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18 instituts suivis · curation LLM nocturne
Idées · 18 instituts · 3 hors-axe · curation LLM

Notes, rapports,

sondages.

Les think-tanks, fondations et instituts de sondage publient des centaines de pages chaque semaine — AFK suit, classe par sensibilité politique, et fait remonter ce qui vaut le coup. De l'extrême gauche à l'extrême droite, on lit tout — on signale d'où parle qui.

01 · Spectre politique · 18 instituts classés

On dit d'où parle qui.

Les instituts sont placés sur un axe gauche–droite, les instituts de sondage classés à part. Le placement est fait par la rédaction AFK, à partir de la ligne éditoriale assumée par chaque institut — il ne préjuge pas de la rigueur des travaux.

Hors-axe · instituts de sondage
CL
Cluster17
EL
Elabe
4 pubs
IF
IFOP
11 pubs
← Extrême gauche
Extrême droite →
RP
Révolution Permanente
extrême gauche · 95/sem
Contretemps
extrême gauche · 11/sem
CO
FJ
Fondation Jean-Jaurès
gauche · 37/sem
Institut La Boétie
gauche · 4/sem
IL
IR
Institut Rousseau
gauche
The Shift Project
gauche · 1/sem
TS
GR
GRIP
centre · 3/sem
Institut Jacques Delors
centre · 32/sem
IJ
IM
Institut Montaigne
centre · 25/sem
IRIS
centre · 22/sem
IR
TN
Terra Nova
centre · 5/sem
Institut des Libertés
droite · 9/sem
ID
IT
Institut Thomas More
droite · 14/sem
Institut Iliade
extrême droite · 5/sem
II
PO
Polémia
extrême droite · 24/sem
← Extr. gauche Extr. droite →
RP
Révolution Permanente
extrême gauche
95/sem
CO
Contretemps
extrême gauche
11/sem
FJ
Fondation Jean-Jaurès
gauche
37/sem
IL
Institut La Boétie
gauche
4/sem
IR
Institut Rousseau
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TS
The Shift Project
gauche
1/sem
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GRIP
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Institut Jacques Delors
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32/sem
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Institut Montaigne
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25/sem
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IRIS
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22/sem
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Terra Nova
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5/sem
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Institut des Libertés
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9/sem
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Institut Thomas More
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14/sem
II
Institut Iliade
extrême droite
5/sem
PO
Polémia
extrême droite
24/sem
Curation rédactionnelle · classement par ligne éditoriale assumée · positions revues chaque trimestre
02 · À la une · épinglés par la rédac

Trois textes qui méritent votre temps.

Notes longues, rapports denses, démonstrations chiffrées — pris en charge par la rédaction AFK. On lit tout, on signale ce qui vaut le coup.

Épinglés par la rédac · 3 places maximum
J
Fondation Jean-Jaurès
gauche
★ Épinglé · Rapport

Éco-populisme : l’intérêt politique d’un concept polémique

Dans le monde, une nouvelle génération de dirigeants écologistes fait le pari que l’écologie ne peut gagner que si elle répond aussi aux préoccupations quotidiennes des classes moyennes et populaires, quitte à verser dans une forme d éco-populisme revendiqué. Dans cette note, Théodore Tallent, doctorant au Centre d études européennes et de politique comparée à Sciences Po, rappelle que, derrière les excès rhétoriques, il y a un diagnostic qui tient. Il estime que c est ce diagnostic-là, débarrassé de sa rhétorique populiste, qui devrait inspirer en France les écologistes, la gauche sociale-démocrate et les progressistes. Quelque chose gronde dans la politique climatique à gauche. Au Royaume-Uni, Zack Polanski a pris la tête du Parti vert (Green Party of England and Wales, GPEW) en septembre 2025 avec 85% des voix des adhérents – un score historique – et empoche des succès électoraux en affirmant sans détour vouloir faire de son parti un mouvement « éco-populiste ». Une proposition provocante – et largement discutable – mais qui cache (au moins en partie) un diagnostic pertinent : résoudre la crise climatique en répondant aux problèmes des gens et en rééquilibrant les injustices. La tentation du populisme vert Ce mouvement de l’autre côté de la Manche n’est pas sans rappeler ce qui se passe ailleurs. Aux États-Unis, Alexandria Ocasio-Cortez porte depuis 2019 un « Green New Deal » qui lie explicitement urgence écologique et justice économique : rénover les logements sociaux, créer des emplois verts dans les quartiers populaires, financer la transition par une fiscalité plus progressive. Son pari : l’écologie ne peut gagner que si elle répond aussi aux préoccupations quotidiennes des classes moyennes et populaires. À New York, Zohran Mamdani a été élu maire en novembre 2025 avec plus d un million de voix – la meilleure performance depuis 1969 – en faisant campagne non pas directement sur le climat, mais sur le coût de la vie : bus gratuits, gel des loyers, crèches accessibles, taxation des ultra-riches. Son administration, depuis le 1 er janvier 2026, tente de démontrer que l agenda social et l’agenda écologique sont indissociables. Alors qu’un New-Yorkais sur cinq a du mal à payer le tarif des transports 1 , Mamdani souhaite, par exemple rendre les bus plus efficaces et gratuits – le tout, financé par une taxe sur les ultra-riches. Réduire la dépendance à la voiture n’est pas présenté comme une contrainte écologique, mais comme une promesse de vie meilleure, financée par une politique de justice fiscale. Au Royaume-Uni, Zack Polanski pousse cette logique jusqu à son terme en assumant l étiquette populiste. Dans un discours adressé à la New Economics Foundation en mars 2026, il résume son projet en trois questions : « Comment rendre la vie plus abordable ? Comment soutenir la majorité qui travaille face à l élite qui s enrichit ? Comment protéger notre planète pour les générations futures ? ». À l’automne 2025, lors du vote du budget travailliste, il interpelle le gouvernement : « C’est un choix politique de maintenir des enfants dans la pauvreté pendant que les milliardaires et multimillionnaires s’enrichissent ». Son parti propose alors un impôt sur la richesse, la renationalisation des sociétés d’eau, et fait de la justice fiscale la clé de voûte de la transition écologique. En quelques mois, les Verts britanniques ont vu leur représentation parlementaire et locale exploser – et dépasser les 200 000 adhérents. Ces succès méritent pourtant d être regardés avec lucidité. Celui de Mamdani doit beaucoup à un contexte très particulier : une ville exaspérée par des décennies de gestion erratique, un afflux massif de financements décidés par l’État de New York sous la gouverneure Hochul, et des équilibres budgétaires qui doivent autant aux reports de dépenses de retraites qu’à une politique fiscale de gauche. Quant aux Verts britanniques, leur percée s’explique en grande partie par l’effondrement du Labour de Keir Starmer et par des campagnes souvent davantage centrées sur des sujets connexes, comme Gaza ou le coût de la vie, que sur l écologie. Le buzz autour de ce populisme de gauche est réel. Ses fondements, parfois, le sont moins. Le mot « populisme » lui-même, revendiqué par Zack Polanski, mérite d’être interrogé. Dans sa logique profonde, il divise la société en deux camps antagonistes, se nourrit du ressentiment, fracture plutôt qu’il n unit. Il promet parfois l impossible, simplifie ce qui est complexe, et peut servir d écran de fumée à des programmes dont la réalité reste à démontrer. On sait où mène ce style politique quand il s’installe : à droite, il est déjà en train d abîmer nos démocraties. Ce n est ni un modèle ni une méthode de gouvernement. Et ce serait une erreur de croire qu il suffit d en faire une version de gauche pour en corriger les défauts. Mais il serait trop commode d effacer d un trait de crayon ce que ces courants ont malgré tout identifié. Car, derrière les excès rhétoriques et les contextes électoraux favorables, il y a un diagnostic qui tient – et que ma recherche commence à documenter. C est ce diagnostic-là, débarrassé de sa rhétorique populiste, qui devrait inspirer les écologistes, la gauche sociale-démocrate et les progressistes. Recevez chaque semaine toutes nos analyses dans votre boîte mail Abonnez-vous Ce que les gens disent vraiment sur la transition In fine , ce qui explique cette montée en puissance de cette gauche populiste, ce n’est certainement pas leurs discours sur les objectifs d’émissions ou les engagements climatiques. Non – ils gagnent du terrain sur un sentiment d’injustice face aux inégalités, à la fragilité de nombreux ménages, à l’impunité des élites, à un système politique qui demande des sacrifices aux citoyens ordinaires pendant que les plus puissants continuent comme avant. Zack Polanski définissait d’ailleurs ainsi l’éco-populisme, lors d’une interview parue en juillet 2025 : « Ce que signifie l’éco-populisme, c’est que, plutôt que d’aborder directement la crise climatique, je reconnais que si les gens ont du mal à se nourrir, à chauffer leur maison, s’ils ne savent pas s’ils pourront se rendre au travail ou même s’ils pourront garder leur emploi, la crise climatique leur apparaît comme une menace très lointaine. Bien sûr, la crise climatique n’est pas une menace lointaine : elle est là, juste devant nous, et elle se déroule en ce moment même. [ ] Et ce sont souvent ceux qui ont le moins contribué à la provoquer qui subissent les pires conséquences. Je peux bien dire tout cela, mais si vous avez du mal à payer votre loyer… […] Tout parti qui se soucie de la crise climatique doit rallier ce type de majorité. C’est ce que j’appelle l’éco-populisme : reconnaître qu’il s’agit d’une opposition entre les 99% et les 1% 2 ». Ce diagnostic, aussi provocateur soit-il dans sa formulation, trouve un écho troublant dans les données. Dans ma recherche, j’ai conduit des entretiens approfondis avec plus de soixante citoyens dans plusieurs régions de France – zones rurales, périurbaines, industrielles. Ce qui m’a frappé, c’est que la résistance aux politiques climatiques n’est que rarement issue d’un scepticisme sur le changement climatique lui-même. Elle naît d’un sentiment d’injustice – qui s exprime sur deux registres distincts. Le premier est matériel. Les conversations ne commencent jamais par les objectifs de réduction des émissions. Elles commencent par le prix de l essence, l absence de bus, le coût de l isolation, la difficulté de se chauffer. Les gens ne refusent pas la transition – ils demandent qu’elle soit accompagnée : des aides concrètes pour changer de véhicule, isoler son logement, accéder à des transports alternatifs. Sans cela, chaque mesure climatique est vécue comme une charge supplémentaire imposée à ceux qui ont déjà le moins de marges de manœuvre. Cette dimension est aujourd hui mieux comprise par les décideurs, même si elle reste insuffisamment mise en œuvre. Mais elle ne suffit pas. Car même lorsque les coûts sont compensés, quelque chose d autre bloque. C est là qu intervient le second registre – et c est celui que les éco-populistes ont, eux, clairement identifié. Ce registre est symbolique. Même chez ceux qui font déjà des efforts, il y a une condition implicite au consentement : que l effort soit partagé. Un maire d’une petite commune, lui-même engagé dans la transition, le formule ainsi : « Maintenant, il faut faire gaffe à l électricité, il faut faire gaffe à l eau, l essence, ça devient trop cher, et on voit les mecs qui prennent l’avion pour aller de Marseille à Nice. C est pas possible. C est pas parce qu on a du pognon qu on a le droit de polluer plus. Ça, c est fini, ça ». Un jeune homme vivant dans le bassin industriel lorrain fait le même constat, mais du côté des élites politiques. Il cite la proposition de Jean-Marc Jancovici de drastiquement limiter le recours à l avion et ajoute, en prenant l’exemple de Gabriel Attal et Élisabeth Borne 3 : « Quand après tu vois des politiques qui prennent l avion de Paris pour aller en Bretagne pour une sortie scolaire, et que le mec une heure après est de retour à l Assemblée nationale, qui fait de grands discours moralisateurs sur « oui, il faut faire attention », que les élèves vont planter des arbres J ai l impression qu on se fout un peu de nous ». Ce n est pas de la colère irrationnelle. C est une double demande : des améliorations concrètes dans la vie quotidienne, et de la réciprocité de la part de ceux qui demandent les efforts. C est précisément ce que le discours éco-populiste a saisi – même s’il le formule parfois d une manière qui amplifie le conflit plutôt qu’il ne le résout. Des politiques symboliques pour construire l’adhésion Pour tester cette intuition rigoureusement, j’ai mené avec deux collègues une étude scientifique dont les résultats sont saisissants 4 . Nous avons soumis à plus de 2600 personnes une proposition notoirement conflictuelle, depuis son rejet par Emmanuel Macron après la Convention citoyenne pour le climat : réduire la limite de vitesse sur les autoroutes à 110 km/h. Présentée seule, elle partage l’opinion en deux – 49% de soutien. Mais lorsqu’on indique que les ministres devront eux-mêmes prendre le train plutôt que l’avion pour leurs déplacements, le soutien bondit à 75%. Et lorsqu’on ajoute, à la place, une interdiction des jets privés pour les plus riches, il atteint 74%. Ce ne sont pas des effets marginaux. Ce sont des transformations profondes : la politique n’est plus vécue comme une contrainte imposée d’en haut, mais comme un effort partagé où pouvoir et responsabilité sont enfin alignés. Surtout, l’opinion des Français sur la politique et l’action écologique s’améliore. Les perceptions d’équité progressent. La confiance dans la crédibilité du gouvernement s’améliore. Les citoyens ont le sentiment que leurs préoccupations sont prises en compte. Et les effets dépassent la seule mesure testée. Une deuxième expérience menée auprès de 3000 Français portant cette fois sur la taxe carbone et la distance des élites – symboles de la crise des « gilets jaunes » – montre des effets similaires : accompagnée d’une promesse de participation citoyenne (un simple débat parlementaire annuel sur une mesure proposée par les citoyens), l’adhésion à la taxe carbone s’améliore significativement. La leçon de cette étude est d’une simplicité confondante : les citoyens ne résistent pas à l’effort collectif. Ils résistent à l’idée d’être les seuls à le faire – sans être écoutés. Une politique juste, pas un style populiste Inutile, cependant, de reprendre le terme « éco-populisme » à son compte. Non seulement parce qu’il renvoie à une logique de fracture, mais parce qu’il pose mal le problème. La question n’est pas d’opposer un « peuple » vertueux à des « élites » corrompues. Elle est de construire une politique écologique qui soit perçue – et vécue – comme un projet commun, dont les règles s’appliquent à tous. Cela suppose deux engagements simultanés. Le premier est évidemment matériel et concret : aider à l’isolation des logements, soutenir le passage aux véhicules propres pour ceux qui n’en ont pas les moyens, investir dans les transports publics là où ils sont absents, compenser les hausses de coûts énergétiques ou de l’alimentation bio pour les ménages vulnérables. La transition doit être ressentie dans les factures et dans les alternatives disponibles – dans le sentiment qu’elle travaille pour vous, pas seulement contre vous. Le second est tout aussi fondamental : des contraintes réelles sur les comportements les plus émetteurs en haut de l’échelle sociale. Interdire les jets privés. Taxer les excès climatiques des milliardaires. S’assurer que les élus qui imposent des restrictions s’y soumettent eux-mêmes. Ce n’est pas du symbole vain mais de la crédibilité politique, et ma recherche montre que c’est une condition du soutien populaire. Cette double exigence est urgente. En France, la politique de sacrifice inégal est instable : elle a déjà mis le feu aux ronds-points en 2018. Elle alimente aujourd’hui la montée des partis d’extrême droite qui ont fait de l’opposition aux politiques climatiques un fonds de commerce électoral. La réponse n’est pas d’abandonner l’ambition écologique, mais bien d’en rendre les termes véritablement équitables. Ce que montre ma recherche est pourtant clair : l’obstacle à la transition écologique n’a jamais été l’indifférence des citoyens. Il a été le sentiment justifié que les règles, très contraignantes pour les individus, ne s’appliquent pas à tout le monde. L’éco-populisme a le mérite de nommer ce problème. Il appartient à la gauche écologique et sociale-démocrate, ainsi qu’aux progressistes divers d’y répondre – non pas en imitant ses excès, mais en traduisant son diagnostic en politique juste, crédible et efficace. Parfois, cela commence par clouer au sol quelques jets privés – ou taxer quelques milliardaires. 1 Stefanos Chen, « Mamdani wants free buses for all. The City Council has different ideas », The New York Times , 7 mai 2026. 2 « I interviewed the man who wants to lead the Green Party #1 », Protect the Wild , 24 juillet 2025. 3 Antoine LLorca avec AFP, « Borne et Attal prennent l avion pour un trajet Paris-Rennes de 38 minutes, la gauche indignée », TF1 Info , 5 septembre 2023. 4 Théodore Tallent, Malo Jan et Luis Sattelmayer, « More than Symbols: The Effect of Symbolic Policies on Climate Policy Support », American Political Science Review , vol. 1, n°21 19 janvier 2026. The post Éco-populisme : l’intérêt politique d’un concept polémique appeared first on Fondation Jean-Jaurès .

01 juin 2026 · Rapport · Roman Bornstein
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J
Institut Jacques Delors
centre
★ Épinglé · Rapport

« Magnifica Humanitas », une encyclique aussi révolutionnaire que l’IA

Une fois n’est pas coutume : c’est une encyclique papale qui devrait retenir notre attention. « Magnifica Humanitas », lettre encyclique « sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle », a été publiée le 25 mai 2026 : il s’agit d’une longue réflexion du pape Léon XIV centrée sur l’Intelligence artificielle et les risques qu’elle fait courir à la démocratie, aux valeurs, à la structuration du monde, et plus fondamentalement à la dignité et l’intégrité humaines. Contrairement à l’arme nucléaire, condamnée par l’Eglise en 1963, le pape ne rejette pas cette innovation technologique : il veut juste alerter sur le mésusage du numérique qu’il qualifie « d’espace de prédation ». Il est frappant de voir comment la papauté sait à chaque fois déceler, dans le chaos planétaire, les ruptures majeures qui affecteront le monde et surtout le rapport de l’homme au monde : en 1963, Jean XXIII, en pleine guerre froide, publie l’encyclique « Pacem in terris », qui condamne non seulement l’usage mais aussi la possession de l’arme nucléaire. En 1991, c’est Jean Paul II qui publie « Centesimus annus » qui célèbre la chute du communisme en Europe. En 2015, le pape Francois publie « Laudato si », qui alerte sur le réchauffement climatique et la nécessité de protéger la terre des hommes. « Magnifica Humanitas » se situe exactement dans cette tradition. L’acuité et la pertinence de la pensée du Vatican sur les grands enjeux de notre temps semblent difficilement contestables. Le message est sans appel : sur plus de 100 pages, le texte analyse les dangers que l’IA fait courir à l’humanité. Pour donner du poids à cette analyse, le pape avait invité à ses côtés, lors de la présentation officielle de l’encyclique, l’un des créateurs d’Anthropic, Christopher Olah, inventeur du modèle « Claude ». Ce milliardaire canadien, catholique fervent, s’est fait connaître pour son plaidoyer en faveur d’une IA « responsable ». Il est en conflit ouvert avec l’administration américaine sur la non-utilisation de ses systèmes à des fins militaires. Le pape lui a donné la parole juste après sa présentation, une première semble-t-il dans les protocoles vaticanesques. L’encyclique dénonce d’abord un risque de retour à l’esclavagisme, pour les travailleurs qui exploitent les métaux rares, et le spectre d’une aggravation des inégalités planétaires, entre ceux qui maitriseront l’IA et les autres. L‘enjeu économique est également très présent : il n’est pas sûr en effet que cette quatrième révolution technologique créée de nouveaux emplois ; au contraire, c’est la disparition excessive du travail qui inquiète le pape. Le risque environnemental est également pris en compte, sur la base d’un nombre monstrueux de data centers et d’utilisation massive des ressources de la planète. Viennent ensuite les deux grands sujets au cœur de cette encyclique. Le risque politique d’une part, sous la forme d’une réflexion très profonde sur ce que devient sur la puissance à l’ère de de l’IA : collusion entre les Etats et les entreprises, distorsion de la vérité qui sape la base essentielle de la démocratie, révolution dans les risques de guerres, exploitation massive de l’humanité par les quelques puissances détentrices de l’IA, etc. Le risque spirituel contre l’Humain d’autre part : l’encyclique élabore longuement sur les dommages faits à l’intelligence humaine, la marchandisation des données, la décérébration des jeunes opérée par les algorithmes des réseaux sociaux, la négation de la dignité humaine dans la recherche d’un profit maximal, l’hubris coupable du transhumanisme qui défie la nature et la finitude de l’homme etc. A l’issue de ce long réquisitoire, Léon XIV avance deux propositions : imposer des contrôles politiques au développement de l’IA, par le biais notamment d’un nouveau multilatéralisme éloigné de l’obsession de puissance, et repenser l’éducation de la jeunesse en lui apprenant à « jeuner » de l’IA ». Plaisanterie mise à part, on dirait du Thierry Breton dans le texte. Rien n’est plus proche en effet de la conception européenne de l’IA que cette encyclique papale : la nécessité d’un contrôle politique sur l’innovation de pointe, la protection du citoyen consommateur, le respect de la vie privée et de la liberté humaine, autant de valeurs qui nous unissent à ce pape qui n’a d’américain que son lieu de naissance. L’encyclique propose également une analyse géopolitique tout simplement remarquable. Le texte indique d’emblée que « la révolution numérique est en train de modifier la grammaire des conflits ». Il développe une pensée de la guerre à la fois traditionnelle au Vatican et très moderne. La notion de « guerre juste », au-delà de la stricte légitime défense, a déjà été réfutée par le pape François en 2020, dans son encyclique « Fratelli tutti ». Le pape Léon XIV confirme cet abandon d’un concept qui remontait à St Thomas d’Aquin. Mais il avance aussi une conception géopolitique que ne renierait pas les plus fins stratèges. A ses yeux, nous sommes en train de vivre « une guerre mondiale par morceaux », caractérisée par l’abaissement continu du seuil d’emploi de la force. A cet égard, il insiste sur l’urgence de « désarmer l’IA », notamment de lui enlever la capacité de désigner des cibles sans contrôle humain et de permettre la propagation des guerres hybrides où l’identité de l’agresseur, et donc sa responsabilité, disparaissent : « aucun algorithme ne peut rendre la guerre moralement acceptable ». Les effets psychologiques de l’IA sur les réseaux sociaux, dans la mesure où ils inculquent une culture de la violence, de la passivité et de la résignation, sont également dans le viseur du texte. Adressée comme le veut la règle à tous les évêques du monde, cette encyclique est en réalité aussi révolutionnaire que l’IA elle-même. Contre le déni des valeurs et de la démocratie, contre la puissance de l’argent, les folies scientifiques, les soifs de pouvoir, le pape ne propose rien moins qu’un nouvel humanisme pour le XXI° siècle. Aux Etats-Unis, alors que 70% de citoyens se disent chrétiens, et que 21% se revendiquent catholiques, l’enjeu est majeur. Quelque temps avant la publication de ce texte, les plus grandes entreprises de la Tech, Meta, Google, Amazon, avaient d’ailleurs dépêché leurs ambassadeurs au Vatican pour tenter de plaider leur cause auprès de Léon XIV. Sans succès. Steeve Bannon, proche de Donald Trump, catholique convaincu, vient également d’envoyer une lettre ouverte à Donald Trump sur le thème « Humans first », et non plus seulement « America first » : la bataille idéologique du second mandat de Trump, entre les ultra-conservateurs et les seigneurs de la Tech, est bel et bien lancée. Mutatis mutandis, elle fait écho à la grande bataille idéologique et spirituelle que Léon XIV expose comme le choix existentiel de ce siècle : « ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l humanité habitent ensemble ». Point n’est besoin d’être très croyant pour y trouver morale à son goût.

01 juin 2026 · Rapport · Nicole Gnesotto
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IRIS
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★ Épinglé · Rapport

Trump et l’Afrique : du commerce aux expulsions

L’administration Trump a présenté les grandes lignes de sa politique africaine « America First ». L’accent est mis sur le principe du « commerce plutôt que l’aide », avec une priorité accordée à l’accès américain aux terres rares et aux ressources primaires africaines, à la coopération avec certains partenaires dans le secteur de la santé, aux efforts de résolution des conflits dans quelques zones (notamment en République démocratique du Congo et au Soudan), ainsi qu’à la collaboration avec des partenaires africains dans la lutte contre les menaces terroristes. Compte tenu de l’importance de cette question pour le président et son équipe, l’immigration est également devenue une priorité majeure dans les relations de Washington avec le continent. De manière très visible, l’administration a cherché à réduire drastiquement le nombre d’immigrants africains venant aux États-Unis ou y résidant. En janvier 2026, le gouvernement américain a suspendu unilatéralement la délivrance de tous les visas aux ressortissants de onze pays d’Afrique subsaharienne et imposé une interdiction partielle à quatorze autres. Ces mesures concernent à la fois les visas de visiteur et les visas d’immigration et touchent certains des partenaires les plus importants des États-Unis dans la région (Angola, Nigeria, Sénégal, Tanzanie, etc.). Même lorsque des visas de visiteur peuvent encore être délivrés aux Africains, l’administration a instauré de nouvelles restrictions particulièrement contraignantes. Au Nigeria, par exemple, les demandeurs dont le visa est approuvé doivent désormais déposer une caution de 15 000 dollars avant que leur visa ne soit délivré. Les expulsions d’Africains déjà présents aux États-Unis ont également augmenté de manière significative sous Trump. Ces politiques vont clairement à l’encontre d’autres objectifs affichés par les États-Unis dans la région, notamment le renforcement des liens économiques, mais elles s’inscrivent parfaitement dans le cadre plus large du programme intérieur de Trump. De façon surprenante, l’Afrique joue également un rôle dans la politique mondiale d’immigration de Trump. L’administration, avec le soutien direct du président lui-même, a activement recherché des partenaires africains prêts à accueillir des personnes expulsées de pays tiers, même lorsqu’elles n’ont aucun lien avec le pays d’accueil, ni même avec l’Afrique. D’une manière générale, cette pratique est légale au regard du droit américain de l’immigration, bien qu’il existe certains cas particuliers où elle ne l’est pas. En 2025, la Cour suprême a confirmé le droit du gouvernement à procéder à de telles expulsions ; plus récemment, une juridiction inférieure a estimé que les immigrés devaient disposer d’un délai pour contester les expulsions vers un pays tiers, mais cette affaire est toujours en cours d’examen. Le droit international n’interdit pas non plus ce type d’expulsion, à condition qu’il n’existe pas de risque substantiel de persécution ou de torture. Il est probable que les responsables de l’administration Trump se soient inspirés d’un projet britannique de 2022, soutenu par le gouvernement de Boris Johnson, visant à expulser un grand nombre de ressortissants de pays tiers vers le Rwanda en échange de centaines de millions de livres sterling d’aide britannique. (Cette mesure a finalement été abandonnée après des contestations judiciaires et le départ du Parti conservateur du pouvoir.) Jusqu’à présent, l’administration a conclu des accords avec au moins sept pays africains, bien que le Département d’État ait fourni peu de détails. Il s’agit notamment du Rwanda, du Soudan du Sud, de l’Eswatini, de l’Ouganda, du Ghana, du Cameroun et de la République démocratique du Congo. Des informations relayées par les médias indiquent également que la Guinée équatoriale, la Sierra Leone et le Liberia pourraient avoir accepté d’accueillir des expulsés en provenance des États-Unis. Ces accords comprennent des montants modestes d’aide américaine — généralement entre 5 et 7 millions de dollars — destinés à soutenir l’accueil des personnes expulsées. Le président Trump aurait personnellement promu les expulsions vers des pays tiers lors de son « mini-sommet » de juillet 2025 à Washington avec les dirigeants de la Mauritanie, du Gabon, du Sénégal, de la Guinée-Bissau et du Liberia. Jusqu’à présent, le nombre d’expulsions réalisées dans le cadre de ces accords semble toutefois limité, probablement à quelques dizaines de personnes par pays au maximum. Étant donné que l’administration cherche à expulser des milliers d’immigrants chaque jour, pourquoi déployer autant d’efforts pour seulement quelques expulsions vers l’Afrique ? Plusieurs explications plausibles peuvent être avancées. Premièrement, il y a l’effet dissuasif de l’exil en Afrique. Indépendamment du nombre réel d’immigrants expulsés vers le continent, de nombreux candidats à l’immigration peuvent être effrayés par cette perspective. Un jeune Mexicain ou Vénézuélien cherchant une nouvelle vie aux États-Unis peut être prêt à courir le risque d’être renvoyé dans son pays d’origine, ou même dans un pays voisin familier, pour tenter sa chance dans la réalisation du rêve américain. Ce calcul peut changer considérablement si une arrestation par l’ICE signifie être envoyée dans un pays africain éloigné offrant des garanties de protection des droits humains incertaines. Deuxièmement, l’administration cherche presque certainement à développer des capacités d’accueil en prévision d’éventuels besoins futurs, notamment dans des pays peu susceptibles de contester d’éventuels abus. Face à la forte pression exercée par la Maison-Blanche et le Département de la sécurité intérieure pour expulser des millions d’immigrants, les responsables américains de l’immigration doivent être désespérément à la recherche d’endroits où ils peuvent transférer rapidement les cas les plus problématiques. On peut également supposer qu’ils souhaitent se décharger complètement de ces dossiers une fois les personnes arrivées sur le continent, même si toutes les procédures n’ont pas été scrupuleusement respectées. En mai, l’ICE a expulsé une Colombienne vers Kinshasa alors que le gouvernement congolais avait auparavant refusé de l’accueillir pour des raisons de santé. (Un juge américain a par la suite ordonné son retour aux États-Unis, mais il n’est pas clair si l’ICE s’est conformée à cette décision). Enfin, certains critiques estiment que ces accords pourraient être conçus pour contourner le droit américain ou international. Plus précisément, ils craignent que les expulsions vers des pays tiers ne conduisent ensuite à des renvois vers des États où les personnes concernées risquent des persécutions. Cette inquiétude est particulièrement forte pour les demandeurs d’asile qui pourraient finalement être renvoyés dans leur pays d’origine et exposés aux persécutions mêmes qu’ils avaient cherché à fuir. En février 2026, la minorité démocrate de la Commission des relations extérieures du Sénat a publié un rapport très critique sur cette pratique. Les auteurs ont souligné que la majorité des personnes expulsées vers des pays tiers par l’administration Trump bénéficiaient de protections ordonnées par les tribunaux. Le rapport cite notamment des cas d’immigrants protégés qui ont été envoyés au Ghana et en Guinée équatoriale avant d’être renvoyés par la suite dans leur pays d’origine. La juge saisie de ces affaires a déclaré dans sa décision : « Ces actions semblent également s’inscrire dans un schéma plus large et dans un effort généralisé visant à contourner les obligations légales du gouvernement américain en faisant indirectement ce qu’il ne peut pas faire directement. » Retrouvez régulièrement les éditos de Jeff Hawkins, ancien diplomate américain, chercheur associé à l’IRIS, pour ses Carnets d’un vétéran du State Department. L’article Trump et l’Afrique : du commerce aux expulsions est apparu en premier sur IRIS .

01 juin 2026 · Rapport · Déborah Yapi
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03 · Lectures croisées · nouveauté éditoriale

Une question.
Plusieurs bords.

↺ Lecture croisée 2 instituts · 2 bords

« Quels sont les enjeux géopolitiques et les scénarios possibles pour Cuba face à la pression américaine, et comment le régime castriste instrumentalise-t-il cette menace ? »

M
Institut Montaigne
centre
NUANCÉ — Analyse géopolitique et prospective
« Le régime castriste instrumentalise la menace américaine pour renforcer son contrôle interne, mais une transition sans intervention militaire reste possible, bien que incertaine. »
P
Polémia
extrême droite
POUR — Spéculation alarmiste
« Sous couvert de transition démocratique, une opération militaire américaine à Cuba, inspirée du Venezuela, pourrait être envisagée par Trump pour détourner l’attention des échecs en Iran. »
⋯ La synthèse AFK

Les deux publications analysent la pression américaine sur Cuba, mais avec des angles et des conclusions radicalement opposés. L’Institut Montaigne adopte une approche géopolitique et prospective, soulignant la stratégie de survie du régime castriste face à une menace perçue comme existentielle, tout en explorant des scénarios de transition sans intervention militaire directe. Polémia, en revanche, adopte un ton alarmiste et spéculatif, évoquant une possible opération militaire américaine inspirée du Venezuela, sans étayer cette hypothèse par des éléments concrets. Si le premier think-tank propose une analyse nuancée et documentée, le second verse dans la conjecture, reflétant des biais idéologiques plus marqués.

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« Comment les médias et les institutions ont-ils réagi à la victoire du PSG en finale de la Ligue des champions, et quelle lecture politique en faire ? »

R
Révolution Permanente
extrême gauche
POUR
La répression policière et médiatique contre les supporters du PSG, majoritairement issus des quartiers populaires, révèle une criminalisation systématique de la joie des classes opprimées, masquée par un discours raciste et bourgeois.
P
Polémia
extrême droite
POUR
La victoire du PSG a été entachée par des émeutes urbaines, illustrant une fois de plus l'incapacité des institutions à gérer l'ordre public face à des populations issues de l'immigration.
⋯ La synthèse AFK

La victoire du PSG a cristallisé des tensions sociales et médiatiques, où la répression policière et les discours xénophobes se sont conjugués pour stigmatiser les classes populaires et racisées. Si la gauche radicale y voit une manifestation de la lutte des classes et du racisme d'État, l'extrême droite en fait un prétexte pour alimenter ses thèses sur l'insécurité et l'immigration. Les deux approches, bien que diamétralement opposées, partagent une vision conflictuelle de la société, où la victoire sportive devient un miroir des inégalités structurelles.

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DATE
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PUBLICATION
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07 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
Déclaration du CRP-QI : « Soutien à la rébellion ouvrière, paysanne et indigène en Bolivie ! »
Nous publions ci-dessous la déclaration du Courant Révolution Permanente – Quatrième Internationale face à la rébellion ouvrière, populaire, paysanne et indigène qui secoue la Bolivie. La rébellion populaire contre le gouvernement de Rodrigo Paz dure maintenant depuis plus d'un mois. Des dizaines de milliers de travailleurs, habitants, membres de syndicats de différents secteurs, transporteurs, paysans, mineurs, femmes et peuples autochtones mènent des mobilisations massives, des marches et des blocages routiers, avec plus de 90 points de blocage dans tout le pays, et exigent la démission du président et l'abrogation des politiques d'ajustement néolibéral qui frappent le peuple bolivien. Paz menace de décréter l'État d'urgence tout en militarisant le pays afin de faire pencher en sa faveur le rapport de force instable entre le gouvernement et la rébellion. Cela se produit dans un contexte d'aggravation de l'ingérence impérialiste dans la région après l'attaque militaire contre le Venezuela, où le président a été enlevé et un protectorat a été de fait imposé, ainsi qu'avec la menace d'une attaque contre Cuba. Le gouvernement de Trump soutient le gouvernement et sa politique austéritaire et qualifie les manifestations de « putschistes ». Ces dernières heures, Rodrigo Paz a envoyé à l'Assemblée législative un projet de loi visant à réglementer les états d'urgence. Derrière un langage mensonger présenté comme « humanitaire » le président cherche à donner carte blanche à la police et aux forces armées contre les blocages et les mobilisations et contre une rébellion qui ne cesse de croître. Ils appellent au dialogue tout en procédant à des arrestations de dirigeants et de manifestants sous forme d'enlèvements, comme ce fut le cas pour Justino Apaza, l'un des dirigeants de la Fédération départementale des conseils de quartier de La Paz et El Alto. Nous sommes face à une opération politique qui cherche à établir une « négociation » dans des conditions « in extremis », afin d'aboutir à un état de siège « contrôlé ». C'est un pari dangereux. Les travailleuses et les travailleurs des campagnes et des villes ont réaffirmé à maintes reprises leur volonté de lutter. Aux manifestations massives s'est ajoutée une grève illimitée des transports, tandis que se sont multipliés les comités auto-convoqués de blocage et de mobilisation qui appellent à radicaliser la lutte et à organiser une grève générale illimitée jusqu'à la chute du gouvernement. La répression étatique a déjà fait six morts au cours du conflit, tandis que les bases populaires demeurent fermes et renforcent l'auto-organisation des blocages malgré les tentatives du pouvoir exécutif de les démanteler. Le gouvernement de Rodrigo Paz et Edmand Lara (le vice-président bolivien) est arrivé au pouvoir grâce aux voix d'une partie importante des secteurs populaires, qui avaient confiance dans ses promesses de défendre les acquis et de freiner la droite raciste de Tuto Quiroga et l'oligarchie de Santa Cruz ; pourtant, à peine installé, il a appliqué le programme de la droite et de l'impérialisme, du « gasolinazo » (hausse brutale des prix du carburant) à la loi foncière favorable aux grands propriétaires terriens, se transformant ainsi en une trahison pour les secteurs ouvriers, populaires, paysans et indigènes qui exigent aujourd'hui sa démission. Le projet gouvernemental cherche à remettre en cause même les concessions limitées de l'État plurinational. Parallèlement, le pouvoir et les médias tentent de délégitimer les manifestations en les dénonçant comme des manœuvres d'Evo Morales, l'ex-président bolivien, cachant ainsi que ce qui éclate dans les rues est un profond mécontentement populaire et une colère massive face au caractère anti-ouvrier et anti-populaire du gouvernement. Tandis que le gouvernement, toute la droite et l'impérialisme criminalisent les manifestants en affirmant qu'ils veulent déstabiliser le pays et mener un coup d'État, les qualifiant de vandales, de terroristes et de narcotrafiquants, le peuple mobilisé à la base affirme au contraire que les véritables putschistes et vandales sont ceux qui gouvernent. Rodrigo Paz est confronté à une contradiction : la répression et la militarisation du pays risquent de radicaliser davantage encore les manifestations. Il n'est pas parvenu à détourner la mobilisation populaire, et les secteurs conciliateurs de la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB) et des organisations paysannes qui ont trahi la lutte contre le « gasolinazo » au mois de janvier sont aujourd'hui dans le viseur des manifestants qui se mobilisent à la base et qui ont déjà dépassé leurs directions, comme le reconnaissent leurs propres dirigeants. La rébellion populaire bolivienne ouvre une voie pour affronter les plans d'austérité tant des gouvernements de droite que de ceux qui se prétendent « progressistes », lesquels maintiennent leur soumission à l'impérialisme de Trump. Celui-ci cherche en effet à mettre en œuvre un plan de pillage de l'Amérique latine en réactivant la doctrine Monroe. Le gouvernement de Rodrigo Paz concentre les intérêts capitalistes en Bolivie ; s'il tombe sous l'effet de la mobilisation populaire, ce sera un signal d'alarme pour tous les gouvernements subordonnés à l'impérialisme et une source d'inspiration pour la classe ouvrière d'Amérique latine. Pour le développement de comités démocratiques de coordination afin d'unifier la lutte ! L'extension des blocages, des grèves et des marches dans tout le pays pose avec urgence la nécessité pour les bases ouvrières, paysannes, de quartier, indigènes et populaires de progresser vers des formes supérieures d'auto-organisation. Face à la passivité des bureaucraties de la Centrale ouvrière bolivienne (COB) et de certaines organisations paysannes, qui refusent de mettre en œuvre la grève générale, ce sont les comités auto-organisés de blocage et de mobilisation, les assemblées de quartier, les étudiants et les communautés de base qui montrent la voie. Dans la seule ville d'El Alto, sept comités de blocage ont déjà vu le jour après avoir commencé par désavouer leurs directions de quartier et locales. Comme l'indique le bulletin d'information n°3 du Comité de coordination des blocages D8 à son point 2 : « (…) élisons et installons des comités essentiels pour les bases afin de répondre aux besoins immédiats de la lutte à El Alto et dans les provinces : un comité de cantine populaire et d'approvisionnement pour soutenir la lutte avec des aliments, des médicaments et organiser l'approvisionnement des secteurs les plus démunis de la population ; un comité de presse indépendante pour combattre le blocus médiatique et faire entendre la voix de milliers de bloqueurs ; un comité d'autodéfense pour organiser l'assistance aux blessés lors des mobilisations, empêcher les arrestations et exiger la libération des détenus. » La trahison des dirigeants de la COB en janvier, lorsqu'ils ont accepté les termes du « gasolinazo », a amplifié un sentiment antibureaucratique. Depuis le 1er mai, cette même centrale a appelé à une grève générale illimitée mais n'a pris aucune mesure pour la concrétiser, à commencer par l'arrêt du travail. Depuis cet appel du 1er mai, les travailleurs des mines, de l'industrie et d'autres secteurs se mobilisent aux côtés des habitants, des enseignants et des paysans ; cependant, ils le font sans interrompre leur activité, ce qui permet au gouvernement de miser sur l'usure des blocages tout en essayant de les diviser par des négociations partielles. La bureaucratie syndicale encourage un corporatisme et un syndicalisme qui empêchent des milliers de travailleurs des mines et de l'industrie de rejoindre résolument la lutte, sabotant ainsi l'appel même lancé par leurs dirigeants. Les comités autoorganisés l'exigent : grève générale pour la chute de Paz ! La coordination nationale de ces organismes par l'intermédiaire de délégués élus démocratiquement dans chaque point de lutte permettrait d'unifier le programme, de centraliser les forces et de donner une direction cohérente au soulèvement. Ces comités doivent se transformer en organes de pouvoir venant de la base, capables d'organiser l'approvisionnement, la défense contre la répression et la direction générale de la mobilisation ouvrière, indigène et paysanne contre le régime de Rodrigo Paz. Grève générale pour la chute de Rodrigo Paz ! Pour un gouvernement provisoire des organisations ouvrières, indigènes et paysannes en lutte pour vaincre l'austérité Le gouvernement de Rodrigo Paz traverse une crise profonde. Les solutions négociées ne sont pas encore parvenues à diviser les organisations de masse, mais elles cherchent activement les dirigeants conciliateurs pour parvenir à une issue qui préserve leurs intérêts. L'État bolivien bénéficie du soutien de l'impérialisme et des gouvernements de la région. Paz a déjà annoncé qu'il pourrait signer un accord avec le FMI d'un montant de 5 milliards de dollars, approfondissant ainsi la dépendance nationale et son programme de pillage. C'est pourquoi il est urgent de dire : FMI hors de Bolivie et d'Amérique latine ! Impôts progressifs sur les grandes fortunes et nationalisation des ressources stratégiques sous contrôle ouvrier et populaire. Aucune négociation dans le dos du peuple ! À bas la commission de dialogue d'Edmand Lara et le Parlement ! Nos morts ne se négocient pas ! La poursuite du soulèvement exige d'avancer vers une grève générale illimitée, paralysant la production, les transports et les services à l'échelle nationale comme mesure décisive pour réaliser le mandat des bases : que le gouvernement démissionne. La rébellion a déjà démontré sa force dans les rues, mais pour vaincre l'austérité et briser l'appareil d'État qui la soutient, il faut arrêter l'ensemble du pays sous le contrôle de la classe ouvrière des campagnes et des villes. La grève générale doit être organisée dans tous les lieux de travail en articulation avec les comités de blocage et de mobilisation, unifiant mineurs, paysans, membres des communautés, étudiants, habitants et commerçants. Cela permettra de construire une direction alternative à la bureaucratie disposée au « dialogue » et qui, jusqu'à présent, ne s'est pas mise à la tête du mouvement pour garantir la grève qu'elle avait elle-même appelée. Seule l'action unifiée et centralisée du mouvement ouvrier, paysan, indigène et populaire peut imposer la démission du président et ouvrir la voie à une solution propre aux travailleurs. L'unique alternative progressiste pour les masses boliviennes est que les organisations ouvrières, paysannes et indigènes en lutte prennent en main la direction du pays à travers un gouvernement provisoire des organisations en lutte fondé sur les comités de coordination, les syndicats de base et les assemblées populaires. Un tel gouvernement pourrait abroger toutes les mesures d'austérité, nationaliser sous contrôle ouvrier et communautaire les ressources stratégiques, garantir le pain, le travail, la terre et les droits démocratiques du peuple, et ouvrir un processus constituant véritablement libre et souverain venant de la base afin de rompre avec la dépendance envers l'impérialisme et la domination des grandes classes patronales. La rébellion bolivienne peut devenir un tournant continental si elle avance vers cette perspective révolutionnaire. Il faut également souligner qu'on ne peut pas compter sur de nouvelles élections pour résoudre la crise après la chute du gouvernement de Rodrigo Paz. Au contraire, une convocation électorale chercherait à canaliser dans le cadre institutionnel les luttes menées par les travailleurs, les paysans et les secteurs populaires, en les détournant de la perspective selon laquelle ils devraient eux-mêmes décider du destin du pays. La chute de Rodrigo Paz ne doit pas se transformer en simple remplacement d'un gouvernement par un autre dans les limites du même régime. C'est pourquoi présenter les élections comme solution à la crise constitue un piège politique. Tant que les structures économiques et politiques actuelles resteront intactes, l'exploitation, l'oppression, la faim et le pillage des biens communs naturels se poursuivront. La véritable solution passe par l'intervention directe et l'organisation indépendante des travailleurs, des paysans et des secteurs populaires en lutte, à travers un gouvernement provisoire de ceux qui affrontent aujourd'hui la crise dans les rues. Un grand exemple est donné par les femmes qui non seulement assurent massivement les blocages et les mobilisations, mais ont également fait preuve d'un remarquable instinct stratégique et combatif. Le 27 mai, lors de la fête des mères, l'immense marche des femmes travailleuses et paysannes a été claire : « il faut retirer nos enfants des casernes car nous ne pouvons pas permettre qu'ils tuent leur père, leur mère, leurs frères, leurs oncles et leurs grands-parents ». Elles appellent leurs fils à rejoindre la rébellion populaire et à ne pas réprimer le peuple. Depuis les blocages, il faut organiser une vaste agitation auprès des troupes, dans les quartiers et les casernes, en l'appelant à ne pas réprimer le peuple. Sécession des rangs de l'armée pour la défense de la rébellion populaire ! Si la répression s'intensifie, le mouvement paysan et les blocages ne peuvent rester seuls. Les travailleurs d'El Alto, qui résistent depuis plus d'un mois en organisant les blocages et en affrontant les différentes opérations répressives, ne peuvent rester seuls. Il faut mettre en œuvre immédiatement la grève générale et mobiliser toutes les forces de la classe ouvrière pour défendre la rébellion populaire. Les travailleurs des mines, tant du secteur privé que du secteur public, doivent immédiatement cesser le travail et prendre la tête d'une grande mobilisation contre le putschisme qu'ils cherchent à imposer au peuple travailleur à travers l'état de siège. Nous rejetons la complicité des gouvernements de droite et des gouvernements se disant « progressistes » avec Rodrigo Paz et sa prétendue « mission humanitaire ». La récente déclaration commune impulsée par les gouvernements de droite du Chili, de l'Argentine, du Costa Rica, de l'Équateur, du Honduras, du Panama, du Paraguay et du Pérou face à la crise en Bolivie constitue une opération politique visant à délégitimer la rébellion populaire qui affronte l'austérité et l'autoritarisme croissant du gouvernement de Rodrigo Paz. Au nom d'une prétendue défense de « l'ordre démocratique », ces gouvernements cherchent à criminaliser les blocages et les manifestations qui expriment le mécontentement légitime des travailleurs, des paysans, des jeunes et des secteurs appauvris face à la détérioration des conditions de vie. Face à cela, il est fondamental que les organisations syndicales, sociales et de gauche de chaque pays non seulement prennent position contre ces gouvernements, mais mettent également en pratique une solidarité active avec la rébellion. L'offensive néolibérale qui traverse l'Amérique latine fait partie d'une stratégie régionale coordonnée par les gouvernements de droite et soutenue par des secteurs « progressistes » qui administrent la même architecture économique de dépendance. De la Bolivie à l'Argentine, au Chili, au Pérou, à l'Équateur et au Honduras, les plans austéritaires, les privatisations, coupes budgétaires, hausse des tarifs, précarisation du travail et déréglementation environnementale au service des multinationales, cherchent à faire payer la crise capitaliste aux travailleurs, aux paysans et aux peuples indigènes. Javier Milei est devenu l'un des principaux soutiens internationaux du gouvernement de Rodrigo Paz. Le gouvernement argentin a envoyé le premier des avions Hercules vers la Bolivie pour soutenir la répression, constituant un signal clair de soutien politique et logistique au gouvernement bolivien contre les mobilisations. Cette orientation a ensuite été relayée par José Antonio Kast au Chili et par d'autres gouvernements de la région, qui se sont joints à la campagne de criminalisation des blocages et des manifestations populaires. Ces gouvernements agissent comme de véritables gestionnaires coloniaux des intérêts de Trump et d'Israël, garantissant la poursuite du pillage des ressources naturelles et subordonnant toute politique nationale aux exigences de l'impérialisme, déterminé à renforcer son influence dans la région à travers des alliances diplomatiques, le pillage de ressources stratégiques comme le lithium et des accords de sécurité renforçant les capacités répressives des États. L'exemple le plus dramatique de cette situation est le Venezuela transformé en protectorat ou Cuba soumise à un blocus impérialiste criminel et à des menaces permanentes d'attaque militaire américaine. D'un autre côté, les gouvernements dits progressistes, comme celui de Lula, se sont orientés vers un soutien à Rodrigo Paz. Lula a non seulement eu un entretien téléphonique avec le président bolivien, mais a également ordonné immédiatement l'envoi d'un avion d'aide humanitaire à la demande de Paz, tout en condamnant le « recours à la violence » et en appelant au respect des institutions de l'État. Au nom de la « paix sociale » et du dialogue, Lula défend en réalité le gouvernement et l'ordre établi face à la mobilisation du peuple bolivien, révélant ainsi le véritable visage de ces gouvernements face aux mobilisations populaires. En revanche, la rébellion bolivienne démontre que la classe ouvrière et les secteurs opprimés ont la force nécessaire pour affronter cet ordre continental fondé sur l'austérité. Le processus de rébellion populaire en Bolivie s'inscrit dans la résistance de la classe ouvrière qui émerge en Amérique latine, à l'image des mobilisations massives et des grèves en Argentine contre les attaques de Milei ou des mobilisations étudiantes au Chili contre le gouvernement de Kast. C'est pourquoi il est crucial de promouvoir une perspective internationaliste capable d'unifier les luttes en cours : des grèves générales dans la région andine aux mobilisations contre la précarisation dans le Cône Sud. Nous appelons à défendre la grève générale et la rébellion populaire en Bolivie. La victoire du soulèvement bolivien ouvrirait une perspective pour des millions de personnes, montrant qu'il est possible de vaincre les plans d'austérité et d'avancer vers une solution portée par les travailleurs et les opprimés dans tout le continent. La Bolivie peut devenir le fer de lance permettant de renverser les plans d'austérité des gouvernements pro-impérialistes. À bas l'état d'exception et la répression contre la protestation sociale ! Pour des comités de coordination pour la grève générale, jusqu'à la chute du gouvernement et l'instauration d'un gouvernement provisoire des organisations ouvrières, paysannes, indigènes et populaires en lutte ! À bas l'austérité coloniale des gouvernements de droite en Amérique latine et dans les Caraïbes ! Pour l'unité internationaliste de la classe ouvrière en Amérique latine ! Trump hors d'Amérique latine et des Caraïbes ! International / Répression / Internationalisme / Principal – 2 ◱ / Donald Trump / Impérialisme / Bolivie / Amérique latine
Publication
07 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
Attaque coloniale : Israël bombarde de nouveau Beyrouth et provoque une riposte iranienne
Alors que Trump avait tenté de préserver la ville des bombardements pour poursuivre les négociations et que l'Iran a lancé une riposte, la situation demeure ouverte et pourrait aboutir à une reprise des hostilités. Ce dimanche, alors que les pressions de Trump sur Israël semblaient avoir permis d'exclure Beyrouth du champ direct des bombardements, Israël a lancé plusieurs frappes contre la banlieue sud de la capitale libanaise. Les missiles ont visé le secteur de Tahouitet el-Ghadir, dans le quartier d'Al-Mreijeh, une zone densément peuplée de la banlieue sud. Selon les premiers bilans, l'attaque a fait deux morts et onze blessés. La frappe a été suivie par des survols de l'aviation israélienne à basse altitude au-dessus de la banlieue sud, semant la panique chez les habitants, sans qu'aucun ordre d'évacuation ne soit émis. Cette attaque intervient alors qu'Israël poursuit ses opérations génocidaires au Sud-Liban et en élargit continuellement le périmètre. En frappant à nouveau Beyrouth, Israël rouvre un front d'escalade majeur au moment où la guerre au Liban a déjà fait plus de 3 800 morts depuis le début du mois de mars. L'attaque est intervenue quelques heures seulement après des tirs de roquettes revendiqués par le Hezbollah en direction du nord d'Israël. Tel-Aviv s'est immédiatement appuyé sur ces tirs pour présenter le bombardement de Beyrouth comme une opération de représailles. Du côté israélien, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense Israel Katz ont revendiqué l'opération. Dans un communiqué conjoint , ils ont affirmé que l'armée avait frappé un « quartier général terroriste » du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth. Du côté étasunien, les déclarations de Donald Trump illustrent les contradictions croissantes de la politique de Washington dans la guerre. D'un côté, l'administration étasunienne affirme poursuivre ses efforts en faveur d'un cessez-le-feu et de négociations régionales. Mais dans le même temps, Trump réaffirmé son soutien à la poursuite de frappes israéliennes « chirurgicales » contre le Hezbollah. Selon plusieurs médias, Washington aurait même été informé à l'avance du bombardement de la banlieue sud. Cependant, la frappe intervient dans un contexte régional beaucoup plus large. Au-delà de son bilan humain immédiat, cette frappe constitue en effet une nouvelle escalade dans une guerre qui dépasse le front libanais. Quelques jours auparavant encore, Trump se félicitait d'être parvenu à obtenir des engagements mutuels visant à réduire les hostilités autour de Beyrouth. Alors que l'Iran demande une cessation des hostilités sur tous les fronts pour avancer dans les négociations, les pressions de l'administration étasunienne sur Israël visaient à ne pas compromettre les discussions en cours. En frappant Beyrouth, Israël fragilise ainsi de nouveau la situation au risque d'ouvrir une nouvelle séquence d'affrontements alors que l'Iran vient de lancer une riposte balistique aux frappes contre la banlieue sud. La situation demeure ouverte et, alors qu'Israël a demandé aux États-Unis la permission d'enclencher les représailles, la reprise des hostilités ne peut être écartée. Depuis plusieurs semaines, Trump tente désespérément de trouver une issue à l'impasse en Iran. Alors que Téhéran tente d'utiliser le rapport de force que sa riposte asymétrique lui a permis d'acquérir – sa capacité de frapper des sites énergétiques stratégiques dans la région et de fermer le détroit d'Ormuz – les propositions d'accord étasuniennes ont été systématiquement rejetées tandis que Trump n'eu de cesse de suspendre ses propres ultimatums et que la crédibilité militaire des États-Unis a été sérieusement compromise par l'incapacité des États-Unis à obtenir des effets stratégiques décisifs. Plusieurs responsables iraniens avaient récemment averti qu'une reprise des bombardements contre Beyrouth constituerait une ligne rouge susceptible d'entraîner une réponse régionale et de remettre en cause le processus de négociation en cours avec Trump. Alors que la riposte iranienne est en cours, l'issue des négociations est incertaine. Alors que le Liban est au centre des contradictions explosives de la guerre impérialiste contre l'Iran et tandis qu'Israël élargit ses opérations génocidaires au sud-Liban, il y a urgence à construire un grand mouvement de solidarité avec les peuples du Moyen-Orient qui dénonce l'escalade coloniale contre le peuple libanais et se prononce pour la défaite des États-Unis et d'Israël en Iran et partout dans la région, en toute indépendance du régime iranien et de ses alliés. Crédit photo : Capture d'écran AP. International / États-Unis / Principal – 3 ◳ / Israël / Iran / Benyamin Netanyahou / Liban / Moyen-Orient / Agression impérialiste contre l'Iran
Publication
07 juin 2026
Institut des Libertés
droite
Pacte migratoire européen : l’Europe veut toujours contrôler les migrations
La dernière brique du Pacte migratoire européen a été posée ce lundi avec l’adoption du règlement retour. Négocié depuis deux ans, ce Pacte devrait entrer en vigueur le 12 juin. Les pays membres de l’UE affichent une volonté commune : celle de lutter contre l’immigration illégale. On voit mal néanmoins comment ce pacte pourrait résoudre un [ ] The post Pacte migratoire européen : l’Europe veut toujours contrôler les migrations first appeared on Institut Des Libertés .
Publication
07 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
« 21 patients pour 5 lits » : au CPOA de Saint-Anne, le ras-le-bol des soignants en grève
Après plus d'une semaine de grève reconductible, les grévistes du CPOA, service d'urgences psychiatriques de l'hôpital Sainte-Anne à Paris ont convoqué jeudi 4 juin une assemblée en soutien à leur lutte. Ce jeudi 4 juin, une cinquantaine de personnes se sont réunies à l'hôpital Sainte-Anne, en plein cœur du 14e arrondissement de Paris, pour une assemblée générale appelée par les travailleurs du Centre Psychiatrique d'Orientation et d'Accueil de l'hôpital. Ils ont raconté leur grève et appelé leurs soutiens à prendre la parole. Le CPOA est un service d'urgences psychiatriques unique en Île-de-France, qui fonctionne 24h/24 pour accueillir, orienter et évaluer les personnes en situation de crise psychique aiguë. Il est en grève depuis le mardi 26 mai, à ce jour 15 travailleurs sur les 35 du service y participent. La grève s'est déclenchée après un ras-le-bol général du personnel quant au traitement inhumain des patients au sein de leur unité. Un gréviste, syndiqué à la CGT, nous raconte : « La nuit, nous avons 21 patients pour 5 lits. On les fait dormir sur des matelas gonflables ou sur les canapés de la salle d'attente. Ce sont des conditions d'accueil déplorables. » Ces conditions sont le produit direct de l'état du système de santé psychiatrique en région parisienne. L'absence de lits dans les structures publiques fait qu'il est impossible de transférer les patients des urgences vers des services appropriés. Les seules solutions deviennent alors de les renvoyer vers des structures privées, qui ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale, ou de les garder aux urgences psychiatriques en attendant que des lits se libèrent. Depuis le début de la grève, les travailleurs mobilisés tiennent un piquet au sein de l'hôpital Sainte-Anne presque tous les jours. Ils poursuivent les discussions avec les autres services et les usagers de l'hôpital. Une travailleuse d'un autre service nous confie : « C'est une grève vivante, je suis fière de ce qu'ils ont fait. » Les grévistes revendiquent la nécessité d'embaucher plus de personnels dans leur service et demandent également plus de lits et de moyens matériels pour faire face à la charge de travail. Conscients de l'ampleur systémique du problème, ils réclament également des moyens pour la psychiatrie en région parisienne. Afin que leurs patients n'attendent pas plusieurs jours aux urgences qu'une place se libère et qu'ils soient reçus dans des conditions humaines dans un service de psychiatrie spécialisée. L'un d'entre eux avance : « Ce n'est pas une question d'intendance, ou de savoir si on préfère un lit de camp ou un matelas gonflable. On est là pour réaffirmer et développer un service public de la psychiatrie en région parisienne. » Au cours de l'AG, les travailleurs ont annoncé qu'après cinq rencontres avec la direction, ils ont finalement obtenu plusieurs de leurs revendications. Ils ont notamment contraint la direction à recruter deux aides-soignantes et quatre infirmières pour renforcer le service. Une victoire importante dans un secteur où le sous-effectif est profondément normalisé. Ce sera aux travailleurs, syndiqués ou non, de décider de la suite de la grève. Comme le dit un jeune soignant mobilisé pour conclure l'AG : « Cette grève montre qu'on a toujours raison de se révolter et que seule la lutte paie. » Cette lutte est d'autant plus importante dans une période où le gouvernement poursuit les saignées austéritaires dans le secteur de la santé. D'un côté, Stéphanie Rist, actuelle ministre de la Santé, a annoncé plus tôt cette année que la santé mentale serait la « grande cause de 2026 » ; tandis que des patients s'entassent dans des conditions inhumaines au sein de services surchargés qui broient le personnel soignant. Rien que cette année, le gouvernement a coupé plus de 6,7 milliards d'euros de budget dans la santé à l'échelle nationale, alors que le budget de l'armée a augmenté de plus de 7 milliards d'euros. Ces coupes s'accompagnent de restructurations profondes : détruire la machine ne suffit pas, il faut la reconstruire pour qu'elle serve au mieux le projets militariste de la bourgeoisie. Il devient alors urgent de rompre avec la gestion bourgeoise de notre système de santé. Les conditions d'accueil et de soins des patients ne peuvent pas être des variables d'ajustement budgétaire qui finissent par mettre des personnes en souffrance dans des conditions inhumaines. Comme le montre cette mobilisation, ce sont les soignants et les usagers qui connaissent les besoins de l'hôpital. C'est par et pour eux que le système de santé doit être construit, contre les politiques austéritaires imposées par le gouvernement. Pour permettre aux soignants de poursuivre leur mobilisation et de tenir tête à la direction, une caisse de grève a été mise en place : chaque contribution est une arme de solidarité concrète au côté des travailleurs mobilisés du CPOA. Notre Classe / Secteur de la santé / Santé / Casse de l'hôpital / Hôpitaux / Santé Travail Social / Santé psychique
Publication
07 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
CUBA dans les GRIFFES de l'impérialisme ! - INTERRÈGNE
Alors que les menaces étasuniennes contre Cuba s'aggravent, la situation dans le pays est en train de tourner à la catastrophe humanitaire. Cette semaine dans Interrègne, on discute de l'offensive de l'impérialisme étatsunien contre Cuba et sa volonté de briser l'héritage de la Révolution Cubaine de 1959. Pour cet épisode spécial on reçoit Janette Habel, politiste et autrice du livre Ruptures à Cuba : le castrisme en crise ainsi que Thomas Posado et Jean Baptiste Thomas, tous les deux aussi chercheurs et auteurs de l'ouvrage Révolutions à Cuba, de 1868 à nos jours. Quelle est la situation à Cuba ? Pourquoi Trump veut-il liquider la révolution cubaine ? Et surtout, quelles mobilisations pour soutenir le peuple cubain et s'opposer à cette nouvelle offensive impérialiste ? - YouTube International / Principal – 4 ◲ / Donald Trump / Cuba / Impérialisme / Blocus / Interrègne
Publication
07 juin 2026
Institut Thomas More
droite
Détroits sous tension · La Chine à l’assaut des mers
18 juin 2026 • Événement • 90 % du trafic commercial mondial emprunte les voies maritimes. Elles alimentent les ports en matières énergétiques et premières avant de transporter les produits manufacturés partout dans le monde. Elles empruntent pour cela des points de passage obligés qui relient entre eux mers et océans où la liberté de navigation Lire la suite L’article Détroits sous tension · La Chine à l assaut des mers est apparu en premier sur Institut Thomas More .
Publication
07 juin 2026
Fondation Jean-Jaurès
gauche
Au cœur des centres commerciaux. Enquête sociologique
Souvent décriés dans le débat public, les centres commerciaux demeurent des équipements centraux dans le quotidien d’une large partie de la population. Alors que le regard médiatique porté sur eux reste largement extérieur, souvent critique, parfois méprisant, une nouvelle enquête menée par l Ifop pour Carmila les examine de l intérieur, par le biais des personnes qui les fréquentent effectivement. Elle révèle ainsi un écart significatif entre les représentations collectives et les pratiques réelles, invitant à reconsidérer les rôles multiples que ces espaces jouent auprès des visiteurs. Table des matières Méthodologie de l’enquête Préface Marie Cheval , présidente-directrice générale de Carmila Introduction Un espace « cocon » : un environnement familier et protecteur Un « cocon » familier : lieu d’ancrage dans les quotidiens du monde périurbain Un « cocon » protecteur : une parenthèse rassurante et déconnectée des aléas extérieurs « Tous sous le même toit » : des lieux attractifs face à l’évolution des centres-villes Un lieu « ouvert » : accessibilité physique, économique et symbolique Espace de flânerie : la galerie comme dispositif de déambulation sans effort Un espace de petites sociabilités : une fonction de « place du village » Un espace hybride, entre consommation et récréation Une fenêtre sur le monde : vitrine locale de la culture populaire mondialisée L’ère du « retail-tainment » ? Introduction Les centres commerciaux – c’est-à-dire des lieux regroupant un hypermarché et une galerie marchande ou commerciale comptant de nombreux magasins – occupent une place paradoxale dans l imaginaire français : souvent décriés dans le débat public, ils n’en demeurent pas moins des équipements centraux dans le quotidien d’une large partie de la population, 63% des Français s’y rendant au moins une fois par mois, dont 36% au moins une fois par semaine. Cette enquête révèle un écart significatif entre les représentations collectives et les pratiques réelles, invitant à reconsidérer les rôles multiples que ces espaces jouent auprès des visiteurs (se retrouver en famille ou entre amis, maintenir une activité physique douce pour les personnes âgées, retrouver dans l’offre des éléments d’une culture mondialisée pas toujours facile d’accès, etc.). Espaces connus de tous, les centres commerciaux sont pourtant rarement commentés de l’intérieur, c’est-à-dire par les publics qui les fréquentent effectivement. Le regard médiatique porté sur eux reste largement extérieur, souvent critique, parfois méprisant. Ainsi, par exemple, alors qu’ils sont parfois présentés comme des vestiges des Trente Glorieuses et comme des espaces datés, 70% des Français considèrent que les centres commerciaux ont su évoluer avec leur temps 1 . Cette enquête propose ainsi de partir de l’expérience vécue des usagers pour comprendre ce que ces lieux représentent réellement pour eux et quels rapports ils entretiennent avec eux dans leur quotidien. Loin de se réduire à de simples lieux de consommation, les centres commerciaux apparaissent comme des infrastructures essentielles aux territoires périurbains, parfaitement articulées au « système voiture » qui structure ces espaces. Ils répondent ainsi notamment aux contraintes d’accessibilité et d’usage de publics pour qui les centres-villes deviennent progressivement moins praticables – que ce soit en matière de stationnement, de prix ou même d’offre commerciale. Plus remarquable encore : la capacité des centres commerciaux à fonctionner comme des espaces quasi universels, sans barrière à l’entrée, capables de satisfaire simultanément des publics aux attentes radicalement différentes. Familles recherchant sécurité et praticité, retraités privilégiant confort et tranquillité, jeunes en quête d’expériences et de tendances : tous trouvent dans le centre commercial une promesse simple et lisible qui leur correspond. Méthodologie de l’enquête Le dispositif d’enquête retenu comporte deux volets : un volet qualitatif et un volet quantitatif. Dans le cadre du volet qualitatif, 175 personnes ont été interrogées entre le 17 septembre et le 25 octobre 2025. Ces entretiens ont été menés sous formes d’« intercept 2 ». L’enquête a été réalisée dans cinq centres commerciaux : CC Carrefour Laval (53), Shop’In Houssen proche de Colmar (68), CC Carrefour Chambourcy (78), Cité Europe à Coquelles à proximité de Calais (62) et CC Carrefour Claira Salanca à proximité de Perpignan (66). Nous avons interrogé en entretiens semi-directifs in situ (intercept) deux profils, dont 110 clients des centres commerciaux et 65 commerçants travaillant dans ces centres commerciaux. Dans le cadre du volet quantitatif, 1000 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus ont été interrogées. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 3 au 6 février 2026. Les auteurs et autrices : Mirabelle Barbier est cheffe de groupe à l’Ifop. Jérôme Fourquet est directeur du pôle Opinion de l’Ifop. Gaspard Jaboulay est responsable du pôlequali Opinion de l’Ifop. Coline Sesini est chargée d’études senior à l’Ifop. Crédit photo de couverture : Arnault de Giron. Pour commander cette étude (3 euros) directement auprès de la Fondation Jean-Jaurès : paiement par carte bancaire : rendez-vous sur notre boutique HelloAsso (merci de payer le service d envoi postal à domicile si vous ne souhaitez pas venir le chercher à la Fondation) paiement par chèque : contactez l’accueil par téléphone au 01 40 23 24 00 ou envoyez un mail à boutique@jean-jaures.org 1 Et si seulement 53% des CSP+ partagent ce constat, 69% des membres des classes moyennes et même 76% des employés et ouvriers reconnaissent, eux, l’évolution des centres commerciaux au fil du temps. 2 L’« intercept » est une méthode qualitative de terrain qui consiste à interroger des individus directement sur leur lieu de pratique, c’est-à-dire sans prise de contact préalable, via des entretiens semi-directifs courts. The post Au cœur des centres commerciaux. Enquête sociologique appeared first on Fondation Jean-Jaurès .
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06 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
Les trieurs de centres de déchets, parmi les travailleurs les plus précaires et exposés
Un récent rapport s'alarme des conditions de travail catastrophiques des trieurs de centres de déchets. Précarisés, souvent sans papiers, ils sont parmi les plus exploités du salariat. Ils ont néanmoins récemment remportés des batailles et montrent la voie. Surexploités, les travailleurs des tris des déchets sont aussi parmi les salariés les plus maltraités par l'Etat. C'est ce qui ressort d'un récent rapport de l'agence nationale de sécurité sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) qui a étudié l'exposition des travailleurs de tri des déchets aux produits toxiques, mais également leur profil, et les mesures prises par les pouvoirs publics en guise de prévention. En termes d'exposition, Les travailleurs en centre de tri peuvent être exposés, selon leurs activités, à des particules de nature, taille et d'origine diverses, à des agents chimiques et biologiques, à des agents physiques tels que le bruit, à des odeurs, à des facteurs biomécaniques, et des facteurs organisationnels. Les agents chimiques et biologiques sont susceptibles d'emprunter les trois voies d'exposition principales pour pénétrer dans l'organisme : respiratoire, cutanée et orale. Parmi les particules chimiques, on relève des métaux, des émissions de diesel, des COV ; pour ce qui est des expositions biologiques, les travailleurs sont exposés aux endotoxines, bactéries, moisissures, sans compter les odeurs, les vibrations et les ondes électro-magnétiques. En matière organisationnelle, les travailleurs doivent subir des rythmes de travail et d'intensité élevés des horaires contraints, une concentration soutenue. Et, malgré ces multiples expositions nocives, aucune étude française n'a investigué spécifiquement l'état de santé des travailleurs en centres de tri. Un scandale sanitaire. La majorité des études identifiées ont été publiées dans les années 1990 et concernaient essentiellement des travailleurs de centres de tri danois, anglais ou finlandais, explique l'Anses. Les effets sanitaires rapportés dans l'ensemble des études identifiées concernent principalement les travailleurs aux postes de tri manuel et sont des troubles musculosquelettiques (TMS), des effets respiratoires, des maladies infectieuses et symptômes divers (gastro-intestinaux et cutanés) potentiellement liés aux agents biologiques. Selon ces études étrangères, on relève aussi des atteintes à la santé mentale, des bronchites chroniques, de l'asthme, et une surreprésentation des pathologies en relation avec le travail liées à des leptospiroses et à des aspergilloses. Mais ce n'est pas le seul scandale que révèle cette étude : en matière de prévention, il n'existe pas de recommandation spécifique aux centres de tri. Comment expliquer une telle négligence pour des travailleurs si nombreux ? Tout simplement parce que l'on a affaire aux travailleurs les plus dominés du salariat : « Les travailleurs des centres de tri demeurent une population professionnelle difficile à caractériser, faute de données suffisantes. Néanmoins, certains éléments ont été mentionnés dans le cadre des auditions menées : précarité de la population de travailleurs, renouvellement élevé des personnels de tri, recours fréquent à la sous-traitance, à l'intérim et aux contrats d'insertion, implication de travailleurs étrangers parfois sans-papiers et avec un taux d'analphabétisation élevé. Il ressort des auditions que la proportion de femmes dans les postes de tri est plus importante que dans toutes les autres activités des déchets », établit l'Anses. La chaîne de prise en charge des ordures ménagères comprend 8 étapes principales : collecte (par les services d'enlèvement), collecte en déchetteries, tri, recyclage, compostage, méthanisation, incinération, stockage. L'étape de collecte en déchetterie concerne au total un nombre élevé de travailleurs exerçant leurs activités dans près de 5000 installations réparties sur le territoire. C'est lors de cette étape que les travailleurs sont les plus exposés et les moins protégés. Parmi les travailleurs en déchetterie, ce sont les trieurs qui sont les plus harassés par la dureté de la tâche. « En matière d'exposition aux agents biologiques, la qualité de la prévention est plus souvent jugée mauvaise que pour les autres ouvriers exposés à de tels agents ; c'est particulièrement le cas pour les ripeurs et les trieurs. Concernant la prévention des risques physiques, elle apparaît particulièrement défectueuse pour les trieurs et les agents de déchetterie. Dans l'ensemble, la qualité de la prévention des risques organisationnels est médiocre pour les métiers liés au déchets ménagers, et spécifiquement pour les trieurs et les agents de déchetterie ». Autre donnée scandaleuse : les travailleurs en déchetterie en contrats de travail précaires (CDD, saisonniers, intérimaires) ne rencontrent que rarement voire jamais de médecins du travail. Au nombre de 8000 à 10 000 travailleurs, les trieurs, surexploités, sont donc aux avant-postes de la lutte de classe, comme ils l'ont prouvé en 2023 . Onze d'entre eux, sans papiers, payés en dessous du smic, sans congés payés, se sont mis en grève et ont occupé le centre de tri Veolia XVO à Paris 15e. Veolia leur a promis une embauche . Treize autres, en 2024, ont déposé un dossier aux prud'hommes. Au total 16 salariés ont depuis, grâce à leur mobilisation, été embauchés en CDI par Veolia et Suez . Ces mobilisations montrent que, même parmi les secteurs les plus précarisés de la classe ouvrière, c'est sur le terrain de la lutte de classe et par le rapport de force que les travailleurs peuvent faire valoir leurs droits et obtenir des avancées concrètes face au pouvoir patronal. Notre Classe / Précarité / ​Bloc de Six – 1 / Souffrance au travail / Filière du déchet / Exploitation
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06 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
Airbus. Après de nombreux débrayages sur plusieurs sites, il faut durcir la mobilisation !
Des centaines d'ouvriers d'Airbus ont fait grève cette semaine contre le mépris de la direction sur les primes accordées. Malgré les tentatives des syndicats pro-patronaux de casser la grève, la colère continue de s'exprimer alors que de nouvelles négociations ont lieu ce lundi 8 juin. Depuis le 29 mai dernier, les travailleurs d'Airbus sont mobilisés face au mépris affiché de leur direction lors des négociations du 28 mai . La direction du géant aéronautique y a annoncé une prime exceptionnelle de seulement 500 euros, très en dessous d'une compensation de la perte engendrée par la baisse de 54 % de la prime de participation par rapport à l'année précédente. « Alors qu'on nous demande toujours plus, le PDG d'Airbus a augmenté son salaire de 40 %, les actionnaires touchent 10 % de plus et nous, on nous enlève 50 % de la prime. On est le seul maillon de la chaîne à y perdre, les salariés ne s'y retrouvent plus », souligne au micro de Révolution Permanente Aziz, délégué syndical CGT Airbus Operations. Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par Revolution Permanente (@revolutionpermanente_toulouse) Le 29 mai, plus de 700 travailleurs ont débrayé de façon spontanée sur les différents sites d'Airbus au niveau national pour exprimer leur colère. D'après des sources syndicales, sur les sites d'Airbus Helicopters, ils étaient plus de 150 grévistes à Marignane et 180 au Bourget. Sur les sites d'Airbus Atlantic, 150 ouvriers ont débrayé à Méaulte et 130 à Nantes. Pour Airbus Avions, plusieurs dizaines de grévistes ont débrayé sur différents ateliers et sites toulousains : Au pôle peinture, au Delivery center, sur l'usine de Saint-Éloi, sur les chaînes d'assemblage de l'A350... Le 1er juin, une nouvelle mobilisation, cette fois-ci directement appelée par la CGT, a rassemblé une centaine de travailleurs de la production d'Airbus à Toulouse . Ces derniers ont voté la reconduction de la grève le 3 juin, où ils étaient encore des dizaines d'ouvriers de différentes équipes à débrayer. Ce lundi 8 juin, à l'occasion de nouvelles négociations, la CGT Airbus appelle à de nouveaux débrayages sur l'ensemble des sites du groupe. Ces mobilisations s'inscrivent dans la continuité des tensions de ces dernières semaines chez Airbus. Pour rappel, les 6 et 7 mai derniers, plusieurs centaines de travailleurs de différents sites d'Airbus avaient déjà fait un premier débrayage après l'annonce de la baisse de la prime de participation. Les syndicats pro patronaux militent contre la grève et se retrouvent en difficulté Les grévistes mettent en grande difficulté les syndicats pro-patronaux de « l'Entente » (FO, CFE-CGC et CFTC) qui, lors des mobilisations du début du mois de mai contre la baisse de la prime, avaient réussi à éteindre l'incendie en envoyant une armée de délégués syndicaux appeler les travailleurs à reprendre le travail tout en agitant le fameux « dialogue social ». « Ils (L'Entente) nous disent qu'on n'est pas si mal lotis à Airbus, qu'il faut être raisonnable. Jusqu'à quand va-t-on devoir être raisonnable ? Cela fait 16 ans que je suis dans l'entreprise et je n'ai jamais vu une avancée sociale pour nous », témoigne Bruno, délégué syndical Airbus Operations. Mais les dernières négociations ont, s'il le fallait encore, une nouvelle fois montré l'impasse du dialogue social. Face à la colère exprimée par les travailleurs contre le mépris de la direction, les délégués syndicaux de l'Entente ont une nouvelle fois joué leur rôle de contention. Plusieurs d'entre eux sont ainsi intervenus directement auprès des grévistes pour les appeler à reprendre le travail, tandis que la direction refusait que les salariés mobilisés demeurent sur les lieux de travail afin d'éviter toute extension du mouvement. « Une cinquantaine d'ouvriers ont débrayé lundi sur les chaînes d'assemblage de l'A350 à Toulouse. En sortant du bâtiment pour aller rejoindre d'autres secteurs en grève et élargir la mobilisation, les délégués FO et CFTC sont venus mettre un coup de pression à tous leurs adhérents. Ça a eu un certain effet, plus d'une vingtaine se sont ravisés » nous raconte un gréviste qui tient à rester anonyme. Mais dans d'autres situations, les tentatives de l'Entente de casser la grève ont au contraire encouragé la mobilisation. La situation a mis en lumière la véritable nature de ces syndicats, au point de susciter des remous dans leur propre base. Plusieurs syndicalistes FO ont ainsi participé au mouvement contre l'avis de leur direction. « FO est en train de se faire dépasser par sa base. Des adhérents de FO se sont joints à nos mobilisations. Ils disent ne pas être entendus par leur direction, ils veulent se mobiliser », souligne Bruno. Il poursuit : « Les salariés sont en train de prendre conscience du rôle de ces syndicats qui ne sont que des relais de la politique patronale. » Face à la difficulté d'organiser une mobilisation commune aux différents ateliers et sites d'Airbus, les grévistes toulousains ont montré la voie à suivre. Alors que le 29 mai la direction avait empêché les grévistes de rester sur le site, le 1er juin les travailleurs ont pu organiser une grève marchante sur le site de Saint-Martin qui a permis de rendre plus visible la grève. À la fin de la mobilisation, une centaine de grévistes se sont réunis en assemblée générale pour voter la poursuite du mouvement au mercredi. Les grévistes ont raison de se battre ! Il faut amplifier la mobilisation pour arracher de réelles augmentations des salaires et l'indexation sur l'inflation Les grévistes qui ont débrayé ces dernières semaines ont raison de revendiquer une meilleure prime. Ces primes devraient revenir de droit à l'ensemble des travailleurs de l'aéronautique qui participent à créer la richesse d'Airbus, qu'ils soient intérimaires ou sous-traitants. Mais au-delà de la question des primes, qui permettent surtout au patronat de maintenir des salaires trop faibles, c'est une véritable augmentation générale des salaires qui est nécessaire. Tous les travailleurs du secteur aéronautique méritent une hausse de 400 € des salaires ainsi que leur indexation sur l'inflation. Les milliards de bénéfices réalisés par Airbus doivent revenir à ceux qui produisent la richesse, pas aux actionnaires ! Pour arracher de telles revendications, il ne faut avoir aucune illusion dans les syndicats de « l'entente » FO, CFTC et CFE-CGC. Ils font tout pour empêcher la mobilisation en renvoyant au « dialogue social ». Sans rapport de force par la grève, il n'y aurait jamais eu de « prime de compensation ». Ce n'est pas les beaux discours des délégués FO dans les réunions de négociations qui changeront la situation. C'est seulement la mobilisation par la grève qui permettra d'arracher de réelles avancées ! Dans ce sens, l'heure est à frapper fort à la veille d'une nouvelle réunion de négociations. La journée de lundi doit être un temps fort où chaque travailleur d'Airbus qui veut refuser le mépris de la direction, qu'il soit ouvrier ou ingénieur, doit se mettre en grève et chercher à élargir la mobilisation. Il faudra être nombreux au rassemblement appelé par la CGT Airbus à 9 heures devant le bureau de la direction. Les débrayages de lundi doivent servir à tenir des assemblées générales dans chaque lieu de grève. Des assemblées qui réunissent les travailleurs, syndiqués ou non, qui permettent que tout le monde puisse décider des modalités de la grève et de ses revendications au moment où les syndicats pro patronaux vont chercher à négocier des miettes sur le dos de la mobilisation. Voter des revendications claires en assemblées générales, c'est le meilleur moyen pour que la grève appartienne aux grévistes. C'est aussi un outil précieux pour coordonner les nombreux ateliers et sites d'Airbus. Par la construction d'une coordination des assemblées générales de différents secteurs, il devient possible d'élargir le mouvement et d'arracher à la direction bien plus que des primes au rabais. La population toulousaine doit soutenir les grévistes d'Airbus La mobilisation en cours à Airbus est une inspiration pour l'ensemble des travailleurs de l'aéronautique. Elle pose la question de la répartition de l'immense richesse créée par la filière aéronautique. Car derrière les bénéfices records et les carnets de commandes remplis, ce sont des dizaines de milliers de travailleurs, des donneurs d'ordre aux sous-traitants, qui subissent les bas salaires, la baisse du pouvoir d'achat, la pression permanente et la dégradation des conditions de travail. À ce titre, la lutte en cours chez Airbus peut servir de point d'appui à l'ensemble de la filière. En ce sens, le communiqué de soutien de la coordination CGT Aéro Midi-Pyrénées montre la voie à suivre : « Face à des groupes organisés à l'échelle de toute la chaîne de production, des donneurs d'ordre aux sous-traitants, les travailleurs ont intérêt à unir leurs forces et leurs revendications. Alors que l'inflation grignote chaque année nos salaires pendant que les profits atteignent des niveaux records, il est temps d'engager une bataille commune pour de véritables augmentations générales et pour l'indexation automatique des salaires sur l'inflation ». Alors que les discours patronaux dénoncent les travailleurs d'Airbus comme des « privilégiés », la solidarité de la population toulousaine est essentielle pour contrer ces discours qui visent à dénigrer les grévistes. À l'image de Simon Gazano , ouvrier chez le sous-traitant aéronautique des Ateliers de la Haute-Garonne, ou de Thierry , ambulancier du CHU en grève pour exiger le paiement d'une prime, plusieurs soutiens s'expriment en solidarité avec le mouvement de grève en cours chez Airbus. C'est aussi le sens de notre initiative ce vendredi avec plusieurs militants de Révolution Permanente qui ont diffusé un tract de soutien aux travailleurs d'Airbus sur plusieurs sites. Une occasion d'appeler l'ensemble des travailleurs du secteur aéronautique à témoigner dans notre journal pour raconter ce qu'il se passe dans les ateliers ou bureaux, la colère face à l'inflation, aux heures supplémentaires, aux mauvaises conditions de travail, dénoncer la militarisation, les coups de pression des chefs etc. Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par Revolution Permanente (@revolutionpermanente_toulouse) Notre Classe / Toulouse / Aéronautique / FO / Airbus / Secondaire – 3 / Métallurgie
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06 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
Semaine de 90h, VSS : les gardien·nes de troupeaux s'organisent pour leurs conditions de travail
Du 29 avril au 3 mai, les quatrièmes rencontres Massif Attaque organisées par le Syndicat des gardien·nes de troupeaux (SGT-CGT) ont rassemblé en Isère bergers et bergères pour débattre de leurs conditions de travail et de leur rémunération. Face à la précarité et aux violences sexistes, ces salarié·es agricoles cherchent à rompre l'isolement en s'organisant collectivement. Du 29 avril au 3 mai, se sont tenues à Saint-Maurice-en-Trièves, en Isère, les quatrièmes rencontres Massif Attaque , organisées par le Syndicat des gardien·nes de troupeaux (SGT), affilié à la CGT. Au programme de ces rencontres, plusieurs ateliers et conférences ont réuni des gardien·nes des Alpes et des Pyrénées autour des problématiques de l'application du droit du travail et de la rémunération des bergers·es, vacher·es et chevrier·es. L'objectif était de lutter contre l'invisibilisation dont ils et elles souffrent dans le milieu agricole et de favoriser l'organisation collective. Fondé en Isère en 2013, le SGT est le premier syndicat de gardien·nes de troupeaux mobilisés contre la précarisation du métier de berger. Loin de l'image de carte postale d'une France éternelle, avec le berger contemplant la montagne et pratiquant un rituel millénaire, ce métier reste encore aujourd'hui particulièrement éprouvant. Interrogée par Révolution Permanente, Maëve, gardienne de troupeaux dans les Alpes, évoque ses conditions de travail : « Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les gardiens de troupeaux travaillent toute l'année, et pas uniquement en alpage. Une bonne partie de l'année, les bêtes sont aussi en colline ou dans les champs, et il y a besoin d'un gardien pour s'en occuper. Il faut savoir que les gardiens de troupeaux sont la plupart du temps employés par un ou plusieurs éleveurs. Les conditions de travail sont extrêmement dures. Une chose qui est commune, c'est la systématisation du travail gratuit, avec des semaines allant de 70 à 90 heures de travail, ce qui est déjà illégal pour des contrats de maximum 44 heures par semaine ; le plus courant restant les contrats en 35 heures. Quand on monte en alpage, on y est constamment pendant toute une estive (environ cinq mois). C'est différent de l'astreinte, où l'on peut t'appeler pour aller sur le lieu de travail : nous, on vit sur notre lieu de travail. Les accidents du travail sont aussi très fréquents. Par exemple, les orages en montagnes sont dangereux et on ne peut pas toujours se mettre à l'abri et aucun moyen n'est mis en place par les employeurs ». Aux conditions de travail déjà difficiles s'ajoutent des logements souvent insalubres et un accès à l'eau potable qui n'est pas garanti. Contrairement à une idée reçue, le métier de berger est aujourd'hui largement féminisé. À l'exploitation économique s'ajoutent de nombreuses violences sexistes et sexuelles dont sont victimes les bergères, en raison de leur isolement dans les alpages, mais aussi du rapport de force très inégal qui les lie à leur employeur, comme l'explique Maëve : « On est des femmes seules en montagne, où la principale interaction humaine qu'on a, c'est avec notre patron. Ça peut arriver de devoir négocier son salaire devant plus de cinq patrons, et ce seront probablement les seules personnes avec lesquelles tu vas interagir toute la saison. Si on rajoute le fait que la cabane n'est pas à nous mais à eux, ça nous met dans un état de dépendance très poussé. » Parmi les revendications défendues par la SGT-CGT : l'établissement d'une convention collective - dont le département de l'Isère n'est pas encore doté - pour fixer un salaire minimum, imposer le respect du code du travail jusqu'aux sommets des montagnes, ou encore la mise en place d'une prime d'équipement pour les salarié·es. Toutefois, la SGT-CGT se montre également très critique à l'égard des luttes paysannes actuelles et cherche à poser les bases d'une alliance avec la classe ouvrière, comme le résume Samy, berger dans les Pyrénées catalanes où une nouvelle antenne départementale de la SGT vient de voir le jour : « Le milieu paysan est miné par l'interclassisme. À chaque fois qu'il y a des mobilisations « paysannes », il n'y a que les agriculteurs qui ont la parole et jamais les ouvriers agricoles. Les patrons se font sans cesse passer pour nous en nous disant qu'on a les mêmes intérêts, mais c'est complètement faux. Nous, on est mal payés par nos patrons ; la seule chose qu'on possède, c'est notre force de travail. Et cet interclassisme fait du mal au sein de la classe ouvrière agricole parce que beaucoup de gardiens de troupeaux ne voient comme seule façon de sortir de l'exploitation que le fait de devenir eux-mêmes patrons. Et en fait, c'est un discours qui est assez présent dans tous les secteurs ouvriers de la petite bourgeoisie. C'est face à ce discours qu'on a construit ce syndicat, pour combattre notre exploitation et proposer une autre société qui ne soit pas dirigée par l'exploitation de la majorité par une minorité. Mais il faut bien avouer qu'on se sent bien seuls à porter cette voix dans ces secteurs que la gauche a abandonnés. » Comme dans de nombreuses professions, les berger·ères sont de plus en plus confronté·es à la précarité, à l'inflation et aux réductions de l'assurance chômage dont dépend le travail saisonnier. Or, si leur statut particulier de salarié·es agricoles les contraint jusque-là à une forme de marginalité au sein des luttes du « mouvement paysan » c'est pour rompre cet isolement que le monde des gardiens et gardiennes de troupeaux cherche à s'organiser : à travers des rencontres comme les Massif Attaques et en se structurant en syndicat, indépendamment des organisations patronales du secteur agricole. Illustration : cortège de la SGT-CGT dans la manifestation du Premier Mai 2026 à Grenoble Notre Classe / CGT / Grenoble / Agro-industrie / Agroalimentaire / Luttes paysannes
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06 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
Grève en Catalogne : « le rejet de l'accord montre que rien ne peut être négocié sans les travailleurs »
En Catalogne, les travailleurs de l'éducation ont massivement rejeté le préaccord signé entre plusieurs syndicats et le gouvernement provincial, estimant qu'il ne répondait pas à leurs revendications. Cynthia Lub, enseignante gréviste et militante du Courant Révolution Permanente, revient dans un billet sur cette leçon politique donnée par les grévistes au gouvernement et aux directions syndicales. Nous publions ci-dessous un billet de Cynthia Lub, enseignante gréviste et militante au CRT, organisation du Courant Révolution Permanente – Quatrième Internationale en Catalogne, initialement paru dans Esquerra Diari . Elle répond à la conseillère de Catalogne Esther Niubo, membre du Parti Socialiste, qui a signé avec les bureaucraties syndicales un « préaccord » destiné à étouffer la mobilisation qui dure depuis plusieurs mois pour défendre les conditions de travail et l'enseignement public. Face au tollé suscité par le pré accord parmi la base des travailleurs en lutte, les bureaucraties ont été forcées d'organiser une consultation, dont le résultat est sans équivoque. La victoire écrasante du « non » lors de la consultation sur le préaccord éducatif n'a pas seulement discrédité un accord que la majorité des travailleurs du secteur considérait comme insuffisant. Elle a aussi donné une leçon politique au gouvernement et aux directions syndicales qui l'ont soutenu : aucune négociation ne peut remplacer la voix des assemblées ni le pouvoir de la mobilisation. La conseillère en charge de l'Éducation Esther Niubó nous a demandé ces jours-ci du réalisme, de la responsabilité et de l'engagement. Très bien : soyons réalistes. Les résultats de la consultation sur le préaccord en matière d'éducation ont été sans appel. 65 % des enseignants et 93 % du personnel de soutien éducatif (PAE) l'ont rejeté. Il s'agit d'un rejet total d'un accord présenté comme la meilleure solution possible au conflit. Mais la réalité est têtue : ce préaccord ne représentait pas les revendications de la majorité des travailleurs et travailleuses de l'éducation. Peut-être le problème est-il qu'on a tenté de parler en notre nom sans nous écouter. Car ce sont nous qui subissons chaque jour la précarité dans les centres éducatifs. Ce sont nous qui vivons avec un nombre d'élèves par classe insoutenable, le manque de moyens, des tâches administratives croissantes qui nous éloignent de nos tâches éducatives, et des conditions de travail qui rendent difficile la garantie d'une éducation publique de qualité. Et non, madame la conseillère, nous ne luttons pas uniquement pour les salaires. Si ce conflit a mis quelque chose en évidence, c'est que les revendications vont bien au-delà. Nous exigeons davantage de moyens pour les écoles publiques, une réduction effective du nombre d'élèves par classe, de meilleures conditions pour répondre à la diversité et un engagement réel en faveur de l'éducation publique. Voilà le débat fondamental que le préaccord n'a pas résolu. De plus, ce ne sont pas seulement les enseignantes qui ont rempli les assemblées, les piquets de grève et les mobilisations. Ont également été présents les collègues du personnel de soutien éducatif (PAE), du pré-scolaire, du personnel administratif et de services (PAS) et des centres de loisirs éducatifs, dont beaucoup se trouvent dans des conditions encore plus précaires et, dans certains cas, sous-traitants. Le résultat de la consultation reflète cette réalité plurielle que le préaccord n'a pas su prendre en compte. La leçon la plus importante de ces jours est ailleurs. Aucun accord affectant des dizaines de milliers de travailleurs ne peut être signé sans eux. Nous l'avons vu dès les premiers accords signés sans l'appui des assemblées générales. Et nous le constatons encore aujourd'hui. La consultation a clairement montré que les décisions doivent être prises par les travailleurs eux-mêmes, et non dans les bureaux. C'est pourquoi la victoire du « non » est aussi une victoire de l'auto-organisation : des assemblées construites au fil des mois, des débats dans les centres éducatifs, des coordinations territoriales et de la capacité de milliers de personnes à délibérer collectivement sur l'avenir de la lutte. En seulement une semaine, en pleine grève, un débat démocratique s'est développé avec la participation d'enseignants, de personnels éducatifs, de travailleurs de la petite enfance, de personnel administratif et de services, ainsi que de travailleurs périscolaires. Ce qui a été obtenu n'est pas seulement un « non » à un préaccord insuffisant. Ce qui a été obtenu, c'est de faire comprendre que les revendications de la communauté éducative ne peuvent pas être réduites à des concessions partielles, très éloignées de ce qui est nécessaire pour inverser des années de coupes budgétaires et de précarité. Ainsi, lorsque le gouvernement nous parle de responsabilité et d'engagement, nous devons répondre clairement. Notre engagement est envers l'éducation publique. Une éducation de qualité au service des familles travailleuses. La défense des conditions de travail de tous les travailleurs et travailleuses du secteur. Et la conviction que seule une mobilisation d'ampleur peut faire avancer ces revendications. C'est précisément cela, le véritable exercice de réalisme. C'est pourquoi, après la victoire du « non », nos tâches ne sont pas terminées. Elles se poursuivent dans les grèves, les mobilisations et les assemblées. Elles se poursuivent en renforçant l'auto-organisation qui a rendu cela possible. Car ce n'est qu'en maintenant vivante cette force collective qu'il sera possible de gagner tout ce qui reste encore à obtenir. Notre Classe / État Espagnol / Éducation / Grève / Secondaire – 2 / Catalogne / Petite enfance
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05 juin 2026
Révolution Permanente
extrême gauche
Affaire Patrick Bruel : la complicité organisée de l'industrie culturelle face aux violences sexuelles
Depuis la mi-mars, plusieurs dizaines de femmes ont témoigné publiquement des violences sexuelles qu'elles ont subies de la part de Patrick Bruel, sur plusieurs décennies. En cause : les silences d'une industrie du divertissement patriarcale, à laquelle le chanteur rapportait gros. Des dizaines de témoignages de femmes, toutes en situation de subordination professionnelle face au chanteur Mi-mars, Mediapart a publié une enquête qui a mis en lumière les violences sexuelles commises par Patrick Bruel. L'enquête s'appuie sur une trentaine de témoignages de femmes qui l'ont côtoyé dans la sphère professionnelle, auxquels s'ajoutent ceux de deux femmes belges, qui ont témoigné auprès de la RTBF et quatre autres dans le magazine Elle , accusant le chanteur d'agressions commises sur plus de vingt ans, dans des hôtels, des loges, des taxis, des appartements et des festivals. La plupart des femmes qui témoignent étaient en situation de subordination professionnelle face au chanteur, à l'instar des deux masseuses qui avaient dénoncé des agressions en 2019. Parmi les témoignages les plus médiatisés, la présentatrice Flavie Flament l'accuse de l'avoir droguée et violée alors qu'elle avait 16 ans, en 1990. Jusqu'ici, le chanteur multimillionnaire bénéficiait du silence complaisant de l'industrie du divertissement à qui il rapporte gros. Comme l'exprime Thierry (dont le prénom a été modifié), technicien sur une dizaine de spectacles des Enfoirés, auprès de France Info : « Beaucoup de gens ont intérêt à ce qu'il continue à travailler. Il génère tellement d'argent… » Il ajoute : « Je pense que beaucoup, autour de lui, ont préféré fermer les yeux » et souligne le caractère « patriarcal » du monde du spectacle, un « petit milieu » où celles et ceux qui parlent peuvent se retrouver « blacklistés . » Appels au boycott et individualisation du problème À la suite de ces révélations, les appels au boycott et les déprogrammations se sont multipliés, inscrivant la séquence dans la continuité du mouvement #MeToo, avec une emphase sur le boycott culturel d'un artiste problématique. De l'autre côté, des responsables politiques, comme la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon et la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet , se sont exprimés pour encourager les femmes victimes à parler, « même des dizaines d'années après », tout en appelant à renforcer les dispositifs judiciaires. Dans le même temps, ces responsables réaffirment leur attachement à la présomption d'innocence et à la nécessité de laisser la justice « faire son travail », se limitant à des prises de position individuelles sur le maintien ou l'annulation des concerts de l'artiste. Cette posture hypocrite, de la part d'un gouvernement qui avait dans les années précédentes apporté son soutien à Depardieu et Darmanin, permet aux institutions de se présenter comme des alliés de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, tout en leur offrant de demeurer strictement dans les limites du cadre institutionnel existant, sans jamais interroger les mécanismes sociaux qui produisent ces violences. Ce déplacement du débat vers un registre moral et judiciaire transforme une question structurelle en succession de cas individuels à traiter. Ainsi, loin d'ouvrir un débat politique sur les raisons structurelles de ces violences, cette séquence tend à reproduire un schéma bien connu : indignation publique suivie d'une demande de sanction immédiate, comme si la suspension d'un artiste suffisait à traiter le problème. Le fonctionnement du secteur culturel en cause Réduire l'affaire Bruel à un problème d'individu « déviant » ou de « monstre » revient à évacuer ce que les témoignages eux-mêmes mettent en lumière, c'est-à-dire la dimension systémique des violences sexistes et sexuelles. Loin d'être des cas isolés, ces récits, issus de situations et contextes variés, montrent la dimension systémique de l'oppression patriarcale au sein de l'industrie culturelle, tant dans les représentations qu'elle véhicule que dans son organisation, comme l'expliquaient les autrices de bande dessinée qui ont dénoncé la complaisance du milieu à l'égard des VSS, conduisant à l'annulation du festival d'Angoulême cette année. Le fonctionnement du monde de la culture, a fortiori de l'industrie de la musique et de la chanson, avec ses phénomènes de starification d'une petite minorité qui s'accompagnent de dynamiques de précarisation pour la majorité des travailleurs du secteur, sa compétitivité et ses enjeux de réputation, amplifie les violences sexuelles qui existent partout dans la société et compliquent leur dénonciation. Le punitivisme n'est pas une solution Dans son dernier livre La violence en spectacle , Elsa Deck Marsault critique la montée d'un féministe punitif et carcéral, largement dominant depuis #MeToo. Elle y critique un « idéalisme punitif » , c'est-à-dire la croyance selon laquelle à chaque violence devrait correspondre une sanction pénale proportionnée, pensée comme une solution en soi. Cette conception tend à faire du droit pénal et de l'État les horizons quasi-exclusifs de la justice féministe. Or, cette logique produit un effet dépolitisant. En s'appuyant sur une lecture individualisante des violences - avec un agresseur, une victime et un fait - elle tend à invisibiliser les structures sociales qui les rendent possibles, comme les rapports de classe, la hiérarchie professionnelle, les dépendances économiques et l'organisation patriarcale des institutions. Dans cette logique, les violences sexistes et sexuelles deviennent des objets de traitement médiatique et judiciaire plutôt que des phénomènes liés à l'organisation du travail et aux structures mêmes de la société capitaliste et patriarcale. De nombreux témoignages recueillis dans le cadre de l'affaire Bruel ne mettent pas seulement en cause les actes d'un individu. Ils révèlent la persistance de rapports sociaux qui permettent à des violences de se reproduire pendant des années dans des milieux où le prestige, la célébrité et le pouvoir offrent une forme de protection aux figures dominantes. Un féminisme qui constate la nature systémique de ces violences ne peut donc réclamer la sanction de quelques individus. Il doit s'attaquer aux structures qui rendent ces violences possibles et de replacer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans une perspective de transformation sociale plus large. Crédit photo : Capture d'écran de la chaine youtube Le Parisien Genre et Sexualités / Violences faites aux femmes / Secondaire – 2 / Féminisme / #MeToo / Secteur culturel / Violences sexistes
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