (politiques, économiques, diplomatiques et sécuritaires) de cette rencontre entre Xi Jinping et Kim Jong-un ? Cette rencontre a eu lieu les 8 et 9 juin à Pyongyang. Elle a été préparée, côté chinois, par le département des Affaires du Parti, une branche particulière des Affaires étrangères, en grande partie gérée par les services de renseignement. C’est le premier déplacement du dirigeant chinois à l’étranger depuis le début de l’année. Xi Jinping et Kim Jong-un s’étaient déjà rencontrés en présence de Vladimir Poutine le 3 septembre dernier dans une démonstration de force déployée sur la place Tiananmen, officiellement pour commémorer la fin de la Seconde Guerre mondiale et la victoire contre le Japon, et pour rappeler que Pyongyang ne devait pas échapper au giron chinois, au seul profit de la Russie. Les déboires de Moscou sur le front ukrainien ont scellé un rapprochement inédit entre Pyongyang et la capitale russe et, au risque d’être marginalisé, Pékin a bien compris qu’il pouvait y avoir un risque pour la Chine de se voir écarté du grand jeu en Asie du Nord-Est tandis que ses relations avec le Japon se détériorent, chaque mois davantage. Quoi qu’il en soit, Pyongyang se retrouve au centre des attentions russes et chinoises. Ce triumvirat profite des difficultés des États-Unis au Moyen-Orient pour renforcer une coopération qui porte sur la livraison d’armes nord-coréennes à la Russie en échange, vraisemblablement, d’une aide russe dans la construction de sous-marins nucléaires. Pour ce qui concerne les relations sino-coréennes, ces dernières sont désormais plus transactionnelles que hiérarchiques. Xi Jinping cherche à rééquilibrer ces relations, alors que Kim Jong-un a gagné en autonomie diplomatique et en importance sur la scène internationale. Cette visite d’État est aussi l’occasion pour Pékin de promouvoir la Corée du Nord comme destination touristique, renforçant ainsi la dépendance économique de Pyongyang envers la Chine. En somme, ce voyage est à la fois une opération de séduction envers Kim Jong-un, une tentative de réaffirmer la prééminence chinoise face à la Russie, et un moyen pour Pékin de maintenir son influence dans une région en pleine recomposition géopolitique. Signes intéressants : Xi Jinping, alors accompagné de son épouse Peng Liyuan, tout ébaudis par les chorégraphies réaliste-socialistes qui étaient offertes en l’honneur du couple présidentiel chinois, s’est montré pour la première fois avec des cheveux grisonnants et devisait avec Kim Jong-un en arborant en public une paire de lunettes. Protocolairement parlant, il s’agissait sans doute de rappeler, sur un mode à la fois paternaliste et confucéen que le dirigeant chinois gardait un ascendant sur son jeune interlocuteur nord-coréen. Dans un contexte de rapprochement entre Moscou et Pyongyang, quels sont les objectifs poursuivis par la Chine à travers le renforcement de sa relation avec la Corée du Nord ? La Corée du Nord a réaffirmé à plusieurs reprises que son statut de puissance nucléaire était « irréversible ». Xi Jinping, tout en louant l’amitié « invincible » entre les deux pays, acquise durant la lutte opposant le Nord au Sud de la péninsule de 1950 à 1953, a insisté sur la nécessité de la stabilité régionale. La Chine, bien que soutenant traditionnellement la dénucléarisation, semble désormais accepter le fait accompli du programme nucléaire nord-coréen, tout en cherchant à éviter une escalade des tensions. Pour Pyongyang, la réunification avec le Sud n’est plus évoquée. C’est un signe inquiétant adressé à l’encontre de Séoul. Toute tentative de réconciliation avec le « frère ennemi » semble vouée désormais à l’échec. Les relations entre la Chine et la Corée du Nord sont par ailleurs liées à des enjeux économiques d’importance, avec l’intensification des échanges aériens commerciaux et le développement des zones portuaires frontalières, celle de Dandong-Sinŭiju en particulier. Il s’agit d’un hub logistique majeur pour la Corée du Nord, utilisé pour l’importation de pétrole (et d’autres marchandises). La raffinerie de pétrole de Ponghwa, située à Sinŭiju même, traite une partie du pétrole brut importé de Chine. Le développement des infrastructures touristiques de la ville de Samjiyon a certainement été abordé. Dans cette même optique, la station de ski du Mont Masik devrait accueillir à terme un flux important de touristes chinois. Ces projets s’inscrivent dans la doctrine économique du « Byungjin » (développement parallèle de l’économie et de l’arme nucléaire) de Kim Jong-un. Rappelons que les échanges avec la Chine représentent à ce jour une part très majoritaire du commerce total de la Corée du Nord avec l’étranger. À l’inverse, la Chine aura besoin de sécuriser à terme ses points de passage autour du littoral nord-coréen afin d’emprunter la voie du pôle des Nouvelles Routes de la Soie empruntant la voie de la Sibérie. Dans quelle mesure un renforcement de l’alliance sino-nord-coréenne pourrait-il impacter les équilibres stratégiques sur le continent asiatique ? Il s’agit bel et bien d’une alliance en vigueur depuis la signature en 1961 d’un Traité d amitié, de coopération et d assistance mutuelle. En cas d’agression, la Chine se doit d’apporter une assistance militaire à la Corée du Nord, et réciproquement. Xi Jinping s’est dit, auprès de son hôte prêt à « maintenir une communication stratégique étroite et continuer à guider les relations entre la Chine et la Corée du Nord vers de nouveaux sommets » , a rapporté l’agence de presse officielle chinoise Chine nouvelle . Il a ajouté que « les deux parties devraient renforcer leurs échanges diplomatiques, policiers et militaires » . Cela signifie que Pékin prend du champ vis-à-vis de Washington dans le souhait américain d’opter pour une dénucléarisation de la péninsule. Cette position s’explique par la volonté de la Chine de maintenir un État-tampon stable face aux forces américaines en Corée du Sud, et de consolider son alliance avec Pyongyang. En somme, la Chine reconnaît implicitement la Corée du Nord comme puissance nucléaire, tout en cherchant à éviter tout conflit régional qui pourrait menacer ses intérêts. Et contrairement à 2019, où Kim Jong-un espérait encore négocier avec les États-Unis via la Chine, la situation a évolué : la Corée du Nord mise désormais sur le renforcement de son arsenal nucléaire et ne cherche plus à normaliser ses relations avec Washington. Cette posture réduit les marges de manœuvre diplomatiques pour les Américains, qui doivent composer avec un bloc sino-russe plus soudé. Le Japon craint que cette alliance renforcée entre la Chine et la Corée du Nord n’encourage Pyongyang à poursuivre ses essais de missiles (dont certains ont déjà survolé le territoire japonais) et à ignorer les sanctions internationales, avec le soutien tacite de la Chine. La reprise des liaisons ferroviaires et aériennes entre les deux pays en 2026 est aussi vue comme un contournement des pressions économiques exercées par l’ONU. Enfin, la visite de Xi Jinping s’inscrit dans une dynamique où Pékin, Moscou et Pyongyang cherchent à afficher un front commun face à l’Occident, ce qui isole davantage le Japon et la Corée du Sud dans leur politique de fermeté envers la Corée du Nord qui a rappelé, dans ce contexte, que son statut de puissance nucléaire était « absolument non-négociable ». En d’autres mots, à Tokyo, la rencontre de Pyongyang est perçue comme un signal alarmant de consolidation d’un bloc sino-nord-coréen (voire sino-russo-nord-coréen), qui déstabilise l’équilibre régional et menace directement la sécurité du Japon. La question nucléaire reste le point de crispation majeur, avec un sentiment d’impuissance face à l’inaction chinoise sur ce dossier. L’article Sommet sino-nord-coréen : pourquoi la Chine cherche-t-elle à renforcer son partenariat avec la Corée du Nord ? est apparu en premier sur IRIS .

Rapport
Publié 12 juin 2026
Épinglé 13 juin 2026
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Victoire électorale des forces pro-occidentales en Arménie : et maintenant ?

IRIS · centre

Le 7 juin 2026, les Arméniens étaient appelés aux urnes pour élire leur Premier ministre. À l’issue du scrutin, Nikol Pachinian a été réélu avec 49,8 % des voix, loin devant le candidat pro-russe Samvel Karapetian, qui a obtenu 23,3 % des suffrages. Cette élection intervient dans un contexte marqué par de profonds bouleversements pour l’Arménie. La défaite face à l’Azerbaïdjan lors de la guerre de 2020, puis la reprise du Haut-Karabagh par Bakou en 2023, ont profondément marqué le pays et entraîné le déplacement massif de populations. Malgré leur alliance historique, Moscou n’est pas intervenu pour empêcher la perte de l’enclave, alimentant une forte défiance à l’égard de la Russie au sein de la société arménienne. Dans quel contexte se sont déroulées les élections législatives en Arménie ? En quoi ce scrutin traduit-il une volonté du pays à prendre ses distances avec Moscou ? Un rapprochement avec l’Union européenne et les États-Unis est-il envisageable ? Enfin, quelles perspectives le résultat des élections ouvre-t-il pour la normalisation des relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ? Le point avec Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS. Quel est le contexte dans lequel se sont tenues les élections législatives en Arménie ? L’Arménie sort de plusieurs années de fortes tensions qui ont traumatisé une grande partie de la population. Cela s’explique tout d’abord par la lourde défaite militaire face à l’Azerbaïdjan en 2020, puis la reprise du Haut-Karabagh par celui-ci en 2023 qui entraina le départ de 100 000 à 120 000 Karabakhiens dont une majorité se réfugie en Arménie. Plus récemment, la guerre israélo-étatsunienne contre l’Iran voisine aggrave les inquiétudes, même si l’Arménie n’a pas été touchée par les combats. Les relations économiques avec la République islamique ne sont certes pas significatives – moins de 4 % des échanges –, mais c’est en l’occurrence la frontière commune qui constitue une véritable ouverture et donc un enjeu stratégique vital pour un pays enclavé dont les frontières avec la Turquie et l’Azerbaïdjan sont fermées depuis de nombreuses années. Enfin, si un texte traçant la perspective de la signature d’un accord de paix a été validé avec l’Azerbaïdjan en août 2025 à Washington sous l’égide de Donald Trump, il n’est pour l’instant pas ratifié par les parlements arménien et azerbaïdjanais. Dans quelle mesure la réélection de Nikol Pachinian traduit-elle la volonté de la société arménienne de se détacher de l’influence russe ? Quelles pourraient être les conséquences sur les relations bilatérales entre Erevan et Moscou ? En quoi le résultat de ce scrutin pourrait-il renforcer les perspectives de rapprochement de l’Arménie avec l’Union européenne et les États-Unis ? Le score obtenu par le Premier ministre sortant, Nikol Pachinian, affleurant les 50 % des suffrages exprimés, traduit un indéniable soutien à la politique qu’il mène, notamment au niveau régional. Une forte défiance à l’égard de la Russie est manifeste, notamment depuis les guerres de 2020 et 2023 au cours desquelles beaucoup d’Arméniens se sont sentis trahis en raison de la non-intervention de Moscou, en dépit du rôle de protecteur qu’il prétendait incarner depuis la proclamation de l’indépendance. Cette situation a abouti au gel de la participation de l’Arménie à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), organisation politico-militaire dominée par la Russie dont font partie plusieurs États anciennement membres de l’URSS. C’est aussi pourquoi Nikol Pachinian oriente avec précaution son pays vers les puissances occidentales. Dans ce contexte Moscou n’a pas hésité pour sa part à proférer des menaces en termes assez peu voilés, au cours des dernières semaines. Vladimir Poutine a ainsi déclaré durant la campagne électorale en Arménie que les ventes de gaz à tarif préférentiel pourraient passer au prix européen, soit environ quatre fois plus cher, si le processus de rapprochement avec l’Union européenne (UE) se poursuivait, alors qu’une loi enclenchant la procédure d’adhésion à l’UE a été votée par le parlement arménien en mars 2025. Le tropisme pro-européen existe donc à Erevan, mais c’est aussi sa relation avec les États-Unis qui inquiète la Russie. Les accords conclus avec l’Azerbaïdjan déjà évoqués sont en effet significatifs. Non seulement ils ont fait apparaître Donald Trump comme un faiseur de réconciliation entre deux peuples depuis longtemps en guerre, ce dont il s’est largement vanté, mais surtout il a considérablement fait avancer le projet, modestement intitulé « Route Trump pour la paix internationale et la prospérité ». Si cela se concrétise, ce corridor – comportant routes, voies ferroviaires, oléoducs et gazoducs – reliera l’Azerbaïdjan à son exclave le Nakhitchevan facilitant ainsi considérablement le transit entre l’Asie centrale et l’Europe, singulièrement la Turquie, tout en contournant la Russie et l’Iran. L’influence étatsunienne s’est encore renforcée à l’occasion de la visite du vice-président J. D. Vance – une première de ce niveau en Arménie – au mois de février 2026. Plusieurs contrats ont alors été signés portant notamment sur les drones, le nucléaire civil, les puces informatiques. Cette visite se poursuivit par une étape à Bakou au cours de laquelle a été signé un accord de coopération stratégique avec l’Azerbaïdjan. On le comprend, Moscou a quelque raison de s’inquiéter en constatant sa perte d’importance graduelle. Le résultat des élections encourage clairement Nikol Pachinian à poursuivre dans la même voie et approfondir son rapprochement avec l’Union européenne d’une part et les États-Unis d’autre part. Nikol Pachinian a déclaré vouloir « institutionnaliser un accord de paix entre l Arménie et l Azerbaïdjan ». À l issue de cette élection et en l absence d une majorité au Parlement pour adopter des amendements constitutionnels, quelles sont ses marges de manœuvre quant au dossier du conflit au Haut-Karabagh ? Doit-on s’attendre à une stabilisation des tensions dans le Caucase ou au contraire à une intensification des rivalités régionales ? La question qui se pose désormais ne concerne plus à proprement parlé le Haut-Karabagh, puisque la quasi-totalité de ses habitants a été obligée d’en fuir en 2023 et que le territoire a désormais rejoint l’Azerbaïdjan. Ce fait a été reconnu par Nikol Pachinian lui-même – ce qui lui vaut des accusations récurrentes de trahison – mais le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, en position de force, exige des amendements dans la constitution arménienne pour retirer toute référence au Haut-Karabakh. En tout état de cause, c’est désormais la relation directe et la normalisation entre les deux États du Caucase du Sud qui est centrale. Les cicatrices ne sont pas refermées et les défis nombreux tant les trois décennies de conflit ont engendré des haines réciproques. L’Arménie accuse par exemple l’Azerbaïdjan d’occuper illégalement 200 km 2 de son territoire et le processus de délimitation des frontières n’est pas terminé. Par sa politique atlantiste et de rapprochement avec l’Union européenne Nikol Pachinian cherche à renforcer ses soutiens et continuera dans cette voie confirmant la perte d’influence russe dans la région. 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Rapport
Publié 11 juin 2026
Épinglé 12 juin 2026
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La fortune d’Elon Musk, qui dépassera bientôt les 1000 milliards, a augmenté de plus d’un million de dollars par minute au cours de l’année dernière

Oxfam France · gauche

Selon Oxfam, le fait qu Elon Musk soit sur le point d atteindre une fortune de mille milliards de dollars avec le soutien du gouvernement marque « un jour sombre pour la démocratie » Alors que la fortune personnelle d’Elon Musk devrait dépasser les 1 000 milliards de dollars avec l’introduction en bourse de SpaceX prévue demain, faisant de lui le premier individu à atteindre un tel niveau de richesse, une nouvelle analyse d’Oxfam révèle qu’Elon Musk serait plus riche que les 46 % les plus pauvres de la population mondiale, soit 3,8 milliards de personnes réunies. Atteindre 1 000 milliards de dollars signifierait que la fortune de Musk a augmenté de plus de 550 milliards de dollars au cours de l’année écoulée, soit un rythme moyen de plus d’un million de dollars par minute. Selon Oxfam, une telle concentration extrême de la richesse est symptomatique de décennies de politiques favorables aux milliardaires qui ont permis aux ultra-riches d’écrire les règles économiques pour servir leurs propres intérêts. “ Qu’un individu détienne désormais à lui seul plus d’un millier de milliards de dollars de fortune n‘est pas un signe de réussite personnelle mais une alerte rouge pour la démocratie. Ce nouveau cap symbolique pour l’oligarchie reflète la concentration démesurée des richesses dans le monde mais aussi la fragilisation des principes démocratiques. La fortune d’Elon Musk atteint cette ampleur avec le soutien du gouvernement et de choix politiques délétères pour l égalité et la justice fiscale –au service de la fortune des ultra-riches. », a déclaré Layla Abdelké Yakoub, responsable de plaidoyer “Justice fiscale et inégalités” chez Oxfam France L analyse d Oxfam révèle l ampleur stupéfiante d une fortune de 1 000 milliards de dollars : Si Musk dépensait 1 million de dollars par jour, il lui faudrait 2 740 ans pour dépenser 1 000 milliards de dollars. Avec 1 000 milliards de dollars, Musk pourrait donner 100 dollars à chaque habitant de la planète, et il resterait tout de même l’un des dix milliardaires les plus riches du monde, avec plus de 184 milliards de dollars en poche. Un impôt de 10 % sur la fortune de 1 000 milliards de dollars de Musk permettrait d’éradiquer l’extrême pauvreté dans le monde pendant un an, en permettant à plus de 800 millions de personnes de sortir de l’extrême pauvreté. “ Les autorités et les citoyen-ne-s ne doivent pas rester de marbre face à l’accumulation d’une telle quantité de richesses aux mains d’un seul homme, dans un contexte où les inégalités économiques ont explosé. Ce cap symbolique doit servir d’alerte dans le monde et y compris en France, où nous devons nous assurer que les ultra-riches paient enfin leur juste part d’impôt comme le font les autres citoyens. La France doit montrer l’exemple dans la lutte contre les inégalités mais aussi pour la démocratie en faisant en sorte que les ultra-riches ne puissent pas utiliser leurs fortunes pour acheter le pouvoir. ”, a déclaré Layla Abdelké Yakoub. Oxfam estime que les milliardaires ont 4 000 fois plus de chances d’occuper un mandat politique que les gens ordinaires. Les ultra-riches utilisent souvent leur influence pour concentrer le pouvoir et la propriété entre leurs mains d une manière qui peut fragiliser la démocratie. Elon Musk offrait déjà un exemple frappant de cette dynamique néfaste avant même d atteindre une fortune de mille milliards de dollars. La capacité de Musk à injecter de l’argent dans les élections lui a permis d’utiliser sa richesse et son pouvoir d’une manière qui incarne les effets corrosifs du contrôle exercé par les milliardaires : Accaparer les richesses Non seulement une grande partie de la fortune de Musk repose sur le soutien passé du gouvernement, mais il a également mis à profit son passage au sein de l’administration Trump pour protéger et accroître cette richesse. SpaceX tire un cinquième de ses revenus du gouvernement fédéral, bien qu’elle n’ait probablement payé que peu ou pas d’impôt fédéral sur le revenu, grâce à un avantage fiscal accordé aux entreprises dans le cadre de la loi « Tax Cuts and Jobs Act » du Président Trump. Public Citizen a constaté que plus de 70 % des agences ciblées par le DOGE (Département de l’Efficacité gouvernementale) présentaient des conflits d’intérêts pour les entreprises de Musk, et des reportages ont révélé que son mandat au sein de l’administration a coïncidé avec l’attribution de contrats lucratifs à ses sociétés, notamment SpaceX et sa filiale Starlink. La récente introduction en bourse de SpaceX devrait également remplir les poches de respo nsables gouvernementaux, d’initiés ayant des liens politiques, de sociétés de capital-risque et de hauts dirigeants d’entreprise, notamment Donald Trump Jr., Jared Isaacman (actuel administrateur de la NASA), Peter Thiel et Marc Andressen (le plus grand donateur à ce jour pour les élections de mi-mandat américaines de 2026), entre autres. Causer du tort : À la tête de DOGE, Musk a démantelé des services gouvernementaux qui venaient en aide aux personnes les plus pauvres et les plus défavorisées aux États-Unis et dans le monde. Une analyse d’Oxfam a révélé que les coupes budgétaires de l’USAID risquent d’entraîner la mort d’un enfant de moins de 5 ans toutes les 40 secondes d’ici 2030. Diviser et détourner l’attention Peu après avoir racheté X, Elon Musk a commencé à ouvrir la voie à des campagnes de désinformation sur la plateforme, démantelant presque à lui seul les départements « Confiance et sécurité » et « Droits de l’homme » de l’entreprise au cours des premières semaines suivant son rachat. À quelques semaines seulement des élections américaines de 2024, le Center for Countering Digital Hate a constaté que « les affirmations fausses ou trompeuses du milliardaire Elon Musk concernant les élections américaines avaient accumulé 2 milliards de vues sur la plateforme de réseaux sociaux X ». Une autre étude de l’Université de Californie a révélé que, dans les mois qui ont suivi l’acquisition de X par Elon Musk, les taux de discours haineux avaient augmenté d’environ 50 %. Oxfam appelle les gouvernements à répondre aux revendications de la population pour faire face à l urgence des inégalités, notamment en s attaquant au pouvoir excessif des entreprises et des monopoles, en taxant la fortune des plus riches, en investissant dans les services publics et en renforçant considérablement les mesures visant à protéger les droits des travailleurs et à augmenter les salaires. Notes aux rédactions Téléchargez le rapport annuel d’Oxfam sur les inégalités, « Résister au règles des plus riches », ici. Téléchargez le dossier de presse d’Oxfam, « SpaceX : Of Musk, For Musk, and By Musk » ici : Téléchargez la note de presse d’Oxfam, « Trillionaire in the Making : How Tesla turbocharged Musk’s fortune and US inequality », ici . Lisez le blog d’Oxfam sur la montée en puissance de l’oligarchie technologique ici . Les données sur la fortune d’Elon Musk proviennent du classement Forbes Real Time Billionaires List . Les données sur la fortune personnelle nette proviennent de la World Inequality Database, tandis que la fortune nette d’Elon Musk proviennent de la liste Forbes des milliardaires en temps réel. En 2024, les 46% les plus pauvres de l’humanité, soit 3,8 milliards de personnes, disposait d’une fortune nette cumulée de 890 milliards de dollars (ajustés aux prix de janvier 2026). Tous les calculs ont été basés sur une valeur nette actuelle de 1 000 milliards de dollars. Le 31 mai 2025, Musk avait une valeur nette de 422,7 milliards de dollars. Les calculs d’Oxfam, basés sur les données de la Banque mondiale, montrent qu’en 2024, le coût de l’éradication de l’extrême pauvreté pour une année s’élève à 96,2 milliards de dollars. À lui seul, 10 % de la fortune d’Elon Musk suffirait à mettre fin à l’extrême pauvreté dans le monde. Les seuils de pauvreté et les écarts de pauvreté nationaux proviennent de la Banque mondiale et sont exprimés en parité de pouvoir d’achat (PPA). Pour chaque pays, nous avons converti les deux seuils de pauvreté en dollars américains au taux de change du marché, en utilisant les taux de change du marché et les facteurs de conversion du pouvoir d achat issus de la World Inequality Database. Le montant nécessaire pour mettre fin à la pauvreté pendant un an est le produit de l écart de pauvreté, du seuil de pauvreté, de la population et de 365 jours. Nous avons ensuite agrégé les valeurs pour tous les pays. Contacts presse Marika Bekier Mbekier@oxfamfrance.org / 06 24 34 99 31 Stanislas Hannoun Shannoun@oxfamfrance.org / 06 23 06 00 16 L’article La fortune d Elon Musk, qui dépassera bientôt les 1000 milliards, a augmenté de plus d un million de dollars par minute au cours de l année dernière est apparu en premier sur Oxfam France .

Rapport
Publié 11 juin 2026
Épinglé 12 juin 2026
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L’Économie circulaire : levier stratégique pour la souveraineté industrielle européenne

Institut Jacques Delors · centre

Le 20 mai dernier, la Macif et l’Institut Jacques Delors ont organisé une conférence qui a réuni trois intervenants de premier plan autour des enjeux de l Économie circulaire comme levier de souveraineté industrielle, de décarbonation et de revitalisation des territoires : Emmanuelle Ledoux , Directrice générale de l Institut National de l Économie Circulaire (INEC), Emmanuel Chaponnière , Chef de la division Économie Circulaire à la Banque Européenne d Investissement (BEI) et Yann Arnaud , Directeur métier IARD à la Macif. Le débat, introduit par Jean-Louis Grosse-Delasalle , Président de la Macif, et animé par Sofia Fernandes , Directrice adjointe de l Institut Jacques Delors, a permis de mettre en lumière différents enjeux liés au développement de l’Économie circulaire résumés ci-après. 1. L’Économie circulaire : de la transition écologique aux enjeux de souveraineté et de compétitivité Longtemps cantonnée au champ environnemental, l Économie circulaire est désormais perçue comme une question de sécurité économique , de résilience industrielle et de compétitivité . L Europe a pris conscience de sa forte dépendance aux ressources importées — matières premières, matériaux critiques, énergie — dans un contexte mondial marqué par des tensions géopolitiques et la volatilité des chaînes d approvisionnement. Chaque soubresaut géopolitique — restrictions chinoises sur les minerais critiques, tensions autour du Groenland ou des ressources ukrainiennes — illustre concrètement cet enjeu. Dans ce contexte, l’Économie circulaire apparaît comme un outil de sécurisation des ressources. En favorisant le réemploi, la réparation, le recyclage et la réincorporation de matières secondaires dans les processus industriels, elle permet de réduire la dépendance aux importations tout en limitant l’exposition aux fluctuations des marchés mondiaux. Certains secteurs sont particulièrement exposés aux tensions sur les matières premières ou aux enjeux de décarbonation, tels que l’automobile, la construction, les batteries, le textile ou les équipements électroniques. Les intervenants ont insisté sur le fait que la compétitivité ne peut plus être pensée uniquement sous l’angle du coût de production. La capacité à préserver les ressources, à prolonger la durée de vie des produits et à sécuriser l’accès aux matières devient un facteur stratégique de performance économique. Les rapports d’Enrico Letta et Mario Draghi, respectivement sur le marché unique et la compétitivité de l’économie européenne, ont d’ailleurs tous deux insisté sur l impératif de circularité pour une économie non seulement plus durable mais aussi plus compétitive. Les intervenants ont que si le narratif est aujourd’hui bien ancré,le défi est désormais celui de la mise en œuvre concrète . 2. L’action européenne : avancées et limites Depuis les années 1970, l Union européenne a progressivement construit un cadre législatif autour de l Économie circulaire. En 2015, un premier plan d action a été publié avec une cinquantaine de mesures, toutes mises en œuvre. En 2020, dans le cadre du Pacte vert , un second plan a introduit notamment des réglementations sur l éco-conception, le droit à la réparation, des objectifs de recyclage et de réemploi. L action européenne ne se limite cependant pas à la règlementation, elle s articule autour de quatre axes : législation, financements, coordination entre acteurs et suivi des indicateurs . En France, ces priorités se sont traduites par la loi sur la transition énergétique de 2015, la feuille de route sur l Économie circulaire de 2019 et la loi AGEC de 2020 (loi anti-gaspillage pour une Économie circulaire), qui a notamment fixé l objectif de zéro emballage plastique à usage unique d ici 2040, imposé la vaisselle réutilisable dans la restauration rapide et créé un bonus réparation. Malgré ces avancées, le taux de circularité de l économie européenne n atteint que 12 % en 2024 pour un objectif de 24 % en 2030 . Le futur Circular Economy Act , attendu dans les mois à venir, devra créer un véritable marché unique des déchets et des matières premières secondaires, imposer des obligations de réincorporation de matières recyclées et orienter la commande publique vers des produits circulaires. 3. Les défis économiques : financement, modèles et passage à l échelle 3.1 Un déficit d investissement structurel L Économie circulaire nécessite d abord beaucoup d infrastructures : collecte, tri, recyclage, reconditionnement. Si l Europe de l Ouest est relativement bien équipée, 50 à 60 % des déchets partent encore en décharge sans tri en Europe de l Est. Une étude conjointe de la Commission européenne et de la BEI évalue les investissements annuels actuels en Économie circulaire à environ 120 milliards d euros , dont 93 % proviennent du secteur privé et seulement 7% du secteur public. Pourtant, pour respecter l ensemble des directives existantes d ici 2040, le déficit d investissement est estimé à 82 milliards d euros par an , concentré pour moitié dans quelques secteurs : la construction (18 Md€), les véhicules et batteries (10-12 Md€), les déchets électroniques et le textile. La BEI, qui se positionne comme « la Banque du climat », a contribué à hauteur de 6 milliards d euros sur les cinq à six dernières années dans l Économie circulaire — soit environ 1 % de son volume annuel. Le Groupe BEI mobilise une gamme complète d’outils pour financer l’Économie circulaire : des prêts directs et intermédiés, complétés par des financements structurés de type projet finance pour les infrastructures. Elle utilise aussi des instruments de partage de risque (garanties, venture debt) pour soutenir des projets innovants ou non matures. En parallèle, via le Fonds européen d’investissement (FEI), elle investit en capital (VC/PE) pour appuyer les startups et scale-ups circulaires. Enfin, des mécanismes de blending (subventions + prêts) et de conseil permettent d’améliorer la bancabilité et de structurer les projets. 3.2 Le problème fondamental : des matières secondaires non compétitives Le principal obstacle économique est simple : les matières premières secondaires sont généralement plus chères que les matières premières vierges, car l économie linéaire ne prend pas en compte ses externalités négatives. Deux exemples l illustrent concrètement. Le recyclage plastique : des quotas d incorporation ont stimulé l industrie européenne, puis des producteurs chinois ont commencé à exporter du plastique recyclé vers l Europe, fragilisant les acteurs qui avaient investi. Le recyclage textile : la technologie fibre-à-fibre existe, mais produit une fibre six fois plus chère que la matière vierge, sans acheteurs. La dynamique économique du secteur du recyclage chimique du plastique (la BEI finance des opérations dans ce secteur) est éclairant : si le pétrole est bas, le plastique vierge devient moins cher et le recyclé perd en compétitivité ; si le pétrole est élevé, l’Économie circulaire devient plus attractive et les projets gagnent en rentabilité. Cela illustre la nécessité d une régulation imposant un contenu minimum en plastique recyclé dans les produits, pour créer un marché stable et des plans d affaires solides. 3.3 La commande publique : un levier sous-utilisé Représentant 10 à 15 % du PIB, la commande publique constitue le levier le plus direct pour accélérer la transition circulaire. Pourtant, les obligations existantes en la matière sont dépourvues de sanctions, ce qui les rend largement inopérantes. Il est indispensable d intégrer des critères de préférence géographique et européenne dans les marchés publics. Des résistances fortes se mettent déjà en place au niveau européen sur ces questions, et il faudra que tous les acteurs économiques se mobilisent pour ne pas reculer. 4. La réparation et le réemploi : les assureurs comme acteurs de la circularité 4.1 Le rôle stratégique des assureurs Les assureurs occupent une position singulière dans l Économie circulaire : leur métier consiste notamment à réparer des objets cassés, et ils ont un intérêt financier direct à privilégier la réparation sur le remplacement. La Macif gère 2 millions de sinistres par an, sur chacun desquels un choix existe entre la pose d une pièce neuve ou d une pièce de réemploi . Dans ce contexte, il a été souligné que les assureurs sont peut-être les seuls grands acteurs économiques ayant un intérêt à court terme dans la réparation et la lutte contre le jetable, constituant ainsi un contre-pouvoir réel face aux constructeurs automobiles. Le modèle mutualiste de la Macif renforce encore ce rôle : sans actionnaire à rémunérer, elle peut accepter une rentabilité tangente à court terme si cela a du sens socialement, et jouer un rôle de catalyseur dans la construction de modèles circulaires encore fragiles. 4.2 Le secteur automobile : un cas d école Le parc automobile français affiche un âge moyen de 12 ans , ce qui rend absurde le remplacement systématique par des pièces neuves. La hausse de 85 % en dix ans du prix des pièces neuves imposée par les constructeurs a paradoxalement rendu les pièces de réemploi beaucoup plus compétitives. La bataille de la conviction est gagnée auprès des assurés ; le maillon clé à mobiliser est désormais le réparateur, dont la logique naturelle penche vers la pièce neuve standardisée, plus simple logistiquement. La donnée et les technologies numériques jouent un rôle décisif dans cette transformation. Si la Macif peut signaler à un Centre de Véhicules Hors d Usage (CVHU) qu elle a acheté 50 000 pièces d un certain type l année précédente, le recycleur comprend immédiatement l existence d un marché et démonte plutôt que de broyer. L intelligence artificielle appliquée à l analyse d images permet d identifier, caractériser et matcher les pièces disponibles avec les besoins des réparateurs à une échelle industrielle — ce qui relevait hier de l artisanat. Un signal d alarme a été lancé concernant les nouvelles technologies de fabrication : le gigacasting (moulage de parties entières de carrosserie d un seul tenant), développé notamment par Tesla, permet de réduire les coûts de production mais rend les véhicules quasiment irréparables au moindre choc. L Europe doit affirmer que son modèle industriel intègre les impératifs de réparabilité dès la conception . 5. Dimension territoriale : emplois, filières et revitalisation locale 5.1. Des emplois non délocalisables L Économie circulaire porte une promesse territoriale forte : la relocalisation des activités de réparation, de collecte, de reconditionnement et de recyclage peut créer des emplois industriels ancrés dans les territoires, difficilement délocalisables. Ces nouveaux métiers exigent souvent des compétences techniques élevées, notamment dans les domaines liés aux batteries, à l’électronique ou aux équipements complexes. Ils constituent donc un levier potentiel de réindustrialisation et de montée en qualification de la main-d’œuvre. Réparer une batterie de véhicule électrique n est pas un travail sans qualification : cela exige de la technicité, des outils spécifiques et une formation dédiée. C est en ce sens que la Macif investit dans des structures comme Revolte (réparation et formation aux nouvelles compétences de la mobilité électrique). La transition circulaire transformera profondément certains métiers tout en en créant de nouveaux. Sans politique ambitieuse de développement des compétences, le risque est de voir apparaître des pénuries de main-d’œuvre qualifiée qui ralentiraient la dynamique de transformation. 5.2 Les tensions dans la chaîne de valeur La transition circulaire crée de la valeur dans certains maillons, mais en détruit dans d autres. L’Économie circulaire ne produit pas uniquement des gagnants. Chaque nouveau modèle peut déplacer la valeur économique et fragiliser certains acteurs existants. Les débats ont montré que la réussite de cette transition suppose une approche systémique prenant en compte l’ensemble de la chaîne de valeur : producteurs, réparateurs, recycleurs, acteurs de l’économie sociale et solidaire, collectivités et consommateurs. Le cas des batteries illustre également le risque de perdre la valeur au profit de concurrents mieux intégrés : faute de filière de reprise locale, la « masse noire » issue des batteries usagées part entièrement en Chine pour y être retraitée, dans des usines de recyclage situées à proximité immédiate des usines de production — une circularité ultra-intégrée que l Europe peine encore à construire. Conclusion : Le besoin d un récit collectif Au-delà des outils règlementaires et financiers, les intervenants ont souligné la nécessité d’un récit politique et sociétal plus convaincant. Réindustrialiser localement implique l’acceptation d’infrastructures nouvelles, de changements dans les modes de consommation et parfois de coûts plus élevés à court terme. L’Économie circulaire pose donc des questions fondamentales sur le niveau de consommation, l’usage des ressources et le modèle de développement souhaité pour les décennies à venir. Les échanges ont fait apparaître un consensus fort : l’Économie circulaire constitue désormais bien davantage qu’une politique environnementale. Elle est devenue un enjeu de souveraineté, de compétitivité, de résilience territoriale et de cohésion sociale . Sa réussite dépendra toutefois de plusieurs conditions : un cadre réglementaire européen ambitieux, des investissements massifs, une commande publique exemplaire, le développement de filières industrielles complètes, une montée en compétences des travailleurs et une évolution des comportements de consommation.

Rapport
Publié 11 juin 2026
Épinglé 12 juin 2026
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Un État palestinien est-il encore possible ? Avec Rima Hassan

IRIS · centre

Malgré l’annonce du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas le 10 octobre 2025, les violences n’ont pas cessé. Les frappes continuent de toucher des populations civiles palestiniennes, aggravant une situation humanitaire déjà dramatique. La bande de Gaza reste largement isolée de l’aide extérieure, rendant l’acheminement de denrées alimentaires, de médicaments et de matériel médical extrêmement difficile. À cela s’ajoutent les déplacements massifs de populations gazaouies, contraintes de fuir les zones de combat sur un territoire profondément dévasté par près de deux années de guerre. Face à cette crise, la réponse de la communauté internationale tarde à se faire entendre, soulevant des interrogations sur la capacité réelle des institutions internationales à protéger les populations civiles, à faire respecter le droit international et à créer les conditions d’une paix durable. La question palestinienne fait également débat au Parlement européen, où les positions des différents groupes politiques restent profondément divisées, dans un hémicycle où l’extrême droite est désormais fortement représentée. Dans ce contexte et en l’absence d’une réelle légitimité de l’autorité palestinienne auprès des Palestiniens, la perspective de la création d’un État palestinien semble s’éloigner davantage. Quelle est l’évolution de la situation humanitaire dans la bande de Gaza ? La solution à deux États est-elle envisageable ? Quelle autorité peut légitimement représenter le peuple palestinien dans un contexte marqué par la fragmentation politique et territoriale ? Comment la question palestinienne est-elle traitée au Parlement européen ? Comment le conflit israélo-palestinien est-il traité dans les médias français ? Autant d’enjeux abordés avec Rima Hassan députée européenne et juriste franco-palestinienne spécialisée en droit international. L’article Un État palestinien est-il encore possible ? Avec Rima Hassan est apparu en premier sur IRIS .

Rapport
Publié 10 juin 2026
Épinglé 11 juin 2026
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Baromètre des personnalités Le Point / Cluster17 – Juin 2026 : Jean-Luc Mélenchon se replace

Cluster17 · neutre

Après de longs mois dans le ventre mou du classement, Jean-Luc Mélenchon signe la meilleure progression du mois (+3). A deux points du podium, il vire en tête à gauche (24%), devant François Ruffin et Raphaël Glucksmann. S’il bénéficie du troisième meilleur score de soutien du classement (16%), il n’atteint toutefois que la septième position du baromètre, à 13 points de la deuxième place. Il souffre également d’un taux de rejet notable (61%), ce qui en fait la personnalité la plus rejetée parmi les dix-huit premières. Comme depuis plusieurs mois et malgré une légère baisse (-1), le classement est dominé par le duo Jordan Bardella et Marine Le Pen, respectivement à 38% et 37% de popularité. Si leurs scores généraux sont assez proches, le président du Rassemblement national semble distancer la triple candidate à l’élection présidentielle au niveau du soutien (26% contre 21%), et ce y compris au sein même de l’électorat Le Pen de 2022 (87% contre 80%). Celui qui n’était à l’origine que la « doublure » de Marine Le Pen semble donc bénéficier à l’heure actuelle d’un meilleur soutien que cette dernière dans l’opinion. Le reste du haut du classement confirme le poids des personnalités issues de la droite nationale ou de ses espaces alliés. Stable à 26% d’opinions favorables depuis son élection à la mairie de Nice en mars dernier, Eric Ciotti s’arroge la troisième place du podium ce mois-ci. Il est suivi de près par Marion Maréchal (26%, -2) et Sarah Knafo (25%, -2). Dominique de Villepin, malgré un recul de 3 points, reste dans le haut du baromètre à 25%. Son profil demeure cependant très atypique : son niveau d’opinions favorables repose presque entièrement sur l’appréciation (23%) et très peu sur le soutien (2%), avec une part élevée de personnes sans avis ou ne le connaissant pas (35%). Il apparaît donc davantage comme une figure appréciée ou respectée que comme une personnalité déjà dotée d’un socle politique mobilisé. Trois figures de la course présidentielle à venir se retrouvent ex-aequo à 24% d’opinions positives, en 9e, 10e et 11e positions. Il s’agit, dans l’ordre, d’Edouard Philippe (+1), de Bruno Retailleau (-2) et de Gabriel Attal (=). Parmi les trois, le maire du Havre est celui qui possède le meilleur score de soutien (10%). Il est également la deuxième personnalité préférée des électeurs d’Emmanuel Macron en 2022 (61%), juste derrière Sébastien Lecornu. Le Premier ministre arrive douzième, obtenant lui aussi 24% de popularité (=). La note donnée à son action augmente légèrement (+0,1), pour atteindre 3,1 sur 10, soit une note proche de celle obtenue lors de son entrée dans le baromètre en octobre 2025, après son arrivée à Matignon (3,2). Comme tous les mois depuis, il devance Emmanuel Macron tant au niveau de la note qu’en termes de popularité. Le Président de la République obtient 16% d’opinions favorables (-1) et une note de 2,3 (+0,1). En 13e et 14e position suivent deux personnalités de gauche candidates, plus ou moins officiellement, à l’élection présidentielle de 2027. François Ruffin obtient 23% d’opinions positives (-1) contre 22% pour Raphaël Glucksmann (+1). Le député de la Somme chute parmi l’électorat de Jean-Luc Mélenchon en 2022 (30%, -15), tandis que l’eurodéputé Place publique devient, grâce à une belle hausse de 9 points, la cinquième personnalité préférée parmi l’électorat d’Emmanuel Macron ... Read More Source

Rapport
Publié 10 juin 2026
Épinglé 11 juin 2026
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Le marxisme d’Aimé Césaire

Contretemps · extrême gauche

Poète, enseignant, essayiste, dramaturge et homme politique anticolonialiste, Aimé Césaire fut l'un des créateurs du mouvement politico-culturel antiraciste de la Négritude, membre du Parti communiste français avant de le quitter, pour des désaccords sur la question coloniale, et de fonder le Parti progressiste martiniquais. L’article Le marxisme d Aimé Césaire est apparu en premier sur Contretemps .

Étude
Publié 05 juin 2026
Épinglé 08 juin 2026
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Une analyse géopolitique multiscalaire de la Coupe du monde 2026

IRIS · centre

Dans cette série consacrée à la Coupe du monde 2026, Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS et responsable du Programme Sport et géopolitique, analyse les enjeux géopolitiques multiscalaires de cet événement mondial. La Coupe du monde de football masculine se déroulera du 11 juin au 19 juillet 2026. Pour la première fois de son histoire, elle sera organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Avec une organisation à l’échelle de tout un continent, cette édition se distingue par son ampleur et les enjeux qu’elle soulève. Pour chacun des pays hôtes, le tournoi répond à des objectifs différents : s’affirmer comme une puissance organisatrice d’événement sportif, promouvoir une image d’ouverture ou valoriser une mémoire et un héritage footballistique. Mais cette compétition se déroule aussi dans un contexte de tensions et de rivalités entre les trois États, marqué notamment par les débats sur les migrations et les frontières. À l’échelle régionale, cette Coupe du monde met en lumière le rôle des diasporas, dont la présence massive en Amérique du Nord permettra à de nombreuses sélections issues de pays moins présents sur la scène internationale de bénéficier de plus de visibilité et d’un important soutien populaire. À l’échelle mondiale, il illustre la recomposition d’un football de plus en plus multipolaire, moins centré sur l’Occident. Quels objectifs poursuivent les États-Unis, le Canada et le Mexique à travers leur participation à l’organisation du tournoi ? Dans quelle mesure les questions migratoires, les frontières et les diasporas façonnent-elles cette Coupe du monde ? Et comment le Mondial 2026 révèle-t-il les nouvelles recompositions des équilibres géopolitiques contemporains ? L’article Une analyse géopolitique multiscalaire de la Coupe du monde 2026 est apparu en premier sur IRIS .

Rapport
Publié 05 juin 2026
Épinglé 08 juin 2026
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Au cœur des centres commerciaux. Enquête sociologique

Fondation Jean-Jaurès · gauche

Souvent décriés dans le débat public, les centres commerciaux demeurent des équipements centraux dans le quotidien d’une large partie de la population. Alors que le regard médiatique porté sur eux reste largement extérieur, souvent critique, parfois méprisant, une nouvelle enquête menée par l Ifop pour Carmila les examine de l intérieur, par le biais des personnes qui les fréquentent effectivement. Elle révèle ainsi un écart significatif entre les représentations collectives et les pratiques réelles, invitant à reconsidérer les rôles multiples que ces espaces jouent auprès des visiteurs. Table des matières Méthodologie de l’enquête Préface Marie Cheval , présidente-directrice générale de Carmila Introduction Un espace « cocon » : un environnement familier et protecteur Un « cocon » familier : lieu d’ancrage dans les quotidiens du monde périurbain Un « cocon » protecteur : une parenthèse rassurante et déconnectée des aléas extérieurs « Tous sous le même toit » : des lieux attractifs face à l’évolution des centres-villes Un lieu « ouvert » : accessibilité physique, économique et symbolique Espace de flânerie : la galerie comme dispositif de déambulation sans effort Un espace de petites sociabilités : une fonction de « place du village » Un espace hybride, entre consommation et récréation Une fenêtre sur le monde : vitrine locale de la culture populaire mondialisée L’ère du « retail-tainment » ? Introduction Les centres commerciaux – c’est-à-dire des lieux regroupant un hypermarché et une galerie marchande ou commerciale comptant de nombreux magasins – occupent une place paradoxale dans l imaginaire français : souvent décriés dans le débat public, ils n’en demeurent pas moins des équipements centraux dans le quotidien d’une large partie de la population, 63% des Français s’y rendant au moins une fois par mois, dont 36% au moins une fois par semaine. Cette enquête révèle un écart significatif entre les représentations collectives et les pratiques réelles, invitant à reconsidérer les rôles multiples que ces espaces jouent auprès des visiteurs (se retrouver en famille ou entre amis, maintenir une activité physique douce pour les personnes âgées, retrouver dans l’offre des éléments d’une culture mondialisée pas toujours facile d’accès, etc.). Espaces connus de tous, les centres commerciaux sont pourtant rarement commentés de l’intérieur, c’est-à-dire par les publics qui les fréquentent effectivement. Le regard médiatique porté sur eux reste largement extérieur, souvent critique, parfois méprisant. Ainsi, par exemple, alors qu’ils sont parfois présentés comme des vestiges des Trente Glorieuses et comme des espaces datés, 70% des Français considèrent que les centres commerciaux ont su évoluer avec leur temps 1 . Cette enquête propose ainsi de partir de l’expérience vécue des usagers pour comprendre ce que ces lieux représentent réellement pour eux et quels rapports ils entretiennent avec eux dans leur quotidien. Loin de se réduire à de simples lieux de consommation, les centres commerciaux apparaissent comme des infrastructures essentielles aux territoires périurbains, parfaitement articulées au « système voiture » qui structure ces espaces. Ils répondent ainsi notamment aux contraintes d’accessibilité et d’usage de publics pour qui les centres-villes deviennent progressivement moins praticables – que ce soit en matière de stationnement, de prix ou même d’offre commerciale. Plus remarquable encore : la capacité des centres commerciaux à fonctionner comme des espaces quasi universels, sans barrière à l’entrée, capables de satisfaire simultanément des publics aux attentes radicalement différentes. Familles recherchant sécurité et praticité, retraités privilégiant confort et tranquillité, jeunes en quête d’expériences et de tendances : tous trouvent dans le centre commercial une promesse simple et lisible qui leur correspond. Méthodologie de l’enquête Le dispositif d’enquête retenu comporte deux volets : un volet qualitatif et un volet quantitatif. Dans le cadre du volet qualitatif, 175 personnes ont été interrogées entre le 17 septembre et le 25 octobre 2025. Ces entretiens ont été menés sous formes d’« intercept 2 ». L’enquête a été réalisée dans cinq centres commerciaux : CC Carrefour Laval (53), Shop’In Houssen proche de Colmar (68), CC Carrefour Chambourcy (78), Cité Europe à Coquelles à proximité de Calais (62) et CC Carrefour Claira Salanca à proximité de Perpignan (66). Nous avons interrogé en entretiens semi-directifs in situ (intercept) deux profils, dont 110 clients des centres commerciaux et 65 commerçants travaillant dans ces centres commerciaux. Dans le cadre du volet quantitatif, 1000 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus ont été interrogées. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 3 au 6 février 2026. Les auteurs et autrices : Mirabelle Barbier est cheffe de groupe à l’Ifop. Jérôme Fourquet est directeur du pôle Opinion de l’Ifop. Gaspard Jaboulay est responsable du pôlequali Opinion de l’Ifop. Coline Sesini est chargée d’études senior à l’Ifop. Crédit photo de couverture : Arnault de Giron. Pour commander cette étude (3 euros) directement auprès de la Fondation Jean-Jaurès : paiement par carte bancaire : rendez-vous sur notre boutique HelloAsso (merci de payer le service d envoi postal à domicile si vous ne souhaitez pas venir le chercher à la Fondation) paiement par chèque : contactez l’accueil par téléphone au 01 40 23 24 00 ou envoyez un mail à boutique@jean-jaures.org 1 Et si seulement 53% des CSP+ partagent ce constat, 69% des membres des classes moyennes et même 76% des employés et ouvriers reconnaissent, eux, l’évolution des centres commerciaux au fil du temps. 2 L’« intercept » est une méthode qualitative de terrain qui consiste à interroger des individus directement sur leur lieu de pratique, c’est-à-dire sans prise de contact préalable, via des entretiens semi-directifs courts. The post Au cœur des centres commerciaux. Enquête sociologique appeared first on Fondation Jean-Jaurès .

Rapport
Publié 07 juin 2026
Épinglé 08 juin 2026
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Éco-populisme : l’intérêt politique d’un concept polémique

Fondation Jean-Jaurès · gauche

Dans le monde, une nouvelle génération de dirigeants écologistes fait le pari que l’écologie ne peut gagner que si elle répond aussi aux préoccupations quotidiennes des classes moyennes et populaires, quitte à verser dans une forme d éco-populisme revendiqué. Dans cette note, Théodore Tallent, doctorant au Centre d études européennes et de politique comparée à Sciences Po, rappelle que, derrière les excès rhétoriques, il y a un diagnostic qui tient. Il estime que c est ce diagnostic-là, débarrassé de sa rhétorique populiste, qui devrait inspirer en France les écologistes, la gauche sociale-démocrate et les progressistes. Quelque chose gronde dans la politique climatique à gauche. Au Royaume-Uni, Zack Polanski a pris la tête du Parti vert (Green Party of England and Wales, GPEW) en septembre 2025 avec 85% des voix des adhérents – un score historique – et empoche des succès électoraux en affirmant sans détour vouloir faire de son parti un mouvement « éco-populiste ». Une proposition provocante – et largement discutable – mais qui cache (au moins en partie) un diagnostic pertinent : résoudre la crise climatique en répondant aux problèmes des gens et en rééquilibrant les injustices. La tentation du populisme vert Ce mouvement de l’autre côté de la Manche n’est pas sans rappeler ce qui se passe ailleurs. Aux États-Unis, Alexandria Ocasio-Cortez porte depuis 2019 un « Green New Deal » qui lie explicitement urgence écologique et justice économique : rénover les logements sociaux, créer des emplois verts dans les quartiers populaires, financer la transition par une fiscalité plus progressive. Son pari : l’écologie ne peut gagner que si elle répond aussi aux préoccupations quotidiennes des classes moyennes et populaires. À New York, Zohran Mamdani a été élu maire en novembre 2025 avec plus d un million de voix – la meilleure performance depuis 1969 – en faisant campagne non pas directement sur le climat, mais sur le coût de la vie : bus gratuits, gel des loyers, crèches accessibles, taxation des ultra-riches. Son administration, depuis le 1 er janvier 2026, tente de démontrer que l agenda social et l’agenda écologique sont indissociables. Alors qu’un New-Yorkais sur cinq a du mal à payer le tarif des transports 1 , Mamdani souhaite, par exemple rendre les bus plus efficaces et gratuits – le tout, financé par une taxe sur les ultra-riches. Réduire la dépendance à la voiture n’est pas présenté comme une contrainte écologique, mais comme une promesse de vie meilleure, financée par une politique de justice fiscale. Au Royaume-Uni, Zack Polanski pousse cette logique jusqu à son terme en assumant l étiquette populiste. Dans un discours adressé à la New Economics Foundation en mars 2026, il résume son projet en trois questions : « Comment rendre la vie plus abordable ? Comment soutenir la majorité qui travaille face à l élite qui s enrichit ? Comment protéger notre planète pour les générations futures ? ». À l’automne 2025, lors du vote du budget travailliste, il interpelle le gouvernement : « C’est un choix politique de maintenir des enfants dans la pauvreté pendant que les milliardaires et multimillionnaires s’enrichissent ». Son parti propose alors un impôt sur la richesse, la renationalisation des sociétés d’eau, et fait de la justice fiscale la clé de voûte de la transition écologique. En quelques mois, les Verts britanniques ont vu leur représentation parlementaire et locale exploser – et dépasser les 200 000 adhérents. Ces succès méritent pourtant d être regardés avec lucidité. Celui de Mamdani doit beaucoup à un contexte très particulier : une ville exaspérée par des décennies de gestion erratique, un afflux massif de financements décidés par l’État de New York sous la gouverneure Hochul, et des équilibres budgétaires qui doivent autant aux reports de dépenses de retraites qu’à une politique fiscale de gauche. Quant aux Verts britanniques, leur percée s’explique en grande partie par l’effondrement du Labour de Keir Starmer et par des campagnes souvent davantage centrées sur des sujets connexes, comme Gaza ou le coût de la vie, que sur l écologie. Le buzz autour de ce populisme de gauche est réel. Ses fondements, parfois, le sont moins. Le mot « populisme » lui-même, revendiqué par Zack Polanski, mérite d’être interrogé. Dans sa logique profonde, il divise la société en deux camps antagonistes, se nourrit du ressentiment, fracture plutôt qu’il n unit. Il promet parfois l impossible, simplifie ce qui est complexe, et peut servir d écran de fumée à des programmes dont la réalité reste à démontrer. On sait où mène ce style politique quand il s’installe : à droite, il est déjà en train d abîmer nos démocraties. Ce n est ni un modèle ni une méthode de gouvernement. Et ce serait une erreur de croire qu il suffit d en faire une version de gauche pour en corriger les défauts. Mais il serait trop commode d effacer d un trait de crayon ce que ces courants ont malgré tout identifié. Car, derrière les excès rhétoriques et les contextes électoraux favorables, il y a un diagnostic qui tient – et que ma recherche commence à documenter. C est ce diagnostic-là, débarrassé de sa rhétorique populiste, qui devrait inspirer les écologistes, la gauche sociale-démocrate et les progressistes. Recevez chaque semaine toutes nos analyses dans votre boîte mail Abonnez-vous Ce que les gens disent vraiment sur la transition In fine , ce qui explique cette montée en puissance de cette gauche populiste, ce n’est certainement pas leurs discours sur les objectifs d’émissions ou les engagements climatiques. Non – ils gagnent du terrain sur un sentiment d’injustice face aux inégalités, à la fragilité de nombreux ménages, à l’impunité des élites, à un système politique qui demande des sacrifices aux citoyens ordinaires pendant que les plus puissants continuent comme avant. Zack Polanski définissait d’ailleurs ainsi l’éco-populisme, lors d’une interview parue en juillet 2025 : « Ce que signifie l’éco-populisme, c’est que, plutôt que d’aborder directement la crise climatique, je reconnais que si les gens ont du mal à se nourrir, à chauffer leur maison, s’ils ne savent pas s’ils pourront se rendre au travail ou même s’ils pourront garder leur emploi, la crise climatique leur apparaît comme une menace très lointaine. Bien sûr, la crise climatique n’est pas une menace lointaine : elle est là, juste devant nous, et elle se déroule en ce moment même. [ ] Et ce sont souvent ceux qui ont le moins contribué à la provoquer qui subissent les pires conséquences. Je peux bien dire tout cela, mais si vous avez du mal à payer votre loyer… […] Tout parti qui se soucie de la crise climatique doit rallier ce type de majorité. C’est ce que j’appelle l’éco-populisme : reconnaître qu’il s’agit d’une opposition entre les 99% et les 1% 2 ». Ce diagnostic, aussi provocateur soit-il dans sa formulation, trouve un écho troublant dans les données. Dans ma recherche, j’ai conduit des entretiens approfondis avec plus de soixante citoyens dans plusieurs régions de France – zones rurales, périurbaines, industrielles. Ce qui m’a frappé, c’est que la résistance aux politiques climatiques n’est que rarement issue d’un scepticisme sur le changement climatique lui-même. Elle naît d’un sentiment d’injustice – qui s exprime sur deux registres distincts. Le premier est matériel. Les conversations ne commencent jamais par les objectifs de réduction des émissions. Elles commencent par le prix de l essence, l absence de bus, le coût de l isolation, la difficulté de se chauffer. Les gens ne refusent pas la transition – ils demandent qu’elle soit accompagnée : des aides concrètes pour changer de véhicule, isoler son logement, accéder à des transports alternatifs. Sans cela, chaque mesure climatique est vécue comme une charge supplémentaire imposée à ceux qui ont déjà le moins de marges de manœuvre. Cette dimension est aujourd hui mieux comprise par les décideurs, même si elle reste insuffisamment mise en œuvre. Mais elle ne suffit pas. Car même lorsque les coûts sont compensés, quelque chose d autre bloque. C est là qu intervient le second registre – et c est celui que les éco-populistes ont, eux, clairement identifié. Ce registre est symbolique. Même chez ceux qui font déjà des efforts, il y a une condition implicite au consentement : que l effort soit partagé. Un maire d’une petite commune, lui-même engagé dans la transition, le formule ainsi : « Maintenant, il faut faire gaffe à l électricité, il faut faire gaffe à l eau, l essence, ça devient trop cher, et on voit les mecs qui prennent l’avion pour aller de Marseille à Nice. C est pas possible. C est pas parce qu on a du pognon qu on a le droit de polluer plus. Ça, c est fini, ça ». Un jeune homme vivant dans le bassin industriel lorrain fait le même constat, mais du côté des élites politiques. Il cite la proposition de Jean-Marc Jancovici de drastiquement limiter le recours à l avion et ajoute, en prenant l’exemple de Gabriel Attal et Élisabeth Borne 3 : « Quand après tu vois des politiques qui prennent l avion de Paris pour aller en Bretagne pour une sortie scolaire, et que le mec une heure après est de retour à l Assemblée nationale, qui fait de grands discours moralisateurs sur « oui, il faut faire attention », que les élèves vont planter des arbres J ai l impression qu on se fout un peu de nous ». Ce n est pas de la colère irrationnelle. C est une double demande : des améliorations concrètes dans la vie quotidienne, et de la réciprocité de la part de ceux qui demandent les efforts. C est précisément ce que le discours éco-populiste a saisi – même s’il le formule parfois d une manière qui amplifie le conflit plutôt qu’il ne le résout. Des politiques symboliques pour construire l’adhésion Pour tester cette intuition rigoureusement, j’ai mené avec deux collègues une étude scientifique dont les résultats sont saisissants 4 . Nous avons soumis à plus de 2600 personnes une proposition notoirement conflictuelle, depuis son rejet par Emmanuel Macron après la Convention citoyenne pour le climat : réduire la limite de vitesse sur les autoroutes à 110 km/h. Présentée seule, elle partage l’opinion en deux – 49% de soutien. Mais lorsqu’on indique que les ministres devront eux-mêmes prendre le train plutôt que l’avion pour leurs déplacements, le soutien bondit à 75%. Et lorsqu’on ajoute, à la place, une interdiction des jets privés pour les plus riches, il atteint 74%. Ce ne sont pas des effets marginaux. Ce sont des transformations profondes : la politique n’est plus vécue comme une contrainte imposée d’en haut, mais comme un effort partagé où pouvoir et responsabilité sont enfin alignés. Surtout, l’opinion des Français sur la politique et l’action écologique s’améliore. Les perceptions d’équité progressent. La confiance dans la crédibilité du gouvernement s’améliore. Les citoyens ont le sentiment que leurs préoccupations sont prises en compte. Et les effets dépassent la seule mesure testée. Une deuxième expérience menée auprès de 3000 Français portant cette fois sur la taxe carbone et la distance des élites – symboles de la crise des « gilets jaunes » – montre des effets similaires : accompagnée d’une promesse de participation citoyenne (un simple débat parlementaire annuel sur une mesure proposée par les citoyens), l’adhésion à la taxe carbone s’améliore significativement. La leçon de cette étude est d’une simplicité confondante : les citoyens ne résistent pas à l’effort collectif. Ils résistent à l’idée d’être les seuls à le faire – sans être écoutés. Une politique juste, pas un style populiste Inutile, cependant, de reprendre le terme « éco-populisme » à son compte. Non seulement parce qu’il renvoie à une logique de fracture, mais parce qu’il pose mal le problème. La question n’est pas d’opposer un « peuple » vertueux à des « élites » corrompues. Elle est de construire une politique écologique qui soit perçue – et vécue – comme un projet commun, dont les règles s’appliquent à tous. Cela suppose deux engagements simultanés. Le premier est évidemment matériel et concret : aider à l’isolation des logements, soutenir le passage aux véhicules propres pour ceux qui n’en ont pas les moyens, investir dans les transports publics là où ils sont absents, compenser les hausses de coûts énergétiques ou de l’alimentation bio pour les ménages vulnérables. La transition doit être ressentie dans les factures et dans les alternatives disponibles – dans le sentiment qu’elle travaille pour vous, pas seulement contre vous. Le second est tout aussi fondamental : des contraintes réelles sur les comportements les plus émetteurs en haut de l’échelle sociale. Interdire les jets privés. Taxer les excès climatiques des milliardaires. S’assurer que les élus qui imposent des restrictions s’y soumettent eux-mêmes. Ce n’est pas du symbole vain mais de la crédibilité politique, et ma recherche montre que c’est une condition du soutien populaire. Cette double exigence est urgente. En France, la politique de sacrifice inégal est instable : elle a déjà mis le feu aux ronds-points en 2018. Elle alimente aujourd’hui la montée des partis d’extrême droite qui ont fait de l’opposition aux politiques climatiques un fonds de commerce électoral. La réponse n’est pas d’abandonner l’ambition écologique, mais bien d’en rendre les termes véritablement équitables. Ce que montre ma recherche est pourtant clair : l’obstacle à la transition écologique n’a jamais été l’indifférence des citoyens. Il a été le sentiment justifié que les règles, très contraignantes pour les individus, ne s’appliquent pas à tout le monde. L’éco-populisme a le mérite de nommer ce problème. Il appartient à la gauche écologique et sociale-démocrate, ainsi qu’aux progressistes divers d’y répondre – non pas en imitant ses excès, mais en traduisant son diagnostic en politique juste, crédible et efficace. Parfois, cela commence par clouer au sol quelques jets privés – ou taxer quelques milliardaires. 1 Stefanos Chen, « Mamdani wants free buses for all. The City Council has different ideas », The New York Times , 7 mai 2026. 2 « I interviewed the man who wants to lead the Green Party #1 », Protect the Wild , 24 juillet 2025. 3 Antoine LLorca avec AFP, « Borne et Attal prennent l avion pour un trajet Paris-Rennes de 38 minutes, la gauche indignée », TF1 Info , 5 septembre 2023. 4 Théodore Tallent, Malo Jan et Luis Sattelmayer, « More than Symbols: The Effect of Symbolic Policies on Climate Policy Support », American Political Science Review , vol. 1, n°21 19 janvier 2026. The post Éco-populisme : l’intérêt politique d’un concept polémique appeared first on Fondation Jean-Jaurès .

Rapport
Publié 01 juin 2026
Épinglé 02 juin 2026
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« Magnifica Humanitas », une encyclique aussi révolutionnaire que l’IA

Institut Jacques Delors · centre

Une fois n’est pas coutume : c’est une encyclique papale qui devrait retenir notre attention. « Magnifica Humanitas », lettre encyclique « sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle », a été publiée le 25 mai 2026 : il s’agit d’une longue réflexion du pape Léon XIV centrée sur l’Intelligence artificielle et les risques qu’elle fait courir à la démocratie, aux valeurs, à la structuration du monde, et plus fondamentalement à la dignité et l’intégrité humaines. Contrairement à l’arme nucléaire, condamnée par l’Eglise en 1963, le pape ne rejette pas cette innovation technologique : il veut juste alerter sur le mésusage du numérique qu’il qualifie « d’espace de prédation ». Il est frappant de voir comment la papauté sait à chaque fois déceler, dans le chaos planétaire, les ruptures majeures qui affecteront le monde et surtout le rapport de l’homme au monde : en 1963, Jean XXIII, en pleine guerre froide, publie l’encyclique « Pacem in terris », qui condamne non seulement l’usage mais aussi la possession de l’arme nucléaire. En 1991, c’est Jean Paul II qui publie « Centesimus annus » qui célèbre la chute du communisme en Europe. En 2015, le pape Francois publie « Laudato si », qui alerte sur le réchauffement climatique et la nécessité de protéger la terre des hommes. « Magnifica Humanitas » se situe exactement dans cette tradition. L’acuité et la pertinence de la pensée du Vatican sur les grands enjeux de notre temps semblent difficilement contestables. Le message est sans appel : sur plus de 100 pages, le texte analyse les dangers que l’IA fait courir à l’humanité. Pour donner du poids à cette analyse, le pape avait invité à ses côtés, lors de la présentation officielle de l’encyclique, l’un des créateurs d’Anthropic, Christopher Olah, inventeur du modèle « Claude ». Ce milliardaire canadien, catholique fervent, s’est fait connaître pour son plaidoyer en faveur d’une IA « responsable ». Il est en conflit ouvert avec l’administration américaine sur la non-utilisation de ses systèmes à des fins militaires. Le pape lui a donné la parole juste après sa présentation, une première semble-t-il dans les protocoles vaticanesques. L’encyclique dénonce d’abord un risque de retour à l’esclavagisme, pour les travailleurs qui exploitent les métaux rares, et le spectre d’une aggravation des inégalités planétaires, entre ceux qui maitriseront l’IA et les autres. L‘enjeu économique est également très présent : il n’est pas sûr en effet que cette quatrième révolution technologique créée de nouveaux emplois ; au contraire, c’est la disparition excessive du travail qui inquiète le pape. Le risque environnemental est également pris en compte, sur la base d’un nombre monstrueux de data centers et d’utilisation massive des ressources de la planète. Viennent ensuite les deux grands sujets au cœur de cette encyclique. Le risque politique d’une part, sous la forme d’une réflexion très profonde sur ce que devient sur la puissance à l’ère de de l’IA : collusion entre les Etats et les entreprises, distorsion de la vérité qui sape la base essentielle de la démocratie, révolution dans les risques de guerres, exploitation massive de l’humanité par les quelques puissances détentrices de l’IA, etc. Le risque spirituel contre l’Humain d’autre part : l’encyclique élabore longuement sur les dommages faits à l’intelligence humaine, la marchandisation des données, la décérébration des jeunes opérée par les algorithmes des réseaux sociaux, la négation de la dignité humaine dans la recherche d’un profit maximal, l’hubris coupable du transhumanisme qui défie la nature et la finitude de l’homme etc. A l’issue de ce long réquisitoire, Léon XIV avance deux propositions : imposer des contrôles politiques au développement de l’IA, par le biais notamment d’un nouveau multilatéralisme éloigné de l’obsession de puissance, et repenser l’éducation de la jeunesse en lui apprenant à « jeuner » de l’IA ». Plaisanterie mise à part, on dirait du Thierry Breton dans le texte. Rien n’est plus proche en effet de la conception européenne de l’IA que cette encyclique papale : la nécessité d’un contrôle politique sur l’innovation de pointe, la protection du citoyen consommateur, le respect de la vie privée et de la liberté humaine, autant de valeurs qui nous unissent à ce pape qui n’a d’américain que son lieu de naissance. L’encyclique propose également une analyse géopolitique tout simplement remarquable. Le texte indique d’emblée que « la révolution numérique est en train de modifier la grammaire des conflits ». Il développe une pensée de la guerre à la fois traditionnelle au Vatican et très moderne. La notion de « guerre juste », au-delà de la stricte légitime défense, a déjà été réfutée par le pape François en 2020, dans son encyclique « Fratelli tutti ». Le pape Léon XIV confirme cet abandon d’un concept qui remontait à St Thomas d’Aquin. Mais il avance aussi une conception géopolitique que ne renierait pas les plus fins stratèges. A ses yeux, nous sommes en train de vivre « une guerre mondiale par morceaux », caractérisée par l’abaissement continu du seuil d’emploi de la force. A cet égard, il insiste sur l’urgence de « désarmer l’IA », notamment de lui enlever la capacité de désigner des cibles sans contrôle humain et de permettre la propagation des guerres hybrides où l’identité de l’agresseur, et donc sa responsabilité, disparaissent : « aucun algorithme ne peut rendre la guerre moralement acceptable ». Les effets psychologiques de l’IA sur les réseaux sociaux, dans la mesure où ils inculquent une culture de la violence, de la passivité et de la résignation, sont également dans le viseur du texte. Adressée comme le veut la règle à tous les évêques du monde, cette encyclique est en réalité aussi révolutionnaire que l’IA elle-même. Contre le déni des valeurs et de la démocratie, contre la puissance de l’argent, les folies scientifiques, les soifs de pouvoir, le pape ne propose rien moins qu’un nouvel humanisme pour le XXI° siècle. Aux Etats-Unis, alors que 70% de citoyens se disent chrétiens, et que 21% se revendiquent catholiques, l’enjeu est majeur. Quelque temps avant la publication de ce texte, les plus grandes entreprises de la Tech, Meta, Google, Amazon, avaient d’ailleurs dépêché leurs ambassadeurs au Vatican pour tenter de plaider leur cause auprès de Léon XIV. Sans succès. Steeve Bannon, proche de Donald Trump, catholique convaincu, vient également d’envoyer une lettre ouverte à Donald Trump sur le thème « Humans first », et non plus seulement « America first » : la bataille idéologique du second mandat de Trump, entre les ultra-conservateurs et les seigneurs de la Tech, est bel et bien lancée. Mutatis mutandis, elle fait écho à la grande bataille idéologique et spirituelle que Léon XIV expose comme le choix existentiel de ce siècle : « ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l humanité habitent ensemble ». Point n’est besoin d’être très croyant pour y trouver morale à son goût.

Rapport
Publié 01 juin 2026
Épinglé 02 juin 2026
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Trump et l’Afrique : du commerce aux expulsions

IRIS · centre

L’administration Trump a présenté les grandes lignes de sa politique africaine « America First ». L’accent est mis sur le principe du « commerce plutôt que l’aide », avec une priorité accordée à l’accès américain aux terres rares et aux ressources primaires africaines, à la coopération avec certains partenaires dans le secteur de la santé, aux efforts de résolution des conflits dans quelques zones (notamment en République démocratique du Congo et au Soudan), ainsi qu’à la collaboration avec des partenaires africains dans la lutte contre les menaces terroristes. Compte tenu de l’importance de cette question pour le président et son équipe, l’immigration est également devenue une priorité majeure dans les relations de Washington avec le continent. De manière très visible, l’administration a cherché à réduire drastiquement le nombre d’immigrants africains venant aux États-Unis ou y résidant. En janvier 2026, le gouvernement américain a suspendu unilatéralement la délivrance de tous les visas aux ressortissants de onze pays d’Afrique subsaharienne et imposé une interdiction partielle à quatorze autres. Ces mesures concernent à la fois les visas de visiteur et les visas d’immigration et touchent certains des partenaires les plus importants des États-Unis dans la région (Angola, Nigeria, Sénégal, Tanzanie, etc.). Même lorsque des visas de visiteur peuvent encore être délivrés aux Africains, l’administration a instauré de nouvelles restrictions particulièrement contraignantes. Au Nigeria, par exemple, les demandeurs dont le visa est approuvé doivent désormais déposer une caution de 15 000 dollars avant que leur visa ne soit délivré. Les expulsions d’Africains déjà présents aux États-Unis ont également augmenté de manière significative sous Trump. Ces politiques vont clairement à l’encontre d’autres objectifs affichés par les États-Unis dans la région, notamment le renforcement des liens économiques, mais elles s’inscrivent parfaitement dans le cadre plus large du programme intérieur de Trump. De façon surprenante, l’Afrique joue également un rôle dans la politique mondiale d’immigration de Trump. L’administration, avec le soutien direct du président lui-même, a activement recherché des partenaires africains prêts à accueillir des personnes expulsées de pays tiers, même lorsqu’elles n’ont aucun lien avec le pays d’accueil, ni même avec l’Afrique. D’une manière générale, cette pratique est légale au regard du droit américain de l’immigration, bien qu’il existe certains cas particuliers où elle ne l’est pas. En 2025, la Cour suprême a confirmé le droit du gouvernement à procéder à de telles expulsions ; plus récemment, une juridiction inférieure a estimé que les immigrés devaient disposer d’un délai pour contester les expulsions vers un pays tiers, mais cette affaire est toujours en cours d’examen. Le droit international n’interdit pas non plus ce type d’expulsion, à condition qu’il n’existe pas de risque substantiel de persécution ou de torture. Il est probable que les responsables de l’administration Trump se soient inspirés d’un projet britannique de 2022, soutenu par le gouvernement de Boris Johnson, visant à expulser un grand nombre de ressortissants de pays tiers vers le Rwanda en échange de centaines de millions de livres sterling d’aide britannique. (Cette mesure a finalement été abandonnée après des contestations judiciaires et le départ du Parti conservateur du pouvoir.) Jusqu’à présent, l’administration a conclu des accords avec au moins sept pays africains, bien que le Département d’État ait fourni peu de détails. Il s’agit notamment du Rwanda, du Soudan du Sud, de l’Eswatini, de l’Ouganda, du Ghana, du Cameroun et de la République démocratique du Congo. Des informations relayées par les médias indiquent également que la Guinée équatoriale, la Sierra Leone et le Liberia pourraient avoir accepté d’accueillir des expulsés en provenance des États-Unis. Ces accords comprennent des montants modestes d’aide américaine — généralement entre 5 et 7 millions de dollars — destinés à soutenir l’accueil des personnes expulsées. Le président Trump aurait personnellement promu les expulsions vers des pays tiers lors de son « mini-sommet » de juillet 2025 à Washington avec les dirigeants de la Mauritanie, du Gabon, du Sénégal, de la Guinée-Bissau et du Liberia. Jusqu’à présent, le nombre d’expulsions réalisées dans le cadre de ces accords semble toutefois limité, probablement à quelques dizaines de personnes par pays au maximum. Étant donné que l’administration cherche à expulser des milliers d’immigrants chaque jour, pourquoi déployer autant d’efforts pour seulement quelques expulsions vers l’Afrique ? Plusieurs explications plausibles peuvent être avancées. Premièrement, il y a l’effet dissuasif de l’exil en Afrique. Indépendamment du nombre réel d’immigrants expulsés vers le continent, de nombreux candidats à l’immigration peuvent être effrayés par cette perspective. Un jeune Mexicain ou Vénézuélien cherchant une nouvelle vie aux États-Unis peut être prêt à courir le risque d’être renvoyé dans son pays d’origine, ou même dans un pays voisin familier, pour tenter sa chance dans la réalisation du rêve américain. Ce calcul peut changer considérablement si une arrestation par l’ICE signifie être envoyée dans un pays africain éloigné offrant des garanties de protection des droits humains incertaines. Deuxièmement, l’administration cherche presque certainement à développer des capacités d’accueil en prévision d’éventuels besoins futurs, notamment dans des pays peu susceptibles de contester d’éventuels abus. Face à la forte pression exercée par la Maison-Blanche et le Département de la sécurité intérieure pour expulser des millions d’immigrants, les responsables américains de l’immigration doivent être désespérément à la recherche d’endroits où ils peuvent transférer rapidement les cas les plus problématiques. On peut également supposer qu’ils souhaitent se décharger complètement de ces dossiers une fois les personnes arrivées sur le continent, même si toutes les procédures n’ont pas été scrupuleusement respectées. En mai, l’ICE a expulsé une Colombienne vers Kinshasa alors que le gouvernement congolais avait auparavant refusé de l’accueillir pour des raisons de santé. (Un juge américain a par la suite ordonné son retour aux États-Unis, mais il n’est pas clair si l’ICE s’est conformée à cette décision). Enfin, certains critiques estiment que ces accords pourraient être conçus pour contourner le droit américain ou international. Plus précisément, ils craignent que les expulsions vers des pays tiers ne conduisent ensuite à des renvois vers des États où les personnes concernées risquent des persécutions. Cette inquiétude est particulièrement forte pour les demandeurs d’asile qui pourraient finalement être renvoyés dans leur pays d’origine et exposés aux persécutions mêmes qu’ils avaient cherché à fuir. En février 2026, la minorité démocrate de la Commission des relations extérieures du Sénat a publié un rapport très critique sur cette pratique. Les auteurs ont souligné que la majorité des personnes expulsées vers des pays tiers par l’administration Trump bénéficiaient de protections ordonnées par les tribunaux. Le rapport cite notamment des cas d’immigrants protégés qui ont été envoyés au Ghana et en Guinée équatoriale avant d’être renvoyés par la suite dans leur pays d’origine. La juge saisie de ces affaires a déclaré dans sa décision : « Ces actions semblent également s’inscrire dans un schéma plus large et dans un effort généralisé visant à contourner les obligations légales du gouvernement américain en faisant indirectement ce qu’il ne peut pas faire directement. » Retrouvez régulièrement les éditos de Jeff Hawkins, ancien diplomate américain, chercheur associé à l’IRIS, pour ses Carnets d’un vétéran du State Department. L’article Trump et l’Afrique : du commerce aux expulsions est apparu en premier sur IRIS .

Rapport
Publié 01 juin 2026
Épinglé 02 juin 2026
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03 · Lectures croisées · nouveauté éditoriale

Une question.
Plusieurs bords.

↺ Lecture croisée 3 instituts · 2 bords

« Quelles mesures concrètes et urgentes doivent être mises en place pour protéger les travailleurs et la population face aux canicules et aux risques sanitaires liés au changement climatique ? »

R
Révolution Permanente
extrême gauche
POUR — Une réponse ouvrière et populaire face à l'inaction gouvernementale
« Le gouvernement se contente de mesures de façade : il faut imposer aux travailleurs le contrôle des conditions de travail, la baisse des cadences et la rénovation des logements, financée par les profits du patronat. »
A
ATTAC France
extrême gauche
POUR — Un droit du travail élargi et une régulation contraignante
« Les canicules tuent des travailleurs par milliers : il faut des seuils d'exposition contraignants, un pouvoir d'arrêt immédiat pour l'inspection du travail, et des conventions collectives adaptées aux réalités sectorielles. »
O
Oxfam France
gauche
NUANCÉ — Réformiste avec une dimension sociale et sanitaire
« Le changement climatique aggrave les inégalités de santé et menace la stabilité du système de santé : il faut des investissements massifs, une sortie des énergies fossiles et une adaptation des infrastructures, sans remettre en cause le système économique. »
⋯ La synthèse AFK

Face à l'urgence climatique, les trois publications analysées soulignent l'insuffisance des réponses gouvernementales et l'ampleur des risques sanitaires et sociaux liés aux canicules. Si Oxfam France propose une approche réformiste centrée sur des mesures sanitaires et structurelles (investissements dans le système de santé, rénovation des hôpitaux, lutte contre les inégalités), ATTAC et Révolution Permanente adoptent une posture plus radicale, exigeant une refonte des rapports de production et une prise en compte directe des travailleurs dans la gestion des risques. La tension centrale réside dans la question de la responsabilité : pour les uns, il s'agit de corriger les dysfonctionnements du système existant ; pour les autres, de le transformer en profondeur pour en finir avec les logiques de profit qui aggravent la crise climatique.

3 publications membres · classées gauche → droite
↺ Lecture croisée 2 instituts · 2 bords

« Quel bilan tirer des mobilisations contre le G7 et des inégalités mondiales lors du sommet de 2026, et quelles solutions proposer face à la crise humanitaire et aux profits des milliardaires ? »

A
ATTAC France
extrême gauche
POUR — Mobilisation citoyenne et internationalisme
« Contre la course au réarmement et l'économie de guerre, les manifestations Stop ReArm Europe et NoG7 incarnent une résistance populaire pour la paix, la justice sociale et climatique, portée par des dizaines de milliers de personnes venues du monde entier. »
O
Oxfam France
gauche
NUANCÉ — Critique des inégalités et propositions de réforme
« Le G7 2026 illustre l'impunité des puissances et l'explosion des inégalités, avec des milliardaires de l'énergie qui profitent des guerres tandis que l'aide humanitaire s'effondre. Oxfam propose des mesures concrètes pour briser ce cycle, mais leur mise en œuvre dépendra de la volonté politique des États. »
⋯ La synthèse AFK

Le G7 2026 révèle une fracture profonde entre les mobilisations citoyennes pour la paix et la justice sociale, et les logiques géopolitiques et économiques qui alimentent les inégalités. Si Attac et Oxfam partagent une critique radicale des dérives du sommet, leurs approches divergent : l'une mise sur la contestation radicale et l'internationalisme, l'autre sur des propositions concrètes pour réformer les institutions. Une chose est sûre : l'impunité des puissants et la priorité donnée à l'armement au détriment des populations les plus vulnérables restent le cœur du problème.

2 publications membres · classées gauche → droite
↺ Lecture croisée 2 instituts · 2 bords

« Quel est l'impact sociétal et politique de l'intelligence artificielle (IA) sur le travail et l'emploi en France à l'horizon 2035, et comment les acteurs publics et privés doivent-ils y répondre ? »

J
Fondation Jean-Jaurès
gauche
NUANCÉ — POUR UNE PROTECTION SOCIALE ET POLITIQUE
« L'IA, bien que porteuse de gains de productivité, risque de nourrir une « gilet-jaunisation » des cols blancs en exacerbant les craintes de déclassement, exigeant un nouveau contrat social du travail, une modernisation des politiques publiques et une redistribution des gains pour éviter une crise politique et sociale. »
J
Institut Jacques Delors
centre
NUANCÉ — POUR UNE RÉGULATION PROACTIVE
« L'IA est une révolution technologique inéluctable qui nécessite une régulation équilibrée pour préserver le contrôle humain et éviter une fracture sociale, en s'appuyant sur des données prospectives et des recommandations opérationnelles pour les entreprises et les décideurs publics. »
⋯ La synthèse AFK

L'IA s'impose comme un enjeu central pour les années 2020-2030, mais son impact réel sur l'emploi reste mal évalué et souvent surestimé. Les think-tanks centristes et de gauche s'accordent sur la nécessité d'une régulation proactive et d'un accompagnement social pour éviter une fracture économique et politique. Cependant, leurs approches divergent : le centre prône une régulation technique et économique pour maintenir le contrôle humain, tandis que la gauche insiste sur la protection sociale, la formation et la redistribution des gains de productivité. Les deux perspectives soulignent l'urgence d'agir avant que l'anxiété liée à l'IA ne nourrisse des mouvements sociaux ou politiques disruptifs.

2 publications membres · classées gauche → droite
04 · Tout le flux · 305 publications

Le reste.

DATE
INSTITUT
PUBLICATION
TYPE
26 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
L'État interdit la Pride sous prétexte de canicule : un précédent dangereux pour le droit de manifester
Instrumentalisant la crise climatique et la canicule dont il est lui-même responsable, l'État a interdit aujourd'hui la tenue de la Marche des fiertés de Paris. Un précédent dangereux qui laisse l'État arbitrer la tenue ou non des manifestations politiques. Ce vendredi 26 juin, le préfet de police de Paris a « demandé aux organisateurs » de la Marche des fiertés d'annuler la manifestation qui devait se tenir ce samedi le 27 juin, en invoquant la « canicule exceptionnelle qui dure depuis le 21 juin ». Dans son communiqué de presse, le préfet ajoute que si les organisateurs ne consentent pas à l'annulation de leur évènement, il l'interdirait par arrêté. L'Inter-LGBT, qui organise la Pride de Paris, a annoncé dans la foulée le report de la marche à une date pour l'instant inconnue en automne. Un précédent dangereux Cette décision de l'État constitue une atteinte inquiétante contre le droit de manifester. Alors que l'Inter-LGBT a déclaré dans la presse d'avoir préparé en collaboration avec la Mairie de Paris un dispositif contre la chaleur, la préfecture a tout de même pris la décision d'annuler la marche, tout comme le festival Solidays dédié à la récolte de fonds pour la lutte contre l'épidémie VIH/Sida. Le timing de l'annulation interroge. Début semaine, le média Problematik révélait que le président de l'association Alexandre Schon avait été convoqué en mars dernier par la Direction de la police judiciaire pour des « pour des faits de provocation publique et directe non suivie d'effet à commettre une atteinte volontaire à la vie ou à l'intégrité de la personne commis le 03/06/2025 dans le cyberespace » en lien avec une affiche d'appel à la Marche des fiertés 2025 qui mettait l'accent sur la lutte contre l'extrême droite. Fin semaine, le préfet annonce l'annulation de l'édition de 2026. Avec cette interdiction, l'État français franchit en réalité un nouveau cap. Il s'arroge le droit de décider de la tenue des manifestations politiques dans des conditions météorologiques extraordinaires. Pourtant, dans le contexte d'une crise climatique qui ne cesse de s'aggraver en raison des politiques écocides menées par l'État et les grandes entreprises depuis des décennies, l'État aura de multiples occasions d'invoquer de tels prétextes pour empêcher la tenue de différentes manifestations. Surtout, cette décision n'a rien d'anodine, puisqu'elle intervient après toute une série d'attaques de la police et de l'État contre la liberté de manifester des mouvements féministes et LGBTI : des offensives répétées qui visaient par exemple à imposer la présence de l'extrême droite et des soutiens d'Israël lors des marches du 8 mars et du 22 novembre à la tentative de la préfecture de police de Paris d'interdire la marche féministe du 7 mars 2025, en raison de la présence de collectifs soutenant la cause palestinienne. Encore récemment, l'État a réprimé le cortège pour la Palestine au sein de la Pride de Montpellier et l'a exfiltré de la manifestation. Comme l'explique la militante du collectif féministe et LGBTI Du Pain et Des Roses Sasha Yaropolskaya, « la décision de maintenir ou non la marche dans les conditions de la canicule doit revenir aux collectifs qui s'apprêtent à manifester, pas à l'Etat qui nous réprime et qui joue un rôle central dans la destruction du climat. Ce n'est pas possible de comparer la décision des organisateurs des Prides à Lyon et à Marseille de reporter leurs marches, et la situation à Paris, où c'est le préfet qui met l'Inter-LGBT devant le fait accompli. Il faut le dire clairement : l'État n'a pas à s'immiscer dans nos luttes ! » Le deux poids deux mesures face à la crise climatique En effet, si les très fortes chaleurs constituent évidemment des risques pour la santé des travailleurs, de la jeunesse, des retraités et des classes populaires et s'il est nécessaire que les organisateurs de diverses manifestations en tiennent compte pour adapter des parcours et des horaires des manifestations, l'intervention directe de l'État est aussi autoritaire qu'hypocrite. Alors que le gouvernement fait l'autruche face aux conséquences de la canicule et que le système de santé est saturé, rappelant de manière sinistre la situation qui prévalait pendant le Covid-19, il est pourtant le principal responsable de la situation en cours. Alors que la préfecture de police fait appel à l'excuse d'un « risque élevé de sur-sollicitation du dispositif sanitaire », l'État qui a méthodiquement détruit le système de santé en imposant des milliards de coupes austéritaires et la fermeture de lits par milliers à l'hôpital public. Alors qu'il interdit des évènements politiques pour des motifs de santé public, l'État met dans le même temps en danger la santé de millions de travailleurs qui n'ont le droit qu'au mépris de classe du gouvernement. Le ministre du Travail et ancien président de la SNCF est même allé sur RTL pour expliquer que la canicule ne justifiait pas « de mettre le pays à l'arrêt » alors même que les conditions de travail sont devenues insoutenables dans de très nombreuses entreprises, notamment dans les transports ou sur les chaînes de production automobiles. Le gouvernement français ne se soucie à aucun moment du bien-être de la population face à la crise climatique mais plutôt du maintien des profits du patronat. Tandis qu'il maintient les activités non essentielles, refuse de modifier les conditions de travail et de diminuer le temps de travail, les travailleurs meurent sur leurs lieux de travail , s'épuisent dans des conditions insupportables ou sont retrouvés morts chez eux. En outre, l'État français n'est pas en reste lorsqu'il s'agit de son bilan écocidaire. Il est directement responsable du dérèglement climatique, à travers son soutien matériel et actif à de grandes entreprises comme Total, Airbus et d'autres mais aussi à son implication dans des guerres et des génocides comme celui à Gaza. Face à la crise, ce qu'il finit par sacrifier, c'est une marche revendicative pour les droits LGBTI, jamais les intérêts du grand patronat. Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par Erell Duclos (@erellux_) Le mouvement LGBT n'a rien à attendre de cet État réactionnaire et écocide qui détruit les conditions de vie des travailleurs, et qui utilise chaque occasion qu'il a pour réprimer les manifestations politiques. La lutte féministe et LGBTI doit se construire en toute indépendance de l'État qui cherche à prendre contrôle de notre mouvement mais aussi contre le système capitaliste responsable de la crise climatique en cours. Près de six décennies après les révoltes de Stonewall, l'heure est de redonner à la Pride et au mouvement LGBTI la combativité et la radicalité qui animaient ses origines. Genre et Sexualités / Répression / Paris / Principal – 4 ◲ / Marche des fiertés / Canicule / Pride / Autoritarisme
Rapport
26 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
36 milliards de plus pour l'armée : les parlementaires entérinent le texte en Commission mixte paritaire
Ce 23 juin, sénateurs et députés ont voté en Commission mixte paritaire la hausse de 36 milliards d'euros supplémentaires pour le budget militaire d'ici 2030. Une nouvelle accélération du réarmement et un consensus de fond entre la droite, le macronisme et la gauche institutionnelle. Ce mardi 23 juin, sénateurs et députés se sont accordés en Commission mixte paritaire (CMP) sur un « compromis » à propos de la Loi de programmation militaire (LPM) . Alors qu'en mai dernier, l'Assemblée nationale avait voté une hausse de 36 milliards d'euros pour le budget militaire, les sénateurs Les Républicains (LR) avaient surenchéri en proposant une augmentation de 50 milliards d'euros du budget militaire d'ici à 2030 , avant que la proposition soit retoquée au Sénat. Une nouvelle accélération de la militarisation La Commission mixte paritaire a finalement validé la hausse du budget de 36 milliards d'euros, poussant le total des dépenses prévues pour l'armement de l'État français à 436 milliards d'euros entre 2024 et 2030. Le texte issu de la CMP reprend également plusieurs revendications de la droite. Ainsi, 1,2 milliard d'euros de dépenses initialement prévues pour 2029 et 2030 seront avancées à 2028. Une mesure qui vise à accélérer encore le rythme du réarmement et les profits des industriels de la guerre. Elle acte ainsi de nouvelles augmentations des crédits militaires lors des prochains exercices budgétaires. En outre, les parlementaires ont prévu de mieux compenser les « surcoûts liés aux opérations extérieures ». Derrière cette formule technocratique, il s'agit de faire en sorte que les coûts des interventions militaires françaises à l'étranger ne pèsent plus sur les crédits des armées et qu'elle soit ainsi financé par des fonds extérieurs au budget de la défense. Pour une partie des Républicains, cette nouvelle étape dans le financement de la militarisation impérialiste demeure cependant insuffisante. En effet, le sénateur LR Cédric Perrin regrette que les 50 milliards supplémentaires proposés par le Sénat n'aient pas été retenus et estime ainsi que l'accord ne fait que « reporter le problème ». Derrière les débats budgétaires se dessine un consensus de fond : consacrer davantage de ressources publiques au réarmement, en coupant les moyens dans les services publics et les besoins sociaux, afin de renforcer les capacités de projection de l'impérialisme français dans une situation internationale de plus en plus convulsive marquée par l'exacerbation des dynamiques de concurrence entre grandes puissances. De son côté, le Parti socialiste (PS), qui s'est déjà présenté comme un grand défenseur de la hausse de 36 milliards d'euros des budgets militaires, décrit ces amendements comme des « ajustements budgétaires nécessaires ». Quant à l'extrême droite, elle s'est abstenue en arguant qu'il s'agit d'« une LPM de transition, pas à la hauteur, qui ne compte que pour les quelques mois qui viennent » selon les mots du député RN Laurent Jacobelli. Au-delà de sa volonté d'aller beaucoup plus loin dans le réarmement, elle a également motivé son refus en raison de formulations qui laissent ouvertes la possibilité de lancer des projets de développement d'un nouvel avions de combat avec d'autres États européens. Cette fuite en avant militariste, qui fait consensus de l'extrême droite à la gauche institutionnelle, ne profite pas seulement aux états-majors. Elle constitue également une manne pour les industriels de l'armement . Relocalisation de la production de munitions, multiplication des commandes de missiles et de drones, investissements dans le spatial militaire, l'intelligence artificielle ou les systèmes de défense : l'ensemble de la stratégie de « réarmement » repose sur des transferts massifs d'argent public vers les grands groupes du secteur. Dassault, Thales, Safran, Naval Group, MBDA ou KNDS figurent parmi les principaux bénéficiaires de cette politique. Cette nouvelle LPM constitue ainsi un enjeu central pour les classes dominantes françaises alors que la centralité militaire française en Europe commence à être contestée par l'Allemagne. Sur fond de crise de son modèle économique, celle-ci cherche en effet à se doter de la « meilleure armée conventionnelle » en Europe. Dans un document stratégique inédit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'impérialisme allemand affirme ainsi son intention de renouer avec une approche « interventionniste », en calquant son armée sur le modèle expéditionnaire français. Cette nouvelle rivalité fait signe vers le climat ultra-réactionnaire qui règne en Europe, alors que la crise stratégique de l'impérialisme étasunien inquiète les principaux bénéficiaires du parapluie nord-américain et que les classes dominantes européennes cherchent à renforcer leur poids géopolitique, notamment pour défendre leurs intérêts réactionnaires dans la guerre en Ukraine et partout sur la planète. Face au consensus militariste, quelle opposition ? Du côté de la France insoumise, les députés « voteront contre » selon Le Monde , qui rapporte les propos d'Aurélien Saintoul. Mais cette opposition demeure profondément ambiguë. En effet, si LFI s'oppose, c'est qu'elle considère « que le texte ne répond pas sur le fond aux besoins d'un nouveau modèle d'armée ». Très loin de s'opposer au réarmement, LFI milite surtout pour une transformation de l'armée, en appelant à la fois à moderniser ses équipements tout en lui donnant une dimension plus massive. Déjà lors du vote du budget 2025 , qui prévoyait une hausse de 7 milliards du budget de l'armée, LFI avait voté contre au nom de l'insuffisance de l'enveloppe dédiée au réarmement. Si LFI veut accélérer l'acquisition de nouveaux équipements (avion de chasse nouvelle génération, dronisation, amélioration des systèmes radars, recherche quantique) pour pallier des « insuffisances » dans certains domaines, elle aspire surtout à donner plus de masse à l'armée française, pour affronter « la guerre larvée contemporaine qui domine les relations internationales » dans laquelle « nos amis sont en même temps des compétiteurs et nos rivaux », selon les termes du livret défense publié pendant l'élection présidentielle de 2022. Dans le même texte, LFI note que « le modèle expéditionnaire qui a prévalu ces vingt dernières années ne répond pas à l'objectif de protection de la souveraineté de notre pays sur la totalité de son territoire, en particulier de notre domaine maritime ». Appelant à se « méfier de tout solutionnisme technologique », le programme de LFI défend ainsi une massification limitée de l'armée, exemplairement illustrée par la volonté de créer « une conscription citoyenne obligatoire, socle d'une Garde nationale citoyenne », d'une durée de 9 mois, et centrée sur des objectifs militaires, en intégrant « une formation militaire initiale […] au maniement des armes et aux manœuvres ». Comme à son habitude, LFI justifie cette adaptation à l'impérialisme français en arguant que le renforcement de l'armée française vise à défendre la paix et un « monde ordonné », fondé sur le droit international et l'ONU. Invoquant les droits de l'homme, la République et la grandeur de la France sur les « cinq continents », LFI tente de présenter le réarmement français comme une politique qui sert « l'intérêt général humain ». Mais derrière ces euphémismes commodes, qui repeignent en blanc l'impérialisme français, sa 9ᵉ armée du monde, ses colonies et sa place réservée dans toutes les grandes institutions impérialistes de la planète, il s'agit plus banalement de défendre les intérêts de ses capitalistes, de ses multinationales et de son industrie d'armement, complice du génocide à Gaza, face à de potentiels rivaux sur la scène internationale. Face à l'aggravation des tensions internationales et alors que l'impérialisme français se réarme pour défendre ses intérêts réactionnaires aux quatre coins de la planète, il n'y a pas de place pour une opposition aux budgets militaristes qui joue la surenchère sur le terrain guerrier. Les classes dominantes nous mènent à la catastrophe, comme à chaque fois que l'Europe s'est réarmée : face au retour brutal de ces tendances, il faut construire un mouvement anti-guerre et anti-impérialiste, qui ne nourrit aucune illusion dans l'État français, et qui se montre intransigeant avec les politiques mortifères du patronat, de l'armée et des élites politiques. La mobilisation de milliers de jeunes en Allemagne contre le retour du service militaire ou les grèves générales antimilitaristes et anticoloniales en Italie montre la voie pour lutter contre ces tendances réactionnaires. Dans cette situation, il faut exiger le retrait total du budget 2026 et de la LPM, la redirection des crédits de l'armée vers les services publics jusqu'au dernier centime et la reconversion civile des sites de production d'armement, sous le contrôle des travailleurs : pas un euro, pas une vie pour leurs guerres ! Politique / Les Républicains / Secondaire – 4 / Assemblée Nationale / Sénat / Armée française / Militarisation / Loi de programmation militaire (LPM) / Budget 2027
Rapport
26 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
L'hôpital au bord de la rupture : le gouvernement est responsable, imposons une réponse par en bas
Hôpitaux saturés, appels au SAMU doublés, locaux hospitaliers non climatisés : la canicule révèle une nouvelle fois l'état d'un système de santé exsangue, après des années de casse de l'hôpital public, aggravées sous Macron. Face à cette crise, rien à attendre du gouvernement : seule une réponse par en bas permettra d'imposer un programme d'urgence pour l'hôpital public. L'information est tombée ce jeudi 25 juin : une première personne serait morte de la canicule dans sa chambre d'hôpital . Une mort tragique qui révèle l'enfer que vivent des millions de patients dans l'hôpital public et le manque criant d'adaptation d'un système totalement impréparé, conséquence de décennies de casse des services publics. Le systèmes hospitalier en surchauffe Ce décès, dû à l'inadaptation des hôpitaux aux fortes chaleurs, survient après plusieurs jours de conditions extrêmes dans les établissements hospitaliers français. D'après les informations rapportées par des travailleurs du SAMU, le nombre d'appels reçus aurait bondi d'entre 50% et 100% . La fréquentation des urgences aurait quant à elle grimpé de 80% et le taux d'admissions de personnes de plus de 75 ans aurait été multiplié par 3. Le tout sur fond d'une multiplication par 5 des arrêts cardiaques (notamment chez des personnes jeunes), par 6 des décompensations de maladies chroniques et par 7 des crises d'hyperthermie [ 1 ] . Face à cette crise sanitaire, les hôpitaux sont une nouvelle fois bien loin de disposer des moyens d'encaisser le choc. Ce vendredi 26 juin, les autorités gouvernementales évoquent d'ores et déjà des services hospitaliers « saturés » dans lesquels le nombre de lits ne suffit déjà plus à accueillir toutes celles et ceux qui en auraient besoin. Une situation qui va selon toute vraisemblance s'aggraver encore dans les prochains jours, alors que les spécialistes mettent en garde contre le décalage temporel de plusieurs jours qu'il existe systématiquement entre les vagues de chaleur et les hospitalisations. Même pour les patients qui parviennent à obtenir une chambre, la situation est souvent intenable, comme en témoigne le premier décès en chambre d'hôpital attribué à la canicule survenue cette semaine. Près de la moitié des locaux hospitaliers seraient dépourvus de climatisation, tandis que dans de nombreuses ambulances les températures dépassent les 40°C. Dans plusieurs chambres de patients, elles atteignent 35°C. En sous-effectif chronique, les soignants subissent une double peine : une charge de travail alourdie et des conditions éprouvantes, avec des températures parfois dangereuses. Dans certains établissements, des solutions de fortune sont mises en place pour tenter de limiter les effets de la chaleur, rappelant les improvisations observées durant la crise du Covid. La politique criminelle des gouvernements Macron Face à cette situation qui ouvre la crise du système de santé la plus grave depuis le Covid, le gouvernement mime une « gestion de crise » et joue surtout la montre. Si Sébastien Lecornu a déclenché le niveau 3 du dispositif Orsan, qui prévoit « de renforcer les effectifs hospitaliers », « la coordination entre les hôpitaux, la médecine de ville, les cliniques et le secteur médico-social » et « d'adapter les activités hospitalières afin de garantir la prise en charge des conséquences de la canicule, avec des déprogrammations ciblées d'interventions non urgentes lorsque cela est nécessaire », le plan ne convainc pas les hospitaliers. Non seulement la mesure arrive tardivement, au moment critique, mais elle ne répond en rien au manque structurel de moyens de l'hôpital public comme le dénonce la CGT Santé . Si le gouvernement commence à s'agiter, il est pourtant le principal responsable de la crise actuelle, aux côtés de ceux qui ont contribué à aggraver la situation de l'hôpital avec le budget austéritaire 2026 . Cette responsabilité est d'autant plus grave qu'elle fait suite à une pandémie mondiale, qui avait mis le système hospitalier sous pression comme jamais auparavant et révélé de manière criante l'impact de la casse du système hospitalier. C'est donc bien une politique criminelle qu'ont mené les gouvernements Macron en continuant à supprimer les lits et en poursuivant des politiques austéritaires contre l'hôpital public . Alors que l'hôpital public est déjà en temps normal à bout de souffle, privé de ressources à hauteur de ses besoins et tenu à bouts de bras par des travailleurs surexploités au bord du burn-out , chaque crise menace tout le système d'effondrement. Si l'on n'atteint pas encore le niveau de débordement des épisodes les plus aigus du Covid, la crise actuelle du système de santé alimente la crise sanitaire et illustre une nouvelle fois les conséquences désastreuses de la casse du service public hospitalier. Il faut une réponse par en bas, ouvrière et radicale Face à cette nouvelle crise, le gouvernement apparaît surtout préoccupé par ses effets potentiels sur l'économie et les profits du patronat plutôt que par notre santé et nos vies. Ses réponses en témoignent : d'un côté, il annule la marche des fiertés et des festivals, interdit la vente d'alcool et met en cause le rôle des « comportements individuels » dans la situation ; de l'autre, le ministre du Travail refuse toute interruption de la production en affirmant : « On ne va pas mettre le pays à l'arrêt . » Comme lors de la crise du Covid, l'État montre une nouvelle fois qu'il n'y a rien à attendre du gouvernement. Alors que les situations de canicules vont continuer de se multiplier et que les alertes sur les risques de nouvelles pandémies - comme avec l'Hantavirus ou Ebola - s'accumulent, il y a urgence à apporter une solution à la situation de délabrement critique de notre hôpital public, sans attendre ni 2027, ni que le patronat deviennent miraculeusement altruiste. Face à l'urgence sanitaire qui concerne l'ensemble des travailleurs, de la jeunesse, des retraités et des classes populaires, il y a urgence à prendre nos affaires en mains. Il faut dès à présent exiger un vaste plan d'urgence pour l'hôpital public, qui se traduise notamment par une hausse massive et immédiate des moyens, par l'embauche immédiate de milliers de soignants, par l'installation de climatisations ou d'équivalents dans 100% des locaux hospitaliers, par l'acquisition de dizaines de milliers de lits supplémentaires, etc. Le tout financé directement sur les profits du patronat et géré non selon le bon vouloir de représentants de l'Etat mais directement et sous le contrôle des travailleurs et des usagers. Pour arracher de telles avancées, le mouvement ouvrier a un rôle déterminant à jouer. Dans ce cadre, la CGT devrait se mettre à la tête d'un véritable plan d'action face à la crise sanitaire et climatique actuelle, en cessant de placer ses illusions dans le dialogue avec le gouvernement. En ce sens, les premiers appels à la grève, comme celui de la CGT Stellantis à Mulhouse , montre la voie. Dans ce cadre, les syndicats de la santé ont un rôle primordial à jouer, en s'appuyant sur l'expérience et la résilience accumulées par les travailleurs du secteur ces dernières années, notamment pendant le Covid. En effet, seule une réponse ouvrière et populaire, construite par en bas, est à même d'imposer un plan à la hauteur de la crise en cours. [ 1 ] Les « coups de chaud », c'est-à-dire des températures corporelles supérieures à 40°C qui se traduisent par des défaillances d'organes). Notre Classe / Principal – 2 ◱ / Austérité / Casse de l'hôpital / Canicule / Budget 2025 / Budget 2026 / Budget 2027
Rapport
26 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
Les ingénieurs d'Airbus à nouveau mobilisés contre les attaques sur le télétravail
Une centaine de salariés d'Airbus se sont à nouveau mobilisés ce 25 juin contre l'offensive de la direction sur le télétravail et ont voté la reconduction du mouvement le 30 juin. Face aux attaques patronales menées au nom de l'économie de guerre, l'enjeu est désormais d'élargir la mobilisation. La mobilisation à Airbus se poursuit. Ce 25 juin, près d'une centaine d'ingénieurs se sont rassemblés devant les bureaux de la direction à Blagnac. Ce nouveau rendez-vous s'inscrit dans la continuité de la mobilisation engagée le 18 juin dernier, qui avait déjà réuni plus d'une centaine de travailleurs. Au cœur de la colère, la décision du PDG d'Airbus de réduire de moitié le télétravail, une remise en cause brutale des conditions de travail. Dans une lettre adressée à sa « Team Airbus » , le PDG du géant de l'aéronautique, Guillaume Faury, sermonne les salariés après « un premier semestre décevant », leur expliquant qu'il faudra désormais « faire plus en moins de temps » et « travailler sans relâche ». Un discours destiné à justifier une nouvelle offensive contre les conditions de travail. Pourtant, l'entreprise a réalisé 5,3 milliards d'euros de bénéfices en 2025 et les carnets de commandes n'ont jamais été aussi fournis, comme le reconnaît lui-même le PDG qui prévient les salariés qu'Airbus va faire face au « plus gros second semestre de notre histoire ». Une chose est donc claire : la direction entend faire payer aux travailleurs les difficultés du groupe, alors même que ce sont eux qui produisent les avions. La direction a déjà transmis des consignes aux managers : limiter le télétravail à une seule journée par semaine, contre deux auparavant, et sanctionner les salariés qui refuseraient de s'y conformer. Face à cette offensive, la colère ne retombe pas. Deux mobilisations ont déjà eu lieu et une troisième a été largement votée à l'issue du rassemblement du 25 juin. Il a été décidé de se joindre à l'appel de mobilisation de la CFDT qui se tiendra le mardi 30 juin à 12 h 30 devant le bâtiment B80 de la direction à Blagnac. Une nouvelle fois, les syndicats pro-patronaux, FO et la CFE-CGC, appellent au « bon sens » et à « la nuance » , affirmant que « seule l'adhésion des salariés garantira un climat apaisé et permettra de relever l'ensemble des challenges à venir pour Airbus ». Et quels défis ! Si les attaques se multiplient aujourd'hui, ce n'est pas un hasard. Elles s'inscrivent dans un contexte de militarisation accélérée de la production d'Airbus et de réarmement des puissances impérialistes européennes. Dans sa lettre, Guillaume Faury souligne que « les gouvernements font face à des menaces sur la sécurité en Europe et au-delà » et qu'ils attendent désormais leurs équipements « plus rapidement ». Derrière ce discours sur les prétendues menaces, ce sont surtout de nouveaux marchés et des profits colossaux qui s'ouvrent pour le géant de l'aéronautique et de l'armement, bien décidé à occuper une place centrale dans l'économie de guerre. Cette orientation a des conséquences très concrètes pour les travailleurs : renforcement du contrôle managérial, remise en cause d'acquis comme le télétravail, disponibilité toujours plus grande exigée des salariés, dégradation des conditions de travail et attaques répétées contre les salaires. Alors que les actionnaires et les industriels se préparent à engranger les bénéfices du réarmement, c'est aux travailleurs qu'il est demandé d'en payer le prix. Cette offensive ne date pas d'hier. Début mai, la direction avait déjà annoncé la division par deux de la prime de participation, amputant les revenus des salariés d'environ 2 000 euros en moyenne. Face à cette attaque, des centaines d'ouvriers de la production se sont mobilisés tout au long du mois de mai . Mais, avec le soutien des syndicats pro-patronaux de l'Entente qui se sont opposés à la mobilisation, la direction a pu imposer son recul social, se contentant de lâcher une prime de compensation de 500 euros pour tenter d'éteindre la colère. Ces offensives répondent à un véritable projet politique porté par le patronat de l'aéronautique. Celui-ci entend profiter de l'économie de guerre et du réarmement pour accroître l'exploitation, remettre en cause les acquis sociaux et aligner toujours davantage la production sur les intérêts des puissances impérialistes. Derrière les discours sur la « sécurité » ou la « compétitivité », c'est une offensive de classe qui est menée contre les travailleurs. Face à un patronat qui défend ses intérêts sur le terrain politique, les travailleurs doivent opposer une réponse tout aussi politique. La question de refuser la marche à la guerre est indéniablement liée à celle des augmentations de salaire et des améliorations des conditions de travail. Mais pour ce faire il faut chercher à construire un rapport de force capable de faire reculer la direction. Construire ce rapport de force doit passer par l'élargissement de la mobilisation à l'ensemble du secteur, en premier lieu les ouvriers et les ingénieurs qui sont aujourd'hui divisés. Une mobilisation qui doit même chercher à en finir avec la division du secteur de l'aéronautique qui profite avant tout à la direction comme le résume Pierre, de la CGT Airbus SAS : « L'injonction rabâchée aux prétendus privilégiés d'Airbus : "c'est pire ailleurs", participe à l'inaction. Et c'est justement cette inaction qui est la meilleure façon de perdre nos droits. ». La mobilisation du 25 juin appelée par la CGT doit servir de base à cette unification des travailleurs de l'aéro : donneurs d'ordres, sous-traitants et intérimaires, qui sont les premiers touchés par les offensives menées au nom de la militarisation comme le souligne Pierre « À la CGT, nous voulons que cela s'améliore partout et pour tout le monde, au-delà d'Airbus, pour nos sous-traitants et pour nos fournisseurs. » Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par CGT Airbus Avions (@cgtairbus) Notre Classe / Toulouse / CGT / Aéronautique / Airbus / Métallurgie / Occitanie / Militarisation
Rapport
26 juin 2026
Institut des Libertés
droite
Venezuela : la ruée vers l’or noir
Le paria est devenu l’eldorado. Six mois après la spectaculaire arrestation de Nicolas Maduro, la nouvelle présidente du Venezuela assouplit les normes et les règles pour faire venir les entreprises étrangères pour l’exploitation du gaz et du pétrole. Une transformation profonde, mais en douceur, du pays ? Les majors sont de retour, comme Chevron, Repsol, [ ] The post Venezuela : la ruée vers l’or noir first appeared on Institut Des Libertés .
Étude
26 juin 2026
IFOP
neutre
Baromètre annuel sur l’absentéisme
Accueil Baromètre annuel sur l’absentéisme Enrichissez votre expérience Résumé IA Écouter l'article L’Ifop a accompagné Malakoff Humanis dans la réalisation de la 10ème édition de son baromètre annuel sur l’absentéisme, auprès d’un panel représentatif de 3 000 salariés, 400 dirigeants d’entreprises et 200 médecins généralistes. Cette édition 2026 s’appuie également sur l’analyse de données Malakoff Humanis réelles et anonymisées issues de 3,8 millions de salariés du secteur privé, ainsi que sur le suivi médical de plus de 300 000 arrêts longs. Les résultats mettent en évidence un absentéisme durablement installé à un niveau élevé : près d’un salarié du privé sur trois a été arrêté au moins une fois en 2025, et le taux d’absentéisme atteint 4,3%, en hausse de 25,5% par rapport à 2019. L’enjeu se concentre particulièrement sur les arrêts longs, qui ne représentent que 9,4% des arrêts mais concentrent près des deux tiers des journées d’absence. L’étude souligne aussi des réalités différenciées selon les profils : les moins de 30 ans connaissent des arrêts plus fréquents mais plus courts, tandis que les salariés de plus de 55 ans sont moins souvent arrêtés, mais pour des durées plus longues. Les cadres et les managers apparaissent également en première ligne, dans un contexte de transformation des modes de travail. La santé mentale constitue un autre point d’alerte majeur : les troubles psychologiques représentent désormais la première cause des arrêts de plus de 30 jours. Alors que la préoccupation des entreprises face à l’absentéisme atteint un niveau inédit, plus d’une sur deux n’a encore déployé aucune action spécifique. Ces enseignements invitent à dépasser le simple constat pour mieux comprendre, prévenir et accompagner les situations d’absence, notamment les arrêts longs et le retour à l’emploi. Partager l article Facebook Linkedin E-mail
Rapport
26 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
Toulouse. « Les militaires font leur marché dans nos universités », la recherche se mobilise contre l'austérité
Dans le cadre d'une mobilisation nationale, un rassemblement des personnels de la recherche publique s'est tenu ce 11 juin à Toulouse pour dénoncer l'austérité budgétaire du gouvernement Macron envers le CNRS et la recherche publique. Pendant ce temps, le budget militaire bat des records. Une mobilisation nationale contre les restrictions budgétaires pour la recherche appelée par l'intersyndicale de la recherche publique (CGT, Sud, FSU, CFDT, UNSA) s'est tenue le 11 juin, dans différentes villes à travers la France. Ses revendications étaient « une programmation budgétaire permettant d'atteindre 1% du PIB pour la recherche publique avant 2030 », et « un plan pluriannuel de l'emploi scientifique prévoyant 6000 postes statutaires par an pendant dix ans ». À Toulouse, plus de soixante personnes (enseignants-chercheurs, techniciens, personnels de l'administration) se sont réunies devant le métro Jean Jaurès. Le CNRS ( Centre National de la Recherche Scientifique ), qui représente plus d'un millier de laboratoires et 35 000 agents à travers la France, a vu son budget ponctionné de 500 millions d'euros sur deux ans, et sa trésorerie sera à sec fin 2026. « Les trous ont été comblés avec les provisions du CNRS et il va être déficitaire », nous explique une enseignante-chercheuse en biologie présente au rassemblement. En cause, les lois de finance 2025 et 2026, qui imposent de nouvelles restrictions budgétaires alors que la loi de programmation de la recherche, déjà insuffisante, n'est plus respectée. À cela s'ajoute une coupe supplémentaire de 20 millions d'euros exigée début 2026, qui s'est traduite par une reprise inédite de crédits attribués aux laboratoires. Les autres organismes ne sont pas mieux lotis : déficits à l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), à l'INRAE ( Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement ), à l'INRIA ( Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique ) et à l'IRD ( Institut de recherche pour le développement ), et la majorité des universités ont voté un budget 2026 en déficit. Cela se traduit par des postes gelés, des contrats précaires, des départs de jeunes chercheurs à l'étranger, et des choix scientifiques de plus en plus dictés par les intérêts privés ou militaires. Les agents dénoncent un CNRS « étranglé par les contraintes budgétaires » et rappellent que « la subvention d' État ne couvre pas la totalité des dépenses contraintes de l'établissement », alors que la masse salariale représente à elle seule près de 91 % du budget. Le recours croissant aux primes de fonction, qui ne comptent pas pour la retraite, est également dénoncé comme le symptôme d'une « vision managériale » du service public. Loin de s'y opposer frontalement, les directions des instituts accompagnent cette transformation en relayant les impératifs de rentabilité et d'austérité, devenant ainsi un rouage essentiel de l'affaiblissement progressif du service public de la recherche. Cette contestation dépasse la seule question des financements et interroge plus largement la place grandissante des intérêts privés et militaires dans le monde de la recherche. Derrière les arbitrages comptables, c'est la capacité des chercheurs à définir librement leurs priorités scientifiques qui est remise en cause. Comme le résume le tract d'appel, « la trajectoire budgétaire de l'organisme est indissociable de la trajectoire de sa politique scientifique ». Cette critique rejoint les inquiétudes soulevées par le projet des « Key Labs » , présenté comme un moyen de concentrer les financements sur quelques laboratoires stratégiques, mais renforçant en réalité l'influence des entreprises sur les orientations scientifiques. « Quand on ne finance pas la recherche, on hypothèque l'avenir », résume un militant de la CGT, pour qui le débat dépasse désormais la seule question budgétaire et porte sur la finalité même de la recherche publique. Dans les laboratoires, certains chercheurs constatent déjà que les sujets financés répondent davantage aux besoins industriels ou militaires qu'aux logiques de bien commun. Plusieurs travailleurs du secteur, présents au rassemblement, établissent un lien entre les restrictions budgétaires et l'« économie de guerre ». « Les militaires viennent faire leur marché dans nos universités », dénonçait un chercheur en physique fondamentale. Enfin, plusieurs intervenants dénoncent un durcissement des politiques à l'égard des étudiants et chercheurs étrangers. Le renforcement des Zones à Régime Restrictif (ZRR), étendu à de nombreux laboratoires ces dernières années, impose désormais des procédures d'autorisation particulièrement lourdes pour le personnel étranger. Si la justification officielle invoque le secret de la recherche, les travailleurs de la recherche dénoncent « une mesure aux relents xénophobes et une atteinte à la liberté académique, [...] un outil efficace dans un gouvernement autoritaire ». Cette logique trouve un prolongement dans le dispositif cyniquement nommé « Bienvenue en France », qui prévoit une forte augmentation des frais d'inscription pour les étudiants extra-européens (à hauteur de 3000€ la licence et 4000€ le master). Pour un responsable de Master interrogé, « cette mesure introduit une sélection par l'argent qui frappera d'abord les étudiants des pays les plus modestes », alertant déjà sur le risque de fermetures ou de fusions de parcours faute d'effectifs suffisants. Derrière ces choix apparaît une même orientation politique : rendre l'accès à l'enseignement supérieur et à la recherche plus difficile pour les étrangers. Cette mobilisation s'inscrit dans un mouvement plus général d'affaiblissement des services publics. Tout comme les secteurs de l'éducation, de la santé, des transports, etc., celui de la recherche fait face à une chute de son financement public, étant tombé à son plus bas niveau depuis 1980. Pendant ce temps, l'État renforce des dispositifs massifs de soutien au privé, notamment le crédit d'impôt recherche (CIR), une réduction d'impôt largement captée par des entreprises privées sans contreparties, qui pourrait atteindre 8 milliards d'euros en 2026, comptabilisées comme des dépenses de recherche alors qu'elles échappent largement aux organismes publics. Enfin, plusieurs participants insistent sur la nécessité de dépasser les mobilisations sectorielles pour construire un rapport de force à la hauteur des attaques en cours. Car les problèmes soulevés ne touchent pas uniquement les chercheurs, mais l'ensemble de la communauté universitaire. Enseignants, étudiants, doctorants, personnels administratifs, techniques et logistiques sont confrontés aux mêmes logiques de dégradation du service public, alors que le gouvernement prépare une hausse spectaculaire des frais d'inscription allant jusqu'à 900 euros la licence . Cette volonté de convergence fait écho au mouvement Stand Up for Science , né en réaction aux attaques de Donald Trump contre la recherche et relayé en France face aux menaces pesant sur l'enseignement supérieur qui s'était tenu en mars dernier et avait réuni des milliers de manifestants. Pour obtenir un financement massif dans les services publics contre le plan d'austérité du gouvernement Macron, il faudra un mouvement coordonné au niveau national mais aussi étendu aux étudiants et autres travailleurs de l'université, ainsi qu'à tout le secteur du service public impacté par l'austérité. De plus, face à des réformes comme « Bienvenue en France », au durcissement des ZRR et à la part croissante du militaire dans la recherche, il est impératif de faire converger les luttes contre l'austérité aux luttes contre l'impérialisme pour que les budgets militaires soient entièrement réorientés vers un service public de qualité, notamment une université gratuite, fermée aux intérêts privés et militaires, mais ouverte aux enfants d'ouvriers et aux étrangers. Crédits photo : Wikimedia Commons Notre Classe / Université / Austérité / Services publics / Mobilisation / CNRS / Recherche
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26 juin 2026
IRIS
centre
« Out of Africa » – 4 questions à Peer de Jong et Frédéric Lejeal
Peut-on parler de rupture historique entre la France et l’Afrique ? Indéniablement la rupture qui s’est opérée entre 2022 et 2025 avec le départ des forces françaises du continent africain est historique. Elle était prévisible mais l’érosion progressive de l’influence française caractérisée par un « sentiment anti-français », n’a pas été interprétée. Embourgeoisée dans une relation déséquilibrée et paternaliste, la France n’a pas vu monter l’exigence de souveraineté des jeunesses africaines. Facteur amplifiant, la montée en puissance de l’Union européenne depuis le traité de Lisbonne de 2007, a positionné Bruxelles comme un acteur financier important tandis que nos ambassades ne cessent de répéter qu’elles n’ont plus de budget. La nature a horreur du vide. Il a permis l’arrivée de compétiteurs comme les Russes qui, en 2018, s’installent en République centrafricaine, conséquence du départ de la mission militaire SANGARIS. La France, rétractée sur une vision héritée de l’histoire, n’a pas perçu l’arrivée massive des Russes, des Américains, des Turcs, des Chinois et in fine de tous les États européens, l’Allemagne et l’Espagne en tête, qui se ruent à la conquête de nouveaux marchés. Notre discours récurrent sur la fin de la « France-Afrique » et du soi-disant « pré carré » a miné notre positionnement car les États africains avaient eux, intégré de longue date cet état de fait. La guerre de 2011 en Libye voulue par les Français, a enfin prouvé notre perte de la langue de l’Afrique. La France a démontré à cette occasion la perte collective de cette compréhension fine qu’elle avait du continent. L’opération SERVAL en 2013 aura été le dernier moment d’une action militaire française en autonomie. L’opération Barkhane qui a suivi n’avait, compte tenu de ses effectifs et de la dimension de la zone d’action, que peu de chances de réussir. La densification des actes terroristes dans le Sahel et la descente des groupes armés vers le Golfe de Guinée, ont révélé la faiblesse du dispositif français. Les coups d’État successifs entre 2020 et 2023 au Mali, au Burkina Faso et au Niger et le rejet consécutif de la France, ont constitué le départ du feu de brousse qui a emporté tout le dispositif militaire en 2025… à l’exception de la base de Djibouti que nous louons. Est-elle irréversible ? Probablement, malgré le désir caché de certains qui imaginent que, lassés des Russes, les États africains souhaiteront notre retour. Cette manière de voir les choses est illusoire et enfantine. L’histoire ne repasse évidemment pas les plats. On dénombre 58 soldats morts pour la France dans le Sahel. Le départ des forces françaises d’Afrique a été humiliant. Ce sentiment partagé par tous, a été synthétisé par Emmanuel Macron le 6 janvier 2025 lors de la réunion annuelle des ambassadeurs par son « on a oublié de nous dire merci ». Mais n’allons pas trop loin tout de même. La rupture n’est pas totale puisque des accords de coopération et de défense existent toujours. Mais nous devrons agir avec d’autres, compte tenu des 33 accords de défense signés avec les Russes en dix ans, ajoutés aux 39 accords de défense contractés avec les Turcs. Les Américains, de leur côté, ne sont pas en reste grâce à leurs différents programmes « Train and Equip » financés par le Département d’État et l’effort réalisé par Donald Trump en direction des pays dotés de matières premières rares comme en RDC ou au Nigéria. À partir de 2022, sentant le vent du boulet arriver, Jean-Marie Bockel est désigné comme « envoyé personnel » du chef de l’État pour l’Afrique. Il n’a pas démérité mais il a passé les années 2023 et 2024 à courir derrière une histoire qui allait plus vite que lui. « La France passe d’une logique de stock à une logique de flux en Afrique » conclut-il sur les ondes de Radio France Internationale le 7 novembre 2024. Perspective tellement technocratique qu’elle nous fait revenir à l’époque des comptoirs du XIX ème siècle ? La France a-t-elle trop fait preuve de condescendance ? La parole péremptoire et paternaliste des élites politiques françaises à l’égard de l’Afrique francophone est un paramètre essentiel pour comprendre la prise de distance et le ressentiment observés ces dernières années. Il est largement sous-estimé dans les facteurs ayant contribué à une prise de distance des élites de l’ancien « pré carré » français. Or, ce facteur est essentiel. Nous y consacrons d’ailleurs un chapitre entier de notre livre. Ce mode opératoire consistant à tenir des propos blessants et culpabilisants est l’apanage de presque tous les présidents de la Vème République. C’est bien le problème ; François Mitterrand et Jacques Chirac avec leurs injonctions sur la démocratie, François Hollande avec la question des Droits de l’Homme, Emmanuel Macron avec ses thèmes sur la démographie. Le discours que Nicolas Sarkozy a prononcé à Dakar, en juillet 2007, en est la caricature. Près de vingt ans après, nous payons encore cette intervention qu’aucun autre chef d’État à travers le monde, y compris européen, n’aurait pu tenir en terre africaine. Loin des partenariats « gagnant – gagnant » régulièrement vantés, chaque président français se sent ainsi obligé de donner ses conseils, de s’ériger en moralisateur en expliquant aux opinions publiques africaines ce qui est bon pour elles ; que la démocratie est un passage obligé ; combien d’enfants elles doivent faire, etc. La France est la seule ex-puissance coloniale européenne à s’autoriser une telle liberté de ton. Sans doute parce que inconsciemment elle entend toujours façonner les Africains à son image par un message universaliste. Paris n’a pas vu que, sur ce point aussi, les Africains en ont assez. D’autant que cette approche professorale bute désormais sur les relations que les pays africains entretiennent avec des pays qui, comme la Chine, la Russie ou la Turquie, ont une attitude plus respectueuse de leur souveraineté. Les Africains sont d’autant plus agacés que Paris est proche de certains pays où les libertés publiques et la démocratie sont extrêmement faibles. Ce double standard ne passe plus. Était-ce une erreur de s’abstenir lors du vote à l’ONU, en avril 2026, sur la résolution proclamant la traite des esclaves comme le plus grave crime contre l’humanité ? La France n’a pas approuvé cette résolution car elle ne souhaitant pas hiérarchiser les crimes contre l’humanité. Cela peut s’entendre. En réalité, elle a surtout voulu éviter de tomber dans le débat sur les réparations et les dédommagements financiers. Il faut remarquer que, malgré quelques avancées (rapport sur la guerre d’indépendance au Cameroun, sur le génocide de 1994 au Rwanda, sur le cas de Thiaroye au Sénégal, sur l’abrogation récente du Code Noir…), la France reste en retrait par rapport à ses partenaires européens sur les questions mémorielles. Notamment sur la restitution des œuvres pillées ou spoliées durant les conquêtes coloniales. Pour l’instant, seule une trentaine de pièces ont été rendues à plusieurs pays (Bénin, Madagascar, Sénégal, Côte d’Ivoire) alors que les autres capitales européennes en sont déjà à plusieurs milliers. Il y a encore une vraie pusillanimité à regarder l’Histoire en face. En mai dernier, le Parlement français a adopté une loi-cadre sur cette question. Mais la France est-elle prête à vider ses musées si d’aventure tous les pays africains venaient à demander une restitution en masse des œuvres qui s’y trouvent ? C’est la vraie question. 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26 juin 2026
IRIS
centre
Pouvoirs en Asie-Pacifique : territoires et populations, contrôles et résistances
Principal foyer de population mondiale, l’Asie-Pacifique constitue moins un espace homogène qu’un laboratoire des mutations contemporaines et des tensions du siècle. Il est traversé par des inégalités politico-économiques, sociales, technologiques et environnementales profondes, qui en font le terrain d’expression des interdépendances les plus complexes entre populations, pouvoirs et territoires. Ce dossier se propose d’explorer ces problématiques en analysant les interactions entre populations, pouvoirs et territoires dans la région Asie-Pacifique, afin de comprendre les logiques de domination, les dynamiques de contestation et les trajectoires qui façonnent l’avenir de cet espace stratégique majeur. À l’occasion de la parution de La Revue internationale et stratégique (RIS) n°142 sur le thème « Pouvoirs en Asie-Pacifique : territoires et populations, contrôles et résistances » , Marianne Péron-Doise, directrice de recherche à l’IRIS, co-responsable du programme Asie-Pacifique et directrice de l’Observatoire géopolitique de l’Indo-Pacifique, Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS et co-responsable du Programme Asie-Pacifique, et Coline Laroche, analyste à l’IRIS, spécialisée sur l’Indonésie, répondent à nos questions : Pourquoi avoir choisi d analyser les dynamiques de contrôles et de résistances, en insistant sur l opposition État/populations dans l espace Asie-Pacifique ? En quoi les transformations démographiques qui s’opèrent en Asie-Pacifique redéfinissent-elles les puissances des États et les politiques mises en place pour y faire face ? Comment les nouvelles technologies de surveillance et les politiques sécuritaires renforcent-elles la capacité des États à contrôler leur population ? Les mobilisations des jeunes générations en Asie-Pacifique traduisent-elles de nouvelles aspirations démocratiques et annoncent-elles une recomposition des relations entre citoyens et gouvernements ? L’article Pouvoirs en Asie-Pacifique : territoires et populations, contrôles et résistances est apparu en premier sur IRIS .
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26 juin 2026
IFOP
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Baromètre de l’élection présidentielle – Vague 3
Enrichissez votre expérience Résumé IA Écouter l'article A un an du scrutin, le RN s imposerait comme grand favori. Jordan Bardella (35-37 %) devancerait désormais nettement Marine Le Pen (32 %), comme si les électeurs anticipaient son sort judiciaire du 7 juillet. Pour Frédéric Dabi « Il y a un tournant majeur. Il y a dissociation entre le vote Bardella et le vote Marine Le Pen ». Le bloc de droite radicale atteindrait une grosse quarantaine de points au 1er tour — du jamais-vu sous la Ve République. Pour Frédéric Dabi, « Au-delà du contexte politico-judiciaire particulier, il y a un véritable « effet Lyhanna » qui s est enraciné chez les électeurs et permet au RN d atteindre des niveaux historiques ». Concernant le bloc central, Édouard Philippe (19-21 %) garderait l avantage sur Gabriel Attal (15 %), voire le dépasserait en cas en duel (14 % vs 8 %). Pour Frédéric Dabi, Edouard Philippe doit son avance à sa « capacité à s ancrer davantage dans des électorats plus favorables au macronisme et de droite ». À droite, Bruno Retailleau s installerait entre 9 et 11 %, et grimperait à 14 % face à Marine Le Pen et Gabriel Attal, sa candidature pouvant apparaître comme un réceptacle. À gauche, les divisions règnent. Mélenchon (12-15 %) garderait le leadership, porté par une base fidèle et une entrée en campagne réussi. Derrière, le rapport de force resterait éclaté entre Raphael Glucksmann (8-11 %) et François Hollande (9 %). Suivent Marine Tondelier (2,5-4 %) et Fabien Roussel (2,5-3 %). Partager l article Facebook Linkedin E-mail
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26 juin 2026
IFOP
neutre
L’image de la pêche et des pêcheurs professionnels auprès des Français
Accueil L’image de la pêche et des pêcheurs professionnels auprès des Français Enrichissez votre expérience Résumé IA Écouter l'article Partager l article Facebook Linkedin E-mail
Rapport
26 juin 2026
Fondation Jean-Jaurès
gauche
Les « petits chevaux » de la présidentielle. Histoire et raisons de la multiplication des candidats
Moins d un an avant l élection présidentielle, les candidatures pour occuper le palais de l Élysée ne cessent de se multiplier. Est-ce un phénomène nouveau ? Loin de là, comme le rappelle Émeric Bréhier, directeur de l Observatoire de la vie politique de la Fondation Jean-Jaurès, si on regarde les précédents scrutins sous la V e République. Reste que plusieurs facteurs permettent un écrémage pour clarifier la ligne de départ effective pour l élection à la présidence de la République. Le « bal des prétendants », la « course des petits chevaux », le « concours des égos », voilà quelques-unes des expressions utilisées quasiment à chaque veille d’élection présidentielle. Le moins que l’on puisse dire est que, à moins d’un an, celle de 2027 ne nous déçoit en rien. Le sentiment peut même étreindre nombre d’entre nous d’être face à un nombre de candidatures qui ne cessent de se multiplier chaque jour qui passe. Bien sûr, nous savons tous que peu d’entre elles iront jusqu’au bout et rares sont celles dont le nom figurera sur les bulletins de vote d’avril et mai prochains. Il n’empêche, on est en droit d’avoir le tournis. D’autant plus que cette multiplication provient presque de toutes les familles politiques. Des candidatures évidentes, d’autres un peu moins Reste toutefois que deux de ces courants politiques disposent de candidats naturels : une gauche perçue – et qui se veut – radicale, et l’extrême droite. Pour la première, la candidature de Jean-Luc Mélenchon non seulement s’impose mais est une évidence. Le « Faites mieux » de 2022 n’aura pas résisté bien longtemps face à la tentation… Sauf à penser que le leader lui-même a constaté qu’aucun de ses proches ne pouvait faire… mieux. Toutefois, il n’est pas le seul à incarner en ce moment des intentions de candidature dans ce courant politique. Ce serait oublier celles de Clémentine Autain, de François Ruffin, de Fabien Roussel, de Nathalie Arthaud, voire d’autres familles révolutionnaires. Toutes ne disposent pas des mêmes logiques partisanes et militantes, mais il n’empêche qu’elles existent en ce début d’été 2026. Pour la seconde, là aussi l’évidence est là. Selon la décision de la justice, Marine Le Pen ou Jordan Bardella porteront – haut – les couleurs du Rassemblement national (RN). Pas de « Faites mieux » ici, juste une décision de justice. Mais là aussi, cette candidature ne sera pas la seule à incarner une famille politique bien plus large que le seul RN. Florian Philippot, ancien du RN, Nicolas Dupont-Aignan de Debout la France – qui est parvenu à retrouver son mandat de maire de Yerres –, François Asselineau de l’UPR, voire Robert Ménard et bien sûr Éric Zemmour – à moins que cela ne soit Sarah Knafo : autant de candidatures prétendant représenter cette famille idéologique. Il apparaît donc que, sous les dehors d’une évidence autour d’une candidature phare, cela n’induit pas qu’aucune autre ne puisse subsister. Ceci peut ne pas être neutre au final car même une petite candidature peut prendre quelques centaines de milliers de voix pouvant coûter très cher. C’est d’ailleurs une accusation portée bien souvent à l’encontre du secrétaire général du Parti communiste français (PCF) par Jean-Luc Mélenchon. Si les eaux au sein de ces deux courants politiques semblent calmes, cela n’empêche pas que plusieurs baigneurs s’essaient à y faire quelques longueurs. Bien différente est la situation au sein des autres familles politiques. Non pas tant en nombre de candidats déclarés que plutôt dans le fait qu’aucune des candidatures ne semble à ce stade s’imposer définitivement. Au sein des Écologistes, certes la candidature de Marine Tondelier a pris quelques longueurs d’avance mais c’est oublier celle du responsable de Génération·s, Benjamin Lucas, député des Yvelines, ainsi que celle de sa collègue des Deux-Sèvres, Delphine Batho, de Génération Écologie. On relèvera que ces deux derniers furent durant de nombreuses années des cadres du Parti socialiste. Au sein de la famille socialiste, là aussi, les intentions de candidatures plus ou moins déclarées sont nombreuses : Olivier Faure, son premier secrétaire, Jérôme Guedj, Carole Delga, Karim Bouamrane, Boris Vallaud, François Hollande, Bernard Cazeneuve et Raphaël Glucksmann, tous ont fait part de leur volonté ou de leur disponibilité. Ce qui est certain, et la liste n’est probablement pas définitive, c’est que tous s’y préparent, d’une manière ou d’une autre. Le tournis nous étreint assurément lorsque l’on prend le temps de se pencher sur chacune de ces intentions. Mais la droite et le centre ne sont – ouf ! – pas en reste. Certes, le patron des Républicains a été récemment légitimé par son parti, mais cela n’empêche pas Michel Barnier, François Baroin, Xavier Bertrand, Dominique de Villepin ou David Lisnard de continuer à avancer leurs pions pour contester la légitimité interne, ou externe, de Bruno Retailleau. Quant à la cosmogonie du « bloc central », outre les candidatures déjà lancées de Gabriel Attal et d’Édouard Philippe, les noms d’Élisabeth Borne ou de Jean Castex, voire de Manuel Valls, continuent à circuler avec plus ou moins d’insistance. Et comme cela ne suffit pas, ou justement en raison d’un sentiment de trop-plein, périodiquement la tentation saisit des hommes d’affaires reconnus : Matthieu Pigasse pour les uns, Michel-Édouard Leclerc pour les autres. Face à ce déferlement, plusieurs questions assaillent les quelques personnes s’y intéressant. Quelques sans doute car pour la plupart de nos concitoyens, tout ceci frise le ridicule et donne plutôt le sentiment d’un désordre politique adossé à peu de propos structurés dont il convient plutôt de se tenir bien éloigné en attendant que le temps fasse le tri. Et il le fera. Cette multiplication est-elle finalement si nouvelle et n’est-elle pas d’un classicisme échevelé avant chaque élection reine de la V e République ? Comment et par quels moyens le tri, au sein de chacune des familles ci-dessus rapidement abordées, s’effectuera-t-il ? Recevez chaque semaine toutes nos analyses dans votre boîte mail Abonnez-vous La multiplication des candidatures : un classique à chaque élection présidentielle ? Prendre un peu de recul en se penchant sur quelques-unes des dernières élections présidentielles permet tout d’abord de relativiser de manière très sensible notre impression rétinienne de foutoir. Ainsi en 1995 , alors qu’au final il y eut neuf candidatures soumises à nos suffrages 1 , plus d’une dizaine – déclarées ou avancées – n’allèrent pas jusqu’au bout : Raymond Barre, Jacques Delors, Michel Rocard, Laurent Fabius, Valéry Giscard d’Estaing notamment. D’autres ne prospérèrent pas tout simplement par leur incapacité à recueillir les parrainages requis : Brice Lalonde, Antoine Waechter ou Max Simeoni furent dans ce cas. En 2002 , on assista à une multiplication de candidatures proposées à nos suffrages. Nul ne l’a oublié puisque celle-ci favorisa à l’évidence le résultat que l’on sait. Au final, ce furent bien seize candidatures que le premier tour dut départager 2 . On en oublierait presque que d’autres furent un temps sur la ligne de départ : Charles Pasqua, Nicolas Miguet, Jacques Cheminade, Antoine Waechter, Brice Lalonde, Pierre Larroutourou, Pierre Rabhi, Dieudonné M Bala M Bala, Renaud Camus. Cinq ans plus tard, en 2007 , si le nombre de candidatures diminua de près d’un quart, elles étaient toutefois encore douze à solliciter nos suffrages 3 . Six ne parvinrent pas à obtenir les parrainages, lorsque d’autres décidèrent de se rallier à l’une des candidatures (Nicolas Hulot, Jean-Pierre Chevènement, Christiane Taubira, Christine Boutin, Bruno Mégret) sans oublier que des primaires furent organisées avec des modalités différentes au sein du PS (entre Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal) ou au sein de la famille écologiste (avec notamment celle de Nicolas Hulot). En 2012 , également, la décantation ne fut pas moindre. On l’a un peu oublié mais nombre de candidatures s’effacèrent progressivement soit par ralliement, soit par manque d’espace politique. Ce fut le cas de Jean-Louis Borloo, Gilles Bourdouleix (alors maire de Cholet), Christine Boutin, Carl LangCarl Lang (ancien secrétaire général du FN), Hervé Morin, Frédéric Nihous. D’autres, à l’issue du processus interne de sélection, au Parti socialiste comme chez EE-LV, s’effacèrent devant le candidat désigné : Martine Aubry, Ségolène Royal, Manuel Valls, Nicolas Hulot notamment en firent ainsi les frais 4 . D’autres enfin furent incapables de réunir une fois de plus les parrainages nécessaires : Dominique de Villepin, Corinne Lepage, François Asselineau, Nicolas Miguet, Patrick Lozès. En définitive, ce furent dix candidatures qui nous furent proposées 5 . Trois enseignements : financement, primaires et parrainages De ce petit rappel émergent trois constats pouvant servir pour qui ne veut pas encore sombrer dans une déprime pré-élection. Tout d’abord, nombre de personnalités se sont déclarées lors de ces dernières élections présidentielles avant tout bonnement de se rétracter, soit en constatant que leur volonté n’avait guère suscité d’écho dans l’opinion, ou plus modestement dans sa famille politique, soit – et cela va parfois de pair – en prenant acte du fait qu’une autre candidature pas très éloignée de ses propres bases idéologiques parvenait quant à elle à rencontrer un écho véritable. Et si, cerise sur le gâteau, ce retrait permettait d’obtenir quelques assurances sur des circonscriptions législatives, une place spécifique dans la campagne, voire des propositions ministérielles en cas de victoire électorale, ce n’était pas forcément négligeable. Cela permettait de se retirer en bon ordre et d’apparaître aux yeux de ses troupes comme ayant le sens du collectif. D’autres ont dû également se retirer faute de financements. On l’oublie trop souvent mais une campagne présidentielle coûte cher, très cher. S’adosser à un parti politique doté d’un financement de la vie politique conséquent n’est pas inutile. Certes, la possibilité d’obtenir un prêt bancaire est toujours possible mais cela est de moins en moins évident, soit parce que les établissements bancaires sont de plus de plus frileux à accompagner telle ou telle formation, soit parce qu’ils attendent de savoir les possibilités réelles des candidatures à l’aide des sondages pour s’assurer de leur solvabilité. Un autre élément s’est un temps imposé ces dernières années pour sélectionner les candidats : les primaires, d’abord fermées – notamment au PS en 1995 –, semi-ouvertes – au PS en 2007 – puis ouvertes selon des modalités évolutives. Elles eurent l’avantage bien souvent – et elles étaient imaginées en grande partie pour cela – de réguler les conflits au sein d’une même organisation politique, voire entre plusieurs organisations de taille différente afin d’éviter l’émiettement électoral. Processus de validation interne dans un premier temps, à la suite de l’échec pour la gauche en 2002, elles devinrent une martingale pour éviter l’élimination au soir du premier tour. Ces primaires sont en quelque sorte le fruit de l’affaissement de la capacité des organisations politiques à faire le ménage chez elles, de la montée en puissance de nouvelles forces politiques conduisant à une concurrence de plus en plus féroce pour accéder au second tour, et de la règle électorale pour la présidentielle qui prévoit que seuls les deux candidats arrivés en tête du premier tour peuvent se maintenir pour le second. Les cas précités montrent d’ailleurs que si ces primaires permirent de « limiter la casse », elles n’empêchèrent en rien la diversité des candidatures. Ainsi, en 2012, à l’issue de la primaire qui avait vu François Hollande être désigné candidat, les communistes, les Insoumis et les Verts présentèrent également un candidat. La primaire n’avait donc pas vocation à dépasser les différents idéologiques majeurs mais bien à sélectionner celle ou celui qui, dans le cadre d’un continuum idéologique avéré, devait représenter la famille politique. Elle n’est donc pas une modalité pour trancher les différends programmatiques, voire doctrinaux, mais bien une modalité de sélection. Si les divergences sont perçues, ou vécues, comme trop fortes, les primaires ne peuvent rien n’y faire. C’était d’ailleurs l’argument de candidats ayant refusé d’y participer et, au premier chef, Jean-Luc Mélenchon. Enfin, demeure la question des parrainages. L’ordonnance organique du 7 novembre 1958 prévoyait que les candidatures devaient être présentées par au moins cinquante membres du collège électoral. L’adoption du principe de l’élection présidentielle au suffrage universel direct à l’automne 1962 ne fait pas disparaître cette volonté de filtrer les candidatures à la magistrature suprême puisque est instauré un parrainage de cent élus issus de dix départements ou territoires d’outre-mer différents. Trois candidats en 1959, six en 1965, sept en 1969 et douze en 1974… Et voilà que le Conseil constitutionnel dans sa déclaration à l’occasion de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle de 1974 appelle à resserrer les conditions d’accès à la candidature. Ce qui sera chose faite à peine deux ans plus tard par la loi organique de juin 1976. Il conviendra alors que les aspirants à la candidature disposent de 500 signatures d’élus nationaux ou territoriaux issus d’au moins trente départements, sans que plus d’un dixième d’entre eux puissent être issus du même département. Dix candidats en 1981, neuf en 1988, neuf en 1995, seize en 2002, douze en 2007, dix en 2012, onze en 2017… Le moins que l’on puisse dire est que si ce dispositif visait à restreindre le nombre de candidatures, l’objectif n’a pas été atteint. Dès lors, rares furent les courants politiques incarnés par une femme ou un homme ne parvenant pas à atteindre ce seuil fatidique des 500 paraphes. À tel point d’ailleurs qu’en 2016 une nouvelle modification de la loi organique prévoit que, désormais, les parrainages sont tous rendus publics (alors qu’auparavant les 500 étaient tirés au sort avant d’être rendus publics parmi l’ensemble des parrains déposés par un candidat) au fur et à mesure de leur réception (et validation) par le Conseil constitutionnel et que, une fois donné, un parrainage ne saurait être retiré. Donner, c’est donner, en quelque sorte. Conclusion De quoi donc la multiplication des prétentions à la candidature est-elle le nom ? Elle n’est tout d’abord pas si inhabituelle que cela à quelques mois de l’échéance. Ensuite, elle est le fruit de l’émergence – ou la réémergence – de forces politiques qui souhaitent proposer à nos concitoyens une lecture idéologique du monde à venir lors de l’élection présidentielle, estimant que les autres organisations ne portent pas suffisamment, ou pas du tout, les éléments qu’ils jugent essentiels. Elle est également le symptôme de l’affaissement des partis à sélectionner, à l’issue de processus internes, la ou le candidat idoine. Les primaires plus ou moins ouvertes qui se sont multipliées depuis 1995 furent en quelque sorte la réponse à cette incapacité de réguler les conflits pouvant déboucher sur des contestations de votes internes. On se souvient ici du congrès de Reims pour les uns, et de l’affrontement Fillon-Copé pour les autres. Toutefois, autant ce mode de désignation peut fonctionner dans le cadre d’un ou plusieurs partis partageant l’essentiel – ou se percevant comme tel –, autant cette solution technique est plus compliquée à mettre en œuvre dès lors que chacun insiste plus sur sa spécificité que sur les éléments partagés. Faute d’un travail doctrinal en amont, il est donc illusoire de penser qu’une primaire puisse réguler la compétition. Seuls les rapports de force issus des enquêtes d’opinion, avec toutes les limites leur incombant, fera sans doute foi. L’écrémage aura donc lieu. Un dernier élément à l’évidence jouera : la capacité à peser dans le scrutin qui s’annonce et donc la possibilité pour la force politique que tel ou tel candidat prétend vouloir représenter à compter non pas seulement lors de la présidentielle mais également lors des élections législatives qui suivront. La division des forces n’est pas de même nature lorsque votre potentiel électoral se situe entre 35 et 40% ou lorsqu’il dépasse péniblement les 25%. Et ce d’autant moins lorsqu’une force politique est estimée à elle seule capable d’atteindre les 30% et qu’une autre dispose d’un socle électoral de 10%. C’est bien cette nouvelle donne stratégique qui devra peser au final dans les discussions, et dans les choix des uns et des autres. L’été est propice à la réflexion et l’automne à la décantation. Il y a fort à parier que la course des « petits chevaux » est encore bien loin du poteau d’arrivée. Crédit photo : Remi Mathis. 1 Lionel Jospin, Jacques Chirac, Édouard Balladur, Jean-Marie Le Pen, Robert Hue, Arlette Laguiller, Philippe de Villiers, Dominique Voynet, Jacques Cheminade. On se souviendra également qu’au sein du PS une primaire interne dut départager l’ancien premier secrétaire Lionel Jospin et son successeur d’alors Henri Emmanuelli. Sans compter celles d’un certain nombre de hiérarques d’alors, dont Jack Lang ou Pierre Joxe. 2 Jacques Chirac, François Bayrou, Jean Saint-Josse, Christine Boutin, Alain Madelin, Bruno Mégret, Jean-Marie Le Pen, Corinne Lepage, Christiane Taubira, Jean-Pierre Chevènement, Robert Hue, Noël Mamère, Lionel Jospin, Olivier Besancenot, Arlette Laguiller, Daniel Gluckstein. 3 François Bayrou, Olivier Besancenot, José Bové, Marie-George Buffet, Arlette Laguiller, Jean-Marie Le Pen, Frédéric Nihous, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, Gérard Schivardi, Philippe de Villiers, Dominique Voynet. 4 À ceux-ci s’ajoute évidemment la candidature d’évidence de Dominique Strauss-Kahn qui sombra dans une nuit new-yorkaise. 5 François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, Nathalie Arthaud, Jacques Cheminade, Philippe Poutou, Nicolas Dupont-Aignan, Eva Joly. The post Les « petits chevaux » de la présidentielle. Histoire et raisons de la multiplication des candidats appeared first on Fondation Jean-Jaurès .
Rapport
06 · Méthodologie · le filtre LLM curatif

Comment on choisit.

01

Le scrape passif, toutes les nuits

Chaque nuit, le pipeline interroge les flux RSS et les pages de publication des instituts suivis. Tout ce qui est nouveau atterrit dans une file brute — environ 80 documents par nuit.

02

Le filtre LLM curatif

Un modèle relit chaque publication, extrait le sujet, le format, la taille, et écarte les contenus trop courts ou trop périphériques (newsletters, événements, billets internes). Restent en moyenne 12 documents par nuit.

03

L'épinglage hebdo

Chaque semaine, deux journalistes AFK relisent les documents retenus, en épinglent jusqu'à trois (« À la une »), et identifient les questions qui méritent une lecture croisée — vérification manuelle des angles.

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