Le 28 avril 2025, la péninsule Ibérique a sombré dans le noir : une dizaine d'heures sans courant. Un an plus tard, le rapport final de l'ENTSO-E tranche — pas de coupable unique, mais un enchaînement de surtensions et de déclenchements en cascade, jusqu'à ce que l'Espagne et le Portugal décrochent du réseau européen.
Pourquoi rouvrir ce dossier maintenant ? Parce que cet été, les partis finalisent leurs programmes pour 2027. D'un côté, les lobbys nucléaires brandissent le blackout ibérique comme la preuve que l'atome est indispensable. De l'autre, des militants poussent pour en sortir vite — et on les comprend : Tchernobyl, Fukushima, Three Mile Island sont dans toutes les mémoires.
Mais le rapport rappelle ce que la politique oublie souvent : une décision énergétique se heurte au monde physique. Un réseau interconnecté ne tient que si toutes ses machines tournent en synchronisme, à 50 hertz, partout au même instant. Cette fréquence est le pouls du système : elle dit, seconde après seconde, si la production équilibre la consommation. Tenir ce pouls — l'inertie, la tension, la capacité à redémarrer après une panne — voilà le vrai commun, fait d'infrastructures lourdes que personne ne voit.
Et ce commun pose à chaque camp une question qu'il préfère éviter :
- On garde le nucléaire. D'accord, ça marche : les centrales tiennent la fréquence. Mais le parc français vieillit, EDF sous-traite massivement sa maintenance, la corrosion sous contrainte a cloué des réacteurs au sol en 2022, et l'EPR de Flamanville a coûté plus de 20 milliards d'euros pour douze ans de retard. La vraie question des pro-nucléaire, c'est EDF : la sous-traitance, ses dérives, le financement.
- On en sort. D'accord, c'est possible : l'exemple irlandais le montre. Mais il faut alors bâtir les infrastructures qui maintiennent la fréquence à la place des centrales — onduleurs grid-forming, compensateurs synchrones. Une myriade de particuliers et d'acteurs privés peut produire le solaire. Mais qui entretient, et qui finance, ce qui tient le réseau debout ?
Chez AFK, on pense que 2027 est un rendez-vous majeur. On peut choisir son candidat parce qu'il parle bien sur TikTok. On peut aussi fouiller les programmes, décortiquer les enjeux, soulever les tapis. On ne choisit pas pour vous : on rassemble les textes qui permettent de se faire une opinion.