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Économie & Marchés DOSSIER · linéaire · 29 nœuds

Décroissance : de Latouche aux degrowth studies, ce qui sépare les économistes

Édito

Hier j'ai reçu un nouveau téléphone. Avant-hier un micro-cravate. Plus tôt encore, de quoi arroser mon jardin. Mon sous-sol est plein d'objets divers, lampes à semis, tapis chauffant, vinyles, jouets d'enfants, je pourrais continuer longtemps l'inventaire.

Pourtant je sais. Je sais, peut-être mieux que certains, je sais que sur un système physique fini, penser une croissance infinie est un non-sens. Mais le petit entrepreneur en moi, biberonné aux réseaux sociaux, pétri de contradictions internes, à la fois désireux de créer un jardin havre de biodiversité, et de gagner beaucoup et vite pour rénover sa maison, a du mal à penser un système décroissant.

Alors lorsque j'entends Serge Latouche parler, je tends l'oreille.

Le 25 septembre, dans La Terre au carré, Serge Latouche a raconté d'où vient la décroissance. Pas de l'écologie, dit-il, mais de la critique du développement, forgée au Congo puis au Laos, contre « le rouleau compresseur de l'économisme triomphant ». Son dernier livre, La décroissance. De l'utopie sociétale à la [re]construction d'un monde commun (ediSens, 2026), va au bout de cette logique : décroître, c'est « sortir de l'économie ».

Sortir de l'économie... Comment même le penser ?

Et en creusant, on découvre que la famille se divise. Une deuxième génération, avec Giorgos Kallis, Jason Hickel et Timothée Parrique, a fait de la décroissance un objet d'économie : on la définit, on la chiffre, on la modélise. Latouche y voit une dénaturation. En juillet 2025, Parrique lui a répondu qu'une idée vieille de plus de vingt ans ne peut plus « jouer la carte joker » du flou.

Alors j'ai lâché les bots, pour donner à lire, comprendre un peu, penser la décroissance. Ce dossier dessine un paysage en quatre cercles :

  • les filiations : Georgescu-Roegen et l'entropie, Herman Daly et l'économie stationnaire ;
  • les décroissants et leur querelle de méthode, entre imaginaire à décoloniser et production à réduire démocratiquement ;
  • les adversaires : l'orthodoxie de Philippe Aghion, prix Nobel 2025, et de Christian Gollier, qui misent sur l'innovation verte et le prix du carbone. Paul Krugman fait le pari du découplage. Robert Pollin, Branko Milanovic ou Nicholas Stern partagent l'urgence climatique mais contestent le remède ;
  • les voisins : la post-croissance de Tim Jackson et le donut « agnostique » de Kate Raworth.

Le parti pris d'AFK : le débat « pour ou contre la croissance » cache l'essentiel. Presque tous ces économistes admettent la finitude du monde. Ils se séparent sur la méthode (changer d'imaginaire ou piloter la production ?), sur l'échelle (le Nord seul ou le monde entier ?) et sur la place de la démocratie.

Réécouter Latouche aujourd'hui, c'est donner une chance à une idée qui a mûri, s'est renforcée, et qui, même si on ne la partage pas, mérite d'être lue, comprise et entendue.

La rédaction d'AFK.live

Décroissance : de Latouche aux degrowth studies, ce qui sépare les économistes

Le parcours.

28 nœuds · à lire dans l'ordre
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SOURCE WEB
↗ SOURCE WEB
France Inter — La Terre au carré

Serge Latouche, père de la décroissance et objecteur de croissance — La Terre au carré

L'acte fondateur de la décroissance repose donc selon Serge Latouche, sur la critique du développement. La décroissance a émergé comme étant le grand récit d'une alternative qui faisait la synthèse de deux courants, le courant critique de la société de consommation, une critique anthropologique mais pas écolologique et le courant écolo. La décroissance est donc une vision qui propose une matrice d'alternatives pour ouvrir les possibles face au "rouleau compresseur de l'économisme triomphant" explique Serge Latouche. Ce qu'il appelle "économisme" c'est cette vision developpementiste basée sur la croissance.

↗ Lire la source — radiofrance.fr

Le point d'entrée. Latouche, invité de Mathieu Vidard le 25 septembre 2026, ne fait pas naître la décroissance de l'écologie mais de la critique du développement, née sur le terrain au Congo puis au Laos. Son ennemi, c'est l'« économisme ». Ce vocabulaire traverse tout le dossier.

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La décroissance
Serge Latouche · 2026 · Hall du Livre

La décroissance

La décroissance implique, non seulement, de revoir le régime systématique de croissance de la production, de la consommation et de la pollution, mais aussi de sortir de l'économie. Ce projet est celui d'un changement sociétal, voire civilisationnel, pour la reconstruction d'un monde commun, et doit se confronter à tous les problèmes du vivre ensemble. Il se situe dans le champ de ce que l'on peut appeler aujourd'hui la métapolitique, englobant un spectre large des préoccupations de la société ci

Le livre qui motive l'entretien (ediSens, mars 2026). La thèse tient en trois mots : « sortir de l'économie ». Elle éclaire le désaccord avec la génération suivante, qui veut au contraire faire de la décroissance une économie.

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Serge Latouche

§ La décroissance

Serge Latouche est avec Vincent Cheynet l'un des principaux promoteurs de la décroissance dans la francophonie. Il met en avant l'idée d'une société alternative qui ne repose nullement sur la surconsommation et l'accumulation illimitée de biens matériels. Afin d'aboutir à ce résultat, il faudrait d'abord « décoloniser l'imaginaire » capitaliste pour sortir l'humanité des rapports strictement marchands et de la culture de la production. Dans le but également de construire une société véritablement citoyenne et respectueuse des équilibres écologiques et sociaux.

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Repères biographiques : Latouche, avec Vincent Cheynet, est le principal passeur de la décroissance dans la francophonie. Sa notion clé est la « décolonisation de l'imaginaire ».

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▣ HALL DU LIVRE
Petit traité de la décroissance sereine
Serge Latouche · 2007 · Hall du Livre

Petit traité de la décroissance sereine

Inédit La décroissance n'est pas la croissance négative. Il conviendrait de parler d'a-croissance, comme on parle d'athéisme. C'est d'ailleurs très précisément de l'abandon d'une foi ou d'une religion (celle de l'économie, du progrès et du développement) qu'il s'agit.

Le classique (2007), qui a popularisé la décroissance en France. Latouche y parle d'« a-croissance », comme on parle d'athéisme : il s'agit de sortir d'une foi, pas de faire reculer un indicateur. Toute la différence avec la génération suivante est déjà là.

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Wikipedia · article complet

Décroissance

§ Article Wikipedia - Paragraphes 1 et 3

La décroissance est un concept politique, économique et social prônant une réduction du productivisme et rejetant la poursuite de la croissance économique comme objectif des politiques publiques. Né dans les années 1970, il s'appuie sur l'idée que la croissance du produit intérieur brut (PIB) ne garantit pas l'amélioration des conditions de vie de l'humanité et la durabilité du développement. Ce concept peut être abordé de plusieurs points de vue : politique, écologique, technocritique, éthique. Il se réfère notamment aux nouvelles approches du concept de croissance économique, notamment celles défendues dans le rapport Meadows ou par Nicholas Georgescu-Roegen, nées durant les années 1970 sous la pression de la crise écologique, quand le mot « décroissance » apparaît puis se généralise.

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Le mot et ses origines, dans les années 1970 : le rapport Meadows et Georgescu-Roegen. Il faut ce cadre pour comprendre qu'on parle d'un rejet de la croissance comme objectif politique, pas d'une récession subie.

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Nicholas Georgescu-Roegen

§ Introduction

Nicholas Georgescu-Roegen (born Nicolae Georgescu, 4 February 1906 – 30 October 1994) was a Romanian mathematician, statistician and economist. He is best known today for his 1971 magnum opus The Entropy Law and the Economic Process, in which he argued that all natural resources are irreversibly degraded when put to use in economic activity. A progenitor and a paradigm founder in economics, Georgescu-Roegen's work was decisive for the establishing of ecological economics as an independent academic sub-discipline in economics. In the history of economic thought, Georgescu-Roegen was the first economist of some standing to theorise on the premise that all of earth's mineral resources will eventually be exhausted at some indeterminate future point. In his paradigmatic magnum opus, Georgescu-Roegen argues that economic scarcity is rooted in physical reality; that all natural resources are irreversibly degraded when put to use in economic activity; that the carrying capacity of earth – that is, earth's capacity to sustain human populations and consumption levels – is bound to decrease sometime in the future as earth's finite stock of mineral resources is being extracted and put to use; and consequently, that the world economy as a whole is heading towards an inevitable future collapse, ultimately bringing about human extinction.

cat: Category:1906 births cat: Category:1994 deaths cat: Category:20th-century American economists cat: Category:20th-century American mathematicians cat: Category:20th-century Romanian economists

La filiation physique. Avec la loi de l'entropie, Georgescu-Roegen ancre la rareté dans la matière. Le titre du recueil de ses textes traduits en français en 1979, Demain la décroissance, a donné son nom au mouvement. C'est l'argument le plus « dur » du courant, et Latouche s'en réclame sans en faire son moteur.

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Herman Daly

§ Life and work

Daly was Senior Economist in the Environment Department of the World Bank, where he helped to develop policy guidelines related to sustainable development. While there, he was engaged in environmental operations work in Latin America. He is closely associated with theories of a steady-state economy. He was a co-founder and associate editor of the journal Ecological Economics. In 1971, Daly was inspired by his professor, Nicholas Georgescu-Roegen, and promoted the Entropy Law and the Economic Process, which conceptualizes the economic process as consumption. In 1989, Daly and John B. Cobb developed the Index of Sustainable Economic Welfare (ISEW), which they proposed as a more valid measure of socio-economic progress than gross domestic product.

cat: Category:1938 births cat: Category:2022 deaths cat: Category:20th-century American economists cat: Category:American sustainability advocates cat: Category:American systems scientists

L'autre héritier de Georgescu-Roegen : l'économie stationnaire, l'économie écologique et un indicateur alternatif au PIB (ISEW). Une branche anglo-saxonne plus réformiste, de laquelle sortiront Jackson et Raworth.

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SOURCE WEB
↗ SOURCE WEB
timotheeparrique.com

Réponse à Serge Latouche : L'étrange cas du docteur décroissance et de mister degrowth

Plutôt que de m'attarder sur sa dernière tribune, je vais ici développer une critique plus générale de son travail en pointant trois limites liées au quoi, au combien, et au comment de la décroissance. Dans l'article Defining degrowth (2025), j'ai analysé 115 définitions de la décroissance, toutes celles que j'ai trouvé dans la littérature anglophone et francophone. Il n'y en a aucune de Latouche. Pourquoi ? Car, malgré ses nombreux textes sur le sujet, il n'a jamais vraiment défini le terme. [...] Impossible d'étudier quelque chose que l'on ne peut pas définir. Le flou conceptuel est peut-être une étape inévitable dans le développement de toute nouvelle théorie, mais vieille de plus de 20 ans, la décroissance ne peut plus jouer cette carte joker.

↗ Lire la source — timotheeparrique.com

Le cœur du dossier. En juillet 2025, Parrique répond à Latouche, qui accusait les « degrowth studies » anglophones de dénaturer la décroissance. Il lui reproche trois manques : le quoi (jamais de définition), le combien (aucune quantification), le comment (des « 8 R » non opérationnels). Deux générations et deux méthodes s'affrontent.

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Ralentir ou périr : l'économie de la décroissance
Timothée Parrique · 2022 · Hall du Livre

Ralentir ou périr : l'économie de la décroissance

Loin d'être le remède miracle aux crises auxquelles nous faisons face, la croissance économique en est la cause première. Derrière ce phénomène mystérieux qui déchaine les passions, il y a tout un système économique qu'il est urgent de transformer.

Le livre qui a installé la décroissance dans le débat économique français (Seuil, 2022). La décroissance y devient une économie, avec des définitions, des ordres de grandeur et des politiques. C'est aussi ce livre qu'ont lu et critiqué les économistes orthodoxes (voir Gollier plus bas).

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Giorgos Kallis

§ Career

While in Barcelona Kallis came in contact with the idea of degrowth, being one of the organizers of the 2nd International Conference on Degrowth in Barcelona in 2010, and a founding member of Research & Degrowth – Barcelona, a think-tank disseminating research on limits to growth. In Barcelona he collaborates with economic historian Joan Martinez-Alier, with whom they set up the European Network for Political Ecology, a training initiative for graduate researchers in the study of environmental conflicts. In 2018, Research & Degrowth together with ICTA launched a Masters program in Political Ecology, Degrowth and Environmental Justice in which Kallis teaches economics.

cat: Category:1972 births cat: Category:21st-century Greek economists cat: Category:21st-century Greek educators cat: Category:21st-century Greek male writers cat: Category:Academic staff of the Autonomous University of Barcelona

L'école de Barcelone. En 2010, Kallis coorganise la deuxième conférence internationale sur la décroissance, puis cofonde Research & Degrowth. Le slogan français devient un champ académique en anglais, celui que Latouche récuse.

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Moins pour plus
Jason Hickel · 2022 · Hall du Livre

Moins pour plus

A la jonction des grandes préoccupations de notre époque que sont l'urgence climatique et le ralentissement de l'économie, Jason Hickel, explore ce qu'il pense être les meilleures solutions à la crise actuelle : un nouveau modèle économique et une nouvelle façon d'envisager notre rapport à la nature.

Jason Hickel, anthropologue économique à Barcelone : le livre qui a fait connaître le mot « degrowth » dans le monde anglophone (Less is More). Il aborde la question sous l'angle de la justice Nord-Sud. Comme Latouche, il vient de la critique du développement, mais il argumente avec des données.

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↗ SOURCE WEB
Jason Hickel

Hickel : « We need a Green New Deal without growth »

What degrowth scholarship adds is simply to observe that if we want to reduce emissions fast enough to stay under 1.5C or 2C, high-income nations cannot continue to pursue growth. Why? Because more growth requires more energy use, and more energy use makes it impossible for us to cover it with renewable alternatives in the short time we have left. In other words, growth makes our task significantly more difficult than it needs to be. This is not a matter of opinion. It is a matter of empirics. The IPCC's 2018 report indicates that, in the absence of speculative negative emissions technologies, the only feasible way to achieve our climate goals is to scale down global energy use by 40%, from 400 EJ today to about 240 EJ by 2050.

↗ Lire la source — jasonhickel.org

L'argument de la génération « degrowth » : la décroissance ne relève pas d'une question de valeurs mais d'une contrainte empirique (énergie, budget carbone). C'est exactement la démarche quantitative que Latouche refuse.

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Moins ! La décroissance est une philosophie
Kohei Saïto · 2024 · Hall du Livre

Moins ! La décroissance est une philosophie

Il fait de plus en plus chaud, on n'arrête pas de travailler, tout est transformé en marchandise.En quête de survie et de liberté, un jeune philosophe japonais, né en 1987, lit les carnets d'un vieux philosophe allemand, mort en 1883. Il y découvre une pensée qui aurait tout pour sauver le monde entier et la partage dans le livre que vous tenez entre vos mains. Rien de plus, tout au moins.S'appuyant sur les carnets tardifs inédits de Marx et voyant dans le pacte vert le nouvel opium des masses,

Le courant écomarxiste. Kohei Saïto relit les carnets tardifs de Marx pour y trouver une pensée de la décroissance. Au Japon, le livre s'est vendu à plus d'un demi-million d'exemplaires. Pour lui, la décroissance est incompatible avec le capitalisme : une troisième voie, distincte de l'anti-économisme de Latouche comme de l'économie écologique de Barcelone.

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Pour une décroissance prospère
Gabriel Malek · 2025 · Hall du Livre

Pour une décroissance prospère

La décroissance fait peur parce qu'elle semble rimer avec récession. Comment décroître pour vivre mieux, avec tout autant de confort mais plus d'épanouissement ? Une décroissance prospère est possible !

La relève francophone (Payot, 2025). Le titre prend de front l'objection majeure, « décroissance = récession », et défend une décroissance prospère. C'est le signe que le débat s'est déplacé de la radicalité vers l'acceptabilité.

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Le pouvoir de la destruction créatrice
Philippe Aghion · 2023 · Hall du Livre

Le pouvoir de la destruction créatrice

Ce livre invite le lecteur à repenser l'histoire et les énigmes de la croissance à travers le prisme de la destruction créatrice et à remettre en cause nombre d'idées reçues. Pourquoi les révolutions technologiques et l'automatisation créent plus d'emplois qu'elles n'en détruisent. Pourquoi concurrence et politique industrielle ne sont pas antinomiques. Pourquoi l'impôt n'est pas le seul moyen de rendre la croissance plus juste. Pourquoi la croissance n'est pas correctement mesurée. Pourquoi la

Le contre-modèle. Pour Philippe Aghion, prix Nobel d'économie 2025 avec Joel Mokyr et Peter Howitt, la croissance tirée par l'innovation est la solution, y compris écologique : il faut orienter l'innovation vers le vert, pas renoncer à croître. Il a consacré une leçon au Collège de France à « l'innovation verte et le débat sur la décroissance » (novembre 2024).

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Le climat après la fin du mois
Christian Gollier · 2022 · Hall du Livre

Le climat après la fin du mois

L'humanité a rendez-vous avec son destin. L'exploitation des énergies fossiles qui a fondé notre prospérité nous met désormais en péril. Production de gaz à effet de serre, consommation énergétique à outrance, il devient urgent d'opérer un changement profond de notre mode de vie. Pour gagner cette guerre mondiale contre les dérèglements climatiques, d'indispensables sacrifices sont nécessaires, à commencer par l'application du principe pollueur-payeur. Les Français y sont-ils prêts?? Si la fin d

Christian Gollier, de la Toulouse School of Economics : la réponse orthodoxe au climat. Elle passe par le prix du carbone et le calcul coût-bénéfice, pas par la décroissance. C'est l'économiste qui a ouvert la joute avec Parrique.

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timotheeparrique.com

Réponse à Christian Gollier : Les économistes et la décroissance

Le progrès technique n'est qu'illusoire si l'augmentation de la productivité d'un facteur pris en compte dans le modèle se fait au détriment de la productivité d'un autre qui n'est pas pris en compte. L'introduction des engrais, pesticides et herbicides, par exemple, augmente temporairement le rendement du travail agricole, mais ce au prix d'une perte de biodiversité, de fertilité des sols, etc. Le surplus de production s'accompagne d'un déclin des facteurs de production écologiques. Ce qui apparaît comme un progrès technique dans une fonction de production néoclassique se révèle en réalité la substitution d'un facteur par un autre dans une fonction de production écologique. Si l'on tient compte de tous les facteurs, on note finalement une perte de productivité et un recul technique.

↗ Lire la source — timotheeparrique.com

Le débat de fond entre l'orthodoxie et la décroissance, en 2023. Après avoir lu Ralentir ou périr, Gollier reproche aux « décroissantistes » de sous-estimer le progrès technique. Parrique réplique que ce progrès, mesuré dans une fonction de production néoclassique, masque souvent une substitution au détriment des facteurs écologiques. C'est le nœud théorique du désaccord.

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timotheeparrique.com

A response to Paul Krugman: Growth is not as green as you might think

The fundamental point is this: sustainability is not only about air quality, carbon, or whatever your favourite indicator might be. It is about all of that together. Arguing that economic growth can be greened by showing evidence of one single impact going down is like bragging about being healthy by showing that one of your arms has lost weight. An economy that deserves to be called "sustainable" is one that respects the scale of its supporting ecology. Think about the economy as a giant metabolism that extracts resources from nature (water, metals, minerals, biomass, etc.) and generates a number of impacts (greenhouse gases, heavy metals, particulate matters, e-waste, excrements, etc.). To be sustainable, every single environmental pressure (both at the levels of extraction and pollution) must not transgress the carrying capacity of surrounding ecosystems.

↗ Lire la source — timotheeparrique.com

Le même débat à l'échelle internationale. En 2023, dans le New York Times, Paul Krugman affirme que la croissance peut être découplée de ses dégâts environnementaux. Parrique répond que la soutenabilité se juge sur l'ensemble des pressions écologiques, pas sur un seul indicateur en baisse. Le découplage est le champ de bataille empirique central.

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New Left Review

Robert Pollin, « De-Growth vs a Green New Deal » (New Left Review, 2018)

Returning to climate change, it is in fact absolutely imperative that some categories of economic activity should now grow massively—those associated with the production and distribution of clean energy. Concurrently, the global fossil-fuel industry needs to contract massively—that is, to 'de-grow' relentlessly over the next forty or fifty years until it has virtually shut down. In my view, addressing these matters in terms of their specifics is more constructive in addressing climate change than presenting broad generalities about the nature of economic growth, positive or negative.

↗ Lire la source — newleftreview.org

La critique venue de la gauche : il faut faire décroître massivement le fossile et croître massivement le renouvelable, plutôt que de raisonner sur la croissance en général. Le désaccord porte sur la cible, pas sur le constat climatique. Hickel lui a répondu (voir plus haut).

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Stone Center on Socio-Economic Inequality

Branko Milanovic, « The Illusion of Degrowth in a Poor and Unequal World »

Let us suppose, for the sake of the argument, that we interpret "degrowth" as the decision to fix global GDP at its current level (assuming for the time being that the amount of emissions is also fixed at the current level). Then, unless we change the distribution of income, we are condemning to permanent abject poverty some 15 percent of world population that currently earn less than $1.90 per day and some quarter of humankind who earn less than $2.50 per day. Keeping so many people in abject poverty so that the rich can continue to enjoy their current standard of living is obviously something that the proponents of degrowth would not condone. So, what are we to do then? We can of course, they say, increase incomes of the poor and reduce incomes of the rich so that we stay within the envelope of the current global GDP.

↗ Lire la source — stonecenter.gc.cuny.edu

L'objection de l'économiste des inégalités : dans un monde où un quart de l'humanité vit avec moins de 2,50 dollars par jour, geler le PIB mondial suppose une redistribution colossale. Hickel et Parrique ont répondu à cette arithmétique.

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Prospérité sans croissance ; les fondations pour l'économie de demain
Tim Jackson · 2017 · Hall du Livre

Prospérité sans croissance ; les fondations pour l'économie de demain

Que peut signifier la prospérité dans un monde soumis à des limites environnementales et sociales ? Dans cette édition substantiellement revue et réécrite, Tim Jackson apporte la démonstration que la mise en place d'une économie « post-croissance » est une tâche à la fois précise, définissable et chargée de sens. La publication de Prospérité sans croissance a marqué une étape cruciale dans le débat sur le développement durable.

Le cousin réformiste : la « post-croissance » de Tim Jackson (1re édition 2009). Il ne vise pas à faire décroître le PIB mais à découpler prospérité et croissance. Parrique emprunte à ce vocabulaire, pas Latouche.

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La theorie du donut : l'économie de demain en 7 principes
Kate Raworth · 2021 · Hall du Livre

La theorie du donut : l'économie de demain en 7 principes

La façon dont nous pensons et enseignons l'économie depuis le XIX? siècle est périmée ! Crises financières à répétition, inégalités extrêmes de revenus et d'accès aux ressources, exploitation destructrice de l'environnement... Dans La théorie du Donut, Kate Raworth revisite les principaux outils et principes économiques en mettant le facteur humain et la préoccupation environnementale au coeur de sa réflexion. Consciente de la force des images, elle s'attaque à sept schémas clés pour montrer à q

Plancher social et plafond écologique : le donut de Kate Raworth est devenu la boussole grand public de la question. Raworth se dit « agnostique » vis-à-vis de la croissance, tout en partageant l'essentiel du diagnostic décroissant.

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Center for the Advancement of the Steady State Economy

« A Doughnut Economy Please, but Hold the Agnostic Frosting » (CASSE)

Chapter 7 is called "Be Agnostic about Growth," with a small-lettered subtitle, "from growth-addicted to growth agnostic." What a surprise it was—all this agnosticism—given the warnings about overgrowth baked into the preceding pages! For steady staters who advocate striving for the right-sized economy, Chapter 7 is hard to swallow. But if we go "agnostic" on GDP, we fail to see the scale. Or we get on the scale, note the unprecedented GDP, and go our agnostic way, still unhappy and looking for remedies such as alternative currencies, minimum incomes, and solar panels. All these are helpful and important, akin to meds for the obese patient. They buy some time and make us feel a little better about things. They'd fit with a program of long-term maintenance, too, but none of these meds get to the root cause of the crisis: obesity.

↗ Lire la source — steadystate.org

Le désaccord dans la famille même : pour les héritiers de Daly, l'agnosticisme de Raworth refuse de voir l'échelle. C'est la ligne de fracture qui sépare décroissance, post-croissance et donut.

FIN
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