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Pipeline · 08 h 09 Dim. 12 juillet · N° 0574
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Culture DOSSIER · linéaire · 16 nœuds

Cyberpunk : la dystopie déjà là

Édito

Cet été, AFK lance une série de dossiers culture : on cherche d'autres récits, d'autres futurs. On a commencé par le solarpunk, l'utopie écologique qui se demande à quoi pourrait ressembler une civilisation soutenable. Voici aujourd'hui son ombre portée.

Car il existe un autre imaginaire, plus ancien, plus sombre — et qui, au lieu de rêver un monde durable, a prédit celui qu'on est en train de construire. Surveillance de masse, méga-corporations plus puissantes que les États, capitalisme dérégulé, intelligences artificielles et réseau numérique omniprésent : le cyberpunk. Le vertige, c'est qu'en 1984, sur une machine à écrire, un romancier qui ne savait même pas se servir d'un ordinateur, William Gibson, publiait Neuromancien et forgeait le mot « cyberespace », et inventait 2026. A la fin des années 90, j'ai des souvenirs de jeux de rôles épiques, dans des villes immenses, un monde qu'on aimait arpenter le vendredi soir pour frémir, jouer à se faire peur. Quarante ans plus tard, on peut dire que le cyberpunk s'est incarné.

Ce fil est d'abord une liste culture pour l'été : le roman-souche de Gibson, les films-cultes — Blade Runner, Akira, Ghost in the Shell — et une bande-son synthwave pour lire tout ça sous les néons. Le moment est bien choisi : 2026 est l'année cyberpunk à l'écran, entre l'adaptation de Neuromancer sur Apple TV+, Blade Runner 2099 et la saison 2 d'Edgerunners.

Mais on voulait surtout montrer une chose : le cyberpunk n'est plus de la fiction. La théorie l'a rattrapé — le « capitalisme de surveillance » de Shoshana Zuboff, le « techno-féodalisme » de Cédric Durand, le regard français d'Alain Damasio sur la Silicon Valley. Et le réel aussi : la reconnaissance faciale qui gagne les téléphones des forces de l'ordre, la précarité algorithmique des livreurs, l'implant cérébral de Neuralink, ou ces grands patrons de la tech — Elon Musk en tête, Sundar Pichai, Peter Thiel ou Mark Zuckerberg pas loin — devenus plus puissants que bien des États.

Notre parti pris : là où le solarpunk disait « fais-le toi-même », le cyberpunk dit « regarde bien ». Ce n'est pas un programme, ni une fatalité. C'est une alarme. Et une alarme, ça ne se laisse pas sonner dans le vide.

La rédaction d'AFK.live

Cyberpunk : la dystopie déjà là

Le parcours.

13 nœuds · à lire dans l'ordre
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SOURCE WEB
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Jurojin.net

Cyberpunk : tout commence en 1984, sur une machine à écrire

L'année charnière, c'est 1984. William Gibson publie Neuromancer et invente le concept de « cyberespace » — un réseau informatique global que l'on parcourt en immersion totale. Le roman dépeint un monde de hackers solitaires, de corporations toutes-puissantes et d'intelligences artificielles autonomes. Le détail savoureux ? Gibson a avoué qu'il ne comprenait même pas comment fonctionnait un ordinateur personnel à l'époque. Il a écrit Neuromancer sur une machine à écrire. Et pourtant, il a anticipé Internet, la réalité virtuelle et le hacking comme personne avant lui.

↗ Lire la source — jurojin.net

Le point de départ, et le paradoxe fondateur. En 1984, sur une machine à écrire, un romancier qui ne sait pas se servir d'un ordinateur invente le « cyberespace » et décrit un monde de corporations toutes-puissantes, de hackers et d'IA autonomes. Quarante ans plus tard, ce décor n'est plus de la science-fiction : c'est le nôtre. Tout ce fil part de là.

02
SOURCE WEB
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Begeek

2026, l'année cyberpunk : le genre débarque en série

Cette fois, le mouvement passe par le petit écran. Et pas avec un seul projet isolé. Neuromancer, Blade Runner 2099 et la saison 2 de Cyberpunk: Edgerunners dessinent ensemble un paysage bien plus solide. Bref, ce n'est plus une tentative ponctuelle. C'est une concentration de projets, portés par de grosses plateformes, qui donne au genre une visibilité nouvelle. Là où le cinéma l'a parfois rendu trop abrasif ou trop en avance, la série offre plus d'espace pour installer ses mondes, ses règles et ses obsessions.

↗ Lire la source — begeek.fr

Pourquoi maintenant ? Parce que 2026 est l'année où le cyberpunk revient en force sur les écrans : l'adaptation de Neuromancer sur Apple TV+ (quarante ans après le roman), Blade Runner 2099 sur Prime Video, la saison 2 d'Edgerunners sur Netflix. Non plus une tentative isolée, mais une vague portée par les grandes plateformes. L'occasion de rouvrir le dossier.

03
OPEN LIBRARY
OPEN LIBRARY
William Gibson, « Neuromancien » (1984)
William Gibson · 1984 · Open Library

William Gibson, « Neuromancien » (1984)

Le roman-souche. Hugo, Nebula et Philip K. Dick la même année : Neuromancien fonde le genre. Mégalopoles noyées de néons, cow-boys du clavier, intelligences artificielles qui rêvent d'émancipation — la matrice de tout ce qui suit. À lire ou relire avant l'adaptation Apple TV+.

04
SOURCE WEB
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INCYBER NEWS

Neuromancien, 1984 : écrit avant le téléphone portable, avant le Web

William Gibson's novel follows the tribulations of an anti-hero wrapped up in an investigation between the real and the virtual, an adventure between Earth and space, a struggle between humanity and artificial intelligence. While this novel may initially seem commonplace to a 21st-century reader, the work holds a special place in the history of science fiction and our relationship with technology. This place may not seem obvious today, given that cybernetics, virtual reality and AI are now recurring themes in SF, whether in literature, cinema, comics or video games. Never mind that the present tends to catch up with the fiction! But William Gibson, the author of Neuromancer, is often credited with inventing the term and concept of cyberspace. His work is also said to have pioneered the cyberpunk artistic movement. However, all these references would be in vain if we failed to mention that the novel was published in 1984. Remember, at this time cell phones didn't exist — the Radiocom 2000, the ancestor of modern mobiles, came onto the market in 1986. Interconnected computer networks (the word "Internet" had yet to enter common speech) exchanged data at 56 kilobits per second: we would have to wait until 1989 to reach 1.5 megabits. The first website was created in 1991 and in 1993 the World Wide Web left the realm of scientists and the military to enter the public domain. So yes, William Gibson's Neuromancer was prescient when it described what has become our everyday lives.

↗ Lire la source — incyber.org

La mesure de l'exploit. Quand Neuromancien paraît, le téléphone mobile n'existe pas, « Internet » n'est pas encore un mot courant, le premier site web attendra 1991. Et pourtant le roman décrit déjà, écrit ce média spécialisé en cybersécurité, « ce qui est devenu notre quotidien ». Le cyberpunk n'a pas prédit l'avenir : le présent l'a rattrapé.

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SOURCE WEB
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Gonzaï

William Gibson : « Le cyberpunk était subversif dans les années 80 »

« Le cyberpunk était subversif dans les années 80. Mais à partir du moment où il s'est répandu, c'était fini. » Cette vision, il n'est pas le seul à l'avoir. Dans les colonnes du fanzine, tous les intervenants signent sous pseudonymes, mais on y retrouve des auteurs comme Pat Cadigan, Rudy Rucker, Marc Laidlaw, Lewis Shiner, Tom Maddox… De jeunes plumes aussi inventives qu'acérées qui partagent un goût commun pour des mondes hyper-informatisés emplis de mégalopoles en décrépitude, apothéose d'un capitalisme sans âme.

↗ Lire la source — gonzai.com

La parole du père du genre. Gibson raconte le fanzine, les pseudonymes, ces « jeunes plumes acérées » obsédées par des mégalopoles en décrépitude, « apothéose d'un capitalisme sans âme ». Et ce constat désabusé : dès que le cyberpunk s'est répandu, il a cessé d'être subversif — parce qu'il était en train de devenir le monde.

06
TMDB
TMDB

L'image-matrice. Los Angeles 2019, pluie perpétuelle, néons publicitaires géants, androïdes plus humains que les humains : deux ans avant Neuromancien, Ridley Scott (d'après Philip K. Dick) fixe l'esthétique de tout le genre. Le film qui a appris au cyberpunk à quoi il ressemble.

07
TMDB
TMDB

Le choc venu du Japon. Neo-Tokyo, motos fluorescentes, pouvoir politique gangrené, jeunesse sacrifiée à des expériences militaires : Akira fait entrer le cyberpunk dans l'animation et marque des générations entières. La dystopie technologique version mégapole asiatique.

08
TMDB
TMDB

La question qui hante le genre. Dans un Japon régi par les réseaux, une cyborg s'interroge : que reste-t-il d'humain quand le corps et l'esprit sont augmentés, piratables, interchangeables ? Ghost in the Shell pose, en 1995, les questions que Neuralink rend aujourd'hui concrètes.

09
YOUTUBE
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Le cyberpunk a un son : la synthwave, ces nappes de synthés analogiques héritées des bandes originales des années 80 (Vangelis pour Blade Runner, puis Carpenter Brut, Perturbator, Dan Terminus…). De quoi lire ce dossier au bon tempo — mégapole nocturne sous la pluie de rigueur.

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WIKIPEDIA
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Wikipedia · article complet

Le capitalisme de surveillance : quand la donnée prédit (et modifie) nos comportements

§ Capitalisme de surveillance

Pour Shoshana Zuboff, les big data sont la base d'un « capitalisme de surveillance » (« surveillance capitalism »), lequel vise à prédire et modifier les comportements humains dans le but de générer des revenus pour les entreprises qui mettent ces solutions de surveillance en place. Selon Zuboff, nous assistons à la mise sur le marché de nos pratiques numériques quotidiennes, ainsi qu'à un changement de nature dans la relation entre une entreprise et ses clients ; dans le « big data », il existe un « Big Other ». « Les véritables clients du capitalisme de surveillance sont les entreprises qui achètent des comportements futurs sur les marchés »

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La théorie a rattrapé la fiction (1/3). Shoshana Zuboff met un nom sur le décor des romans : le « capitalisme de surveillance », où nos moindres gestes numériques deviennent la matière première d'un marché des comportements futurs. La corporation toute-puissante de Gibson porte aujourd'hui des noms qu'on connaît.

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Wikipedia · article complet

Le techno-féodalisme : contrôler les données comme on contrôlait la terre

§ Usage et étymologie

L'économiste Cédric Durand, professeur à l'Université de Genève, utilise plutôt le terme de techno-féodalisme pour désigner ce qui sera, selon lui, la prochaine étape du capitalisme : « À l'époque féodale, il s'agissait de contrôler la terre; aujourd'hui il s'agit de contrôler les données et les capacités de traitement de celles-ci. » : « Dans le capitalisme techno-féodal, les entrepreneurs de la Silicon Valley investissent massivement non pas pour produire de tels biens et services, mais pour bâtir des infrastructures informationnelles, des moyens de coordination et d'organisation. Elles ordonnent la rencontre de l'offre et de la demande, elles permettent, par l'analyse des données, d'anticiper les comportements des individus, etc. Et elles se rendent indispensables aux entreprises classiques pour organiser leur activité. La course au contrôle remplace donc la course à la production. Au lieu de viser un profit sur des produits, on cherche, comme les seigneurs d'autrefois, à contrôler l'activité sociale pour prélever de la rente. »

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La théorie a rattrapé la fiction (2/3). Pour l'économiste Cédric Durand, les GAFAM sont les nouveaux seigneurs : ils ne produisent plus, ils contrôlent les données et prélèvent une rente, comme jadis on contrôlait la terre. Clin d'œil que Gibson n'aurait pas renié : le terme « techno-féodalisme » aurait d'abord circulé dans un manuel de jeu de rôle cyberpunk, GURPS Cyberpunk (1990).

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SOURCE WEB
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Éditions du Seuil

Alain Damasio, « Vallée du silicium » : le regard français sur la Silicon Valley

« Ce qui manque furieusement à notre époque, c'est un art de vivre avec les technologies. Une faculté d'accueil et de filtre, d'empuissantement choisi et de déconnexion assumée. Des pratiques qui nous ouvrent le monde chaque fois que l'addiction rôde, un rythme d'utilisation qui ne soit pas algorithmé, une écologie de l'attention qui nous décadre et une relation aux IA qui ne soit ni brute ni soumise. » À San Francisco, au coeur de la Silicon Valley, Alain Damasio met à l'épreuve sa pensée technocritique, dans l'idée de changer d'axe et de regard. Il arpente « le centre du monde » et se laisse traverser par un réel qui le bouleverse. Composé de sept chroniques littéraires et d'une nouvelle de science-fiction inédite, Vallée du silicium déploie un essai technopoétique troué par des visions qui entrelacent fascination, nostalgie et espoir. Du siège d'Apple aux quartiers dévastés par la drogue, de rencontres en portraits, l'auteur interroge tour à tour la prolifération des IA, l'art de coder et les métavers, les voitures autonomes ou l'avenir de nos corps, pour en dégager une lecture politique de l'époque et nous faire pressentir ces vies étranges qui nous attendent.

↗ Lire la source — seuil.com

La théorie a rattrapé la fiction (3/3), côté français. Écrivain de SF (La Horde du Contrevent, Les Furtifs), Damasio part en résidence au cœur de la Silicon Valley et en revient avec un essai technocritique : comment vivre avec des technologies qui captent l'attention et « algorithment » nos rythmes ? Le pont idéal entre les fictions et le réel.

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AFK
FIN
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