Dossier pédagogique sur l'histoire coloniale de la Nouvelle-Calédonie, de la prise de possession française en 1853 au non-lieu général de juin 2026. Un aller-retour dans le temps : on entre par le coup de tonnerre judiciaire du non-lieu pour Christian Tein et les militants de la CCAT, on remonte aux origines de la colonisation (le bagne, la révolte d'Ataï, l'indigénat), on redescend le fil de la décolonisation (les Événements, Tjibaou, les accords de Matignon et Nouméa, les trois référendums), et on revient à l'actualité brûlante (émeutes de 2024, accord de Bougival, forces locales, positions des partis pour 2027). Le dossier explique sans réquisitionner : il distingue scrupuleusement les faits des analyses et attribue toujours les caractérisations à leurs sources.
De retour d'un an de détention en métropole qu'il qualifie de "déportation politique", Christian Tein, leader indépendantiste kanak, s'exprime alors que la Kanaky/Nouvelle-Calédonie reste profondément divisée autour de l'accord de Bougival. Depuis la déportation, après quarante-huit heures menotté dans des conditions déplorables – dans l'avion, manger menotté, aller aux toilettes sous surveillance –, tout cela a été très humiliant. Par la suite, j'ai été transféré et placé à l'isolement pendant un an. On ne sort jamais indemne d'une telle situation. C'est un ensemble : l'injustice, bien sûr, mais aussi le déplacement. C'était la première fois que je mettais les pieds en métropole contraint et forcé. Cela m'a interpellé : je pensais que cette époque était révolue, celle où la France acheminait les bagnards en Nouvelle-Calédonie pour construire les premières prisons. Je ne pensais pas qu'au XXIᵉ siècle, la France pouvait encore reproduire ce genre de schéma.
↗ Lire la source — politis.frDe l'émeute à la « déportation » : Christian Tein, leader de la CCAT, arrêté en juin 2024 et incarcéré en métropole à 17 000 km de chez lui, qualifie lui-même sa détention de « déportation politique ». Son emploi du terme « bagnards » fait le pont historique : « je pensais que cette époque était révolue, celle où la France acheminait les bagnards en Nouvelle-Calédonie ». Ce nœud charnière nous renvoie à 1853.
1863 : Mise en place du statut de l'indigénat. Installation du bagne où sont déportés des prisonniers de droit commun et des opposants politiques, notamment des communards. 1878 : Révolte du chef Ataï violemment réprimée. 1887 : Le recensement comptabilise 45 000 Kanak. 1876-1900 : Les Kanak sont cantonnés dans des « réserves » ; les massacres, les maladies, l'alcoolisme déciment la population kanak. 1895 : Fermeture du bagne. 1915 : Départ du premier contingent de 700 soldats kanak pour la Première Guerre mondiale. 1917 : Écrasement d'une deuxième grande révolte kanak dirigée par le chef Noël. 1946 : La Nouvelle-Calédonie devient un Territoire d'Outre-mer (TOM). Fin du code de l'indigénat. Les Kanak ont le droit de circuler librement.
↗ Lire la source — ritimo.org1853 : la prise de possession et le bagne. Le 24 septembre 1853, l'amiral Febvrier-Despointes prend possession de la Nouvelle-Calédonie au nom de Napoléon III. Débute alors une colonie de peuplement marquée par les confiscations de terres et l'installation du bagne où seront déportés prisonniers de droit commun et opposants politiques (notamment les communards). Les origines de la colonisation.
Le 25 et 26, le chef Ataï et ses guerriers attaquent La Foa et Boulouparis, libérant les chefs emprisonnés et massacrant une centaine d'européens. C'est le début de la grande révolte kanak. Les informations parviennent avec beaucoup de retard en métropole. Le 12 juillet 1878, Le Constitutionnel écrit : « Nouvelle-Calédonie. Tribus soulevées. Le Times publie la dépêche suivante : Sydney, 11 juillet. La tribu des Bouloupari et une autre tribu se sont soulevées contre le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ; ils ont massacré 125 habitants blancs, parmi lesquels des colons, des gendarmes, des femmes et des enfants. Plusieurs cadavres ont été mutilés. Deux postes militaires ont été pris. Le colonel Galli-Passebossc a été tué à la tête de ses troupes. On fait actuellement aux indigènes une guerre d'extermination. Sur place, la révolte dure. Certaines tribus ont rejoint les Français. Malgré la mort d'Ataï le 1er septembre, tué par un adversaire kanak, les combats se prolongent. Mais entre-temps, les renforts venus d'Indochine sont arrivés et, en décembre 1878, l'insurrection est matée.
↗ Lire la source — retronews.fr1878 : la grande révolte kanak d'Ataï. Le premier grand soulèvement anticolonial. Causes : spoliation foncière, cantonnement dans des réserves dès 1868, destruction de l'économie vivrière. Le chef Ataï mène l'insurrection en juin 1878. Répression : Ataï décapité le 1er septembre, environ 800 à 1 600 Kanak tués (soit jusqu'à 5% de la population kanak), contre 200 Européens.
1863 : Mise en place du statut de l'indigénat. Installation du bagne où sont déportés des prisonniers de droit commun et des opposants politiques, notamment des communards. 1878 : Révolte du chef Ataï violemment réprimée. 1887 : Le recensement comptabilise 45 000 Kanak. 1876-1900 : Les Kanak sont cantonnés dans des « réserves » ; les massacres, les maladies, l'alcoolisme déciment la population kanak. 1895 : Fermeture du bagne. 1915 : Départ du premier contingent de 700 soldats kanak pour la Première Guerre mondiale. 1917 : Écrasement d'une deuxième grande révolte kanak dirigée par le chef Noël. 1946 : La Nouvelle-Calédonie devient un Territoire d'Outre-mer (TOM). Fin du code de l'indigénat. Les Kanak ont le droit de circuler librement.
↗ Lire la source — ritimo.orgL'indigénat et le cantonnement dans les réserves. Le régime juridique de la domination coloniale : de 1887 à 1946, le code de l'indigénat fait des Kanak des sujets (non des citoyens), soumis aux travaux forcés, à l'impôt de capitation, aux restrictions de circulation. Cantonnés dans des réserves qui n'occupent que 8% de la Grande Terre au début du XXe siècle. Socle de l'injustice longue qui nourrira le réveil politique.
Documentaire complet sur le peuple Kanak et le processus d'autodétermination, réalisé à l'orée du référendum d'octobre 2018. Permet de comprendre visuellement l'histoire et les enjeux du mouvement indépendantiste kanak. Placement idéal entre les origines coloniales et la période de décolonisation négociée.
Les événements politiques de 1984 à 1988 en Nouvelle-Calédonie, ou simplement les Événements, sont une période de l'histoire de cette collectivité française qui fut marquée par une quasi-guerre civile voire ethnique qui opposa partisans et opposants à l'indépendance vis-à-vis de la France du territoire d'outre-mer de Nouvelle-Calédonie entre 1984 et 1988. Marquée par plusieurs morts dans les deux camps ainsi que les meurtres d'une dizaine de gendarmes, la mise en place de l'état d'urgence, une présence renforcée des forces militaires françaises et une importante couverture médiatique tant nationale qu'internationale, elle a profondément marqué l'histoire contemporaine de cet archipel de l'océan Pacifique. La violence atteint son paroxysme avec la prise d'otages d'Ouvéa en 1988. La paix civile est rétablie avec la signature des accords de Matignon le 26 juin 1988.
1984-1988 : « Les Événements » et le drame d'Ouvéa. La quasi-guerre civile entre indépendantistes kanak et loyalistes : plusieurs dizaines de morts dans les deux camps, état d'urgence, présence militaire renforcée. La violence atteint son paroxysme avec la prise d'otages d'Ouvéa en mai 1988 et son assaut meurtrier. La paix civile sera rétablie avec les accords de Matignon.
Jean-Marie Tjibaou [tʃibau] né le 30 janvier 1936 à Hienghène (Nouvelle-Calédonie) et mort assassiné le 4 mai 1989 à Ouvéa (Nouvelle-Calédonie), est un homme politique, figure politique du nationalisme kanak en Nouvelle-Calédonie.
4 mai 1989 : l'assassinat de Jean-Marie Tjibaou. Le prix du compromis. Le leader du FLNKS et son bras droit Yeiwéné Yeiwéné sont assassinés à Ouvéa par Djubelly Wéa, indépendantiste hostile à la signature des accords de Matignon. La déchirure interne au camp kanak entre la paix négociée et la lutte immédiate pour l'indépendance.
L'accord de Nouméa est un accord qui prévoit des transferts de compétences en Nouvelle-Calédonie par l'État français dans de nombreux domaines à l'exception de ceux de la défense, de la sécurité, de la justice et de la monnaie. Négocié à la suite des accords de Matignon de 1988, l'accord fut signé le 5 mai 1998 à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, sous l'égide de Lionel Jospin, Premier ministre français. Il a la particularité d'être contraignant pour le gouvernement français et institue des transferts de compétences déclarés comme irréversibles pour lesquels tout projet ultérieur de retour en arrière se retrouve ainsi, de fait, conditionné à la fois à un référendum et à une modification constitutionnelle. […] Le préambule est cité comme l'un des textes fondateurs de la politique néo-calédonienne depuis la fin des années 1990, définissant plusieurs notions considérées comme des valeurs fondamentales dans l'archipel depuis lors : la « double légitimité » des Kanak et non-Kanak ou le « destin commun », tout particulièrement.
Matignon (1988) et Nouméa (1998) : la décolonisation négociée. Après l'assassinat de Tjibaou, les accords de Matignon (poignée de main Rocard–Tjibaou–Lafleur, 26 juin 1988) puis l'accord de Nouméa (5 mai 1998, Jospin) fondent la Nouvelle-Calédonie d'aujourd'hui : transferts de compétences irréversibles, corps électoral restreint, « destin commun », et calendrier des trois référendums d'autodétermination. Nœud reconstruit manuellement à partir d'un verbatim fidèle de l'article Wikipédia « Accord de Nouméa ».
C'était un résultat attendu : le "non" à l'indépendance l'a emporté de manière écrasante, dimanche 12 décembre, lors du troisième référendum d'autodétermination en Nouvelle-Calédonie, marqué par une abstention record après l'appel des indépendantistes à bouder le scrutin. Selon les résultats définitifs, le "non" à l'indépendance de cet archipel français stratégique du Pacifique-Sud l'emporte à 96,49 %. L'ampleur du résultat est à relativiser par une participation (43,90 %) en chute libre par rapport aux deux précédents référendums remportés en novembre 2018 et octobre 2020 par les loyalistes avec respectivement 56,7 % puis 53,3 % des suffrages.
↗ Lire la source — france24.com2018-2021 : les trois référendums d'autodétermination. L'aboutissement du processus de Nouméa. Trois consultations : non à 56,4% (2018), non à 53,26% (2020), puis non à 96% en 2021 mais avec une participation effondrée à 44% à cause du BOYCOTT indépendantiste (refus de l'État de reporter le scrutin en pleine vague COVID). La non-reconnaissance du 3e scrutin par les indépendantistes rouvre la crise.
Un mois plus tard, dans l'intimité du Sheraton à Deva à Bourail, le conclave voulu par le ministre rapproche les élus d'un Accord. Accepté par les indépendantistes et le bloc central. Mais refusé catégoriquement par les Loyalistes et le Rassemblement. Mais les choses ne se passent pas comme prévues au retour des signataires. Car encore faut-il à présent défendre le projet d'accord et le soumettre à l'approbation des bases militantes. Sous la pression de la sienne et face aux critiques d'une partie de ses cadres le FLNKS retire finalement sa signature, dans les semaines suivant le compromis. Soulignant que sa délégation n'avait aucun mandat pour valider l'accord.
↗ Lire la source — la1ere.franceinfo.frJuillet 2025 : l'accord de Bougival et l'impasse. L'accord du 12 juillet 2025 prévoit la création d'un « État de la Nouvelle-Calédonie » intégré à la République, les transferts possibles de compétences régaliennes, la « nationalité calédonienne ». Rejet par Les Loyalistes et Le Rassemblement, puis RETRAIT de la signature par l'UC-FLNKS en août 2025 sous pression de sa base. L'impasse institutionnelle rouvre la crise.
Les élections provinciales de 2026 ont lieu en Nouvelle-Calédonie, collectivité sui generis de la France, le 28 juin 2026 afin d'élire les assemblées des trois provinces de la collectivité (Sud, Nord et Îles Loyauté). Une partie des membres de ces assemblées forment à leur tour le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, qui élit ensuite le gouvernement collégial, détenteur du pouvoir exécutif local. Initialement prévues au printemps 2024, ces élections ont été reportées à trois reprises dans le cadre des discussions sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, issues des trois référendums d'autodétermination de 2018, 2020 et 2021, les dernières élections provinciales datant de 2019.
Les forces locales avant les provinciales du 28 juin 2026. La cartographie politique calédonienne recomposée : côté indépendantiste, le FLNKS (UC + UNI, présidé par Christian Tein) ; côté loyaliste, l'alliance Les Loyalistes et Le Rassemblement menée par Sonia Backès ; la disparition de Calédonie ensemble comme force centriste, remplacée par une fragmentation de l'espace du centre.
Jean-Luc Mélenchon a affirmé dimanche en meeting à Saint-Denis que la Nouvelle-Calédonie irait « vers l'indépendance » s'il remportait la présidentielle. […] Le candidat insoumis à la présidentielle de 2027 a assuré que « la prochaine présidence gouvernera » selon un principe : « le respect des populations et la volonté de les aider à se libérer de toutes les dépendances et dominations ». Dans ce cadre, la Nouvelle-Calédonie […] « ira vers l'indépendance ». « Notre présidence n'enverra jamais la troupe en Nouvelle-Calédonie », a-t-il lancé, deux ans après les émeutes qui ont endeuillé l'archipel, provoquant 14 morts.
↗ Lire la source — la1ere.franceinfo.frPrésidentielle 2027 : la position de La France insoumise. Lors de son premier meeting de campagne à Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon promet que la Nouvelle-Calédonie « ira vers l'indépendance » s'il est élu en 2027, au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, et jure de « ne jamais envoyer la troupe ». Nœud recentré sur la seule position de LFI (les autres partis ne sont pas traités par cette source).
Coda culturelle. Après le récit politique et judiciaire, le dossier se clôt sur la culture kanak vivante : ce documentaire part à la rencontre d'une culture ancestrale en Nouvelle-Calédonie. Rappel que derrière la question institutionnelle, il y a un peuple et une parole — écho à l'exposition « Kanak, l'art est une parole ».