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Pipeline · 06 h 13 Lun. 29 juin · N° 0561
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Le poids des mots

Jean-Philippe Tanguy face aux Jeunes Agriculteurs

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20,3
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12,39
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Q1. Merci de présenter votre projet pour l’agriculture.

Interviewé: Bonjour à tous, merci à tous, merci pour l’organisation, bravo à l’équipe sortante des jeunes agriculteurs, bon courage et bravo à l’équipe qui va prendre la relève. Évidemment c’est une grande fierté et un grand honneur d’être parmi vous au nom de Marine Le Pen, au nom de Jordan Bardella pour une raison simple. Si vous, les jeunes agriculteurs et les anciens, avez embrassé, avez choisi la belle filière et la belle vocation d’agriculteur, c’est tout simplement que vous croyez en la France et vous aimez la France. Car quand vous vous engagez dans cette vocation, quand vous reprenez une installation, que vous vous installez, que vous allez vous occuper de votre bétail, de votre terre, par définition, vous êtes les premiers amoureux de la France, les premiers qui croient dans la terre, dans notre pays, dans notre avenir, dans notre économie, dans notre peuple. Et donc c’est tout naturellement que tous les patriotes, tous ceux qui comme vous partagent cet amour de la France ne peuvent être qu’auprès de vous, qu’avec vous, mais surtout, je l’espère un jour, que vous n’ayez plus besoin des hommes politiques, que vous ne soyez plus en demande d’aide, que vous ne soyez plus en demande de soutien et surtout que vous n’ayez plus besoin d’être protégé de votre propre gouvernement, de votre propre administration, des propres autorités européennes qui au lieu de vous aider, de vous accompagner, de vous protéger, vous exposent, vous accablent, vous raquettent. C’est le premier des paradoxes français aujourd’hui. Nous avons, et ce n’est pas du chauvinisme, la meilleure agriculture du monde. Et il y a une preuve simple, c’est qu’elle a résisté à toutes les avanies, à tout ce que vous a fait subir. La plus propre, la plus pérenne, la plus rentable si on enlevait la surréglementation et le racket. Et donc le paradoxe français, c’est que cette meilleure agriculture aujourd’hui, elle n’est pas valorisée, elle est subie, elle survit à la surréglementation, à une guerre, une bataille culturelle qui vous est menée depuis 30 ans. Et la bonne nouvelle dans tout cela, et vous avez le soutien massif des Français avec vous, c’est que si on vous libère de toutes ces mauvaises normes, si on vous libère de ce poids qui vous accable, si on vous libère du racket fiscal, si on vous protège des lobbies et d’un certain nombre de gens qui abusent et qui prennent une grande part de votre valeur ajoutée, et bien l’agriculture française renaîtra immédiatement, sincèrement, parce que vous avez les méthodes, vous avez les compétences, vous savez comment il faut travailler, vous avez hérité de ce patrimoine de vos parents et des traditions de la ruralité. Vous n’avez en fait pas besoin des hommes et des femmes politiques. Vous avez besoin qu’on vous laisse travailler, qu’on sache que comme des millions de Français dans toutes les professions aujourd’hui, le mot qui naît, qui renaît, qui remonte du cœur du pays, c’est laissez-nous bosser, laissez-nous travailler, laissez-nous construire notre propre pays, notre propre famille et notre propre vie. Et donc c’est l’élément essentiel aujourd’hui et c’est difficile, c’est vrai, pour les hommes et les femmes politiques, on veut toujours être partout. Voilà, c’est aussi notre défaut, il faut le dire, un homme ou une femme politique, il veut exister partout, y compris quand il ne doit pas être là, y compris quand la meilleure des solutions, c’est de ne pas être sur votre dos. C’est un paradoxe pour nous, mais il faut l’assumer. Oui, on doit être là pour vous protéger, mais on doit aussi, comment dire, apprendre à ne plus être sur votre dos, tout simplement. Et donc, qu’est-ce qu’il faut comme perspective pour les jeunes, pour le Rassemblement National? Eh bien, le premier… Des critères, évidemment, c’est des prix rémunérateurs, c’est que vous puissiez vivre de votre métier. Ça a été dit par beaucoup de gens, ça n’a pas été fait, ça n’a toujours pas été fait. Et l’agriculture reste le seul métier et le plus dur d’entre eux où vous ne pouvez pas vivre non seulement de votre travail, mais d’un travail difficile, d’un travail qui demande toute votre attention en élevage, en agriculture. Et c’est évidemment insupportable. Et la bonne nouvelle, chers amis, c’est que c’est insupportable pour une écrasante majorité de Françaises et de Français qui vous soutiennent. Et donc, il faut des prix planchers quand il n’y a pas de négociations qui arrivent à aboutir. Il faut intervenir sur les marchés, car les marchés ne savent pas ou ne veulent pas valoriser l’agriculture. Il faut lutter contre les quelques centrales d’achat qui sont 3 à 5 contre 280 000 agriculteurs. Vous ne pouvez pas lutter aussi nombreux contre une concentration du pouvoir économique aussi importante. Il faut lutter contre le libre-échange. On ne peut pas dire dans la même phrase qu’on est pour et contre le libre-échange. On ne peut pas le dire. Le libre-échange a toujours sacrifié et sacrifiera toujours l’agriculture et l’élevage. Vous êtes malheureusement aujourd’hui la variable d’ajustement. Ça ne sert à rien de le condamner, il faut en tirer parti et le parti c’est l’exception agricole. L’agriculture, l’élevage ne seront plus dans les traités de libre-échange avec le Rassemblement National et la France utilisera tout son pouvoir, les 30 milliards d’euros que nous versons à l’Union Européenne chaque année comme moyen de pression pour vous libérer de cette considération injuste. Il faut évidemment supprimer le principe de précaution du bloc constitutionnel. Qui a mis le principe constitutionnel ? Ce n’est pas Marie de Tordelier, je n’ai quand même pas à défendre les Verts, mais c’est la droite qui a mis, je suis désolé, sous Jacques Chirac, le principe de précaution et la charte de l’environnement dans le bloc de constitutionnalité. A l’époque, je me souviens, j’étais à l’UMP et je l’ai quitté en 2005, en même temps d’ailleurs que la forfaiture du référendum européen. Et l’Europe, il faut en parler. Oui, il faut en parler. Il ne sait pas qu’il faut en sortir, mais il faut en parler. Oui, il y a de la surtransposition. Et oui, le groupe Rassemblement National, lors du Parlement, lors de la loi qui a été votée, s’est battu pour interdire la surtransposition et nous en sommes fiers. Mais il n’y a pas que la surtransposition. Il y a aussi de la ferme à la fourchette de l’Union européenne qui a accompagné le déclin de l’agriculture française, qui nous a mis dans une condition folle. On arrive à la fin. De l’écologie punitive dans la réglementation européenne. Donc la surtransposition, l’absence de surtransposition, j’en finirai là, ne suffit pas. Il faut aussi revoir complètement la politique européenne. Il faut produire en France et en Europe. Ça commence par ne pas accepter l’Ukraine dans l’Union européenne.

Q2. Merci Jean-Philippe Tanguy pour ces 5 minutes et quelques secondes de plus. Alors on me demande techniquement que le micro soit plus près de votre bouche éventuellement, parce qu’apparemment on vous entend un petit peu moins bien que prévu. Merci beaucoup. Donc 20 minutes maintenant de questions-réponses avec, je le disais, Gwenaëlle, Guillaume et Benjamin qui ont une foultitude de questions à vous poser.

Q3. Alors, bonjour M. Tanguy. Déjà, bienvenue dans notre belle région d’Auvergne-Rhône-Alpes, puisqu’on est vos hôtes. J’ai entendu au début de votre propos, alors effectivement, peut-être qu’un jour on pourra se passer d’aide. En attendant, on a un adhérent du Maine-et-Loire qui s’appelle Paul Astray, qui est secrétaire général des GIA du Maine-et-Loire, qui pose la question. ��tre au sein de l’Europe nous donne droit à la PAC. Quelle est votre position à ce sujet? Pourrions-nous nous en passer? Si oui, comment?

Interviewé: ��tre au sein de l’Union européenne ne vous donne pas le droit à la PAC. Vous payez la PAC. Les contribuables français, les agriculteurs français paient la PAC. Nous avons versé 31 milliards d’euros à l’Union européenne dans ce début d’année. La PAC, vous avez récupéré 9 milliards d’euros. Et vous avez récupéré 9 milliards d’euros dans des conditions qui vous sont attribuées pas par la souveraineté française, mais par des conditionnalités en Europe. Il y a évidemment les aides à la production, mais vous avez aujourd’hui un certain nombre de règles européennes qui pèsent, et je le redis y compris, si elles n’étaient pas surtransposées. Donc il n’y a pas un conflit entre subir toutes les politiques de l’Union européenne, subir le libre-échange intégral de l’Union européenne et la sortie de l’Union européenne. La France pèse lourd, la France pèse fort dans l’Union européenne. Nous sommes le deuxième contributeur. Le général de Gaulle faisait la chaise de la politique vide pour défendre la PAC. Eh bien, le Rassemblement national fera la politique du chéquier vide avec la Commission. Et comme disait Napoléon, la main qui donne est supérieure à la main qui tend. La France n’a pas à subir la politique européenne. Elle a à choisir, elle a à décider, elle a à orienter. Il faut arrêter de se soumettre et d’accepter des choses qui ne sont pas acceptables. Mais si les gouvernements successifs l’ont accepté alors qu’ils avaient ce pouvoir, c’est qu’ils voulaient l’accepter. Et d’ailleurs, quand ils étaient au pouvoir… En France, je suis désolé, ils n’ont pas appliqué les promesses qu’ils vous avaient faites, y compris lors de mouvements populaires importants où les Français vous ont apporté largement leur soutien. Oui, nous avons voté la loi d’urgence agricole, mais non, cette loi ne répond pas à l’essentiel de vos problématiques. Il n’y a toujours pas, dix ans après trois lois EGalim, de solutions proposées par le gouvernement pour avoir des prix rémunérateurs. Certains nombres de filières sont revenus sous l’eau. L’élevage, l’élevage laitier, aujourd’hui même les grandes cultures, dans mon département, la Somme, ma région, la Picardie, vous avez aujourd’hui des agriculteurs qui étaient de grandes cultures, qui ne pensaient jamais vivre ça, qui se demandent s’il est devenu rentable. d’exploiter leurs propres terres, y compris en Picardie, une des régions les plus favorables à la grande culture. Aujourd’hui, ils hésitent. Pourquoi? Nous ne sommes plus souverains sur les engrais. Qu’est-ce qui a été fait depuis la guerre en Ukraine, même qu’est-ce qui a été fait depuis avant sur le Covid? On n’a pas ouvert des usines d’engrais, on n’a pas développé des moyens d’avoir des engrais souverains en France et en Europe. Ils ont continué à fermer. Des usines d’engrais et des moyens d’importation. Sur les produits vétérinaires, nous sommes toujours plus dépendants. Donc si on est dépendant, on ne contrôle pas les coûts. Et vous payez à la fin la facture en premier et des filières qui, de toute éternité, auraient dû être rentables, ne le deviennent plus structurellement parce que nous ne sommes pas souverains sur les coûts. Et évidemment, il faut tenir les deux éléments. La gauche vous promet des prix, mais ne surveille pas les coûts. avec des surréglementations, des interdictions qui font que les coûts exploseront et qu’aucun prix, même garanti, ne pourra suivre l’explosion des coûts avec des réglementations de gauche telles qu’elles existent aujourd’hui. La droite vous promet une simplification qu’au passage elle n’a jamais fait, mais ne vous garantit pas de prix. Et donc vous ne pouvez pas non plus vous en sortir, puisque même si on allège la réglementation, s’il n’y a pas des mécanismes pour contrôler le marché, vous aurez toujours la tête juste au-dessus de l’eau, voire la tête carrément sous l’eau. Il faut tenir les deux bouts, la garantie de prix rémunérateur, la simplification et le contrôle des coûts. Et l’Union européenne, là-dedans, évidemment, elle doit jouer un rôle d’entraînement. Un rôle d’entraînement. Ce qu’on doit faire au niveau de l’Union européenne, c’est des programmes de recherche, c’est déployer des filières de mécanisation, de robotisation, déployer l’intelligence artificielle. Ça, on doit le faire ensemble. Mais aujourd’hui, ça n’est pas fait. Il n’y a pas de programme de recherche européen sur les protéines végétales. Il n’y a pas de programme européen sur la souveraineté des engrais. Il n’y a pas de programme européen sur la souveraineté sur les outils mécaniques ou sur la robotisation. Ce qui devrait être fait en commun n’est pas fait. Ce qui devrait être fait uniquement chez nous, souverainement, est confié à la Commission européenne et à toutes les agences qui obéissent, non pas au gouvernement français, mais souvent à la Commission européenne et aux cours européennes qui ont un pouvoir exorbitant. Et ça, il faut s’en libérer. Mais ce n’est pas que l’agriculture. Toute la France aujourd’hui a besoin d’être libérée de cette tutelle, de cette… laisse de la Commission européenne, qui n’est pas légitime, et il ne faut pas se laisser impressionner. Nous payons la PAC, vous payez la PAC, c’est vous qui dirigez, c’est nous qui décidons.

Q4. Voilà, autre question?

Q5. Alors, justement, pardon, avant de passer à la question suivante, vous avez parlé de l’entrée de l’Ukraine. Hier, on est dans le thème, on a voté un rapport d’orientation à l’unanimité dans cette Assemblée. C’est le travail de position de réseau que fait Jeune Agriculteur chaque année à l’occasion du Congrès. Et c’est un rapport d’orientation qui se veut pour l’Europe, qui se veut pour l’entrée, pas que l’Ukraine, de certains nouveaux pays dans l’Union européenne, avec une vision de GIA qui dit qu’on aura besoin de cette force collective pour peser demain face aux autres grandes puissances. Quelle est votre vision de ce rapport de force, justement, avec les autres grandes puissances et comment on arrive à peser face à cela?

Interviewé: Mais c’est très simple, si vous faites rentrer l’Ukraine, vous faites rentrer le loup, l’ours et tous les prédateurs possibles dans la bergerie. C’est inévitable. Prenez les grandes cultures, prenez les grandes cultures picardes. Les grandes cultures picardes, mais les grandes cultures françaises seront directement en conflit et en opposition avec l’Ukraine qui ne respecte aucune des règles, ne respectera aucune des règles. Et vous avez déjà vu la difficulté que ça a été d’intégrer l’Espagne et le Portugal en 1986. Imaginez l’Ukraine. À côté de ça, l’Espagne et le Portugal, c’est de la gnognotte, c’est du pipi de chat. L’Ukraine, ce sont des… exploitations géantes qui sont sur les normes que nous avons en Amérique du Sud ou en Amérique du Nord et pas sur des normes européennes. Vous s’affronterez une concurrence sur le poulet alors que la filière est déjà dévastée par la concurrence des pays de l’Est, mais qui sera presque criminelle. On n’y arrivera pas. Les marchés ont été ouverts. Vous êtes déjà submergé par des œufs dont on ne contrôle rien, du poulet dont on ne contrôle rien, des grandes cultures dont on ne contrôle rien. Donc on ne peut pas intégrer l’Ukraine. Et excusez-moi, c’est contradictoire, ça va être désagréable, avec la question que vous m’avez posée sur la PAC. Si l’Ukraine gigantesque et dévastée par la guerre rentre dans l’Union européenne, le marché européen, elle aura le droit à des subventions aussi bien sur l’aide régionale que sur l’aide aux agricultures, mais vous n’aurez plus rien. Vous n’aurez plus rien et vous n’aurez que vos yeux pour pleurer. Et là, vous n’aurez plus rien parce que non seulement vous prendrez une partie considérable de votre PAC, alors que dans la nouvelle PAC, on passe déjà de 387 milliards pour le CFP à 300 milliards. Mais là en plus, la France devra payer, pas 40 milliards comme c’est prévu pour le prochain CFP, pour intégrer l’Ukraine, il faudra payer 45, 50 milliards d’euros par an. Donc cette politique d’élargissement de l’Union Européenne n’est pas raisonnable. Et d’ailleurs à chaque fois qu’on a élargi l’Europe, à l’élection d’après on disait« Ah oui c’est vrai, si on avait su, on n’aurait pas élargi à la Pologne, c’était trop tôt. Ah bah si on avait su, on n’aurait pas élargi à la Bulgarie et à la Roumanie. » Alors ils ne savent pas qu’il fallait élargir, mais ils continuent d’élargir. On ne peut pas intégrer les pays des Balkans et on ne peut pas intégrer l’Ukraine au marché unique. C’est la décision. instruction assurée du marché unique. L’Europe des 6 a été faite par des pays qui étaient homogènes, culturellement, économiquement, socialement, qui voulaient aller dans le même sens. Est-ce qu’aujourd’hui, il y a un seul agriculteur qui peut sincèrement me dire que vous allez, vous, avec vos exploitations françaises, aller dans le même sens que les fermiers qu’il y en a? Parce que c’est plutôt des grands possédants ukrainiens. Aucun. Aucun éleveur français ne va dans le même sens qu’un éleveur ukrainien. Aucun fermier français ne va dans le même sens qu’un fermier ukrainien. Donc si vous faites ça, vous faites ce que vous voulez évidemment, mais moi je ne suis pas là pour vous passer la brosse à reluire, c’est là pour dire ce qu’on pense. Intégrer l’Ukraine, c’est la fin de la PAC et c’est la fin de l’agriculture française telle que vous la voulez et que nous la voulons.

Q6. Il reste 11 minutes et 40 secondes. Autre question. Allez, on avance.

Q7. On le sait, pour installer des jeunes, il faut forcément qu’ils aient un accès à du foncier. Vous venez de la même région que moi et on sait à quel point c’est difficile de s’installer, de reprendre des terres, etc. Donc comment, si demain vous gagnez la présidentielle, comment vous ferez pour rendre plus accessible le foncier, lutter contre la concentration foncière?

Interviewé: Merci pour votre question. Écoutez, deux aspects totalement différents. Si vous reprenez une installation familiale, nous sommes pour supprimer la totalité des droits de succession. Si, évidemment, l’agriculteur qui reprend la propriété familiale garde la ferme au moins 10 ans, plus aucun droit de succession si la ferme est maintenue 10 ans. Et si vous reprenez la ferme, c’est évidemment pour la garder. Donc ça revient en fait comme proposition à supprimer enfin les droits de succession sur les établissements et les reprises familiales. Pour les reprises individuelles, pour les installations de jeunes agriculteurs, nous sommes pour des prêts bonifiés, des prêts à taux zéro sur une large gamme avec le moins de critères administratifs possibles. C’est à peu près la philosophie générale d’ailleurs qu’on propose pour le financement de toutes les activités productives françaises et de la rénovation. Le retour aux prêts à taux zéro et ou à taux bonifié. Ça fonctionne, c’est simple, il n’y a pas de bureaucratie, il n’y a pas de paperasserie, il n’y a pas de critères incompréhensibles et croire une fois plus dans l’agriculture. C’est un investissement dans l’avenir pour nos jeunes. les terres agricoles, il faut assumer de faire la différence entre des installations industrielles qui créent de la valeur ajoutée dont on a besoin, des vraies usines, pas juste des ateliers d’assemblage chinois où on est en train de se comporter comme un pays du tiers-monde et comme une sous-culture, pas des entrepôts logistiques comme on a pu connaître dans la Somme. Moi, je me suis opposé sur ma circonscription au Bosquel à l’installation d’un entrepôt qui allait être quatre fois plus grand que le village et engloutir parmi les meilleures terres de France. Il ne faut pas sacrifier les terres agricoles pour de fausses activités. Par contre, effectivement, si c’est un vrai projet de réindustrialisation, si on recrée de la valeur ajoutée sur le territoire, je vous ai parlé des usines en Angers, par exemple, c’est rarement ceci dit sur des terres très fertiles, vous avez aujourd’hui beaucoup de terres en friche, de terres industrielles en friche, de terres tertiaires en friche, qui ne sont jamais revalorisées en priorité. Donc avant de toucher aux terres agricoles, il faut pollueurs payeurs pour le coup, mais les vrais pollueurs, ceux qui ont pollué des terres industrielles, il faut revaloriser ces friches et rebâtir des zones industrielles, des zones tertiaires sur ces friches avant de toucher à nos terres agricoles. Les terres agricoles françaises sont un joyau, nous n’avons pas de vastes forêts évidemment à débroussailler, nos aïeux l’ont fait pour nous, donc toute terre agricole par définition que nous perdons, elle est perdue pour plusieurs générations et donc il faut évidemment y toucher avec une main très tremblante et parfois ne pas y toucher du tout.

Q8. Autre question?

Q9. Monsieur le député, vous avez parlé tout à l’heure de la sécurisation des marges pour les agriculteurs. Vous avez parlé de prix plancher. Est-ce que le risque, ce n’est pas de lisser justement les prix vers le bas? Et quelles autres mesures vous proposez pour justement encadrer la marge de la grande distribution et favoriser plutôt une marge pour les agriculteurs?

Interviewé: Mais vous avez raison de reposer la question parce qu’évidemment le prix plancher ne peut intervenir que quand tout le reste a échoué. Il ne s’agit pas de créer une économie évidemment soviétique. Ce n’est pas du tout l’esprit de la démarche. C’est que quand les négociations n’ont pas abouti, quand de toute évidence et de manière objective, le prix qui va être payé à la matière première agricole aux agriculteurs est un prix qui ne couvre pas non seulement les coûts de production, mais aussi le coût de financement et une marge digne, facilement quantifiable pour les agriculteurs, l’État arbitre intervient. Mais ce ne sera pas, évidemment, la norme. Et ça ne peut pas être un lissage des prix par définition, puisque ça interviendra quand il y a une difficulté. Évidemment, quand les prix montent, quand les prix sont bons, il n’y a aucune raison d’intervenir. Et d’ailleurs, aucune filière agricole, par définition, ne demandera à l’État de venir jouer les arbitres si les prix mondiaux ou les prix de la contractualisation sont satisfaisants. Donc la réponse est dans la question. C’est vous, c’est les agriculteurs, c’est les filières qui seront les maîtres de tout cela. Donc par définition, vous n’allez pas demander un prix quand ils sont très élevés pour le lisser par le bas. Par contre, l’État arbitre interviendra quand vous n’êtes pas satisfait du prix qui est proposé pour votre travail et ça évitera d’avoir la tête sous l’eau. Par ailleurs, il y a aussi des mécanismes à valoriser pour vous encourager, vous accompagner quand vous avez une très bonne idée. une très bonne année, évidemment, pour que vous puissiez davantage provisionner dans la durée. Et pour le coup, vous, non pas lisser les prix, mais lisser vos revenus, avoir une visibilité. Il y a des améliorations qui ont été faites ces dernières années dans la loi de finances et nous les avons toutes soutenues. Mais il y a encore beaucoup de travail à faire pour vous permettre de gérer votre entreprise, gérer votre exploitation, gérer votre horizon avec plus de liberté comme les entrepreneurs que vous êtes.

Q10. Encore 6 minutes et 40 secondes, le temps de poser quelques questions, de nouveau les GIA.

Q11. Justement, par rapport à ça, aujourd’hui, le problème qu’on rencontre, c’est qu’on a du mal à avoir des débouchés sur les produits français, du fait de la concurrence déloyale. Donc j’ai justement une question par rapport à ça de Périne Bouclet, qui est administratrice en Nord-Pas-de-Calais. Les GIA se battent toute l’année pour obtenir une meilleure valorisation des produits dans la grande distribution. Aujourd’hui, les ménages privilégient les plats préparés car ils ont moins de temps et ne savent pas cuisiner. Quelles mesures proposez-vous pour remettre les produits français au centre des assiettes?

Interviewé: Mais tout simplement déjà, il faut interdire les importations, et nous avons fait voter cet amendement dans la loi d’urgence agricole, toutes les importations qui ne respectent pas nos normes ou qui sont faites avec des produits interdits en France. C’est la première des mesures à faire, y compris au sein du marché européen, puisque la première des concurrences, elle est malheureusement au sein du marché européen. La deuxième mesure, qui est au cœur du programme du Rassemblement national, pour favoriser l’achat de produits… qualité et de produits de chez nous, c’est la baisse de la TVA de 5,5 à 0% sur un panier de 100 produits de première nécessité. Aujourd’hui, il y a beaucoup de Françaises et de Français, en particulier dans la ruralité, qui doivent arbitrer en ce moment même entre remplir leur réservoir de carburant et remplir leur caddie. C’est une réalité. Donc pour sauver l’agriculture française, il faut aussi rendre du pouvoir d’achat aux travailleurs et aux retraités français et ça impose une baisse massive de l’imposition sur la consommation. Ce n’est pas vrai que les gens peuvent s’ouvrir plus d’alimentation. Beaucoup de ménages sont à l’os et ne peuvent pas se permettre. Et cette mesure, elle vous bénéficiera directement et sans aucune concession possible. Ensuite, ça s’accompagne évidemment, cette amélioration du pouvoir d’achat, d’une libération de l’esprit pour les familles. Si les familles font ces arbitrages aussi, c’est qu’ils ont le sentiment de ne pas avoir le choix, de ne pas avoir leur liberté de consommation. Et finalement, vous voyez bien que les Françaises et les Français ont essentiellement les mêmes préoccupations, les mêmes difficultés que vous. Et c’est pour ça qu’il ne faut pas vous isoler et qu’il ne faut pas que les hommes politiques vous isolent par des mesures catégorielles du reste de la population. Vous êtes bien dans un combat commun. Et donc, la bonne nouvelle quand même dans notre pays, c’est que la culture gastronomique française, le plaisir d’être à table, il existe encore. Nous ne partons pas de zéro, loin de là, et en particulier dans cette belle région bressane. Donc moi, je suis très optimiste sur le fait que si on vous rend la capacité de produire de manière compétitive, sans concurrence déloyale, si on rend du pouvoir d’achat des Français… La consommation populaire sur les produits français, elle reprendra évidemment. Et pour ça, il faut aussi les tictages. Dictage obligatoire, transparent, sans blabla, sans circonvolution. Aujourd’hui, c’est interdit. Et je suis désolé de revenir là-dessus. C’est pour ça qu’on ne peut pas faire l’impasse sur le rapport de force avec l’Union européenne. Une fois de plus, oui, il y a de la surtransposition. Mais parler toujours de la surtransposition permet aussi à un certain nombre de politiciens de ne pas parler des mauvaises mesures ou des interdictions qui viennent de la Commission européenne. L’interdiction aujourd’hui, l’interdiction de l’importation des produits qui ne respectent pas nos normes, ça vient de la Commission. L’interdiction de l’étiquetage, ça vient de la Commission. Quel rapport avec la construction européenne? Est-ce qu’on est obligé de subir ça pour faire la coopération européenne? Ça n’a rien à voir. On peut très bien coopérer avec nos amis européens, faire une Europe des nations, des peuples, et avoir l’étiquetage des produits français. Quel rapport entre ça pour qu’on devrait subir ce chantage? Or, vous ne pouvez rien faire, vous ne pouvez rien structurer si l’étiquetage des produits n’est pas obligatoire. C’est le B.A.B. De la défense du patriotisme agricole.

Q12. Voilà, encore un peu plus de trois minutes.

Q13. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à s’installer en agriculture. C’est un sujet qu’on traite chez GIA, la féminisation, parce que beaucoup d’entre elles témoignent des difficultés d’accès au métier, à la représentativité, à la maternité, au remplacement ou même à leur légitimité en tant que chef d’exploitation. Donc quels engagements concrets vous prendrez demain si vous passez à la présidentielle pour justement en rendre le mieux? métier accessible et attractif pour les femmes ?

Interviewé: Écoutez, moi, madame, je pense que les agricultrices françaises, les paysannes françaises, les éleveuses françaises, elles n’ont pas besoin de l’État pour faire leur métier, pour faire leur carrière. Elles prennent leur vie en main, elles ont pris leur vie en main. Nous venons presque tous essentiellement de familles agricoles, moi d’une famille bretonne. Toutes les femmes de ma famille, toutes mes aïeules, travaillaient, parfois étaient chefs d’exploitation, parce que vous connaissez la Bretagne, il y a beaucoup, évidemment, de femmes de marins ou de familles de marins. Elles prenaient leur destin en main, elles n’ont pas attendu un état nounou qui vienne expliquer aux agricultrices françaises comment il fallait travailler, comment il fallait défendre leurs droits. Comme toutes les françaises, comme toutes les travailleuses, comme toutes les entrepreneuses en France, les françaises, elles sont libres, elles sont fortes, elles sont puissantes, elles s’imposent dans les métiers qu’elles ont décidé d’embrasser, elles n’ont pas besoin d’un homme politique ou d’une femme politique pour leur expliquer d’être protégées. Donc lutter contre les discriminations, évidemment, mais on ne fera pas de politique catégorielle. Les femmes, et les agricultrices en particulier, sont libres, sont fières, sont fortes, elles font leur chemin, elles tracent leur route, elles prennent leur destin en main, et elles n’ont pas besoin de l’état nounou.

Q14. Pourtant, il a fallu l’État pour avoir un statut.

Interviewé: Je ne crois pas, moi, madame, que vous avez besoin de l’État. C’est les agricultrices françaises qui ont pris leur destin en main, qui ont eu leur statut. Voilà, c’est pas un homme politique comme ça, ou une femme qui est venue dire je te donne, je t’accorde un statut. Non, non, c’est les Françaises et les Français, des citoyennes qui ont conquis leurs droits, et c’était normal, mais je tiens quand même à signaler que dans le monde de l’agriculture française, Les femmes ont toujours été là. Les femmes ont toujours été là et tenaient les fermes. En 14-18, moi je viens quand même de Picardie, en 14-18, si la Picardie a tenu comme toute la France, c’est que les femmes, elles étaient là. Elles étaient là et tenaient la terre, et tenaient leurs fermes, et tenaient l’exploitation, et tenaient les familles. Les hommes se battaient, les femmes se battaient dans les fermes. Et on n’a pas attendu, comment dire, les urbains pour donner des droits aux femmes dans les campagnes françaises. Les femmes dans les campagnes françaises, elles ont pris leurs droits, elles ont pris leur vie. Et moi, je ne suis pas là pour leur donner des leçons, leur expliquer comment elles doivent mener leur vie.

Q15. Il reste une trentaine de secondes. Ça va faire juste, je pense, pour une nouvelle question. Je pense qu’on va être court en temps. Il reste une petite trentaine de secondes.

Q16. À mon avis, on est trop court. Monsieur Tanguy, je viens de la Haute-Savoie. C’est un département qui a été touché cette année par une épidémie de la dermatose nodulaire contagieuse. Ma question, elle est simple. Comment on peut gérer du sanitaire si on n’a pas une Europe forte? Parce que les maladies, elles, elles ne s’arrêtent pas aux frontières. On l’a vu cet été.

Q17. La réponse va être forcément très très courte parce qu’il ne reste plus de temps quasiment.

Interviewé: L’Europe n’est pas forte aujourd’hui. L’Europe est faible, elle est administrative, elle est bureaucratique, elle est un poids, elle n’est pas une aide, elle peut devenir une aide. J’ai fait le plus vite que j’ai pu.

Q18. Merci beaucoup. Voilà, donc les 20 minutes sont écoulées. Jean-Philippe Tanguy, on va vous laisser la minute conclusive avec là aussi une projection éventuellement, une vue, une image. Voilà ce que vous avez souhaité mettre en relief au moment où votre conclusion intervient.

Interviewé: Oui, c’est une bonne nouvelle. Les petits, la fraise française, elle était condamnée. On était persuadés d’être submergés par la concurrence des loyales. Eh bien, le maraîchage français s’est mobilisé, il s’est organisé, il a valorisé des essences délicieuses purement françaises, évidemment, fraises de Pougastel, mais de bien des terroirs. Et la fraise française, elle reprend la main. Et donc, il faut continuer à l’aider, il faut continuer à reconquérir nos marchés. Je n’ai pas pu en parler, je suis désolé, ça passe évidemment par un accès massif à l’eau, des retenues d’eau. Il faudra assumer en France, par exemple pour les Pyrénées-Orientales, une usine de désalinisation. Il faut arrêter de s’excuser et j’en finirai par là, c’est pas là-dessus, mais je voulais en parler avant. Il faudra aussi lutter au sein de l’État sur l’infiltration de lobbies, de gens qui, même quand vous lisez des hommes politiques et des femmes politiques qui veulent vous libérer, qui veulent vous aider, appliquent le contraire de ce que le peuple français veut. Et donc il faudra se libérer de ces lobbies organisées comme le Lierre, qui est en train de saper l’agriculture française de l’intérieur, des agences. Et pour ça, il faudra la confiance du peuple français et il faudra du courage. Et comme on est en Bresse, moi je vous invite à ne pas confondre les coques et les chapons.

Analyse du discours de Jean-Philippe Tanguy face aux Jeunes Agriculteurs


1. THÈMES

Le discours est massivement centré sur l’économie (33 %), en particulier sur les difficultés des agriculteurs et les solutions à y apporter. Le thème Identité & Civilisation (24 %) arrive en deuxième position, avec une insistance sur la fierté nationale, le patrimoine agricole et la défense de la ruralité. Les Institutions (20 %) sont aussi très présentes, mais sous un angle critique : l’État, l’Union européenne et la Commission sont présentés comme des obstacles plutôt que comme des soutiens.

Ce qui est absent ou marginal :

  • Immigration & Sécurité (11 %) : à peine évoqué, alors que c’est un thème récurrent du Rassemblement National. Ici, le locuteur évite délibérément de lier agriculture et enjeux migratoires.
  • Politique intérieure (12 %) : peu de références aux partis adverses ou aux débats internes, sauf pour critiquer la gauche sur sa gestion des prix agricoles.

2. RÉSEAU

Le graphe d’entités révèle une construction narrative très structurée autour de la France, placée au centre du discours. Trois blocs se distinguent :

  1. La France souveraine et ses alliés locaux :

    • La France (14 mentions) est associée à des territoires ruraux comme la Picardie (+0,20, ton légèrement favorable) ou la Somme (+0,08, neutre), mais aussi à des figures historiques comme le général de Gaulle (-0,08, ton neutre) et Napoléon (-0,28, ton modérément défavorable). Ces références servent à ancrer le discours dans une tradition de résistance et d’indépendance nationale.
    • Le Rassemblement National (2 mentions) est lié à la France, mais avec une polarité neutre (-0,12), comme s’il s’agissait d’un acteur parmi d’autres, plutôt que d’un parti porté aux nues.
  2. L’Union européenne et ses cibles :

    • Union européenne (8 mentions) et Commission (3 mentions) sont les entités les plus critiquées : polarité de -0,24 et -0,32 respectivement, ce qui correspond à une condamnation nette. Le locuteur les accuse d’étouffer les agriculteurs par la surréglementation et le libre-échange.
    • Ukraine (-0,29) et pays de l’Est (-0,37) sont aussi perçus négativement, présentés comme une menace pour l’agriculture française en cas d’adhésion à l’UE.
  3. Les “autres” géopolitiques :

    • Espagne (-0,17) et Portugal (-0,17) sont mentionnés brièvement, sans hostilité marquée, mais comme des exemples de pays soumis aux mêmes pressions européennes.
    • Amérique du Nord/Sud (+0,22) sont évoquées de manière favorable, probablement comme des partenaires commerciaux alternatifs à l’UE.

Association révélatrice : La Commission européenne est reliée à la fois à l’Union européenne, à la France, mais aussi à Napoléon et de Gaulle. Cette mise en réseau suggère une stratégie de délégitimation : l’UE est comparée à des empires du passé (Napoléon) ou à des figures qui ont résisté à l’ingérence étrangère (de Gaulle), pour mieux la présenter comme une structure illégitime et contraire à l’histoire française.


3. REGISTRE

Le discours est très accessible : avec un score de 62,2 sur l’échelle Kandel-Moles, il se situe entre un texte rédigé en FALC (Facile À Lire et à Comprendre, 72) et un discours oral courant. Selon les baselines, il est bien plus lisible qu’un texte juridique (Conseil d’État, 29,8) ou qu’un discours théorique (Lacan, 37,4). Les phrases sont courtes (20 mots en moyenne) et le vocabulaire simple (4,6 lettres par mot).

Registre affectif :

  • La colère domine (53 %), avec des pics explicites contre l’UE et l’État. Exemple : « vous n’ayez plus besoin d’être protégé de votre propre gouvernement, de votre propre administration, des propres autorités européennes qui au lieu de vous aider, de vous accompagner, de vous protéger, vous exposent, vous accablent, vous raquettent. »
  • La joie (26 %) est présente, mais cantonnée aux moments de célébration de la France et des agriculteurs. Exemple : « vous êtes les premiers amoureux de la France, les premiers qui croient dans la terre, dans notre pays, dans notre avenir ».
  • La tristesse (18 %) transparaît dans les descriptions des difficultés du monde agricole.

4. VALEURS

Le discours est massivement structuré autour de l’autorité (12,4 occurrences pour 1000 mots), bien au-dessus des autres fondements moraux. Cela se traduit par :

  • Un appel à l’ordre : il faut « libérer » les agriculteurs de l’ingérence de l’UE et de l’État, mais pour mieux les soumettre à une autorité nationale protectrice (prix planchers, suppression des droits de succession).
  • Une méfiance envers les élites : l’État et la Commission sont accusés d’être infiltrés par des lobbies, ce qui justifie une reprise en main par le peuple souverain.

Autres valeurs :

  • Loyauté (3,8) : envers la France, les traditions rurales et le Rassemblement National (même si ce dernier est peu cité).
  • Équité (4,0) : les agriculteurs sont présentés comme des victimes d’un système injuste, ce qui légitime des mesures de compensation (prix garantis, prêts bonifiés).
  • Bienveillance (3,0) et pureté (1,6) sont marginales : le discours évite le registre compassionnel ou moralisateur, préférant un ton combatif.

5. ARGUMENTS

Le fil argumentatif principal repose sur trois thèses structurantes :

  1. L’agriculture française est un joyau étouffé par l’UE et l’État (C2) :

    • Justification : « Elle a résisté à toutes les difficultés malgré une administration et une UE qui l’accablent ».
    • Conséquence : Il faut rompre avec les normes européennes et réduire l’ingérence de l’État (C3).
  2. Le libre-échange et l’élargissement de l’UE sont des menaces existentielles (C5 et C6) :

    • Justification : « Les agriculteurs sont la variable d’ajustement des accords de libre-échange » ; « Intégrer l’Ukraine, c’est la fin de la PAC ».
    • Conséquence : Exclure l’agriculture des traités commerciaux et bloquer l’adhésion de l’Ukraine.
  3. Les agriculteurs sont les vrais patriotes, et leur survie est une question de souveraineté nationale (C1) :

    • Justification : « Vous êtes les premiers amoureux de la France ».
    • Conséquence : Mettre en place des mesures protectionnistes (prix planchers, C4) et faciliter la transmission des exploitations (C7).

Oppositions clés :

  • Souveraineté nationale (prix garantis, protectionnisme) vs. mondialisation (libre-échange, UE).
  • Tradition rurale (transmission familiale, compétences héritées) vs. bureaucratie (normes, lobbies).

SYNTHÈSE

Ce discours révèle une stratégie de mobilisation ciblée : Jean-Philippe Tanguy adapte le discours souverainiste du RN aux préoccupations des agriculteurs, en évitant les thèmes clivants comme l’immigration. Les données montrent que :

  1. L’UE est la cible principale : non seulement comme institution, mais comme symbole d’un système qui sacrifie les agriculteurs. La polarité très négative (-0,32 pour la Commission) dépasse même les critiques contre l’État (-0,45).
  2. La colère est un levier rhétorique : elle sert à légitimer une rupture avec les normes européennes, tout en maintenant un registre accessible et oral.
  3. L’autorité est la valeur dominante : le locuteur ne propose pas plus de liberté pour les agriculteurs, mais un changement d’autorité (de l’UE vers l’État-nation), présenté comme protecteur.
  4. Le patriotisme est réinterprété : il ne s’agit pas d’un nationalisme abstrait, mais d’un attachement concret à la terre, aux territoires ruraux et aux savoir-faire agricoles, ce qui rend le discours crédible auprès de son auditoire.

En creux, les données dévoilent ce que la lecture seule ne perçoit pas : une tentative de normalisation du RN auprès d’un public professionnel (les agriculteurs), en gommant les marqueurs les plus radicaux du parti pour se concentrer sur des solutions économiques concrètes.

Arguments identifiés

  • C1 (high) — Les agriculteurs français sont les premiers patriotes et amoureux de la France.
    Justification : Ils s’engagent dans une vocation exigeante qui incarne l’amour de la terre et du pays.
  • C2 (high) — L’agriculture française est la meilleure au monde mais étouffée par la surréglementation.
    Justification : Elle a résisté à toutes les difficultés malgré une administration et une UE qui l’accablent.
  • C3 (high) — Libérer les agriculteurs des normes et du racket fiscal permettrait une renaissance immédiate de l’agriculture.
    Justification : Ils possèdent les compétences et les méthodes pour réussir sans ingérence politique.
  • C4 (high) — Il faut instaurer des prix rémunérateurs pour les agriculteurs via des prix planchers et des interventions sur les marchés.
    Justification : Les agriculteurs ne peuvent pas vivre de leur métier en raison de prix non couverts par les coûts de production.
  • C5 (high) — Le libre-échange sacrifie systématiquement l’agriculture et doit être exclu des traités pour l’agriculture française.
    Justification : Les agriculteurs sont la variable d’ajustement des accords de libre-échange.
  • C6 (high) — L’intégration de l’Ukraine dans l’UE serait catastrophique pour l’agriculture française.
    Justification : Elle entraînerait une concurrence déloyale et la fin de la PAC pour les agriculteurs français.
  • C7 (high) — Il faut supprimer les droits de succession pour les reprises familiales agricoles et offrir des prêts bonifiés aux jeunes agriculteurs.
    Justification : Cela faciliterait les installations et renforcerait la transmission des exploitations.
Indicateur · carte d'arguments

Sept thèses, étayage variable.

Le pipeline extrait jusqu'à sept couples affirmation / prémisse du transcript. Haute : argument clair et appuyé. Moyenne : présent mais étayage partiel. Faible : plausible mais peu explicite. Ces scores notent la présence dans le texte, pas la validité éditoriale.

  1. 01

    Les agriculteurs français sont les premiers patriotes et amoureux de la France.

    Prémisse Ils s'engagent dans une vocation exigeante qui incarne l'amour de la terre et du pays.

    confiance haute Arg1
  2. 02

    L'agriculture française est la meilleure au monde mais étouffée par la surréglementation.

    Prémisse Elle a résisté à toutes les difficultés malgré une administration et une UE qui l'accablent.

    confiance haute Arg2
  3. 03

    Libérer les agriculteurs des normes et du racket fiscal permettrait une renaissance immédiate de l'agriculture.

    Prémisse Ils possèdent les compétences et les méthodes pour réussir sans ingérence politique.

    confiance haute Arg3
  4. 04

    Il faut instaurer des prix rémunérateurs pour les agriculteurs via des prix planchers et des interventions sur les marchés.

    Prémisse Les agriculteurs ne peuvent pas vivre de leur métier en raison de prix non couverts par les coûts de production.

    confiance haute Arg4
  5. 05

    Le libre-échange sacrifie systématiquement l'agriculture et doit être exclu des traités pour l'agriculture française.

    Prémisse Les agriculteurs sont la variable d'ajustement des accords de libre-échange.

    confiance haute Arg5
  6. 06

    L'intégration de l'Ukraine dans l'UE serait catastrophique pour l'agriculture française.

    Prémisse Elle entraînerait une concurrence déloyale et la fin de la PAC pour les agriculteurs français.

    confiance haute Arg6
  7. 07

    Il faut supprimer les droits de succession pour les reprises familiales agricoles et offrir des prêts bonifiés aux jeunes agriculteurs.

    Prémisse Cela faciliterait les installations et renforcerait la transmission des exploitations.

    confiance haute Arg7
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