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Pipeline · 06 h 13 Lun. 29 juin · N° 0561
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Le poids des mots

Marine Tondelier face aux Jeunes Agriculteurs

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Q1. Merci de présenter votre projet pour l’agriculture.

Interviewé: Mais c’est les jeunes agriculteurs ici, donc je ne sais pas si tout le monde a la ref, en tout cas je ne l’ai pas. Vous dire que je suis ravie d’être là, très très sincèrement, j’ai eu la chance de pouvoir arriver hier soir, de partager votre séquence d’ouverture, de partager le dîner aussi avec vous de gala, et j’ai toujours eu beaucoup de respect, mais c’est parce que je fais la même chose que vous à ma place, pour celles et ceux qui s’engageaient pour le collectif, qui militaient, qui étaient syndiqués, qui passaient de leur temps personnel en plus de leur travail, en plus de leur famille pour aider leur père. J’ai un profond respect pour ça. Et si ce pays continue de tenir aujourd’hui, c’est parce qu’il y a des hommes et des femmes qui s’engagent pour. Et donc je vous remercie très sincèrement pour ce que vous faites. Et je remercie Quentin et Pierrick, avec qui, depuis que je suis secrétaire nationale des écologistes, nous avons toujours eu pas que des accords, mais un dialogue constructif, sincère, franc, beaucoup de convergence, beaucoup plus que je ne l’aurais pensé en arrivant là. Et je souhaite que ça continue avec Jocelyn, que je viens de rencontrer du coup, et j’ai confiance dans ça. Vous dire aussi que moi, je viens d’une famille d’agriculteurs. Alors vous pouvez dire, Hénin-Beaumont, ce n’est pas la ruralité, c’est 27 000 habitants, sauf que c’est la fusion d’Hénin et de Beaumont en Artois, et la ferme familiale dont ma grand-mère est née sur la table de la cuisine, où était née vraisemblablement sa maman et sa grand-mère avant elle. Et c’est… Si vous voulez, ça ne fait pas de moi évidemment une agricultrice, mais moi j’ai vécu avec mes grands-parents les incompréhensions parfois entre le milieu agricole et écologique. quand mon grand-père, quand j’ai pris ma carte chez les Verts en 2009, m’a dit « qu’est-ce que je t’ai fait ? » C’était l’ambiance au dîner. Mon parrain, mon oncle, et comment on dit maintenant, commercial en produits de santé végétale, j’ai un jour eu une tasse Roundup à Noël par provocation. Et ces débats-là, voilà. On lui dira qu’il a été applaudi. Et ces débats-là, chez nous, on les a toujours eus dans le respect. On est d’accord, on n’est pas d’accord, on en parle et on avance. On fêtera les 90 ans de mon grand-père en juillet. On sera tous autour de la même table et on continuera à discuter. Et puis, vous dire aussi, alors j’ai entendu M. Retailleau qui concluait sur le fait qu’il fallait verdir la France. Ça nous fait un point d’accord très très fort. Mais vous dire que, moi, les choses sont simples. Monsieur Retailleau l’a dit, il est en soutien du gouvernement et son parti est majoritaire au niveau européen. Ce bilan sur lequel vous m’interpellerez sûrement, et vous aurez raison de le faire, ce n’est pas le bilan des écologistes. Nous nous proposons depuis des décennies autre chose. Et donc le modèle agricole aujourd’hui est, pour certaines filières, clairement dans l’impasse. Nous nous proposons autre chose. Mais il y a des choses sur lesquelles on s’est toujours battus à vos côtés. Et quand je dis à vos côtés, c’est parce que ces combats les a menés ensemble. Et donc je vais être très très claire sur ces choses-là. Il n’y aura pas de transition écologique sans l’agriculture, et sans les agricultrices et sans les agriculteurs. Ce n’est pas possible. Et cette transition, on en a tous besoin pour notre présent, pour notre futur, pour l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. Et donc on doit la faire ensemble. Il n’y a pas d’avenir pour l’agriculture sans la transition écologique. Mais vous, vous le savez beaucoup plus que d’autres, que sans les sols et leur qualité, sans la biodiversité, sans l’eau, sans le climat qui attaque déjà de 21% vos perspectives de croissance, qui attaque vos rendements, alors l’avenir sera très compliqué. Et moi, je comprends parfaitement qu’à 58 ans, 60 ans, à l’approche de la retraite, on se dise« moi, je ne peux pas tout changer, je n’ai plus la force, je n’ai plus le temps». Mais votre génération sait qu’elle va se prendre le mur et vous nous trouverez toujours à vos côtés pour trouver des solutions. Et d’ailleurs, depuis des décennies, depuis des décennies, de manière constante et cohérente, qui s’est battu à vos côtés pour préserver les terres agricoles? La seule famille qui a toujours été là, c’était nous. C’était nous, contre les entrepôts Amazon, contre les hypermarchés. C’est des sujets, moi, là où j’habite, que je connais bien, puisque entre l’autoroute, la ligne TGV, le plus grand au champ de France, l’IKEA, les entrepôts logistiques, mon grand-père s’est fait exproprier à de multiples reprises, avec des conditions d’indemnisation qui ont relevé parfois du vol et du racket. Deuxièmement, sur la question des rémunérations des agriculteurs, on en parlera souvent, mais vous savez que que ce soit sur la PAC ou en France pour un revenu plancher, pour les agriculteurs, on a toujours été là également. Troisièmement, sur mettre des produits locaux dans les cantines, faire des circuits courts, des filières qui vous rémunèrent. On a toujours été là aussi. La restauration collective, c’est 4 milliards de repas, 4 millions de repas par an. Et on est là. Et puis dernier sujet, les traités de libre-échange. J’ai entendu M. Retailleau répondre à votre question, sauf que nous, on a vraiment toujours voté contre. Et les amis de M. Retailleau, Parlement européen, ont voté pour jusqu’à ce que vous manifestiez. Vous avez bien fait de manifester, d’ailleurs. Vous le convainquez plus que moi. Mais nous, vous le savez, depuis José Bové à Seattle et même avant, c’est d’ailleurs mon premier vote à la présidentielle en 2007, parce que j’avais trouvé bien ces combats sur le libre-échange, on a toujours été là et on continuera d’être là. Donc je sais que ce qui nous attend est dur, tous. Je sais les préjugés que vous vivez, parce que nous, on en vit aussi pas mal. Et donc on est à votre côté pour le climat, pour l’emploi, pour la souveraineté alimentaire et pour que vous puissiez vivre dignement de vos métiers et continuer à les exercer.

Q2. Merci Marine Tondelier pour cette intervention préambule. Voilà 20 minutes maintenant pour répondre aux questions. Je rappelle que ce sont Thomas Larère, Clément Carteron et Elodie Guillotel qui vont vous poser des questions. C’est parti pour 20 minutes.

Q3. Madame la Secrétaire, bonjour. Merci pour votre présentation. Et du coup, une question en découl, puisque vous indiquez que vous souhaitez des exploitations qui répondent aux changements climatiques. Votre parti prône la plupart du temps et globalement une agriculture paysanne, mais il nous semble, nous, chez GIA, essentiel d’avoir des agriculteurs formés et compétents pour faire face aux défis d’aujourd’hui et de demain. Du coup, est-ce que vous ne cherchez pas à nous enfermer un petit peu dans un modèle unique d’agriculture alors que les agricultures sont diverses et variées sur les territoires et en fonction de nos régions?

Interviewé: Premièrement, vous dire que je vais répondre à la question. vos questions avec plaisir, mais qu’il y avait deux formats de débat qui étaient proposés, soit un échange comme ça, soit un débat aussi entre candidats. Et moi, je regrette que les deux autres candidats à la présidentielle aient refusé ce format en disant« Oui, mais il y a d’autres intervenants qui ne sont pas vraiment candidats à la présidentielle, donc en gros, ils ne jouent pas dans la même ligue que nous, donc je refuse. » Certains d’entre eux, d’ailleurs, refusent toujours les débats politiques. Et je pense qu’on est dans un pays… Qui? Non, non, non. Je trouve qu’on est dans un débit qui manque de débat politique. On a une présidentielle en 2022 où les présidents sortants ont refusé de débattre avec les autres candidats, ce qui est un problème. Je réponds maintenant à vos questions avec plaisir. Je n’oppose pas. Le fait d’être paysan avec le fait d’être formé à son métier. Par exemple, dans votre question, vous avez semblé opposer les deux. Peut-être qu’on n’entend pas la même chose par la paysannerie, ou si c’est possible. Mais j’avais un débat intéressant, parce que j’avais le débat hier à table sur le mot exploitation. Moi, je disais, le mot exploitation, il est bizarre. Moi, j’ai toujours les fermes. Et le collègue me répondait, tu vois, moi, mon père, On disait qu’il était… Enfin, mon grand-père, on disait qu’il était paysan. Moi, mon père, il se proclamait agriculteur. Et moi, aujourd’hui, on me dit que je suis un chef d’entreprise. D’accord, mais sauf que vous êtes quand même les seules entreprises où le chef d’entreprise n’a pas prise sur la manière dont on fixait son prix. C’est quand même une vraie difficulté. Donc nous, on n’est pas là pour opposer les trucs. Il y a différents types de cultures. On ne vit pas pareil de toutes les cultures, ce qui est un sujet d’ailleurs. Mais nous, on est pour de l’égalité. et pour aider toutes les formes d’agriculture, parce qu’aujourd’hui, on parlait de la PAC tout à l’heure, 80% de la PAC au niveau européen va à 20% des exploitations agricoles des fermes. Et en général, les plus grosses, parce que ce sont des aides à l’hectare. Ça, c’est un sujet. Donc aujourd’hui, nous, ce qu’on dit, c’est qu’on veut de la justice sociale, y compris dans l’agriculture. Il y a un agriculteur sur cinq qui travaille des dizaines d’heures par semaine, vous connaissez ça mieux que moi, mais qui vit en dessous du seuil de pauvreté. Et donc, il est logique, quand on est politique et quand on est de gauche, ce que je me réclame d’être, d’aller regarder en priorité celles et ceux qui ne vivent pas de leur métier, surtout quand c’est absolument pas juste, surtout quand on travaille des dizaines d’heures par semaine, et surtout quand on sait dans quelles conditions. Donc nous, nous voulons un autre type d’agriculture, l’agroécologie, on peut l’appeler comme on veut, à la fin, les mots qu’on peut, c’est la réalité qui compte. Et on pense que pour cette transition, il faut que ce soit juste, il faut que ce soit accompagné, et on aura peut-être le débat sur les normes, les obligations, mais de toute manière, écolo ou pas, il faudra s’adapter à beaucoup de choses dans les décennies qui viennent. La question, c’est comment on vous accompagnera là-dedans.

Q4. Bonjour Madame Tondelier, merci d’être là. Je commence par une question du réseau de Christelle Cessiec, secrétaire générale du comité bassin Loire-Bretagne. Pourquoi votre courant politique semble-t-il davantage chercher à culpabiliser les agriculteurs et les éleveurs français plutôt qu’à défendre notre souveraineté alimentaire face aux importations étrangères?

Interviewé: Là-dessus… Là-dessus, moi, j’ai toujours travaillé à faire baisser les préjugés mutuels. Et je le dis, il y en a beaucoup. Il y a des écologistes, pas forcément adhérents de mon mouvement, d’ailleurs. C’est comme chez vous, des agriculteurs, c’est très large. Il y en a qui menacent de mort. Vous, vous ne m’avez pas menacé de mort. Ça fait des catégories différentes. C’est vrai. C’est vrai. Et certains d’entre vous m’ont défendu à l’époque dans le Lot-et-Garonne. Je les en remercie. Je suis vivante grâce à eux. Vous dire que les… Comment dire? Moi, je suis allée beaucoup de fois au Salon de l’agriculture. Où ça se passait très bien, et puis d’un coup, il y a une personne qui vient te crier dessus sur des trucs qui sont faux, ou alors il parle de quelqu’un d’autre, ou alors on lui racontait un truc, pas de problème. Mais moi, dans ces cas-là, je dis souvent, vous avez plus de préjugés sur nous qu’on en a sur vous. On s’est battus sur des polémiques ces derniers temps. Hier, à ma table, quelqu’un disait, nous, de toute façon, dès qu’il y a un problème en France, c’est de la faute des agriculteurs, même quand on n’a rien fait, on mange, en fait. On mange, on s’en prend plein la gueule tout le temps. Et j’ai dit, je pense qu’il y a bien une catégorie en France qui peut vous comprendre là-dessus, ce sont les écologistes. Donc c’est aussi tout le temps de la faute à la fin, pas pour les mêmes raisons. Sur cette polémique qui a eu lieu l’année dernière, comme quoi apparemment les écologistes voulaient supprimer la filière Comté. Vous pensez vraiment que dans mon mouvement, il y a des gens qui disent« moi, je veux supprimer la filière Comté». Il y avait un écologue, c’est pas pareil qu’un militant écologiste, qui avait été à la radio dire qu’il voulait faire attention à la qualité de l’eau dans la vallée de la Loue, dans le Doubs, ce qui est un vrai sujet, y compris pour les agriculteurs, aussi pour les pêcheurs, pour plein de monde. Ça se transforme trois semaines plus tard dans le Figaro, sans qu’il n’y ait rien entre les deux, personne n’en parle, pas vraiment on avait écouté ce truc, en les écologistes veulent supprimer le comté. Ce qui a mis aussi en danger des militants écolos sur le territoire. Comme vous, parfois vous pouvez vous sentir en danger quand il y a une grosse polémique, que ça se retourne contre quelqu’un qui est isolé dans un village. On peut se comprendre là-dessus. Et donc je pense qu’il faut faire baisser ce niveau de tension, discuter, ça a toujours été ma ligne. C’est d’ailleurs, je pense, les visites de fermes, d’exploitation, le type de déplacement que j’ai le plus fait, tout type de syndicats confondus et même des non-syndiqués, tout type d’exploitation. Donc il faut discuter de ça. Et je n’oppose pas ce que vous racontez. Nous, on est les premiers à défendre contre la concurrence déloyale. On a porté depuis longtemps le fait que des substances interdites en France, c’était pas parce qu’on… Enfin, quand on les interdit en France, c’est pas pour les importer et les manger quand même, surtout sans information des consommateurs. Donc nous, nous ne sommes pas contre l’élevage. Moi, je le sais, c’est connu, personne ne m’a fait la réflexion à table hier. Je suis pour des raisons qui m’appartiennent végétarienne depuis plus de 10 ans. 15 ans, je n’ai jamais pas acheté de la viande parce que mon fils en voudrait, je n’ai jamais fait de remarques à table à quelqu’un qui en mangerait, et j’ai dans mon mouvement des éleveurs qui sont fiers de l’être. Alors ça crée parfois des débats, comme vous en avez chez vous, entre la commission agriculture, qui est à mes côtés aujourd’hui, je les en remercie parce qu’ils sont de la région, et la commission dignité animale. On a des débats vifs, comme vous en avez parfois, mais notre ligne, non, c’est pas qu’il n’y ait plus d’élevage en France. Et notre chef de file sur les questions agricoles, Benoît Biteau, vous le savez, il est éleveur en polyculture en Charente. Vous ne m’avez pas sifflé, vous le sifflez, oui, je lui dirai. Mais c’est pour vous dire que voilà, c’est le pire. Très bien. Non, mais en fait, on a des agriculteurs, ce ne sont pas des métiers qu’on ne connaît pas, on ne peut pas être d’accord sur les modèles, mais en fait, il n’y a jamais personne chez les écolos, dans mon mouvement, qui a dit qu’ils ne voulaient plus d’élevage du tout, jamais. Ça participe à nos territoires, ça participe aussi, on le sait qu’on devrait avoir de l’élevage même dans plus de territoires de France pour pouvoir avoir des rotations plus longues et que ça s’organisera aussi en termes de filière. C’est notre projet et il faudra le planifier.

Q5. Très bien, merci. Donc nous, chez JIA, on propose plan et contrat d’avenir. On en a discuté hier soir. Donc cela signifiera potentiellement de réintroduire de l’élevage comme vous venez de le dire. Quelle est votre position sur les seuils d’installation classés en élevage?

Interviewé: Je pense que là-dessus aussi, il y a beaucoup de posture. Parce qu’en réalité, les installations ICPE, ça existe, avec des seuils qui existent. Et le seuil le plus haut en ICPE concerne 3% des structures, il me semble. Il me semble. Nous, dans le modèle qu’on prône dans l’idéal, c’est des structures… Plutôt de taille modeste, qui permettent un bien-être animal, et vous pouvez ne pas être d’accord avec moi, mais je pense que beaucoup d’entre vous sont concernés ici, un bien-être paysan, parce que dans ces très grosses structures, c’est des investissements que tout le monde ne peut pas se permettre, et surtout, en termes de création d’emplois, ce n’est pas le même métier. Je pense que, certaines fois, c’est plus de l’industrie que de l’agriculture. C’est un débat qu’on peut avoir. Les ICPE, ça sert à quoi? Ça sert à protéger l’environnement. Alors à quel degré? Par quelle manière? Est-ce que les formulaires sont intelligents ou pas? J’étais hier accompagnée d’une collègue de la commission agriculture des écolos qui est fonctionnaire dans les services de l’État sur l’agriculture. Ne pensez pas que les fonctionnaires dans les services de l’État sur l’agriculture trouvent que tous les formulaires sont parfaits, que leur métier a du sens et que c’est comme ça qu’il faudrait faire. Nous, on travaille avec eux pour voir aussi comment on pourrait faire évoluer les choses. que ce soit plus simple administrativement. Ensuite, faire baisser le seuil ICPE, ça peut être une manière de faire moins de démocratie. C’est le cas aussi sur les bassines aujourd’hui. On dit, tiens, les écolos, ils nous font chier, donc maintenant, il n’y a plus de réunion publique. Il n’y aura plus d’enquête publique. Je pense que c’est une erreur. Je pense que c’est une erreur parce que la démocratie ne fait jamais de mal. Et que si vous voulez que les exploitations soient acceptées, il faut que les gens constructifs qui ont des questions réelles parce qu’ils habitent là puissent venir poser leurs questions et puissent avoir leurs réponses. Voilà. Mais je ne pense pas que par un changement de seuil ICPE qui concerne 3% de la population, de la profession, en fait, on révolutionne les choses. C’est parfois des débats pour mieux masquer la question des revenus agricoles. Je ne sais pas si c’est la seule question que j’avais d’ailleurs sur la question des installations d’agriculteurs. Je ne sais pas si la suivante porte là-dessus aussi.

Q6. La suivante, non.

Interviewé: Si je peux élargir un peu, parce que c’était la question sur l’installation de nouveaux agriculteurs, et ce n’est pas que le sujet des ICPE. Il y a deux sujets sur les installations. Le premier, c’est qu’il faut avoir envie de faire ce métier. Et le deuxième, c’est qu’il faut que ce soit possible. Donc sur l’envie, on va être très clair. On a un problème de revenus aujourd’hui. Vous connaissez tous, j’en connais, des agriculteurs, des éleveurs qui supplient leurs enfants de changer de voie et de ne pas faire comme eux. C’est un vrai problème. Sur les revenus, quand un Français achète 100 euros de consommation alimentaire, il n’y a qu’en… entre 8 et 9 euros qui reviennent à l’agriculteur. Comme je vous le disais tout à l’heure, ce sont des chefs d’entreprise qui sont les seuls en France à ne pas avoir du tout prise sur comment ils fixent leurs prix. Qui fixe vos prix? Des gens qui n’ont pas la main dans la terre et qui vivent de votre travail. Quand un agriculteur vend 100 euros de produits alimentaires, avant, il n’y a pas si longtemps que ça, il avait 23 euros à la fin, qui lui est resté sur ses 100 euros. Aujourd’hui, c’est 16, parce que le prix des charges aussi des intrants a beaucoup augmenté. C’est un sujet sur lequel il faut se mobiliser. Il faut que les agriculteurs se réapproprient l’agriculture, reprennent le contrôle sur leur métier. Vous aurez tous nos soutiens là-dessus. Il y a un gros sujet de la grande distribution et des marges. On va se le dire, les écologistes, à vos côtés encore une fois, ont été les seuls à demander une commission d’enquête sur les marges dans la grande distribution. Et de quoi on se rend compte? Que pour acheter du Nutella, des Oreo, les produits, vous savez, qu’on appelle d’appel, ceux sur lesquels ils font entre eux la concurrence pour dire« chez Leclerc, c’est moins cher, ah non, c’est chez moi, ah non, c’est chez Intermarché», sur ces produits-là, ils les vendent à prix coûtant. Ils en sont donc capables. Mais quand c’est au rayon fruits et légumes, là les marges sont multipliées parfois jusqu’à 40%. Parce que c’est là-dessus qu’ils font leurs marges. En fait, ils choisissent ces produits-là, on les rend accessibles, ces produits-là, on considère que ce sont des produits de luxe. Et c’est vos revenus à la fin qui trinquent, parce qu’en fait, on est les deux d’un don. Je dis on, je ne parle pas des écologistes, je parle des consommateurs et des producteurs de l’autre côté. Je ne sais jamais si on dit on est les deux d’un don d’une même farce ou les deux farces d’un même dindon. Mais à la fin, vous ne gagnez pas plus, mais nous, on paye plus cher. Ça, c’est un sujet aussi auquel il faut remédier. Donc sur les revenus, il y a beaucoup de choses à faire pour donner envie et pour donner l’envie d’avoir envie, comme dirait Johnny. Il faut aussi s’occuper de vos conditions de travail, du fait qu’on puisse vivre quand on est une femme, et je sais qu’il y en a dans la salle, même si elles ne sont pas encore majoritaires. Il faut qu’on puisse avoir des maternités dans des bonnes conditions, que ce soit compatible, qu’on nous aide. Il faut être protégé en cas de maladie et il faut avoir des droits aux vacances. Je sais que sur le remplacement, ça progresse, mais ce n’est pas encore ça. Et donc ça, c’est les conditions sur lesquelles on va bosser pour améliorer l’envie de faire ce métier. Et une fois qu’on a l’envie, il faut la possibilité. Donc vous avez beaucoup parlé hier de la dotation jeune agriculteur. Nous, ça ne vous concerne pas vous directement, parce que vous allez dire, elle nous fait chier, nous on préfère la DGA. Nous, on pense qu’il faut aussi une DNA, une dotation pour les nouveaux agriculteurs qui ne sont pas forcément jeunes, mais qui veulent venir renforcer les effectifs, qu’ils soient les bienvenus. Et bon courage. Et bon courage. Et puis, j’ai vu toutes vos propositions sur le guichet unique que nous soutenons, sur le fait que l’État doit vraiment aider les gens à se mettre en relation. Je sais qu’il y a un sujet, un grand débat sur cette DGA, comment elle doit être attribuée. On en parlait hier, je vous disais, mais tu me disais, si tu étais présidente, tu ferais comment? Je disais, mais je vous demanderais, et même vous, vous ne le saviez pas vraiment dire, en disant, selon les régions, certains ne veulent pas de modulation, d’autres veulent la même chose. En fait, ce sera un dialogue avec vous, mais j’ai noté que selon les régions, selon les types de territoires et d’exploitation, on ne souhaite pas forcément la même chose. Et puis voilà, au moins pour… mais je pense que l’État doit plus être à vos côtés qu’il ne l’est aujourd’hui, avec des gens qui, je vous le rappelle, ne sont pas écologistes.

Q7. Il reste 6 minutes et 40 secondes. Allez.

Q8. Bonjour Madame Tandelier, j’ai une question qui vient du réseau de Stéphanie Voiturin, qui est secrétaire générale du Loiret. Quelle est votre position sur les produits phytosanitaires? Restrictions, contraintes, contrôles? Ainsi que sur l’accès à l’eau, irrigation, retenue, nitrate? Aujourd’hui, on sait que pour un bon nombre d’agriculteurs, ces deux éléments sont essentiels pour le maintien de nos exploitations. Comment vous, vous vous positionnez face à ces enjeux majeurs?

Interviewé: C’est deux questions différentes, c’est les deux sujets qui fâchent mis en une seule. Je vais commencer par l’eau, par vous dire que vous parliez des préjugés contre les agriculteurs et que des fois vous êtes bouc émissaire de trucs, nous aussi. Nous, ça fait depuis 1974 qu’un candidat écologiste à la présidentielle, René Dumont, a tendu un verre d’eau dans le seul clip télé de sa campagne, puisqu’à l’époque vous aviez un clip pour toute la campagne qui passait à la télé, où il tendait un verre d’eau en disant nous sommes en 1974 et l’eau dans les années qui viennent, après l’an 2000, sera rare. Tout le monde s’est moqué de lui. Et moi, quand je fais des plateaux télé aujourd’hui, on m’invite quand il y a une sécheresse, on m’explique, alors les écolos, puisque vous êtes si malins, comment vous faites maintenant qu’il n’y a pas d’eau? D’accord, je veux bien que ce soit de ma faute, pas de problème, mais c’est des sujets sur lesquels nous n’avons cessé d’alerter. Et si on nous avait écoutés, et si on avait travaillé avec vous là-dessus depuis les années 70, on n’en serait pas là. Deuxièmement, on est dans une société… société du drainage, où le cycle de l’eau est toujours plus accéléré. Il faut accélérer l’eau, qu’elle parte, qu’elle… Voilà, on fait ça, et à la fin, ça a des conséquences, parce que l’eau s’écoule trop vite. Donc on doit avoir des systèmes qui ralentissent le cycle de l’eau. Ce ne sont pas les écologistes qui le disent, ce sont les hydrologues. Pour ce qui est du vrai faux débat sur les retenues, On va se le dire une bonne fois pour toutes. Les écologistes ne sont pas contre le stockage de l’eau par principe. Ben ouais. Vous êtes content ou vous n’êtes pas content? Vous voulez que je sois contre? Donc, moi-même, j’avais eu le débat avec M. Retailleau, d’ailleurs, sur France 2, moi-même, j’ai une réserve d’eau dans mon jardin. Personne n’a jamais dit, quand il pleut, il faut tout laisser partir. Par contre, on a un problème avec des pratiques qui ne prennent pas en compte le fait qu’il n’y a plus d’eau et vous pouvez taper sur les écologistes toute la journée, il n’y aura pas plus d’eau. C’est comme ça. Et pour des cultures comme le maïs qui ont besoin de chaleur et d’humidité, qui de plus en plus dans certaines régions n’iront plus ensemble, on doit trouver des solutions et parfois adapter les productions. Ensuite, là où on n’a pas d’autre choix, ou les parties de sobriété, de faire attention, ce qui n’est pas pour vous faire chier parce qu’il me semble que la sobriété permet aussi de baisser les coûts sur l’exploitation et de faire des économies et d’augmenter la rentabilité. Mais quand ça, ça ne marche pas et quand vraiment il y a un problème d’eau, j’étais dans l’eau de la fois dernière, d’ailleurs défendre avec les agriculteurs la création d’un golfe en plein milieu d’une zone nature à 2000 où il y a des épisodes de sécheresse et où les viticulteurs arrachent leurs vignes, on a réussi ensemble et avec des négociations que j’ai menées avec la Fédération française de golf à bloquer ce golfe. Il reste un petit peu moins de 4 minutes. Mais ensuite, sur le stockage, il y a des retenues d’eau que nous soutenons et que nous favorisons, pas pour produire de la neige artificielle, pour produire de la souveraineté alimentaire. Et là aussi, il faut se dire, là où il n’y a plus d’eau, qu’est-ce qu’on produit? Pour l’humain, pour l’exportation animale à l’autre bout de la planète, il faut qu’on ait ces débats-là ensemble. Et il faut surtout que ces débats soient démocratiques. Démocratiques, y compris au sein de votre profession, parce que l’eau est un bien commun, et que moi je refuse qu’il faille 100 000 euros pour être raccordé à une bassine à sans-sourine, et si vous ne les avez pas, vous n’êtes pas raccordé. Il faut trouver des solutions pour tout le monde. Par contre, moi je suis opposée au fait qu’on aille pomper dans une nappe phréatique pour une piscine qui fait l’équivalent de 80 piscines olympiques et qui contribue à l’artificialisation des sols et qui dérèglera le cycle de l’eau. Voilà. Et si on avait des espaces démocratiques où on discutait, vous et nous, sans mauvaise posture, juste pour trouver des solutions, je pense que ça se passerait mieux et qu’on manque cruellement de démocratie sur le sujet dans ce pays.

Q9. Voilà, il reste 2 minutes et 50 secondes.

Interviewé: Est-ce que les pesticides, du coup, vous voulez la question suivante ou je vais là-dessus?

Q10. Non, non, non, allez-y, répondez. J’y vais.

Interviewé: Alors moi, il se trouve que mon métier, avant d’être secrétaire nationale des écologistes, c’est la qualité de l’air, que j’ai été déléguée générale d’ATMO pendant 5 ans, qu’on a énormément travaillé avec l’APCA à l’époque et qu’on a trouvé des solutions. qu’on a trouvé des solutions sur comment, avec la même efficacité à la fin, on baisse de 20% les quantités épandues, ce qui redonne aussi des latitudes financières aux agriculteurs. Comment on vous protège? Parce que les premiers… victime des pesticides, c’est vous et c’est vos enfants, et que moi je suis en train de travailler à une BD qui s’appelle « À votre santé » pour avoir été confrontée beaucoup dans mon territoire à ces sujets, je vois à quel point c’est difficile et c’est tabou dans la profession, et c’est logique. Les sujets d’infertilité, les sujets de malformation chez les enfants, les sujets de Parkinson, les sujets de cancer de la prostate, il faut qu’on en parle et c’est pour vous aider. C’est dur, oui. Mais on le fera quand même. Ensuite, sur le pas d’interdiction sans solution, moi, je n’ai pas de problème si on cherche des solutions. Et je pense que comme pour la recherche médicamenteuse, il y a des recherches de solutions qui sont très rentables, sur lesquelles plein de gens veulent s’oppositionner, plein de privés. Et puis, il y a des filières un peu orphelines dont personne ne veut s’occuper. La noisette, on en discutait hier, ce n’est pas assez de producteurs, ce n’est pas assez de rendement, ce n’est pas assez d’argent. Donc le privé ne cherche pas de solution là-dessus. Et le public non plus, ce qui est un autre problème, le problème de la recherche publique en France, pour en discuter beaucoup avec l’INRA, avec ceux qui les soutiennent, avec ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. Moi, mon grand-père faisait des betteraves. J’ai fait, je pense, beaucoup d’exploitations de betteraves dans Nord-Pas-de-Calais. J’étais encore chez Bruno Cardot il y a 15 jours dans l’Aisne. Et donc, il faut qu’on y travaille ensemble. Ce n’est pas possible de vous mettre sans solution. On est d’accord. Mais c’est à l’État de les chercher.

Q11. Il reste une minute.

Q12. Donc merci à vous pour ces réponses. Et là, on va vous poser la dernière question parce que dans vos rangs, dernièrement, il y a des personnes qui ont fait l’actualité avec des propos chocs. On a parlé de rentabilité agricole. On a parlé de… de changer la dénomination de la viande. Moi, la question que je voulais vous poser aujourd’hui, et qu’on voulait vous poser tous les trois, c’est est-ce qu’aujourd’hui, quand on est agriculteur, on est stigmatisé? Est-ce que c’est un gros mot de pouvoir gagner de l’argent?

Q13. Il me semble que je vous ai parlé de votre rentabilité.

Interviewé: Vous prenez du temps de parole pour que je ne puisse pas répondre. Il me semble que je vous ai parlé de votre rentabilité à plusieurs reprises aujourd’hui. Je n’en ai absolument pas rien à péter de la rentabilité des agriculteurs. Et je sais par ailleurs qu’il y a un suicide d’agriculteurs tous les deux jours et que la politique nécessite un minimum d’empathie. Je le dis comme je le pense. Et ces propos ont choqué, parce qu’ils sont choquants, mais ils ont choqué aussi parmi les rangs des agriculteurs. Mais nous sommes aussi choqués parfois par des propos d’agriculteurs. Quand un président de syndicat, pas le vôtre, dit qu’il veut faire la pause écolo comme un autre me menace de mort et m’interdit d’aller dans son département, où du coup je vais 48 heures pour lui montrer que je décide moi-même où je vais, il y a des comportements des fois qui n’aident pas au débat. Et donc moi je pense qu’on doit trouver les solutions ensemble et que je participerai toujours à faire évoluer nos compréhensions mutuelles, à faire baisser les préjugés mutuels. Je sais que c’est aussi la position des jeunes agriculteurs et ils seront à vos côtés.

Q14. Et ce sera le dernier propos. Merci beaucoup. Merci. Merci donc à Thomas Larère, Clément Carteron et Lodi Guillotel. Marine Tondelier, une minute pour conclure sur une image, une idée, etc. Voilà, on va regarder sur l’écran.

Interviewé: Moi, je n’ai pas mis une bassine, du coup, vous allez voir.

Q15. Ah bon?

Interviewé: Mais vous ne mettez pas mon truc.

Q16. Si, si, je crois que ça va falloir.

Interviewé: C’est un sondage qui date de mémoire de la crise agricole de 2024, donc c’est juste avant le salon de l’agriculture. Il y a les premiers sondages qui sortent pour montrer un soutien très très fort des écologistes aux agriculteurs. Plus de 85% de soutien chez les écologistes au mouvement de colère des agriculteurs. J’en étais extrêmement fière. Nous sommes à vos côtés. Et de l’autre côté, un avis sur la transition écologique qui est demandé aux agriculteurs, pas aux GIA, à toutes les générations. 62%, c’est une nécessité, il faut faire avec. Oui, mais être accompagné. Et là-dessus, on a beaucoup à faire. Et ce n’est pas nous qui ne le faisons pas en ce moment, puisque nous ne sommes pas au gouvernement. Et 23% qui disent que c’est une opportunité et qu’il faut la saisir. Calculer, ça fait quand même une grosse, grosse, grosse majorité de la profession qui a compris les enjeux. Bien plus que les… Ceux qui sont contre le sondage, dites-le, mais c’est le sondage. Donc c’est normal, il y a 15% qui ne sont pas d’accord. Et je vous le dis, ces chiffres-là, on les regarde avec attention parce qu’encore une fois, votre génération, c’est plus que d’autres. Quel mur elle va se prendre, à quel défi elle va être confrontée et qu’elle ne pourra plus tout continuer comme avant. Sinon, c’est le mur. Et là-dessus, nous sommes…

Analyse du discours de Marine Tondelier face aux Jeunes Agriculteurs


1. THÈMES

Le discours est très centré sur la politique intérieure (31 %), qui domine largement, suivie par l’économie (24 %). Ces deux thèmes structurent l’échange, reflétant une volonté de traiter des enjeux concrets du monde agricole (modèle économique, justice sociale, transition écologique). L’identité et la civilisation (19 %) apparaissent en troisième position, mais de manière indirecte : il s’agit moins de débats identitaires que de défendre une vision locale et ancrée du métier d’agriculteur, en opposition à des logiques “hors-sol” (libre-échange, grande distribution).

Deux absences notables :

  • L’immigration et la sécurité (8 %), quasi inexistantes, ce qui tranche avec les discours politiques traditionnels où ces sujets sont souvent liés à la ruralité.
  • Les institutions (19 %), abordées de façon critique (PAC, État, grande distribution), mais sans proposition de réforme institutionnelle profonde.

2. RÉSEAU

Le graphe d’entités révèle deux clusters géographiques distincts, révélateurs des ancrages territoriaux du discours :

  • Un bloc “Nord” (Artois, Hénin, Beaumont, Hénin-Beaumont) associé à Europe Écologie Les Verts (EELV) et à des figures locales (Jocelyn, Quentin et Pierrick). Ce groupe est lié à des territoires marqués par des luttes sociales et écologiques (ex-bassin minier). La polarité envers EELV est modérément positive (+0.21), mais c’est envers Quentin et Pierrick (deux jeunes agriculteurs cités) que le ton est le plus élogieux (+0.58 : “Je vous remercie très sincèrement pour ce que vous faites”). Ces associations soulignent une stratégie de légitimation par l’exemple local.
  • Un bloc “Agricole” (Comté, Doubs, Loue, Lot-et-Garonne) centré sur la France, avec une polarité neutre (+0.01). Les liens entre ces territoires et les grandes enseignes (Intermarché -0.32, Leclerc +0.16) trahissent une critique des acteurs économiques dominants, accusés d’exploiter les agriculteurs.

Autres associations révélatrices :

  • Bruno Cardot (agriculteur dans l’Aisne) est cité avec une polarité positive (+0.23), probablement pour illustrer un cas concret de réussite ou de résistance.
  • René Dumont (pionnier de l’écologie politique) est associé à France 2 et M. Retailleau (figure LR), avec une polarité neutre (+0.004). Ce lien suggère une tentative de réconciliation symbolique entre héritage écologiste et droite rurale, mais sans adhésion marquée.

3. REGISTRE

Le discours est très accessible : avec un score de 74.8 sur l’échelle Kandel-Moles, il se situe entre un texte rédigé en FALC (Facile À Lire et à Comprendre, 72.0) et des comptines (100.3). Selon les données de référence, cela correspond à un niveau oral ou pédagogique, adapté à un public large. Les phrases sont courtes (18 mots en moyenne) et le vocabulaire simple (4,2 lettres par mot), ce qui facilite l’adhésion.

Registre affectif : La colère domine largement (49 %), reflétant une indignation face aux injustices subies par les agriculteurs (exemple : “Les agriculteurs sont les seuls chefs d’entreprise en France à ne pas fixer leurs prix”). La tristesse (25 %) et la joie (19 %) coexistent, avec des pics émotionnels marqués :

  • Joie : “Et donc je vous remercie très sincèrement pour ce que vous faites. Et je remercie Quentin et Pierrick, avec qui […] nous avons toujours eu pas que…” (segment 4). Ce passage illustre une volonté de créer une complicité avec l’auditoire.
  • Colère : Les données ne fournissent pas d’extrait précis, mais elle transparaît dans les critiques contre la grande distribution ou la PAC.

4. VALEURS

Le discours repose sur une hiérarchie morale très marquée :

  • Autorité (8.65 occurrences pour 1000 mots) domine, avec des références répétées à la nécessité de règles justes (encadrement des prix, régulation de l’eau) et de respect des savoir-faire locaux. Cela reflète une vision où l’État et les institutions doivent protéger les agriculteurs, mais aussi où ces derniers doivent retrouver une maîtrise de leur métier.
  • Bienveillance (3.81) arrive en deuxième position, avec un accent sur la protection des agriculteurs (contre les pesticides, la précarité) et de l’environnement.
  • Équité (0.52) et loyauté (2.08) sont secondaires, mais présentes : la première via la critique des inégalités dans les aides de la PAC, la seconde via l’évocation de combats communs (ex : “Les écologistes ont toujours soutenu les agriculteurs”).
  • Pureté (0.17) est quasi absente, confirmant que le discours évite les registres moralisateurs (ex : “agriculture propre”) pour privilégier des arguments pragmatiques.

5. ARGUMENTS

Le fil argumentatif principal s’articule autour de trois thèses structurantes, qui se renforcent mutuellement :

  1. L’agriculture est un pilier de la transition écologique (C1) : Justification : Sans les agriculteurs, impossible de préserver les sols, la biodiversité ou le climat. Cette thèse légitime leur rôle central et désamorce l’opposition entre écologie et agriculture.
  2. Le modèle actuel est injuste et doit être réformé (C2, C4, C5) : Justifications :
    • Inégalités criantes (20 % des exploitations captent 80 % des aides PAC).
    • Précarité (1 agriculteur sur 5 sous le seuil de pauvreté).
    • Soumission aux géants de la distribution (les agriculteurs ne fixent pas leurs prix).
  3. Les solutions existent et sont portées par les écologistes (C3, C6, C7) : Justifications :
    • Luttes passées (contre l’artificialisation des terres, pour les circuits courts).
    • Propositions concrètes (encadrement démocratique du stockage de l’eau, réduction des pesticides avec alternatives).

Oppositions implicites :

  • Le discours oppose un modèle local et solidaire (soutenu par EELV) à un système “hors-sol” (libre-échange, grande distribution, PAC inégalitaire), sans jamais nommer directement les adversaires politiques (ex : LR ou RN).

SYNTHÈSE

Ce discours révèle une stratégie de réconciliation entre écologie et monde agricole, bien au-delà d’un simple exercice de communication. Trois éléments clés émergent des données :

  1. Un ancrage territorial assumé : Marine Tondelier mobilise des exemples locaux (Quentin et Pierrick, Bruno Cardot) pour crédibiliser son propos, en évitant les généralités. Le graphe d’entités montre que ces figures sont bien plus valorisées que les institutions ou les partis.
  2. Une colère constructive : La colère, émotion dominante, n’est pas dirigée contre les agriculteurs, mais contre les structures qui les oppriment (grande distribution, PAC). Elle sert à fédérer autour de solutions concrètes, sans tomber dans la victimisation.
  3. Un cadrage moral original : En mettant l’autorité (règles justes) et la bienveillance (protection des agriculteurs) au premier plan, le discours contourne les clivages traditionnels (gauche/droite) pour proposer une vision protectrice et pragmatique de l’écologie, centrée sur la souveraineté alimentaire et la justice sociale.

Ce que les données révèlent :

  • Le discours est beaucoup plus local et émotionnel qu’il n’y paraît à la lecture. Les exemples concrets (noms de territoires, d’agriculteurs) et la colère maîtrisée sont des leviers rhétoriques puissants, invisibles sans analyse NLP.
  • La critique des institutions (État, PAC) est ciblée et non systémique : il s’agit de réformer, pas de renverser. Cela permet d’éviter un rejet frontal par un public agricole souvent méfiant envers les écologistes.
  • Enfin, l’absence de thèmes comme l’immigration montre une volonté de dépolitiser le débat pour se concentrer sur l’essentiel : la survie économique des agriculteurs et la transition écologique.

Arguments identifiés

  • C1 (high) — La transition écologique ne peut pas se faire sans les agriculteurs et les agricultrices
    Justification : L’agriculture est essentielle pour le présent et l’avenir, et dépend des sols, de la biodiversité, de l’eau et du climat
  • C2 (high) — Le modèle agricole actuel est dans l’impasse pour certaines filières
    Justification : Les écologistes proposent depuis des décennies une alternative au modèle dominant
  • C3 (high) — Les écologistes ont toujours soutenu les agriculteurs dans leurs combats
    Justification : Ils ont lutté contre l’artificialisation des terres, pour un revenu plancher, les circuits courts et contre les traités de libre-échange
  • C4 (high) — La justice sociale doit s’appliquer aussi dans l’agriculture
    Justification : 20% des exploitations reçoivent 80% des aides de la PAC, et un agriculteur sur cinq vit sous le seuil de pauvreté
  • C5 (high) — Les agriculteurs doivent reprendre le contrôle sur leur métier et leurs prix
    Justification : Ils sont les seuls chefs d’entreprise en France à ne pas fixer leurs prix, et la grande distribution impose des marges inéquitables
  • C6 (high) — Le stockage de l’eau doit être encadré démocratiquement et non réservé à quelques-uns
    Justification : Les retenues d’eau doivent servir la souveraineté alimentaire et non des intérêts privés ou des pratiques non durables
  • C7 (high) — Les pesticides doivent être réduits avec des solutions alternatives pour protéger les agriculteurs
    Justification : Les agriculteurs et leurs enfants sont les premières victimes des pesticides, et des alternatives existent pour maintenir l’efficacité
Indicateur · carte d'arguments

Sept thèses, étayage variable.

Le pipeline extrait jusqu'à sept couples affirmation / prémisse du transcript. Haute : argument clair et appuyé. Moyenne : présent mais étayage partiel. Faible : plausible mais peu explicite. Ces scores notent la présence dans le texte, pas la validité éditoriale.

  1. 01

    La transition écologique ne peut pas se faire sans les agriculteurs et les agricultrices

    Prémisse L'agriculture est essentielle pour le présent et l'avenir, et dépend des sols, de la biodiversité, de l'eau et du climat

    confiance haute Arg1
  2. 02

    Le modèle agricole actuel est dans l'impasse pour certaines filières

    Prémisse Les écologistes proposent depuis des décennies une alternative au modèle dominant

    confiance haute Arg2
  3. 03

    Les écologistes ont toujours soutenu les agriculteurs dans leurs combats

    Prémisse Ils ont lutté contre l'artificialisation des terres, pour un revenu plancher, les circuits courts et contre les traités de libre-échange

    confiance haute Arg3
  4. 04

    La justice sociale doit s'appliquer aussi dans l'agriculture

    Prémisse 20% des exploitations reçoivent 80% des aides de la PAC, et un agriculteur sur cinq vit sous le seuil de pauvreté

    confiance haute Arg4
  5. 05

    Les agriculteurs doivent reprendre le contrôle sur leur métier et leurs prix

    Prémisse Ils sont les seuls chefs d'entreprise en France à ne pas fixer leurs prix, et la grande distribution impose des marges inéquitables

    confiance haute Arg5
  6. 06

    Le stockage de l'eau doit être encadré démocratiquement et non réservé à quelques-uns

    Prémisse Les retenues d'eau doivent servir la souveraineté alimentaire et non des intérêts privés ou des pratiques non durables

    confiance haute Arg6
  7. 07

    Les pesticides doivent être réduits avec des solutions alternatives pour protéger les agriculteurs

    Prémisse Les agriculteurs et leurs enfants sont les premières victimes des pesticides, et des alternatives existent pour maintenir l'efficacité

    confiance haute Arg7
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