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Pipeline · 06 h 13 Lun. 29 juin · N° 0561
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Le poids des mots

Aurélie Trouvé face aux Jeunes Agriculteurs

4 222
mots
18,3
mots / phrase
62,2
Kandel-Moles
9,95
Autorité (MFT)
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Q1. Merci de présenter votre projet pour l’agriculture.

Interviewé: Je vous remercie. Bonjour à toutes et tous. Bonjour à vous tous qui êtes membres des Jeunes Agriculteurs. Je vais en profiter pour féliciter et saluer le nouveau conseil d’administration, le nouveau président des Jeunes Agriculteurs, Jocelyn Dubost. J’en profite aussi pour saluer, parce que je les ai rencontrés, le président des chambres d’agriculture, Sébastien Winsor, le président des COP de France, Dominique Chargé, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau. Et je voudrais maintenant vous expliquer d’abord le sens de ma présence. Ce n’est pas un scoop, ce n’est pas moi qui suis candidate à l’élection présidentielle pour la France insoumise, en l’occurrence. Mais comme ça a été dit d’ailleurs par Jean-Luc Mélenchon, nous sommes une équipe. Nous sommes une équipe et en l’occurrence, je suis pour ma part en charge des questions agricoles et économiques pour la France insoumise. J’ai été amenée aussi évidemment à, et je le suis, à être très en lien avec le monde agricole. J’étais pendant 20 ans… Professeur à l’école d’agro de Dijon qui n’est pas loin d’ici, puis l’agro de Paris. Je suis agronome de formation, présidente par ailleurs de la commission économique de l’Assemblée nationale, la première d’opposition d’ailleurs pendant un certain temps. Et donc je veux vous parler d’abord de l’état, du constat. Et un constat qui est lié à des politiques, il n’arrive pas comme ça, il est lié à une politique de dérégulation des marchés qui nous amène aujourd’hui pour la première fois, pour la première fois depuis 60 ans. à un déficit agricole et alimentaire pour la France. Et ce n’est pas rien pour la France qui était historiquement le grenier agricole de l’Europe. Pour la première fois en décembre 2025, nous avons un déficit. Pour la première fois depuis très longtemps, nous avons aussi par exemple un recul des surfaces en agriculture biologique. Nous avons un recul du revenu agricole en 2023, en 2024, moins 19%, moins 15%, un taux de pauvreté qui est toujours extrêmement élevé, beaucoup plus que dans les autres secteurs professionnels. On est à 17% de taux de pauvreté. On ne peut pas continuer ainsi. Tout ça est le produit des politiques qui sont menées, en particulier la multiplication des accords de libre-échange. Nous sommes le seul groupe politique européen à nous être opposés et à l’assumer, à l’ensemble des accords de libre-échange. Et moi, je veux répondre à ceux qui disent qu’il y a des bons et des mauvais accords. Est-ce que l’accord avec l’Australie, qui vient d’être signé, on voudrait savoir la position du gouvernement, la ministre Genevard a refusé de me répondre alors que j’ai posé dix fois la question en hémicycle ces deux dernières semaines. Quelle est la position du gouvernement sur l’accord avec l’Australie? Alors qu’il va y avoir des centaines de milliers de tonnes de viande importée à droite de doigt nul supplémentaire. La multiplication des accords de libre-échange depuis maintenant 20 ans est une catastrophe pour l’agriculture et les revenus agricoles. Les coûts budgétaires également. Je rappelle qu’il y a 1,2 milliard de coûts budgétaires dans le budget agricole. français en deux ans. Donc la situation actuelle n’est pas le produit des hasards. Et quand j’entends des membres de la minorité présidentielle actuelle qui est au pouvoir depuis neuf ans dire c’est la catastrophe, mais pourquoi? Parce que les politiques ne changent pas. Nous sortons, je sors de deux semaines de débats dans l’hémicycle. Il y a une succession de lois agricoles insipides, inefficaces, qui ne s’attaquent jamais au cœur du problème, à savoir le fait d’avoir des prix rémunérateurs pour les agriculteurs. Car oui, aujourd’hui, ça n’est pas rémunérateur. Oui, aujourd’hui, par exemple, il y a des filières dans lesquelles la valeur ajoutée est négative, tellement les prix sont en dessous des coûts de production. Et pire que ça, la semaine dernière, la seule proposition un peu ambitieuse de cette loi qui est le tunnel de prix… Eh bien, ça a été rejeté, rejeté par un vote négatif de tout le bloc présidentiel et par une abstention du Rassemblement national. Eh bien, ceci est absolument insupportable. Donc, ce que nous proposons, c’est un nouveau pacte productif avec, comme maître mot, la protection. Oui, vous voulez faire la transition agroécologique et vous le dites. Oui, mais pour ça, il faut que vous en ayez les moyens. Il faut être protégé face aux multinationales de Laval. Il faut être protégé face à la concurrence déloyale. Il vous faut des moyens pour faire la transition agroécologique. Et donc pas des grosses coupes budgétaires dans tous les budgets agricoles, au contraire des contrats de transition. Et enfin, il vous faut des débouchés, des vrais débouchés, à commencer par la commande publique et les cantines. C’est pourquoi nous nous portons dans les cantines, des cantines 100% bio-locales, pour créer un immense débouché pour tous ceux qui, par ailleurs, s’orienteront vers la transition agroécologique. Et je me félicite de notre amendement qui est passé dans la loi agricole, qui dit que dans les cantines, il doit y avoir 100% de produits français. Ça, c’était notre amendement et nous nous battrons pour la suite et dans cette loi agricole pour que cet amendement ne soit pas supprimé.

Q2. Voilà, merci beaucoup Aurélie Trouvé, 5 minutes pile poil pour cette introduction. Maintenant, 20 minutes d’échange avec nos GIA, donc Yannick Kinder, Justin Lemaitre et Thomas Grimaud, vers lesquels je me tourne pour les premières questions. C’est parti.

Q3. Oui, bonjour. Alors, je vais profiter de l’occasion pour dresser un bilan de la situation des Outre-mer. On a l’impression aujourd’hui que les Outre-mer, on y pense, que quand il y a le centre de l’agriculture, pour le rhum arrangé de la Réunion, pour les fruits exotiques de la Guyane, le rhum des Antilles et les plantes à parfum de Mayotte. On a l’impression d’être laissé pour compte. Toutes les difficultés auxquelles font face les agriculteurs de métropole sont les mêmes chez nous, à la différence que du fait de notre insularité, elles sont beaucoup plus compliquées. Ma première question, simplement, qu’en est-il des Outre-mer? Quelle est votre vision? Et face aux défis auxquels nous faisons face, notamment le faible… renouvellement des générations, mais aussi la vie qui est beaucoup plus chère et la diminution du nombre d’exploitations et des surfaces. Merci.

Interviewé: Je vous remercie. D’abord, c’est une question extrêmement importante. D’abord, un constat, c’est que les Outre-mer sont extrêmement dépendants sur le plan agroalimentaire des importations. Donc il faut des grands plans de filière avec un budget ambitieux qui permettent de relocaliser déjà et de permettre, par exemple, le développement de production agricole qui soit directement voué à l’alimentation des habitants des Outre-mer. Deuxièmement, il faut, et c’est valable pour les Outre-mer comme pour l’ensemble des agriculteurs, des prix planchers agricoles. Parce que particulièrement en Outre-mer, la situation des agriculteurs est déplorable en réalité au niveau des revenus agricoles. J’étais à Mayotte l’année dernière et force est de constater que suite à la tragédie du cyclone de Shido, par exemple, les moyens n’ont absolument pas été mis en œuvre. On a rencontré la chambre d’agriculture, on a rencontré des agriculteurs de Mayotte qui nous ont dit« notre exploitation est dévastée et nous n’avons absolument pas aujourd’hui les aides qui nous permettent aujourd’hui de survivre». Et c’est ça qui est catastrophique, c’est que déjà la situation des agriculteurs en Outre-mer est catastrophique, mais en plus les moyens ne sont pas mis pour les maintenir et faire en sorte qu’ils développent. particulièrement ce qui permet de relocaliser l’alimentation en Outre-mer.

Q4. Merci beaucoup. Si je peux juste ajouter, on parle aujourd’hui beaucoup du meilleur coût sûr, mais dans les îles, si vous voulez, on a toujours connu ce meilleur coût sûr, puisque notamment en Atlantique, la Guyane, la Guadeloupe, la Martinique, ont subi une concurrence déloyale des îles anglaises voisines, et ça dure depuis des années. Et encore une fois, on a l’impression d’être laissé pour compte, puisqu’on ne peut pas faire face à cette concurrence, et ça n’aide pas d’y aller. Donc, est-ce que sur ce point-là, vous avez aussi une vision?

Interviewé: Eh bien, moi, je veux dire une chose, c’est que si nous gouvernons, nous assumerons la désobéissance à un certain nombre de règles de l’Organisation mondiale du commerce. Je m’explique. Par exemple, pour les bananes d’outre-mer, on sait très bien qu’aujourd’hui, les règles de l’OMC ont fait que les bananes venues de l’outre-mer, y compris vers l’Hexagone, sont concurrencées de manière absolument féroce par les multinationales d’Amérique latine. Et du fait du principe de la nation la plus favorisée. Voilà une règle, par exemple, de l’OMC qui ne doit pas être aujourd’hui respectée. Et je le dis plus largement aussi parce que c’était un long débat pendant la loi agricole. Nous assumerons le fait que nous ayons un rapport de force, y compris avec les règles de l’Europe néolibérale. Vous le savez, pendant la loi agricole, nous avons fait passer un amendement à la majorité de l’Assemblée nationale pour interdire, par exemple, l’importation de produits très… avec des pesticides dangereux mais interdits en France, parce que nous nous disons pas d’interdiction sans protection. Et je l’assume, oui c’est vrai, ça veut dire un rapport de force avec Bruxelles. Oui c’est vrai, il y aura sans doute des recours par les importateurs, mais nous les assumerons. Parce qu’il faut changer ces règles de l’Europe néolibérale, il faut comprendre que c’est un bon sens. On ne peut pas d’un côté interdire des pesticides à des agriculteurs en France et importer massivement des produits traités avec ces mêmes pesticides. Et en l’occurrence, nous sommes tout à fait cohérents. Parce que nous disons que la transition agroécologique est nécessaire, mais pour ça, il faut qu’il y ait les moyens. Et les moyens, c’est la protection contre la concurrence déloyale, et c’est un budget adéquat avec des contrats de transition agroécologique sur 5 ans, qui rejoignent d’ailleurs la proposition des jeunes agriculteurs, quelque part de contrat d’avenir, parce que ce qu’il y a dans la loi agricole, c’est une coquille vide. Pareil, j’ai posé dix fois la question à la ministre de l’Agriculture, quel est le budget mis sur les contrats d’avenir? Elle a fini par l’avouer, zéro. C’est quoi des contrats d’avenir avec zéro euro? Voyez? Et là, on vient d’apprendre les gels budgétaires hier. Il y aura encore plusieurs coupes budgétaires très importantes dans le budget agricole, en plus de celles qui ont été décidées dans le budget au début d’année. Vous vous rendez compte? Alors, vu la situation de l’agriculture, c’est absolument insupportable.

Q5. En France, nous avons un besoin de 30 milliards de mètres cubes d’eau sur le territoire français. 11% est dédié à l’agriculture. Aujourd’hui, il faut être honnête, vous êtes clairement opposé aux réserves de substitution. Aujourd’hui, comment on fait face aux territoires qui sont en crise, sur le manque d’eau, pour parvenir aux besoins des productions, quelles que soient, que ce soit la fraise en maraîchage, que ce soit le maïs, que ce soit pour l’élevage et bien d’autres.

Interviewé: Là encore, c’est une question de moyens et d’accompagnement. Il y a un constat, c’est qu’en réalité, l’eau est de moins en moins disponible pour l’ensemble des usages. L’été dernier, il y avait encore 78 départements en restriction d’usage d’eau. Donc non, nous ne pouvons pas irriguer encore davantage demain, et je l’assume de le dire. Mais en le disant, je dis aussi qu’on ne peut pas laisser les agriculteurs seuls face à cet immense défi. Il faut leur donner les moyens techniques. Et quand je dis technique, c’est aussi de la modernisation des systèmes agricoles. La modernisation, ça veut dire par exemple restaurer des infrastructures agroécologiques et aider les agriculteurs pour ça. Et faire en sorte, par la recherche, le développement, d’adopter des espèces et des variétés beaucoup plus adaptées aux changements climatiques. Ça veut dire aussi des moyens, par exemple, pour la micro-irrigation ou le goutte-à-goutte. Donc il y a des moyens aujourd’hui de moins irriguer, de faire plus sobre, j’ose le dire. Mais pour ça, là encore, on ne peut pas dire débrouillez-vous. Et moi, je pense qu’on est obligé aujourd’hui de faire avec cette nouvelle donne. Oui, il y aura de moins en moins d’eau disponible. Et je ne suis pas d’accord, effectivement, pour… dire que nous devons irriguer davantage. Et quand je dis cela, évidemment, je ne suis pas contre l’ensemble des systèmes de rétention d’eau. Je veux dire évidemment qu’il faut des retenues collinaires, évidemment qu’il faut toute une série de dispositifs qui permettent dans certains cas d’irriguer, mais certainement pas de massivement appeler à davantage irriguer parce que malheureusement les écosystèmes et le changement climatique ne nous le permettent pas.

Q6. Vous avez inventé un terme à la France Insoumise, c’est les fermes-usines. Donc la première partie de ma question est la suivante. Pouvez-vous enfin nous le définir, s’il vous plaît, au niveau de la ferme France?

Interviewé: Alors d’abord, je veux dire une chose, et je vais répondre à votre question, ce n’est pas du tout pour l’éviter, je vais y arriver. Nous, notre objectif, c’est le maintien de l’agriculture familiale. Là encore, j’entends la ministre de l’Agriculture dire au salon de l’agriculture, et elle l’a assumé, puisque je lui ai demandé si elle l’assumait en débat de loi agricole, elle a dit qu’il faut remettre en cause l’agriculture familiale. Eh bien, nous sommes en complet désaccord. Aujourd’hui, il y a un processus d’agrandissement des exploitations agricoles. Elle a dit aussi qu’il n’y a pas d’agrifirmes. Mais c’est faux. Il y a un développement aujourd’hui des agrifirmes en France. C’est documenté, c’est renseigné. Et donc, c’est ça que nous appelons d’abord les fermes-usines. C’est des exploitations agricoles qui sont d’abord tellement grandes qu’elles sont quasiment plus transmissibles dans un cadre familial. Et moi, je vais vous dire, ce qu’a dit la ministre de l’Agriculture, c’est une véritable rupture avec 50 ans de politique agricole française. La France est toujours attachée à l’agriculture familiale, c’est-à-dire une agriculture qui puisse appartenir. L’outil de production doit appartenir à la famille et pas à des capitaux qui soient étrangers au monde agricole. Je vous rappelle que la ferme des mille vaches, en réalité, elle était détenue avant tout par un mania du bâtiment. Je le dis parce que je viens de Picardie et je connais très bien ce dossier. Et c’est ça le premier problème des fermes-usines. C’est le fait qu’on arrive avec des agricultures… capitalistes qui n’appartiennent plus aux familles. Et donc, je le dis, il ne s’agit pas de s’en prendre à des exploitations d’une certaine taille en soi, il s’agit de s’en prendre à ce transfert d’une agriculture familiale à une agriculture possédée par des capitaux. Extérieures au monde agricole. Et en l’occurrence, je veux revenir, puisque j’imagine que c’est ça qui est sur la table, sur la question des seuils, des fameux ICPE. Je rappelle que les seuils d’autorisation, il faut se remettre ça en tête, c’est 2% des exploitations agricoles qui sont au-dessus des seuils. d’autorisation. C’est par exemple des exploitations avec plus de 400 vaches laitières ou de 80 000 poules. Donc je pense qu’aujourd’hui, oui, il faut pouvoir mener au moins un débat public au moment où on décide de passer à un tel agrandissement des exploitations. Mais j’ai envie de vous dire, les agriculteurs, et particulièrement les jeunes agriculteurs, Le premier frein pour l’installation, c’est l’agrandissement des exploitations voisines. C’est le fait qu’il y ait de moins en moins de fonciers agricoles disponibles, de plus en plus chers, et vous le savez. Et nous, ce qu’on porte aussi, c’est qu’enfin, il y a une grande loi foncière avec renforcement de la SAFER. Et je regrette aussi que depuis 4 ans que je suis députée, il n’y a pas une seule loi foncière qui a été mise sur la table, pas une seule loi véritablement en faveur de l’installation et de la transmission des exploitations agricoles.

Q7. Et juste pour compléter rapidement, est-ce que du coup vous pouvez nous dire votre modèle idéal de l’élevage par exemple ? Est-ce que vous pensez, vous parlez de frein à l’installation, que c’est justement pas en stigmatisant les exploitations, l’ensemble de l’agriculture française, comme ça peut vous arriver parfois de le faire dans le parti, que ça freine l’installation et qu’on n’échappe pas des vocations?

Interviewé: Je ne crois pas que nous ayons jamais stigmatisé l’agriculture familiale, jamais. Et les jeunes agriculteurs… Non, je ne le crois pas, pas du tout. Au contraire, quand nous nous prenons les prix planchers agricoles, quand nous prenons le moratoire sur les accords de libre-échange, quand nous prenons un nouveau pacte productif qui passe par une protection contre la concurrence déloyale, quand nous prenons l’encadrement des marges des multinationales de la transformation et de la distribution, C’est bel et bien pour que demain, il y ait beaucoup plus d’agriculteurs qui puissent s’installer. Parce que de fait, ce qui est en train de se passer, c’est que le nombre de personnes qui s’installent ne couvre pas le nombre de personnes qui arrêtent. Et donc nous sommes dans un processus sans fin d’agrandissement et de disparition des exploitations. C’est 10 000 exploitations agricoles qui disparaissent chaque année. Et donc, au contraire, dans ce que nous nous portons et quand et si nous gouvernons, nous mettrons en œuvre justement les moyens pour qu’il y ait, au contraire, des dizaines de milliers d’agriculteurs qui puissent s’installer dans… le cadre d’un nouveau pacte productif, c’est-à-dire, en somme, vous voulez faire la transition écologique, oui, elle est nécessaire, nous vous en donnerons les moyens dans le cadre de l’agriculture familiale.

Q8. En avril 2025, chez JIA, on a été en vagardiste. On a créé et écrit un manifeste sur la nouvelle PAC qui va arriver en 2027. Aujourd’hui, quelle est votre position sur la PAC sans alourdir les contraintes des jeunes agriculteurs?

Interviewé: Je vous remercie pour votre question. Il se trouve que j’ai travaillé depuis de longues années, y compris avec les jeunes agriculteurs, parce que je pense que les jeunes agriculteurs portent des propositions absolument essentielles pour transformer la politique agricole commune, notamment le fait de remettre en cause le système actuel de paiement à l’hectare non plafonné. Oui, il faut plafonner les aides à l’hectare. Oui, il faut privilégier le travail plutôt que le capital foncier dans l’installation et dans le maintien des exploitations agricoles. Et je veux vraiment reconnaître le travail des jeunes agriculteurs de ce point de vue-là. Maintenant, sur la politique agricole commune, pour moi, le problème principal, ou en tout cas le deuxième gros problème, c’est qu’en fait, ce n’est plus une politique agricole commune. C’est une politique agricole concurrentielle. Je rappelle que jusque dans les années 90-2000, nous avions des prix garantis. Certains ont parlé de système soviétique, mais on n’était pas dans un système soviétique jusque dans les années 2000. Et pourtant, il y avait des prix garantis. Il y avait même des quotas de production. Et donc tout ce système a permis de réguler les prix, d’avoir par exemple des prix des céréales, des prix du blé, des prix du sucre qui étaient stabilisés. Et malheureusement aujourd’hui il n’y a plus d’outils de régulation de marché. C’est pourquoi je pense que si l’Europe ne le fait pas, alors il faut avoir le courage politique en France de le faire. Voilà pourquoi je déplore qu’il y ait les tunnels de prix qui aient été retirés de la loi agricole. Et je sais que c’est votre demande aux syndicats agricoles dans leur ensemble. Et il y a unanimité, il me semble, des syndicats agricoles là-dessus. Oui, il faut se battre pour des tunnels agricoles, des tunnels de prix, et encore davantage pour des prix planchers. Et je le dis, prix plancher, c’est quoi? C’est des prix rémunérateurs garantis. Il y a eu des prix garantis auparavant, et je ne vois pas en quoi ce système ne fonctionnerait pas à nouveau.

Q9. Nous sommes de plus en plus confrontés à la prédation et aux dégâts, que ce soit sur les cultures, avec les sangliers notamment, mais aussi avec le loup sur nos élevages. Comment comptez-vous faire, vous, demain au pouvoir, pour réguler ça?

Interviewé: Là encore, moi, je veux parler de la loi d’urgence agricole, qui pour moi est… Globalement une coquille vie sur la question parce que ça ne vient pas apporter la solution principale qui est de mettre des moyens des moyens sur les chiens de protection des moyens sur les bergers des moyens sur l’accompagnement sur la recherche, y compris sur le comportement des loups et des meutes. Et quand on a un budget agricole qui est sacrifié à hauteur de 1,2 milliard d’euros, oui, ces moyens ne sont pas sur la table pour s’attaquer concrètement à ce problème. Maintenant, je veux aller sur la question du pastoralisme. Parce qu’il est vrai, ce sont les systèmes agro-pastoraux qui sont particulièrement touchés par la prédation. Mais je veux dire aussi, on ne peut pas mettre sur le compte du loup l’entièreté des problèmes que subissent aujourd’hui les éleveurs. Et je veux revenir à ça. S’il n’y a pas aujourd’hui des prix rémunérateurs, je pense particulièrement à la viande bovine, mais aussi à l’agneau qui est frappé par tous les accords de libre-échange, et encore pire, celui à venir par l’Australie. Donc s’il n’y a pas ces prix rémunérateurs, s’il n’y a pas aussi un soutien aux filières, et moi je souhaite qu’on ait des filières d’engraissement. Je veux dire, le système Broutard, on a un système Broutard avec de moins en moins de possibilités d’engraisser et de faire en sorte qu’on ait un abattage dans des abattoirs qui sont détruits progressivement en France. On a besoin de plans de filière qui permettent aussi de restaurer ces systèmes d’engraissement. Et d’ailleurs, je le dis, nous sommes pour des plans de filière. ambitieux, là aussi avec un budget qui suit, ça ne sert à rien de dire contrat d’avenir quand il y a zéro euro derrière.

Q10. Il reste un petit peu moins de 4 minutes.

Q11. Voilà, question rapide, réponse rapide.

Q12. Quelle est votre proposition pour faciliter l’installation et la transmission? Comment financez-vous de telles mesures?

Interviewé: Je vais reprendre la formule des jeunes agriculteurs. Vous dites dans votre document, l’installation, c’est un projet de vie qui soit durable. Sur le plan économique, social et écologique. Pour moi, cette formule, elle résume toute la manière dont on doit penser l’installation. Je le redis, il n’y aura pas d’installation si on ne sauvegarde pas ces prix, si on ne permet pas des prix rémunérateurs et une vie décente. Il n’y aura pas d’installation si on n’accompagne pas fortement et budgétairement les agriculteurs dans des contrats de 5, de 10 ans dans la transition agroécologique. Et je veux avoir un mot d’ailleurs pour l’agriculture biologique, parce qu’aujourd’hui, il y a beaucoup d’agriculteurs qui veulent s’installer en agriculture biologique. Il y a beaucoup d’agriculteurs qui ont fait l’effort d’être en agriculture biologique et qui aujourd’hui sont en train de l’abandonner. Je discutais avec une arboricultrice hier qui m’a dit« mais vous savez madame, la pomme aujourd’hui bio, je la vends à 40 centimes. Celle en standard, en conventionnel, elle se vend à 50 centimes. » avec derrière une grande distribution qui se fait des marges monumentales, particulièrement sur le bio. Donc je le redis, on ne peut pas non plus demander aux jeunes agriculteurs qui s’installent de faire la transition agroécologique en acceptant une telle domination. des multinationales. C’est pour ça que je vous dis, oui, il faut une politique spécifique d’installation-transmission. D’ailleurs, nous, on a défendu le diagnostic que je sais était une demande forte des jeunes agriculteurs. Il faut une politique de transmission, une politique du foncier particulier. Il faut des aides à l’installation qui soient beaucoup plus importantes. Moi, je défends, nous défendons dans mon groupe et nous ferons en sorte que l’application de la politique agricole commune permette des aides à l’installation beaucoup plus ambitieuses. Et ça, ça ne dépend pas de l’Europe, ça dépend de la France. Donc nous ferons cela, mais je le dis aussi, il faudra une forme de bing-bang pour ce qui concerne l’entièreté de la vie, du projet de vie, comme vous dites, des agriculteurs. C’est-à-dire que pour donner envie aux agriculteurs de s’installer, encore faut-il qu’ils se disent, je vais avoir… Finalement, je vais pouvoir vivre de mon travail, tout simplement comme n’importe quelle travailleuse et travailleur en France.

Q13. La toute dernière question, vite fait, bien fait.

Q14. Oui, il y a 6,2 millions de Français qui sont rentrés à l’école primaire en 2025. Vous proposez de rendre les cantines gratuites. Mais aujourd’hui, est-ce que ce n’est pas dévaloriser nos valeurs, nos valeurs des produits que nous produisons? Tous nos produits ont un prix. La rente gratuite,

Interviewé: C’est bien pour ça que je propose des prix rémunérateurs pour les agriculteurs et une régulation des marges en aval. Bien entendu, il faut ces prix rémunérateurs. Et par ailleurs, je vous rassure, nous sommes aussi pour une remunicipalisation. des cantines pour arrêter avec des multinationales comme Elior ou Sogeres qui mettent une pression monumentale sur les prix des produits agricoles. Donc oui, il faudra acheter par ailleurs par la commande publique des produits avec des prix qui soient rémunérateurs. D’ailleurs, nous avons soutenu le fait qu’il y ait les labels de commerce équitables qui soient beaucoup plus importants dans le cadre de la commande publique et des cantines. C’est autre chose que de dire que la cantine doit pouvoir être gratuite, au moins déjà pour les populations les plus défavorisées. C’est ce que font déjà un certain nombre de communes. Mais vous voyez, moi, je ne peux pas supporter, je ne peux pas supporter dans ma circonscription des profs qui me disent« Mais vous savez, madame, moi, je suis obligée de donner des pommes. » aux enfants, parce qu’il y a des enfants qui ne peuvent pas aller à la cantine et qui ont faim dans la journée. Donc il faut un accès de toutes et tous à une alimentation saine.

Q15. Merci Aurélie Trouvé. On arrive au terme de ces 20 minutes. Merci aux trois questionneurs également. Vous avez une minute de conclusion, comme l’ensemble des intervenants, cette invitation matinale des JIA, avec évidemment une projection également que vous allez nous expliquer.

Interviewé: Bien, merci à vous. Alors, c’est un constat, un constat de baisse très forte du revenu dans les dernières années, de disparition massive et qui s’accélère du nombre de fermes, de recul pour la première fois de la surface agricole biologique. Je l’ai dit aussi pour la première fois depuis… 60 ans de déficit agricole, il faut donc un choc. Et nous avons les moyens de faire autrement. Et vous voyez ici, c’est une photo, je suis en visite avec Jean-Luc Mélenchon dans une exploitation de comté l’année dernière. Et le comté est justement un système qui permet de dire qu’avec une régulation des volumes de production, une régulation des prix qu’ils font à travers des plans de croissance, nous pouvons faire autrement, faire des produits de qualité. Et comme nous sommes dans l’Ain et dans une zone de comté, je veux saluer aussi tous ces producteurs de signes de qualité qui aujourd’hui justement vont de l’avant malgré la dérégulation des marchés. Donc je sais qu’il y a les moyens, il y a les ressources dans le monde agricole. Ce qui vous manque, c’est un État qui soit responsable et courageux.

Analyse du discours d’Aurélie Trouvé face aux Jeunes Agriculteurs


1. THÈMES

L’économie domine largement le discours (39 %), avec une focalisation sur les politiques agricoles, les prix rémunérateurs et la souveraineté alimentaire. Les institutions (19 %) et la politique intérieure (17 %) complètent ce trio central, reflétant une critique des cadres réglementaires (UE, OMC) et des décisions gouvernementales. Les thèmes absents ou marginaux sont révélateurs : l’immigration et la sécurité (9 %) sont à peine évoquées, tandis que l’identité et la civilisation (16 %) apparaissent surtout via des références à la “protection” du modèle agricole français, sans essentialisation culturelle.


2. RÉSEAU

Le graphe d’entités révèle deux pôles distincts :

  • Un bloc souverainiste : La France (ton neutre, polarity_display +0,07) est associée à Bruxelles (ton défavorable, -0,27), à l’Organisation mondiale du commerce (-0,13) et au ministre de l’Agriculture (-0,25). Ces liens illustrent une opposition frontale aux institutions perçues comme néolibérales. L’Australie (neutre, +0,03) est citée comme exemple de concurrence déloyale.
  • Un bloc militant : Jean-Luc Mélenchon (+0,14) et La France insoumise (non évaluée) sont connectés aux Jeunes Agriculteurs (ton très favorable, +1,0), à Jocelyn Dubost (nouveau président des JA, +1,0), et à des figures syndicales comme Arnaud Rousseau (+0,17) ou la FNSEA (+0,17). Ces associations soulignent une alliance tactique, malgré des divergences historiques.

Associations révélatrices :

  • Arnaud Rousseau (FNSEA) est lié à La France insoumise et à Jean-Luc Mélenchon, suggérant une tentative de rapprochement rhétorique avec le syndicalisme agricole traditionnel.
  • Bruxelles et l’OMC sont systématiquement opposés à la France, incarnant les “ennemis” d’une agriculture régulée.

3. REGISTRE

Le discours est très accessible (score Kandel-Moles de 62,2), proche d’un texte rédigé en FALC (Facile À Lire et à Comprendre, baseline à 72). Selon les données de référence, il se situe entre un langage oral et un style journalistique grand public, avec des phrases courtes (18 mots en moyenne) et un vocabulaire simple. Ce choix vise clairement à toucher un public large, au-delà des cercles militants.

Registre affectif : La colère domine (48 %), portée par des attaques contre les politiques agricoles passées (“lois agricoles insipides”, “rupture avec 50 ans de politique agricole”). La tristesse (29 %) transparaît dans le constat d’un secteur en crise, tandis que la joie (16 %) émerge lors de l’évocation de solutions concrètes, comme le modèle du comté :

“Et le comté est justement un système qui permet de dire qu’avec une régulation des volumes de production, une régulation des prix qu’ils font à travers des plans de croissance, nous pouvons faire autre chose !“


4. VALEURS

Le discours repose sur un socle autoritaire écrasant (score de 9,95), où la défense d’un ordre agricole protégé (prix planchers, régulation) prime sur les autres fondements moraux. L’équité (4,26) est mobilisée pour dénoncer les inégalités entre agriculteurs et grands groupes (Elior, Sogeres, ton très défavorable à -0,30). La loyauté (2,84) et la bienveillance (2,37) sont secondaires, tandis que la pureté est absente – signe d’un discours pragmatique, centré sur des enjeux matériels plutôt que symboliques.


5. ARGUMENTS

Le fil argumentatif principal oppose dérégulation vs protection, avec trois thèses structurantes :

  1. La dérégulation est un échec (C1) : Les politiques libérales ont creusé le déficit agricole et appauvri les paysans, justifiant une rupture.
  2. La souveraineté passe par la désobéissance (C6) : L’UE et l’OMC sont des obstacles à contourner pour rétablir des prix rémunérateurs (C3).
  3. L’agroécologie nécessite un cadre protecteur (C4) : Sans régulation, la transition est impossible face à la concurrence des agrifirmes (C5).

Les arguments s’enchaînent en boucle : la critique des institutions (C6) renforce la nécessité de prix planchers (C3), qui eux-mêmes légitiment une loi foncière (C7) pour préserver l’agriculture familiale.


SYNTHÈSE

Les données révèlent un discours stratégiquement construit pour séduire les Jeunes Agriculteurs : un langage simple, une colère ciblée contre les institutions, et une valorisation extrême de leur nouveau président (Jocelyn Dubost). La polarité des entités montre une alliance de circonstance avec la FNSEA et une diabolisation calculée de Bruxelles, tandis que l’absence de thèmes identitaires évite les clivages inutiles. Enfin, le recours massif à l’autorité morale (règles, protection) masque une vision presque dirigiste de l’agriculture, bien loin du libéralisme dénoncé – un paradoxe que la lecture seule du discours ne met pas en lumière.

Arguments identifiés

  • C1 (high) — La France doit rompre avec les politiques de dérégulation des marchés agricoles
    Justification : Ces politiques ont conduit à un déficit agricole et alimentaire inédit depuis 60 ans et à un recul des revenus agricoles
  • C2 (high) — Les accords de libre-échange sont néfastes pour l’agriculture française
    Justification : Ils entraînent une concurrence déloyale et une baisse des prix rémunérateurs pour les agriculteurs
  • C3 (high) — Il faut instaurer des prix planchers rémunérateurs pour les agriculteurs
    Justification : Certaines filières ont une valeur ajoutée négative en raison des prix inférieurs aux coûts de production
  • C4 (high) — La transition agroécologique nécessite une protection contre la concurrence déloyale et des moyens budgétaires
    Justification : Sans protection et budgets adéquats, les agriculteurs ne peuvent pas assumer les coûts de la transition
  • C5 (high) — L’agriculture familiale doit être préservée face à l’expansion des agrifirmes
    Justification : Les exploitations familiales sont menacées par des capitaux extérieurs et l’agrandissement non transmissible des fermes
  • C6 (high) — La France doit désobéir aux règles de l’OMC et de l’UE néolibérale pour protéger son agriculture
    Justification : Ces règles favorisent la concurrence déloyale et empêchent la régulation des prix et des volumes
  • C7 (high) — Il faut une grande loi foncière pour faciliter l’installation et la transmission des exploitations agricoles
    Justification : L’agrandissement des exploitations réduit le foncier disponible et renchérit son coût pour les jeunes agriculteurs
Indicateur · carte d'arguments

Sept thèses, étayage variable.

Le pipeline extrait jusqu'à sept couples affirmation / prémisse du transcript. Haute : argument clair et appuyé. Moyenne : présent mais étayage partiel. Faible : plausible mais peu explicite. Ces scores notent la présence dans le texte, pas la validité éditoriale.

  1. 01

    La France doit rompre avec les politiques de dérégulation des marchés agricoles

    Prémisse Ces politiques ont conduit à un déficit agricole et alimentaire inédit depuis 60 ans et à un recul des revenus agricoles

    confiance haute Arg1
  2. 02

    Les accords de libre-échange sont néfastes pour l'agriculture française

    Prémisse Ils entraînent une concurrence déloyale et une baisse des prix rémunérateurs pour les agriculteurs

    confiance haute Arg2
  3. 03

    Il faut instaurer des prix planchers rémunérateurs pour les agriculteurs

    Prémisse Certaines filières ont une valeur ajoutée négative en raison des prix inférieurs aux coûts de production

    confiance haute Arg3
  4. 04

    La transition agroécologique nécessite une protection contre la concurrence déloyale et des moyens budgétaires

    Prémisse Sans protection et budgets adéquats, les agriculteurs ne peuvent pas assumer les coûts de la transition

    confiance haute Arg4
  5. 05

    L'agriculture familiale doit être préservée face à l'expansion des agrifirmes

    Prémisse Les exploitations familiales sont menacées par des capitaux extérieurs et l'agrandissement non transmissible des fermes

    confiance haute Arg5
  6. 06

    La France doit désobéir aux règles de l'OMC et de l'UE néolibérale pour protéger son agriculture

    Prémisse Ces règles favorisent la concurrence déloyale et empêchent la régulation des prix et des volumes

    confiance haute Arg6
  7. 07

    Il faut une grande loi foncière pour faciliter l'installation et la transmission des exploitations agricoles

    Prémisse L'agrandissement des exploitations réduit le foncier disponible et renchérit son coût pour les jeunes agriculteurs

    confiance haute Arg7
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