AFK.live
⌕
Pipeline · 16 h 16 Ven. 23 octobre · N° 0677
← Retour aux dossiers · ACCUEIL · DOSSIERS · GÉOPOLITIQUE INTERNATIONALE
Géopolitique internationale DOSSIER · linéaire · 20 nœuds

Algérie : le bilan introuvable

Édito

Le 27 août, une vidéo tournée sur une plage de Jijel dépasse les six millions de vues sur Insta. Des habitants sur les galets, dos à la mer, regardent la montagne brûler jusqu'au rivage. Une image qu'on a beaucoup vue cet été, en France, au Canada, et ailleurs. La légende tient en deux signes : « Jijel 💔 ». Personne, sur cette image, ne sait encore combien de ses voisins sont morts cette nuit-là. Deux semaines plus tard, personne ne le sait toujours.

L'Algérie a donné un chiffre, le 26 août au soir, alors que le feu courait encore : douze morts, cinquante-quatre blessés. Il n'a jamais bougé. Mais les décomptes, eux, s'accumulent : soixante-neuf morts au seul hôpital d'El Milia selon l'agence italienne ANSA, plus de soixante-dix noms sur la page officielle de la commune de Djemaa Beni Habibi, environ deux cents pour la seule wilaya de Jijel selon un décompte indépendant du Monde, trois cent quatre-vingt-cinq selon des sources du ministère de la Défense citées par Jeune Afrique. Le 29 août, le ministre de la Santé a concédé un bilan « très lourd ». Sans donner de chiffre. Et la cellule de vérification de France 24 consacre une émission entière au nombre de morts. Le pouvoir algérien refuse de compter ses morts. Et par là, il laisse prospérer tous les comptes possibles, y compris les plus instrumentalisés. Le silence ne protège pas de la rumeur : il la fabrique.

Deux autres fils traversent ce dossier. Le premier est judiciaire. Quatre jours après le feu, le président Tebboune a ordonné une modification du code pénal avant le 15 septembre pour faire exécuter les pyromanes. La peine capitale existe déjà pour l'incendie ayant entraîné la mort ; ce que l'on veut supprimer, c'est cette condition. Et l'Algérie n'exécute plus personne depuis 1993. La Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme le résume d'une phrase : « la justice pénale ne doit jamais être gouvernée par l'émotion, aussi légitime soit-elle ».

Le deuxième est le plus explosif, et c'est celui dont on a le moins parlé en France : le feu a ravagé la Kabylie, région autonomiste berbérophone. Le 7 septembre, le parquet d'Alger a inculpé quatre suspects, dont un présenté comme sympathisant du MAK, le Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie. En miroir, des organisations kabyles accusent l'État d'être « pyromane par abandon », de n'avoir donné ni l'ordre d'évacuer ni les moyens de le faire.

Reste l'hypothèse que pose une analyse universitaire publiée cette semaine : et si la solidarité extraordinaire des Algériens — les convois de bénévoles, les chaînes d'eau, les villages qui s'organisent seuls — était devenue une ressource politique du pouvoir ? Plus un peuple se débrouille, moins l'État a de comptes à rendre.

La rédaction d'AFK.live

Algérie : le bilan introuvable

Le parcours.

20 nœuds · à lire dans l'ordre
01
SOURCE WEB
↗ SOURCE WEB
ox_fares18 — « Jijel 💔 »
Jijel 💔 — @ox_fares18 · Instagram · 27 août 2026

Le 27 août, une vidéo de six millions de vues. Des habitants de Jijel sur les galets, dos à la mer, parce qu'il n'y a plus nulle part où reculer : la montagne brûle jusqu'au rivage. Une légende de deux signes — « Jijel 💔 ». Ce dossier part de là, et de ce que cela dit : dans un pays où l'État ne raconte pas la catastrophe, ce sont les téléphones des habitants qui tiennent le procès-verbal. Retenez cette image, on va passer les jours suivants à essayer de savoir combien de personnes y figuraient encore vivantes.

02
AFK
★ AFK

Le chiffre de départ, celui qui ne bougera plus. Dans la nuit du 26 au 27 août, Le Monde reprend le bilan que vient de donner le ministre de l'Intérieur : douze morts. Ce nombre a été annoncé alors que le feu courait encore. Il est resté le bilan officiel de l'Algérie pendant les deux semaines qui ont suivi, sans être révisé d'une seule unité — c'est cette immobilité, plus que le chiffre lui-même, qui va devenir le sujet.

03
SOURCE WEB
↗ SOURCE WEB
TSA

TSA — Le bilan ministériel, annoncé un mercredi soir à Souk el Tenine

Le bilan des incendies qui ont frappé l'Algérie mercredi s'est alourdi. Douze personnes, dont un garçon de 8 ans, ont perdu la vie dans les feux de forêt à Jijel (5), Béjaïa (4), Tizi-Ouzou (3 morts), ce qui porte à 18 le nombre de morts dans les incendies depuis le début de l'été. Ce bilan a été annoncé mercredi soir à Souk el Tenine, à l'Est de Béjaïa, par le ministre de l'Intérieur et des Transports, Saïd Sayoud, qui a fait état de 54 blessés dans cette wilaya, dont « six dans un état grave ».

↗ Lire la source — tsa-algerie.com

Le détail que l'annonce officielle contient et qu'on oublie de lire : parmi les douze morts, un garçon de huit ans. TSA, l'un des rares médias algériens réellement indépendants, rapporte aussi que ces douze décès portent à dix-huit le total depuis le début de l'été — l'Algérie brûlait déjà en juillet. Ce nœud sert de référence : c'est la version officielle dans sa formulation exacte, celle contre laquelle tout le reste du dossier va être mesuré.

04
YOUTUBE
▶ YOUTUBE

Les images que vous cherchiez. Jijel, environ cent kilomètres de côte partis en quelques heures entre El Milia et Ziama Mansouriah, par plus de 45 °C et des vents qui ont créé ce que les pompiers appellent des tornades de feu. Regardez le rapport d'échelle entre les moyens engagés et le front de flammes : c'est déjà, en soi, un argument du dossier.

05
YOUTUBE
▶ YOUTUBE

L'État apparaît — et il apparaît d'abord sous la forme du deuil. Trois jours décrétés par Tebboune, manifestations sportives et culturelles annulées, obsèques collectives à Djemaa Beni Habibi le 28 août avec le Premier ministre. Un pouvoir qui organise magnifiquement le rituel du chagrin national tout en refusant d'en publier le décompte : c'est exactement le paradoxe sur lequel ce dossier travaille.

06
WIKIPEDIA
W WIKIPEDIA
Wikipedia · article complet

Feux de forêt de 2026 en Algérie

§ Article Wikipedia - Paragraphe introductif

Les feux de forêt de 2026 en Algérie sont une série de violents incendies qui se déroulent essentiellement en juillet et août dans l'est de l'Algérie. Les plus intenses furent dans la wilaya de Jijel entre le 26 et le 30 août, attisés par des températures supérieures à 45 °C et des vents violents, qui ont contribué à une propagation rapide dans les forêts et les villages de Jijel. À la suite de ces feux de la fin août qui ont provoqué officiellement la mort de 12 personnes, mais des sources locales avancent un nombre de victimes plus important, le président Abdelmadjid Tebboune décide de trois jours de deuil national et il demande la modification du Code pénal avant le 15 septembre afin d'instaurer, à l'encontre des incendiaires, la peine de mort avec exécution.

cat: Catégorie:2026 en Algérie cat: Catégorie:Article contenant un appel à traduction en anglais cat: Catégorie:Article contenant un appel à traduction en portugais cat: Catégorie:Article utilisant l'infobox Feu de forêt cat: Catégorie:Article utilisant une Infobox

La fiche encyclopédique, écrite en direct — et qui porte déjà la fracture dans sa formulation. Notez la construction de la phrase : « ces feux de la fin août qui ont provoqué officiellement la mort de 12 personnes, mais des sources locales avancent un nombre de victimes plus important ». Quand une encyclopédie doit mettre « officiellement » entre le verbe et son chiffre, c'est que le chiffre a cessé d'être un fait pour devenir une position.

07
AFK
★ AFK

Le mot juste est de Libération : « gêné ». Ce qui se passe en Algérie n'est pas un blackout — la presse n'est pas coupée, les journalistes ne sont pas arrêtés en masse, la catastrophe n'est pas niée. C'est plus subtil et plus efficace : on parle beaucoup du feu et jamais des morts. Le 29 août, le ministre de la Santé concède un bilan « très lourd ». Sans donner de chiffre. Le silence n'est pas l'absence de parole, c'est une parole construite pour ne rien contenir.

08
SOURCE WEB
↗ SOURCE WEB
France 24

France 24, « Info ou intox » — quand vérifier un bilan devient un sujet à part entière

À la fin du mois d'août, le nord-est de l'Algérie a été ravagé par les flammes. Depuis, le bilan humain des incendies suscite beaucoup d'interrogations, d'autant que celui communiqué par les autorités ne coïncide pas avec les images qui remontent du terrain.

↗ Lire la source — france24.com

L'ancrage méthodologique du dossier. Que la cellule de fact-checking de France 24 consacre une émission entière au décompte des morts d'une catastrophe naturelle dit tout : le nombre de cadavres est devenu une information disputée, à traiter comme on traite une rumeur de guerre. La formule de l'émission — le bilan officiel « ne coïncide pas avec les images qui remontent du terrain » — résume l'affaire : d'un côté un chiffre, de l'autre des vidéos.

09
YOUTUBE
▶ YOUTUBE

L'inventaire des décomptes concurrents, et il donne le vertige. L'agence italienne ANSA parle de 69 morts au seul hôpital d'El Milia ; la commune de Djemaa Beni Habibi affiche plus de 70 noms sur sa page officielle ; Le Monde établit un décompte indépendant autour de 200 pour la seule wilaya de Jijel ; Jeune Afrique cite des sources du ministère de la Défense à 385. Des élus locaux, sous couvert d'anonymat, avancent des nombres supérieurs à 700. Aucun de ces chiffres n'est vérifiable, et c'est précisément le problème : en refusant de compter, l'État a rendu tous les comptes possibles.

10
SOURCE WEB
↗ SOURCE WEB
JeuneAfrique.com

Jeune Afrique — « un discours officiel qui passe mal »

De mémoire d'homme, l'Algérie n'avait jamais connu des incendies d'une telle intensité. Depuis la nuit du mercredi 26 août, plusieurs régions du nord sont ravagées par des feux d'une violence exceptionnelle. Des milliers d'hectares de forêts ont été détruits, des villages encerclés par les flammes et des centaines de personnes blessées. Le bilan humain officiel semble, lui, largement sous-estimé.

↗ Lire la source — jeuneafrique.com

Jeune Afrique, qui n'est pas un journal d'opposition algérien, pose le constat sans détour : « De mémoire d'homme, l'Algérie n'avait jamais connu des incendies d'une telle intensité », et « le bilan humain officiel semble, lui, largement sous-estimé ». Le décalage n'est plus dénoncé par des militants depuis Paris ou Rabat — il est devenu le point de départ de toute couverture sérieuse de l'événement.

11
AFK
★ AFK

Le 5 septembre, dix jours après, la revue de presse internationale de France Culture doit encore consacrer son édition au fait qu'un bilan n'existe pas. C'est la mesure du problème : la non-information est devenue l'information. Ce nœud est aussi une réponse à une objection fréquente — non, ce n'est pas un angle français : c'est ce que lit la presse du monde entier quand elle regarde l'Algérie de cet été.

12
AFK
★ AFK

Le 30 août, quatre jours après le feu, Tebboune donne au ministère de la Justice jusqu'au 15 septembre pour modifier le code pénal. Chronologie à retenir : le pouvoir n'a toujours pas publié de bilan, mais il a déjà désigné des coupables et fixé leur peine. Quand un État ne sait pas dire combien de gens sont morts mais sait exactement qui doit être exécuté, l'ordre des opérations est l'information.

13
SOURCE WEB
↗ SOURCE WEB
Maghreb Émergent

Maghreb Émergent — ce que la réforme change vraiment (et ce qu'elle brise)

En ordonnant le rétablissement de l'exécution de la peine de mort contre les pyromanes, le président opère donc un saut qualitatif : il fait de la peine capitale une sanction de nouveau destinée à être appliquée, du moins dans un champ limité – les incendies volontaires jugés particulièrement graves – là où le pays avait choisi de la suspendre dans les faits depuis plus de trente ans. Sur le plan international, l'Algérie est partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui encadre l'usage de la peine de mort en la limitant aux « crimes les plus graves » et en imposant des garanties de procédure ; mais elle n'a pas ratifié le Deuxième Protocole facultatif visant l'abolition totale, ce qui lui laisse, en droit, la possibilité de maintenir et d'appliquer la peine capitale.

↗ Lire la source — maghrebemergent.news

Le nœud à lire si vous ne devez en lire qu'un sur cet axe, parce qu'il corrige le contresens. La peine de mort existe déjà en droit algérien pour l'incendie volontaire ayant entraîné la mort ; ce que Tebboune demande, c'est de supprimer cette condition — brûler une forêt suffira. Et surtout : l'Algérie n'exécute plus personne depuis 1993. Rétablir l'exécution, c'est rompre un moratoire de trente-trois ans, dans l'urgence, sans débat parlementaire, en réaction directe à une catastrophe.

14
SOURCE WEB
↗ SOURCE WEB
Radio des sans voix

La LADDH et les avocats : « la justice pénale ne doit jamais être gouvernée par l'émotion »

Le CS-LADDH ne mâche pas ses mots. « La gravité d'un crime ne saurait justifier le retour de l'État à l'exécution de la peine capitale, suspendue de fait depuis 1993 », écrit le comité, qui qualifie ce moratoire d'« acquis important qu'il serait extrêmement grave de remettre en cause ». La justice pénale, ajoute-t-il, « ne doit jamais être gouvernée par l'émotion, aussi légitime soit-elle ». Chez les avocats, la critique change de registre mais pas d'intensité. Sur sa page Facebook, Me Haboul vise un article précis du code de procédure pénale : « Le code de procédure pénale, qui interdit le pourvoi en cassation contre la décision de renvoi devant la cour criminelle ainsi que l'exception de nullité des procédures devant cette juridiction, ne peut, en l'état du droit, garantir le droit à un procès équitable. Donc, non, non et non, au retour à l'exécution de la peine de mort. »

↗ Lire la source — laradiodessansvoix.org

L'opposition ne vient pas de l'étranger, elle vient du barreau algérien. La Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme qualifie le moratoire d'« acquis important » et pose la phrase qui tient tout : la gravité d'un crime ne justifie pas le retour aux exécutions. Les avocats, eux, attaquent sur le terrain le plus concret — le code de procédure pénale interdit le pourvoi en cassation contre le renvoi devant la cour criminelle. Traduction : on veut élargir la peine capitale dans un système qui ne garantit pas encore le procès équitable.

15
WIKIPEDIA
W WIKIPEDIA
Wikipedia · article complet

2021 Algeria wildfires

§ Killing of Djamel Ben Ismail

Djamel Ben Ismail, an artist and social activist from Miliana, was brutally killed by a mob days after the fires began in Tizi Ouzou. He was initially accused of arson without substantiation. A video showing the assault against Ben Ismail went viral online, showing his final minutes as he was burned alive and killed for his alleged role. However, social media users identified him as a prominent artist who was present in the area to help residents put out the fires. In the video, Ben Ismail was pleading with the mob, repetitively insisting that he had no role in the wildfires. Due to this, it is strongly believed that Ben Ismail was in fact guiltless. The Directorate General for National Security (DGSN) affirmed the arrest of 36 suspects, including 3 women, involved in Ben Ismail's assassination and lynching in Larbaâ Nath Irathen, Tizi Ouzou.

cat: Category:2021 disasters in Algeria cat: Category:2021 fires in Africa cat: Category:2021 in Algeria cat: Category:2021 wildfires cat: Category:August 2021 in Africa

Voilà où mène la désignation du pyromane, et l'Algérie l'a déjà vécu. Été 2021, incendies en Kabylie : Djamel Ben Ismail, artiste venu de Miliana pour aider à éteindre le feu, est accusé sans preuve d'être un incendiaire. Une foule le lynche et le brûle vif à Larbaâ Nath Irathen ; la vidéo tourne ; trente-six personnes sont arrêtées ; il était innocent. C'est le nœud le plus dur du dossier et il n'est pas là pour l'effet : cinq ans plus tard, un chef d'État promet l'exécution des pyromanes dans un pays où l'on sait précisément ce que produit l'accusation d'être un pyromane.

16
AFK
★ AFK

Publié le 24 août — deux jours AVANT les incendies. C'est ce qui en fait le meilleur nœud de l'axe kabyle : il documente la répression et l'exil des Kabyles sans rien devoir à la polémique qui va suivre. Quand le feu prend le 26, il ne tombe pas sur une région neutre ; il tombe sur un contentieux ouvert entre Alger et la Kabylie, avec ses détenus et ses départs. Tout ce qui suit se lit sur ce fond-là.

17
WIKIPEDIA
W WIKIPEDIA
Wikipedia · article complet

Kabylie

§ Histoire

Pas plus hier qu'aujourd'hui, la Kabylie n'a connu de frontières fixes et rigoureusement définies. Mais son histoire montre d'autres permanences : une continuité linguistique qui remonte à plusieurs millénaires avant notre ère ; l'usage perpétué de systèmes de signes et de symboles issus de la Protohistoire ; une forme d'organisation tribale, attestée dès l'Antiquité, restée caractérisée par le contrôle direct et rigoureux de dirigeants désignés et constamment opposée à l'émergence d'un pôle de pouvoir unique et centralisé. Bien qu'intérieurement divisée, la région a trouvé son unité, vis-à-vis de l'extérieur, en se faisant le refuge de tous ceux qui, dans les populations environnantes, ont voulu résister à l'emprise des conquérants successifs ou des États en construction.

cat: Catégorie:Article de Wikipédia avec notice d'autorité cat: Catégorie:Article de qualité cat: Catégorie:Article de qualité géolocalisé en Algérie cat: Catégorie:Article utilisant une Infobox cat: Catégorie:Article à référence nécessaire

Le fond long, et il explique beaucoup. Wikipédia résume la Kabylie comme une région à « organisation tribale, attestée dès l'Antiquité », « constamment opposée à l'émergence d'un pôle de pouvoir unique et centralisé », et devenue « le refuge de tous ceux qui ont voulu résister à l'emprise des conquérants successifs ou des États en construction ». Le conflit de 2026 n'est pas né en 2026, et il ne se règlera pas avec un code pénal.

18
SOURCE WEB
↗ SOURCE WEB
www.lejourdalgerie.com

Le Jour d'Algérie — hier, un suspect présenté comme sympathisant du MAK

Dans la deuxième affaire, le suspect MouzniMerzouk a été arrêté pour avoir délibérément mis le feu à la forêt d'Aït AïssaOuziane, dans la commune de Maatka, toujours à Tizi Ouzou. Les investigations ont permis de récupérer une vidéo le montrant en train de déclencher l'incendie, ainsi que des images de lui lançant des pierres sur les éléments de la Protection civile intervenus sur les lieux. Lors des interrogatoires, MouzniMerzouk a reconnu être un sympathisant du « MAK » (Mouvement pour l'Autodétermination de la Kabylie), classée comme organisation terroriste par l'État algérien.

↗ Lire la source — lejourdalgerie.com

Le 7 septembre, quatre suspects sont déférés devant le parquet antiterroriste d'Alger. L'un d'eux, dit l'accusation, a reconnu en interrogatoire être sympathisant du MAK, mouvement autonomiste kabyle classé organisation terroriste par l'Algérie depuis 2021. À prendre pour ce que c'est : la version du parquet, dans un média algérien proche du pouvoir, sur des aveux recueillis en garde à vue. Nous ne sommes pas en mesure de la vérifier — mais elle est un fait politique en soi, car elle rattache le feu au séparatisme kabyle.

19
SOURCE WEB
↗ SOURCE WEB
Kabyle.com

Kabyle.com — l'accusation inverse : « l'État algérien, pyromane par abandon »

For the CMA, the primary party responsible for these recurring fires is the Algerian government. Despite its speeches and promises, it has failed to equip the country with any credible plan to prevent fires, protect people and property, or fight fires effectively. The population was given neither the order nor the means to evacuate threatened areas, which explains the excessive loss of life. Algeria, which apparently cannot afford water-bomber aircraft, nevertheless spent more than 25 billion US dollars on its military in 2025, 25% of the state budget, the second-highest ratio in the world after Ukraine, and the largest military budget in Africa.

↗ Lire la source — kabyle.com

L'autre camp, et son argument le plus solide. Le Congrès mondial amazigh ne dit pas que l'État a allumé les feux — il dit qu'il n'a rien fait pour les éteindre : aucun plan de prévention crédible, ni ordre ni moyens d'évacuation, d'où l'excès de morts. Et il pose le chiffre qui fait mal : un pays qui n'a pas les moyens d'acheter des Canadair a dépensé plus de 25 milliards de dollars en budget militaire en 2025, 25 % du budget de l'État. Source militante et partie prenante, à lire comme telle — mais la question du budget, elle, reste posée. Regardez les deux nœuds ensemble : Alger accuse les Kabyles d'avoir allumé le feu, les Kabyles accusent Alger de les avoir laissés brûler. Ni l'une ni l'autre thèse n'est établie. Ce que le feu a produit avec certitude, c'est cette spirale — et une catastrophe climatique reconvertie en preuve à charge par chacun contre l'autre.

20
AFK
★ AFK

Le nœud de sortie, et il retourne la question. Et si la solidarité extraordinaire des Algériens — les convois de bénévoles, les villages qui s'organisent, les chaînes d'eau — n'était pas seulement admirable, mais aussi commode ? Cette analyse universitaire soutient que le pouvoir puise dans la résilience de sa population une ressource politique : plus les gens se débrouillent, moins l'État a de comptes à rendre. C'est le fil qui relie les quatre axes de ce dossier : le bilan qu'on ne publie pas, les pyromanes qu'on désigne, la Kabylie qu'on soupçonne. Chaque fois, le même mouvement — déplacer la responsabilité hors de l'État.

FIN
Vous avez fini le parcours.
20 nœuds · ~11 min de lecture
← Retour aux dossiers