J'ai besoin d'un jardin. Guetter le merle qui vient voler mes figues. Le rouge-queue et les mésanges, mon fils dans les bras, on leur invente une vie. Cet été, j'ai arrosé, en goutte à goutte, comme jamais. Il n'a pas plu. En Seine-et-Marne. Alors cet automne, je vais repenser mes parterres et piocher dans la flore méditerranéenne...
Entre le 17 juin et le 2 juillet, Santé publique France a compté 5 764 décès en excès : 36 % de plus qu'attendu, 92 départements touchés, 72 en vigilance rouge — un niveau jamais atteint. Sur l'ensemble de l'année, le bilan provisoire dépasse déjà 7 300 morts, et la ministre de la Santé confirmait le 4 septembre 7 000 décès supplémentaires jusqu'à fin juillet. L'été 2026 est le plus chaud jamais enregistré en France. Lire le dossier ce que la chaleur fait à nos logements.
Comme moi, comme mon jardin, on va devoir s'adapter. Mais y'a comme un blocage.
Depuis la rentrée, l'écologie est partout. Raphaël Glucksmann s'est déclaré le 23 août « président de la transformation écologique », Jean-Luc Mélenchon en a fait l'axe de ses universités d'été, Marine Tondelier défend la création d'un congé climatique. Et pourtant, le 7 septembre, le site spécialisé Contexte constatait qu'à Paris comme à Bruxelles, aucun agenda législatif ne porte la trace de cette urgence. Entre le discours de campagne et le calendrier des textes, il y a un écart. Ce dossier essaie de le mesurer.
Une explication circule beaucoup, portée par des vidéos qui tournent vite : les lobbys bruxellois bloqueraient l'adaptation. Celle qui a servi de point de départ à ce dossier — « as Europe burns, corporate lobbying budgets are booming in Brussels » — a la bonne idée de citer sa source en fin de légende : un rapport de Corporate Europe Observatory. On a tiré le fil pour savoir si le lien tenait. Il tient, et il est daté, chiffré, traçable.
1. Le volume. Selon le registre de transparence de l'UE elle-même, les plus gros déclarants dépensent 381,75 millions d'euros par an à Bruxelles, en hausse de 7,8 % en un an.
2. Le mécanisme. Reclaim Finance a reconstitué la préparation du paquet « Omnibus » (la loi européenne qui allège les obligations de reporting environnemental et de devoir de vigilance imposées aux entreprises) et montre que le vice-président exécutif de la Commission n'a rencontré que des entreprises — ni ONG, ni syndicats, ni universitaires ; 70 % des demandes d'une lettre signée Medef, BDI et Confindustria se retrouvent dans la proposition finale.
3. La traçabilité. En février 2026, l'enquête de BLOOM, publiée avec Der Spiegel et Aftonbladet, documente le plan d'attaque écrit par le cabinet américain Teneo pour démanteler le devoir de vigilance, et un rapporteur suédois rencontré plus de dix fois par les lobbys américains.
La directive Omnibus a été publiée au Journal officiel de l'Union européenne le 26 février 2026. Elle est entrée en vigueur le 18 mars.
Les ONG européennes demandent que le registre de transparence devienne juridiquement contraignant, faute de quoi les 381 millions déclarés restent probablement sous-estimés. En France, la HATVP réclame un pouvoir d'injonction sous astreinte et de sanction — la demande vient d'une autorité indépendante, pas d'un parti.
Reste la question politique. Le programme de La France insoumise porte depuis des années une section entière sur la collusion entre intérêts privés et institutions, jusqu'à vouloir « organiser la séparation de l'État et de la finance ». François Ruffin en a fait, lui, le cœur d'une conférence de presse datée du 2 juillet, avec sa loi de séparation de l'argent et de l'État et dix ans d'interdiction de lobbying après un poste ministériel.
Le dossier se referme sur l'appel, le 6 septembre, de Claire Nouvian et Cyril Dion, pour une loi d'urgence climatique. Claire Nouvian dirige BLOOM — l'ONG qui a documenté le lobbying américain au Parlement européen. Celle qui a prouvé le blocage réclame maintenant la loi.