Quatrième dossier de l'été, après le rêve solarpunk, le cauchemar cyberpunk et l'ivresse des corps libres, celui-ci redescend vers le concret et le politique : la chaleur et l'architecture. Pas la douceur des vacances dans la fraîcheur littorale — le soleil qui brûle, qui empêche de dormir, qui transforme le bitume en plaque chauffante, qui abîme les travailleurs en extérieur et qui, parfois, va jusqu'à tuer. La canicule n'est plus un épisode : elle est devenue le climat.
Alors que la Méditerranée s'embrase, qu'on sort d'une canicule violente et que Météo-France en annonce une nouvelle, on soulève le tapis et on regarde le paradoxe qu'on souhaiterait parfois ne pas voir : nos villes aggravent le mal qu'elles subissent. Un siècle d'urbanisme tourné vers le soleil et vers la préservation de la chaleur l'hiver : du béton, du verre, des parkings. Nos centres-villes sont des fours à inertie ; et notre seule parade collective rapide — la climatisation — recrache dans la rue la chaleur qu'elle retire du salon. Chacun sa clim, et la ville gagne encore quelques degrés.
Alors on a voulu remonter le fil, en trois mouvements. Ce que savaient les anciens : le moucharabieh, le badgir persan, les médinas aux ruelles étroites — une intelligence climatique vieille de mille ans, que la modernité a démolie à coups de béton importé, et que Hassan Fathy tenta de sauver. Ce que font déjà les villes : les corridors verts de Medellín, les superblocks de Barcelone, les cours d'école « oasis » de Paris, Séville qui baptise ses canicules. Ce que dessinent les architectes : de l'utopie contestée de Masdar City au « la forme suit le climat » de Philippe Rahm — la preuve que le confort d'été se conçoit, il ne se subit pas.
Notre parti pris : la fraîcheur n'est pas un gadget ni une affaire de machines. C'est une question de dessin, d'ombre et de vivant — et, largement, un savoir qu'on possédait déjà. Habiter la fournaise, ce n'est pas nécessairement la climatiser : c'est réapprendre à bâtir avec le climat plutôt que contre lui. Habiter la fournaise, c'est aussi la politique de la ville. Ça tombe bien : l'année prochaine, on vote.